Liberté-Résistance
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14 mai 2026
Monique Plaza
- 14/5/2026 - Plusieurs anciens ministres et marcheurs de la première heure ont rejoint le mouvement "Bâtissons Ensemble" lancé par Elisabeth Borne.
Une mise à l’écart du parti présidentiel. Le mercredi 8 mai, Elisabeth Borne a annoncé son retrait de la direction de Renaissance. L’ancienne Première ministre a indiqué qu’elle ne "se retrouvait plus dans la ligne" de la formation aujourd’hui présidée par Gabriel Attal.
Au micro de France Inter, celle qui est aujourd’hui députée du Calvados a évoqué plusieurs désaccords, comme le "respect du droit international", du Conseil constitutionnel et de la Constitution. Elle avait notamment affiché son scepticisme, voire son opposition à certaines mesures de fond annoncées par Renaissance, comme l'interdiction du voile pour les mineures de moins de quinze ans.
Si elle compte rester adhérente du parti présidentiel, Elisabeth Borne a pris la décision de créer sa propre formation politique, baptisée "Bâtissons ensemble". Dans un entretien accordé à Paris Match, l’ancienne locataire de Matignon a expliqué que ce mouvement avait "vocation à être un espace ouvert, qui rassemble au-delà des partis, anime des débats dans les territoires et permet de faire émerger des réponses concrètes aux problèmes des Français".
Alors que Gabriel Attal semble se diriger vers une candidature à la prochaine présidentielle, plusieurs cadres de Renaissance, à l’image d’Elisabeth Borne semblent exprimer une forme de réticence.
Politico, plusieurs marcheurs et macronistes de la première heure ont ainsi rejoint le mouvement de la seconde Première ministre de la Ve République. Parmi eux, les anciens ministres Marc Ferracci (Industrie), Nicole Belloubet (Justice), Eric Dupond-Moretti (Justice), Astrid Panosyan-Bouvet (Travail) ou encore Agnès Buzyn (Santé).
https://www.cnews.fr/.../eric-dupond-moretti-nicole...
Gabriel Nerciat
FAIRE LA GUERRE AUX RUSSES ET AUX VIRUS, L'IDÉAL D'UNE VIE
FAIRE LA GUERRE AUX RUSSES ET AUX VIRUS, L'IDÉAL D'UNE VIE
- 14/5/2026 - À la fois étranges et pathétiques, tous ces quinqua ou sexagénaires de l'extrême centre européiste et de la gauche libérale à l'atlantisme frustré qui, tels des cadavres ressuscités par l'attrait de leur sarcophage, ne peuvent plus désormais s'enthousiasmer que dans la perspective d'un nouveau cycle de despotisme sanitaire ou celle d'une grande guerre paneuropéenne menée sous direction anglo-allemande contre la Russie, première puissance nucléaire du monde.
La panique pavlovienne que leur inspire toute nouvelle épidémie a l'air à première vue assez rigoureusement contradictoire avec le bellicisme irrationnel et suicidaire qu'ils prônent avec ferveur à l'égard de Poutine et de Moscou.
Mais peut-être que ce n'est pas le cas, justement.
Car encore faut-il qu'ils demeurent en vie et s'évertuent à préserver jusqu'au bout leurs carcasses ventrues ou rabougries, à l'image du criminel pétomane kiévien et mafieux qu'ils adulent, pour pouvoir jouir très bientôt du désastre où se consommerait la vie de plusieurs millions de leurs cadets.
Ce serait trop bête de mourir comme Cecil Rhodes, le chantre de l'impérialisme britannique, ou Friedrich Ratzel, le grand théoricien du pangermanisme wilhelminien, à cinquante ou soixante ans, d'une maladie occasionnelle sans avoir pu se réchauffer le sang devant les montagnes de cadavres de la Somme, de Verdun ou des Dardanelles.
Eux ne connaîtront pas pareille déveine, hélas, c'est sûr. Comptons sur eux.
Jacques COTTA
- 8/5/2026 - Alors que les crédits militaires pleuvent sans compter, aucune voix ne s'élève pour mettre un terme au pillage du bien commun, les services publics en général, la sécurité sociale, les retraites... qui pâtissent des milliards qui sont piqués au profit de l'industrie d'armement... L'union sacrée s'installe, avec la catastrophe en ligne de mire...
Cliquer sur l'image ↴
13 mai 2026
Gabriel Nerciat
L'ÉTHIQUE À KYLIAN
L'ÉTHIQUE À KYLIAN
- 13/5/2026 - "Pleure pas, petit loup. Je suis là pour toi, tu le sais. La faveur qui est due aux hommes comme toi et moi, c'est que nous, même quand on perd on gagne. Personne n'y peut rien, même si gueulent les canidés. Toutes nos défaites sont réversibles, impossibles en droit sinon en fait. C'est pour ça que les plèbes nous haïssent, et les patriciens déchus plus encore. Il n'y pas de racisés où que ce soit sur la Terre ; il y a seulement la race des rois de ce monde, au sens propre (le monde, c'est notre propriété privée), et la race de tous les dégénérés qui ne se croient pas tenus d'apprendre à parler anglais, voyagent peu ou pas et qui ne mettront jamais un pied à New-York, Hong-Kong, Johannesburg, Taipei, Madrid ou Yaoundé. Regarde-les donc en ce moment en train de nous mater et de nous haïr sur les gradins du stade. Ils seraient encore plus furieux contre toi si ce soir tu étais devenu champion du monde, crois-moi. Un jour, ils amèneront le RN au pouvoir, et il faudra que tu leur dises en face qui ils sont et ce qu'ils valent. Moi, je ne pourrai plus : j'aurai quitté cette nation hors d'usage qui s'est révélée indigne de mes ambitions et que j'aurais dû briser, vendre, concasser bien plus crûment que je n'ai fait. Mais toi, tu ne risques rien. On ne peut rien contre toi. La force d'un mercenaire, c'est qu'on l'écoute quand il fait la morale. C'est seulement dans le pays de ta mère que la colonisation est un crime contre l'humanité ; ici c'est juste l'ordre naturel des choses, comme un apport vital et automnal de sang frais. Alors monte au filet, Kylian, et même si tu loupes encore ton tir on se rappellera de toi."
H16
13/5/2026
Les finances au plus mal mais la voracité fiscale au plus fort
Cette année, Bercy se surpasse : jamais le fisc n’avait été aussi inventif pour tondre toujours plus de contribuables, et toujours plus court.
La scène pourrait être cocasse : dans un bureau anonyme de Bercy, un fonctionnaire zélé fait défiler sur son écran des images satellites de jardins pavillonnaires. Mais attention : notre homme ne traque pas un narcotrafiquant. Non, il vérifie si Mme Ginette n’aurait pas oublié de déclarer son abri de tondeuse de six mètres carrés. Eh oui : la même technologie qui sert ailleurs à repérer des camps d’entraînement djihadistes est ici mobilisée pour détecter les tomates en serre des Français.
Et même si certains agents du fisc s’en inquiétent, signalant en interne des « dérives de l’IA » dans leurs propres contrôles, il faut bien ça pour traquer le terroriste fiscal.
La chasse est bonne : plus de 20.000 piscines repérées, des dizaines de milliers d’abris et (dernière trouvaille du printemps) les serres de jardin. Oui, les serres. Cinq mètres carrés au-delà desquels Mme Ginette aurait dû remplir un formulaire, payer une taxe d’aménagement et voir grimper sa taxe foncière à perpétuité, mais qui va se traduire à cause de l’oubli, par 80 % de pénalités.
Eh oui Mme Ginette, il ne fallait pas tenter de faire pousser des courgettes en douce !
Détail cocasse (mais si, vous allez rire) : certains propriétaires ont vu leur abri de jardin requalifié en résidence secondaire, taxe d’habitation à la clé. Après tout, en Macronie, pourquoi pas ?
Et la taxe foncière elle-même, vaisseau-amiral de l’empire fiscal, a pris 35 % en cinq ans. En Seine-Saint-Denis par exemple, la facture moyenne dépasse 3 600 euros.
Le mouvement ne s’arrête évidemment pas au jardin et s’invite désormais dans le salon, la chambre et le compte courant.
La directive européenne DAC7 oblige Vinted, LeBonCoin, eBay et Airbnb à transmettre automatiquement à la DGFiP les données de leurs utilisateurs dès 2 000 euros de ventes ou trente transactions.
Une mère de famille qui revend les vêtements de ses enfants à perte ? Paf, une fiche et parfois, zou un redressement ! De toute façon, le fichier FICOBA donne à Bercy l’accès aux soldes et mouvements de tous les comptes bancaires.
Et un récent arrêt de la Cour de cassation du 2 avril 2025 permet désormais au fisc, lors d’une succession, de réclamer des droits sur un don familial vieux de quinze ans en se basant sur la valeur actuelle du bien, et non celle du jour du don. Concrètement, un grand-père qui transmet 80 000 euros d’avoirs en 2009 verra ses petits-enfants taxés en 2026 sur 350 000 euros, parce que le bien a pris de la valeur.
Bercy joue le temps long. Bercy a le temps. Bercy attend que ça mûrisse. Il ne fiscalise pas, il disperse, il ventile.
Mais pourquoi, au fond, cette créativité ?
Parce que les caisses sont vides, de façon alarmante pour tous sauf les politiciens.
Rappelez vous, c’était en février 2026 : la Cour des comptes publiait un rapport accablant dans lequel elle détaillait un déficit public à 5,4 % du PIB en 2025 (161 milliards d’euros), une dette à 116,3 points de PIB (soit 3 465 milliards), et une France au troisième rang européen des pays les plus endettés, derrière la Grèce et l’Italie, avec une charge des intérêts seule qui passe de 65 à 74 milliards d’euros en 2026.
La Cour le répète alors : l’objectif des 3 % prévu par les traités européens, autrefois promis pour 2027 puis 2029, ne sera toujours pas atteint avant 2032 au mieux. La Gazette France parle d’objectif « inatteignable ». L’IFRAP, plus brutal, prévoit un déficit 2026 toujours autour de 5,4 %, malgré les 23 milliards d’euros de hausses d’impôts déjà passées en 2025.
Et derrière cette créativité déchaînée, on n’enregistre pas un euro de dépenses en moins.
Voilà le scandale véritable, cyniquement résumé : l’amélioration du déficit en 2025 (16,6 milliards d’euros) a été obtenue par une augmentation de 50,9 milliards d’euros des prélèvements obligatoires. Soit 51 milliards d’impôts en plus pour à peine 17 milliards de moins en déficit. Plus les Français pédalent fort pour conserver l’équilibre, plus la pente se fait raide.
Cependant, on approche de la verticale : la dépense publique primaire (hors dette) augmente de 1,3 % en volume, nettement plus vite que la croissance (0,9 % au mieux), sans que la moindre réforme structurelle ne vienne déranger ces gesticulations.
Aucun ministère fusionné, aucun service supprimé, aucune niche de fonctionnement coupée, aucune baisse des dépenses mais à la place, 20 000 piscines repérées par drone, des serres de jardin hardiment requalifiées, et 46 % des Français désormais soumis à l’impôt sur le revenu, record sur dix ans.
Les prélèvements obligatoires culminent à 47 % du PIB, le plus haut score du monde développé, alors que l’OCDE alerte : cette pression menace désormais la reprise économique elle-même.
Sans blague : la France a plus de 430 impôts et taxes recensés, et le contribuable a maintenant besoin d’un expert-comptable pour gérer son potager.
Pendant ce temps, la Suisse, l’Irlande ou le Luxembourg prospèrent avec une fiscalité plus légère (diaphane même, en comparaison) et des services publics qui, eux, fonctionnent. Le mystère n’est entier que pour les politiciens. Les autres comprennent que ce ne sont pas les recettes qui manquent mais les dépenses qui sont devenues incontrôlables.
Tant qu’aucune volonté politique sérieuse de redresser les finances par la baisse et la rationalisation des dépenses publiques n’émergera, la fuite en avant fiscale ne fera que s’accélérer. Chaque année, un nouveau seuil, une nouvelle case à cocher, un nouveau drone qui survole le jardin, un nouvel arrêt de la Cour de cassation pour aller chercher l’argent dans les successions vieilles de quinze ans ou dans des fonds de tiroirs de plus en plus poussiéreux.
Le budget 2027 s’annonce extrêmement tendu : les surtaxes exceptionnelles auront expiré, l’année présidentielle interdira toute mesure courageuse, le déficit devrait donc flirter – dans la décontraction propre aux abrutis – avec les 6 % du PIB, et la charge de la dette dépassera 100 milliards d’euros à l’horizon 2029.
À ce rythme, la faillite retentissante d’un État jadis riche, jadis admiré, jadis libre, n’est plus un scénario d’économiste excentrique mais un moment inévitable du prochain calendrier républicain.
Au train où vont les choses, Bercy taxera bientôt les regrets.
12 mai 2026
Natalia Routkevitch
11/5/2026
Le 9 Mai vs le 9 Mai
Il n’est pas étonnant que les célébrations de ces derniers jours aient fait couler autant d’encre, de larmes et de venin, suscitant chez beaucoup le besoin d’exprimer, plus ou moins publiquement, des passions joyeuses ou tristes.
C’est que cette date, et ce qu’elle symbolise pour les uns et les autres, se trouve au cœur des nouvelles guerres de religion qui déchirent le continent européen. Elle est au centre de croyances qui s’opposent et s’affrontent, mais aussi du conflit militaire mené avec acharnement dans la partie orientale de l’Europe, avec l’implication importante de nombreux États du monde. Un conflit qui a déjà coûté tant de vies et qui menace d’en coûter encore davantage.
Le 9 mai, une grande partie des habitants de l’Eurasie commémore l’anéantissement du nazisme au prix d’immenses sacrifices consentis par le peuple russe, les autres peuples des républiques soviétiques, ainsi que les Alliés et les mouvements de résistance de nombreux pays auxquels hommage est rendu ce jour-là.
Au centre de ce récit : l’unicité du crime nazi et du monstre abattu ; la reconnaissance du nazisme comme une menace existentielle pour de nombreux peuples ; le rôle décisif de l’URSS ; enfin, la nécessité de commémorer cette victoire afin de prévenir toute résurgence des idéologies d’État fondées sur la supériorité raciale.
L’autre partie du continent commémore la chute du nazisme le 8 mai, avec davantage de retenue et de réserves, en en faisant avant tout « un jour pour la paix », « un jour de deuil pour les victimes des totalitarismes », « un jour contre toutes les guerres », bref, un jour pour tout le bien et contre tout le mal.
Le récit des événements diffère plus ou moins sensiblement, ou du moins les accents ne sont pas placés de la même manière.
Ainsi, cette année, le chancelier allemand Friedrich Merz a certes salué la libération de l’Allemagne du régime nazi, mais sans prononcer un mot sur le rôle de l’Armée rouge. Lors d’un briefing, lorsqu’un journaliste a posé frontalement la question de savoir qui avait libéré l’Allemagne du nazisme, le représentant du gouvernement a refusé de répondre, renvoyant à des sources écrites.
Le grand jour de communion sacrée de cette autre obédience tombe lui aussi le 9 mai, devenu Journée de l’Europe pour les habitants de l’Union européenne, l’européisme y étant inculqué comme une grande religion civile.
D’ailleurs, est-ce vraiment une coïncidence si la Journée de l’Europe a été fixée au 9 mai, date où l’URSS et ses alliés commémorent leur grande Victoire sur le nazisme ?
Dans ses canons, l’Europe représente le règne de la démocratie, de la liberté et, plus largement, le meilleur modèle politique et social du monde. Elle se pense comme l’exact opposé des totalitarismes, n’ayant rien à voir ni avec le nazisme ni avec le totalitarisme soviétique, présentés dans cette vision comme des frères jumeaux.
Beaucoup d’observateurs ont souligné à quel point la dimension religieuse joue un rôle important dans ces deux célébrations, aussi bien dans leur dimension cultuelle que dans leur fonction de "religare", de lien collectif.
Ainsi, la grande Victoire n’est plus seulement un souvenir : elle est devenue un culte, un autel autour duquel les gens se rassemblent, se recueillent et communient, réunis par cette mémoire en un seul corps. Ce n'est pas pour rien qu'elle est parfois appelée en Russie des « Pâques séculières », car, à l’image de Pâques – fête centrale de l’orthodoxie célébrant la résurrection du Christ – la Victoire de 1945 célèbre une forme de résurrection miraculeuse d’un peuple promis à l’anéantissement. Au prix d’un sacrifice immense, de souffrances inouïes, ce peuple aurait su résister, renaître et se relever avec une rapidité telle qu’il fut capable, quinze ans plus tard, d’envoyer un homme dans l’espace.
Le culte possède ses masses de fidèles, mais aussi ses hérétiques, blâmés pour remettre en cause le caractère sacré de la fête, ainsi que ses martyrs, qui professent ce culte dans un environnement hostile à leurs risques et périls.
La religion européiste, elle, s’est imposée plus discrètement, presque subrepticement, dans l’esprit du père fondateur Jean Monnet : les petits ruisseaux font les grands fleuves.
L’affirmation d’une identité européenne est devenue un élément incontournable de la vie publique, et le drapeau étoilé s’est imposé dans les paysages, surpassant souvent en nombre les drapeaux nationaux – à l’image du droit et des normes européens, qui tendent à primer sur les législations nationales. Plusieurs générations ont grandi dans les pays de l’Union européenne avec l’idée constante des « valeurs européennes » et d’une identité commune. Être pro-européen – au sens d’adhérer au projet de l’UE – n’est plus simplement une option : c’est un prérequis implicite pour toute position publique aspirant à une certaine respectabilité.
« L’Europe, c’est la paix », « ensemble nous sommes plus forts », ou encore l’image de « l’Europe-jardin au milieu de la jungle mondiale » sont devenues des crédos que l’on ne remet plus en question.
Régis Debray, que je cite souvent, qualifiait l’européisme de religion plate et fade, parce qu’elle renverrait davantage à des « valeurs » qu’au sacré, reposant sur un patriotisme constitutionnel désincarné, des règlements et, surtout, l’argent.
Mais on ne peut pas lui donner entièrement raison.
Si de nombreux Ukrainiens se sont mobilisés pendant leur Maïdan pour l’Europe et contre une association plus étroite avec la Russie, si beaucoup acceptent aujourd’hui de mourir pour ce qu’ils considèrent comme la défense de leur choix européen, ce n’est pas seulement pour des avantages matériels qu’ils espèrent retirer de l’appartenance à l’Europe. Moscou pouvait elle aussi offrir de l’argent, des contrats avantageux et divers bénéfices économiques.
Ce qu’elle ne pouvait offrir, en revanche, c’était le sentiment d’appartenir à ce club sélect, à ce «jardin», à ce monde perçu comme civilisé.
Ce qui est central dans la religion européenne, ce n’est donc pas uniquement la prospérité, mais le statut : la posture morale de celui qui fixe les règles et se pose en arbitre en décidant des valeurs suprêmes.
Si l’argent est devenu une mesure universelle, ce qui compte davantage encore, c’est le pouvoir d’imposer les normes et de définir qui appartient au camp du bien et qui en est exclu.
Un pays riche peut être transformé en paria du jour au lendemain, coupé d’une partie des échanges et des commodités du monde globalisé, sa richesse se trouvant alors grandement dévaluée. Ce qui distingue le « jardin » de la « jungle », c’est précisément l'habilitation de désigner les parias.
Et c’est pour préserver ce statut d’arbitre moral suprême que l’UE fait aujourd'hui de ce conflit une affaire de principe en acceptant de sacrifier ce qui semblait pourtant, selon ses propres standards, le plus précieux : le bien-être matériel de ses populations, désormais invitées à se serrer la ceinture et à assumer les lourdes conséquences de décisions « dictées par les valeurs » – qu’il s’agisse de la rupture des liens économiques ou de la perspective d’une confrontation militaire accrue. C’est donc dans l’espoir d’être admise dans ce club que l’Ukraine mène sa bataille.
Enfin, la question mémorielle et les croyances liées à la Grande Victoire comme à l’Europe se trouvaient déjà au cœur du Maïdan ukrainien.
Les séparatistes et ceux qui ont contesté les résultats de l’Euro-Maïdan l’ont fait en grande partie pour des raisons mémorielles : par opposition à ce qu’ils percevaient comme une remise en cause du culte de la Grande Victoire soviétique sur le nazisme – un récit particulièrement insupportable pour les forces les plus actives et virulentes du Maïdan, pour des raisons abondamment étudiées et commentées.
Enfin, il est somme toute logique que le principal cri de ralliement des élites européennes et le ciment du fragile édifice européen sont aujourd’hui une hostilité de longue durée envers la Russie. Certes, cette hostilité varie en intensité selon les pays, mais il serait erroné de voir dans les quelques gouvernements réticents aux mesures les plus radicales – souvent par souci de préserver leurs intérêts nationaux – de véritables alliés de Moscou.
La Russie conteste un statut fondamental : celui de l’Occident comme arbitre ultime de la modernité politique et historique. Ce n’est pas nouveau, et ce n’est pas acceptable.
Historiquement, et si l’on s’en tient au XXᵉ siècle, l’Europe communautaire s’est construite, sous supervision américaine, comme un rempart contre l’URSS. Dans cette perspective, les pays occidentaux n’ont pas hésité à réintégrer d’anciens cadres nazis afin de faire face à ce qu’ils percevaient comme la menace principale : la menace soviétique.
La gifle retentissante infligée par Beate Klarsfeld à Kurt Georg Kiesinger en 1968 rappelait brutalement une vérité peu commode : un grand nombre d’anciens nazis avaient non seulement échappé à toute sanction, mais avaient ensuite mené de brillantes carrières politiques, administratives ou économiques. Et le cas de Kiesinger était loin d’être le plus scandaleux.
Des militaires haut-gradés étroitement liés à la machine de guerre de la Seconde Guerre mondiale et à l’invasion de l’URSS devinrent après-guerre les architectes de la nouvelle armée ouest-allemande, de l’OTAN et des services de renseignement de la RFA. Des industriels compromis avec le régime hitlérien ou des collaborateurs de l’occupation jouèrent un rôle important dans la conduite des politiques européennes et dans l’élaboration des institutions de l’Europe unie.
À la lumière de certaines évolutions récentes – militarisation croissante de l’Europe, escalade permanente en Ukraine et la nature de son système politique, interdiction de symboles associés à la victoire soviétique en Europe, sanctions d’une ampleur inédite, ou encore rhétorique assimilant parfois la Russie à une « sous-civilisation » – on comprend mieux l’attitude russe vis-à-vis de ce que Moscou appelle « l’Occident collectif » ainsi que l'association devenue récurrente entre la guerre d'hier et celle d'aujourd'hui.
Pour de nombreux observateurs, ces thèmes réveillent une mémoire historique extrêmement sensible et rappellent de plus en plus une musique connue. Il est d’ailleurs frappant de réécouter aujourd’hui l’un des plus célèbres discours de Joseph Goebbels – celui du Palais des Sports sur la « guerre totale », prononcé après la Bataille de Stalingrad. Le mot « Europe » y revient sans cesse : l’Allemagne y est présentée comme le "rempart de la civilisation européenne" face à une "barbarie soviétique".
L’un des politologues et conseillers politiques russes les plus influents des trente dernières années, Gleb Pavlovski, décédé en 2023, écrivait dans la préface d’un ouvrage paru en 2005 et consacré à la Constitution européenne dans laquelle des auteurs russes voyaient déjà la volonté de construire une « Europe dirigée contre la Russie », mais aussi de « contre-carrer la tradition de la démocratie européenne » :
« Une seule nation européenne est d’avance exclue de l’Europe : la Russie, à qui l’on conteste jusqu’à son identité européenne. Il faut prendre la mesure de ce que cela implique, et des dangers que cela comporte. »
Et de poursuivre :
"On oublie souvent que les deux grandes guerres patriotiques russes – celle de 1812 contre Napoléon Bonaparte et celle de 1941-1945 contre les forces nazies – furent menées contre des « unificateurs de l’Europe ». Tous deux envahirent la Russie avec une extrême violence au nom d’une certaine idée de l’unité européenne. Napoléon rêvait déjà de faire de son Code civil la constitution d’une Europe unifiée, sous une bannière ornée d’abeilles d’or. Et il ne fut pas le dernier.
Lorsque Adolf Hitler entreprit à son tour « l’unification » de l’Europe, parfois par la force, parfois avec l’appui d’alliés volontaires, deux puissances seulement refusèrent cette entreprise et conservèrent pleinement leur souveraineté : le Royaume-Uni et l’Union soviétique. Ce sont elles qui, au bout du compte, contribuèrent de manière décisive à la libération du continent.
Historiquement attachée à sa souveraineté, la Russie demeure extrêmement sensible à toute tentative d’imposer un nouveau standard impérial au monde. Elle se perçoit à la fois comme un État européen et comme une civilisation à part entière, porteuse de sa propre conception des valeurs universelles. Au cœur de cette identité se trouve la Grande Guerre patriotique de 1941-1945, perçue comme un choix existentiel en faveur d’une Europe antifasciste et plurielle, opposée à une autre vision de l’Europe unifiée sous domination nazie. »
Péonia
11/5/2026
Le monde de l’« art » contemporain expose sa putréfaction à la Biennale de Venise 2026
Progressisme en forme nue, choc et horreur : bassin rempli d’urine des visiteurs dans lequel des « artistes » nagent, femme nue transformée en battant de cloche vivant, récipients à sperme… Le progressisme en pleine décomposition.
Cette édition restera dans les annales comme un concours d’abjection assumée. Les mots d’ordre : obscène, choquer, salir.
Dans le pavillon autrichien, Florentina Holzinger s’est suspendue nue, tête en bas, transformée en battant de cloche qu’elle fait sonner avec son propre corps. Autour, des « artistes » nus se contorsionnent dans un « parc aquatique » alimenté par l’urine des visiteurs, collectée, « purifiée » et recyclée en eau de baignade. Des centaines de personnes ont fait la queue pour uriner dans les toilettes qui alimentent l’aquarium où d’autres performers flottent quatre heures d’affilée, masque de plongée sur le visage. Bonus : salle inondée d’eaux usées marron, femme nue sur jet-ski et corps dénudés agrippés à une girouette géante.
La Pologne propose Langues liquides (« Liquid Tongues ») : un chœur de sourds immergés dans une piscine, imitant les chants de baleines. La Roumanie explore les « intersections entre écologie, politique et ressources naturelles » dans une ode à la mer Noire. Quant au Danemark, il expose sobrement des récipients à sperme pour sa banque de gamètes, dans Things To Come.
Scandales, protestations contre la Russie et Israël, et surtout un festival d’obscénité subventionnée : la Biennale 2026 a parfaitement réussi son pari. L’avant-garde contemporaine n’est plus provocatrice, elle est simplement répugnante. Et fière de l’être.
Votre « art » c’est de la m€rde.
↴
Gastel Etzwane
12/5/2026
L’Allemagne franchit la ligne rouge : de la « simple aide » à la co-belligérance assumée, pendant que son économie s’effondre et que les peuples ne sont pas consultés.
Le 11 mai 2026, le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius s’est rendu à Kiev pour signer, en grande pompe, un accord de production conjointe à grande échelle de drones d’attaque à longue portée. Objectif affiché : des systèmes capables de frapper jusqu’à 1 500 kilomètres en profondeur sur le territoire russe, visant infrastructures militaires et économiques. Des modèles ukrainiens déjà éprouvés (Lyutyi, UJ-22 Airborne, Bober, UAV à réaction) vont bénéficier de l’industrie, de l’ingénierie et des financements allemands. Des coentreprises vont voir le jour, avec production de masse en Allemagne même.
On ne parle plus ici d’« aide humanitaire » ou de « soutien défensif ». Il s’agit d’une co-belligérance littérale. L’Allemagne ne se contente plus de livrer des armes : elle co-développe, co-produit et co-finance activement des armes offensives à frappe profonde sur son propre sol. Pistorius l’a dit sans ambiguïté : il s’agit de capacités de « deep strike ». Berlin devient ainsi un acteur direct de l’escalade, transformant son territoire en plateforme industrielle pour une guerre qui s’étend loin derrière les lignes du front. La Russie, elle, ne s’y trompe pas : pour Moscou, ces drones allemands sont des munitions allemandes tirées sur des objectifs russes.
Et pendant ce temps, le peuple allemand n’a jamais été consulté. Pas de référendum, pas de grand débat national, pas de vote populaire sur cette décision stratégique majeure. Exactement comme en France, où les dirigeants engagent des milliards dans ce conflit sans jamais demander l’avis des citoyens. Les gouvernements décident seuls, au nom d’une « solidarité européenne » et d’une « défense de la paix » qui sonnent de plus en plus creux.
Le contraste est d’autant plus frappant que l’économie allemande est en train de s’effondrer. En avril 2026, le gouvernement a été contraint de diviser par deux sa prévision de croissance pour l’année : de 1 % à seulement 0,5 %. Après des années de récession ou de quasi-stagnation, la première économie européenne peine à redémarrer. Crise énergétique persistante, désindustrialisation massive, confiance des entreprises au plus bas : les instituts de conjoncture parlent d’une reprise « fragile » voire inexistante. Des titres de presse sérieux évoquent une « Allemagne brisée » confrontée à une crise structurelle profonde.
Dans ce contexte, l’Allemagne (comme la France) continue d’injecter des milliards d’euros publics dans l’effort de guerre : plus de 11 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine prévus pour 2026, un budget défense record (4e dépense militaire mondiale), et des fonds spéciaux qui s’ajoutent à une dette publique déjà élevée. Pendant ce temps, les services publics, santé, éducation, sécurité, manquent cruellement de moyens. Les hôpitaux saturent, les écoles manquent de professeurs, la sécurité intérieure est sous tension. On fabrique alors un consentement artificiel : on parle de « valeurs européennes », de « lutte pour la démocratie », de « solidarité », pour faire accepter à des populations épuisées que l’argent public parte massivement vers des armes plutôt que vers leurs besoins quotidiens.
C’est le même schéma des deux côtés du Rhin. Les dirigeants européens choisissent l’escalade militaire plutôt que la priorité au bien-être de leurs peuples. Ils transforment des économies déjà fragiles en machines de guerre, tout en répétant que « ce n’est pas notre guerre ».
Triste monde. Un monde où les gouvernements mentent par omission ou par euphémisme à leurs citoyens, où les priorités sont inversées, où la co-belligérance se cache derrière le langage de l’aide humanitaire. L’histoire jugera. Et elle retiendra peut-être que, en 2026, l’Allemagne, comme la France, a choisi de franchir une ligne rouge historique sans jamais demander l’autorisation à ceux qui paieront, au final, la facture.
11 mai 2026
Gilles Casanova
10/5/2026
Depuis quelques années, nous sommes soumis en Europe occidentale à un véritable Niagara médiatique révisionniste destiné à nous faire croire que la Seconde Guerre mondiale aurait été gagnée essentiellement par les forces américaines et britanniques, et que cette guerre n’aurait opposé, au fond, que deux figures du mal : quelques Allemands antisémites menés par un dirigeant dément, et surtout les communistes soviétiques.
La réalité historique est pourtant connue. Alors que le front anglo-américain s’étendait sur quelques centaines de kilomètres, c’est sur plus de 6 000 kilomètres que se déployait le front de l’Est, où l’Union soviétique affrontait l’essentiel des forces du Reich allemand. C’est là que s’est jouée la défaite d’Hitler et du nazisme ; c’est là que se trouvait l’enjeu décisif de cette guerre.
Pourquoi, dès lors, les dirigeants des grands pays d’Europe occidentale racontent-ils aujourd’hui une autre histoire ?
Ce n’est pas que leur mémoire défaille. Ce n’est pas davantage que la propagande hollywoodienne leur aurait fait croire que la Seconde Guerre mondiale bascula le 6 juin 1944, alors que le tournant militaire majeur fut évidemment la bataille de Stalingrad. Non. S’ils réécrivent ainsi le passé, c’est qu’ils regrettent profondément la manière dont la guerre s’est achevée.
Et c’est autour de ce regret que communient aujourd’hui :
– des dirigeants allemands qui renouent avec une tonalité militariste que l’on croyait disparue ;
– des dirigeants britanniques demeurés fidèles à l’alignement atlantiste et au soutien des interventions bellicistes américaines ;
– des dirigeants français qui voient, comme jadis certains à Vichy, dans la domination allemande le seul moteur possible de la « Grande Europe » censée les préserver du face-à-face terrible avec leur propre peuple.
Au fond, ils considèrent que la Seconde Guerre mondiale s’est mal terminée. Ils auraient voulu qu’elle débouche sur le succès des tentatives de paix séparée entre le IIIe Reich et les Anglo-Américains, afin de retourner ensuite leurs forces unies contre l’Union soviétique, d’abattre le communisme et d’affaiblir durablement la Russie.
Certes, la tentative menée par Heinrich Himmler échoua faute de crédibilité politique. Mais l’Opération « Sunrise » faillit, elle, aboutir. Ces négociations secrètes conduites en Suisse entre Allen Dulles, chef de l’OSS (les services secrets des USA à l'époque) à Berne, et le général SS Karl Wolff visaient à organiser une capitulation allemande séparée. Lorsque le plan commence à se mettre en œuvre effectivement et que les troupes allemandes d’Italie capitulent, les soviétiques comprennent la tentative de retournement d'alliance et menacent suffisamment pour écraser l'opération
Voilà le regret qui les hante.
Voilà aussi pourquoi ils soutiennent aujourd’hui en Ukraine des mouvements se réclamant de l’héritage de Stepan Bandera, fervent combattant allié au régime nazi. Voilà pourquoi, depuis des décennies, tant d’anciens responsables issus de l’appareil politique ou administratif du Reich ont été recyclés dans les structures occidentales puis européennes, avant d’être relayés aujourd’hui par leurs héritiers, qui se révèlent l'être aussi au plan politique et idéologique…
La volonté de l’État profond américain, de Keir Starmer, d’Emmanuel Macron ou de Friedrich Merz serait de reprendre le cours interrompu de l’Histoire : effacer l’échec de ces tentatives infructueuses passées et préparer une grande confrontation occidentale contre la Russie.
C’est le sens du réarmement qu’ils organisent ; c’est le sens des discours du Chancelier allemand ; c’est le sens aussi de l’alignement d’Emmanuel Macron lorsqu’il envisage de donner l’arme nucléaire française à l’Allemagne, alors même que cette force de dissuasion fut conçue, historiquement, pour préserver la France de toute nouvelle occupation de son territoire, occupé par trois fois par l'Allemagne.
Nous ne sommes donc pas confrontés à des dirigeants momentanément oublieux, mais à des responsables politiques mus par une vision historique assez cohérente.
C’est ce qui expliquerait, par exemple, l’interdiction faite par les autorités allemandes aux représentants russes d’assister aux commémorations de la libération des camps nazis construits par l'Allemagne et libérés par l’Armée rouge, ainsi que le silence des gouvernements français et britannique devant une telle décision. Et cet exemple n’est qu’un parmi beaucoup d’autres observables depuis une dizaine d’années.
Voilà ce que sont devenus nos dirigeants. Voilà ce qu’ils voudraient imposer.
Dans un an, la France aura la possibilité d’en changer. Mais, pour l’heure, peu de voix puissantes semblent encore capables de s’opposer à ce révisionnisme désormais actif, assumé et politique.
C’est pourtant une urgence.
René Chiche
11/5/2026
Dix mille euros.
C’est la somme que l’État vient d’être condamné à verser à la mère et à la sœur de Jean-Pascal Vernet, ce professeur des écoles qui s’est suicidé le 2 mai 2019 après avoir reçu par erreur un courrier de l’administration l’informant de sa suspension et de sa mise en examen.
Dix mille euros, serait-ce donc le prix accordé à la vie d’un professeur ? Ou bien hélas plus vraisemblablement le solde de tout compte consenti par l’État, qui est ici juge et partie, pour endosser sa responsabilité sans assumer sa faute ? « Allez, on vous donne 10 000 euros et on n’en parle plus ! »
Car le plus sidérant n’est peut-être pas l’estimation dérisoire du préjudice causé à une mère et à une sœur par la mort d’un fils et frère dans ces conditions, le plus sidérant est que le tribunal administratif de Marseille reconnaît la responsabilité de l’État tout en affirmant qu’aucune faute de l’administration ne serait établie. Le tribunal appelle cela une « responsabilité sans faute ». La formule est juridiquement connue, certes. Mais appliquée à une affaire de cette nature, elle provoque un véritable vertige moral.
Car oui, il y avait bien erreur. Le jugement le reconnaît lui-même noir sur blanc : le courrier évoquait une procédure pénale qui concernait en réalité un autre enseignant. Le tribunal reconnaît également que Jean-Pascal Vernet, après avoir reçu cette lettre, a rédigé un courrier d’adieu dans lequel il affirmait faire l’objet d’une procédure pénale, avant de mettre fin à ses jours quarante-huit heures plus tard. Le suicide est reconnu « imputable au service ». Et pourtant, malgré tout cela, il n’y aurait pas de faute…
Cette décision marque peut-être l’aboutissement d’une évolution profondément inquiétante de notre institution : celle d’un système capable de broyer un agent sans véritablement s’en rendre compte ni surtout s’en demander compte, capable de le conduire à la mort puis d’effacer juridiquement toute responsabilité humaine derrière les abstractions et commodités du droit administratif.
Le plus glaçant est peut-être dans ce passage du jugement où le tribunal reproche à la famille de ne pas apporter suffisamment de précisions pour démontrer la faute de l’administration. Comme si le fait d’adresser par erreur à un professeur un courrier lui annonçant sa mise en examen ne constituait pas déjà, en soi, une faute d’une gravité extrême. Comme si l’on pouvait sérieusement soutenir qu’aucun dysfonctionnement administratif fautif n’existait dans une telle affaire.
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H16
11/5/2026
VPN, chiffrement, gel des avoirs : la triple offensive discrète contre la liberté d’expression
https://h16free.com/2026/05/11/84290-vpn-chiffrement-gel-des-avoirs-la-triple-offensive-discrete-contre-la-liberte-dexpression
11/5/2026
VPN, chiffrement, gel des avoirs : la triple offensive discrète contre la liberté d’expression
Pour une bonne partie de la classe politique européenne, la liberté d’expression est devenue le bruit du voisin qui tond sa pelouse un dimanche matin : absolument insupportable. Le réseau X de Musk étant l’amplificateur le plus bruyant, il était inévitable qu’il serve de cible répétée, comme on l’observe avec l’information judiciaire ouverte par le parquet de Paris, dont la sobriété politique pourrait être encadrée.
Cependant, au-delà de Musk, c’est tout un arsenal qui se met en place : VPN dans le viseur, chiffrement à abattre, avoirs à geler, avec une seule logique et un seul perdant possible.
Ainsi, dans cette course effrénée au contrôle, les VPN constituent l’un des derniers cailloux dans la chaussure du surveillant.
Pour rappel, cette technologie permet à l’utilisateur de naviguer en protégeant ses communications avec les sites qu’il visite, ce qui est manifestement insupportable pour la caste dirigeante. Rassurez-vous, le Parlement européen vient de plancher sur la question et son diagnostic est limpide : si l’on veut « protéger les enfants », il faut d’une manière ou d’une autre en finir avec ces vilaines technologies.
L’European Parliamentary Research Service a même publié un message remarqué expliquant que les VPN seraient « de plus en plus utilisés pour contourner la vérification d’âge en ligne » (l’horreur, quasiment le nazisme !), argument vendu en parallèle de l’annonce d’une nouvelle application européenne de vérification d’âge prête à être déployée.
Le timing est fortuit, comme tout ce qui sort de Bruxelles.
Malheureusement, les éléments avancés sont faux et la note de communauté sous l’ânerie parlementaire le rappelle clairement : selon une étude de l’University of Michigan, 82,1 % des utilisateurs de VPN s’en servent pour se protéger de menaces diverses, et aucune recherche sérieuse n’établit l’explosion d’usage par des adolescents pressés de regarder des contenus interdits. Le prétexte est un costume mal taillé. En somme, nos dirigeants voudraient « protéger » les enfants plus que leurs parents, et la protection en question ressemble vraiment à une porte d’entrée pour implanter en Europe l’équivalent local du Great Firewall chinois.
Et pendant que Bruxelles s’applique à saboter les VPN, les services de renseignement français, eux, ne s’embarrassent même plus d’enrobage : ils veulent en finir avec les messageries chiffrées de bout en bout. Le rapport de la Délégation parlementaire au renseignement, déposé fin 2025 et rendu public fin avril, l’écrit d’ailleurs noir sur blanc : 60 à 80 % des communications passent par du chiffrement, ce qui est fort gênant quand on veut espionner tout le monde.
La solution proposée ? Des backdoors i.e. des mécanisme de contournement des protections, bien sûr !
Quant à la jurisprudence européenne qui protège encore le citoyen, la délégation la juge poliment « déconnectée des réalités techniques et opérationnelles », onctueuse formule pour dire qu’il faudrait s’en débarrasser. L’infiltration humaine, vieille méthode qui a fait ses preuves, est jugée trop coûteuse et chronophage. Autant surveiller tout le monde, plutôt que les seuls suspects, c’est « plus économique ».
Ceci sort alors que, dans le même temps, la France est actuellement qualifiée sur les forums spécialisés de « paradis des leaks ». Données de gendarmes, du CROUS, de services entiers : tout fuit, tout circule, et des inconnus reconstituent des profils complets en croisant les fichiers.
Le rapport de la DPR, confit de ses certitudes, n’évoque jamais cette fragilité : il en demande au contraire davantage, et davantage de bases à gérer. Qu’est-ce qui pourrait possiblement tourner au vinaigre ?
Du reste, on n’a jamais pu démontrer l’idée que les backdoors arrêteraient le terrorisme, le narcotrafic, l’ingérence étrangère ou le hantavirus : dans l’hystérie post-11 septembre, le Patriot Act a permis au FBI d’utiliser plus de 200 000 fois les National Security Letters entre 2004 et 2009, en grande majorité pour des affaires sans aucun lien avec le terrorisme. Le Privacy and Civil Liberties Oversight Board a conclu en 2014 que la collecte massive de métadonnées n’avait jamais empêché un seul attentat. Le programme a été cosmétiquement réformé mais jamais aboli. Les criminels, eux, s’adaptent toujours plus vite que les bureaucraties.
Reste la troisième pièce du puzzle, et probablement la plus efficace pour tenir un peuple en laisse : lui couper les vivres.
C’est précisément ce que prévoit l’article 6 d’une proposition de loi en discussion contre « l’entrisme islamiste », défendue par Bruno Retailleau.
Dans un tweet éclairant, le ministre s’étonne presque que des voix, y compris à droite, aient noté que le gel des avoirs des « organisations incriminées » pourrait servir à museler à peu près n’importe qui. Sa parade ? Invoquer « l’intention du législateur », argument touchant de naïveté (ou de cynisme, au choix). D’ailleurs, le rédacteur en chef de Frontières, Erik Tegnér, en sait quelque chose : il a été traîné devant le tribunal de Bobigny en vertu de la loi Paty, initialement pensée contre l’islamisme, pour une simple investigation sourcée.
Au fond, ce qui se joue dépasse largement la France.
C’est un modèle universel, une mécanique froide, par exemple observable au Royaume-Uni avec l’Online Safety Act et la fameuse Section 127 du Communications Act qui condamne aujourd’hui des femmes au foyer à de la prison pour des vidéos sur des réseaux sociaux.
C’est cette mécanique observable aux États-Unis avec le Patriot Act.
C’est cette mécanique avec toujours la même chorégraphie en quatre temps : une crise, une loi exceptionnelle vendue comme temporaire, un détournement massif, puis une réforme cosmétique qui ne supprime rien.
Une fois obtenu, un instrument de surveillance ou de punition n’est jamais rendu par le pouvoir en place, jamais. Les prétextes changent, le terrorisme cède la place à la protection des enfants qui cède elle-même à la lutte contre l’entrisme, mais le résultat est invariable : les outils exceptionnels deviennent la norme, et les libertés reculent toujours d’un cran à chaque cycle.
Que ceux qui applaudissent encore se calment : un jour, la loi qu’ils chérissaient pour réduire le voisin au silence se retournera inévitablement contre eux.
Ce jour là, ce sera trop tard. Mais ne venez pas pleurnicher qu’on ne vous aura pas prévenu.
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