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4 janvier 2026

Le réveil de l’empire de l’Ouest

Radu Portocala
4/1/2026

En 1944, les troupes américaines qui avaient débarqué sur les plages normandes portaient dans leurs bagages un étrange cadeau pour la France : le Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT). Prévoyants, les gouvernants de Washington avaient même imprimé des billets de banque et avaient cherché à les mettre en circulation. La France était un territoire occupé et il ne pouvait être gouverné que par les États-Unis. « Nous userons du droit de l’occupant » avait dit Roosevelt, et il avait ajouté : « Je parlerai au peuple français à la radio et il fera ce que je voudrai. » La France était, donc, censée devenir une colonie américaine, le même sort étant réservé à l’Italie, la Norvège, le Danemark, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.


Quelques heures seulement après l’enlèvement de Nicolas Maduro, des propos tenus par Donald Trump n’étaient pas autre chose que l’écho tardif du projet de Roosevelt pour la France. « Les Américains resteront en France jusqu’à ce que des élections libres y soient organisées » disait ce dernier. Et Trump de répéter : « Nous allons diriger le pays [le Venezuela] jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre. » Cela, que l’on applaudisse ou non au renversement de Maduro, s’appelle occupation. Il suffit de changer un seul mot au vieux projet : American Military Government of Occupied Territories.

Les menaces d’intervention formulées par Trump à l’égard du Mexique, de Cuba et de la Colombie ainsi que son affirmation – « La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais mise en question » – laissent entrevoir un avenir mouvementé. La volonté de coloniser le Groenland et de faire du Canada le 51e État américain complètent le tableau d’une Amérique qui se lance (ou re-lance) dans la politique coloniale. Parce qu’il ne faut pas oublier que, pendant des décennies, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud ont été dirigées par des régimes installés par Washington et inféodés à Washington. On comprend donc qu’il ne s’agit pas d’un appétit nouveau et que Trump se contente de suivre la trace de ses prédécesseurs.

Certes, la rapidité avec laquelle il a annoncé que les sociétés pétrolières des États-Unis vont prendre position au Venezuela semble indiquer que le sous-sol du pays le préoccupe davantage que le sort de ses habitants. Il sera, d’ailleurs, intéressant de voir, durant les mois à venir, dans quelle mesure ce sort sera meilleur et dans quelle mesure les actuelles structures du pouvoir – ce qui implique les institutions répressives – vont se transformer. Vu la manière dont se sont achevées les diverses interventions américaines à travers le monde, il est logique de craindre que l’enthousiasme d’aujourd’hui devienne la désillusion de demain.

Depuis deux siècles, les États-Unis sont travaillés par une tentation impériale qui ne peut aboutir. L’actuelle administration, soupçonnée un moment d’isolationnisme, n’a pas pu résister aux attraits d’une tradition qu’elle espère probablement corriger. À tort, le « Make America Great Again » n’a pas été interprété comme une incitation géographique, tout comme, à tort également, la très rapidement exprimée volonté de Trump de changer le nom du Golfe du Mexique en Golfe d’Amérique n’a été prise que pour un signe de mégalomanie. La réalité est autre : une fois de plus, les États-Unis cherchent à se constituer un empire colonial. Ils réussiront peut-être, mais la question est autre : seront-ils en mesure de le conserver, alors que le noyau même est de plus en plus fragile, de plus en plus sujet aux déchirements ?

LA JOURNÉE DES DUPES

Gabriel Nerciat
4/1/2026

C'est fou comme on s'amuse depuis 24 heures.
À peine Macron et les porcelets européistes ont-ils tous (Sanchez excepté) félicité Trump pour l'excellence de sa razzia vénézuélienne, jetant ainsi aux orties en quelques heures tous les grands discours qu'ils ont pondus sur l'Ukraine et le droit multilatéral depuis 2022, que leur seigneur et maître d'outre-Atlantique leur fait aussitôt savoir qu'il n'est pas question de rappeler à Caracas la bouillante pasionaria libérale Maria Corina Machado, qui a eu l'impudence de lui ravir le prix Nobel de la Paix l'an dernier, ni même le malheureux Edmundo Gonzalez Urrutia, qui avait concouru contre Maduro lors des élections présidentielles de 2024.
C'est une seconde douche froide, encore plus glaciale que la première.
Non seulement lécher le cul du président américain ne sert à rien, sinon entretenir sa propre honte, mais en plus ce dernier ne tarde pas à vous faire savoir qu'il a son propre papier hygiénique, et nullement besoin de langues bien trop prostituées pour lui être encore agréables.
En réalité, je crois qu'il ne faut pas se tromper sur le sens de ce qui vient de se passer : Donald n'est pas devenu un nouveau dirigeant néo-con désireux de justifier par des changements de régime des guerres impérialistes coûteuses et prédatrices.
Il suffisait d'écouter ce qu'il a dit hier, devant la presse : le seul mot qui revenait sans cesse dans sa bouche, outre la référence attendue au président Monroe et à sa doctrine, était "oil".
Pour l'Amérique, deux choses essentielles sont en jeu : maintenir le statut impérial du dollar, lié depuis 1976 à sa fonction de pétrodollar, et avoir la main sur une part suffisamment conséquente des réserves d'or noir pour endiguer la montée de la puissance chinoise, avide d'hydrocarbures, sans pour autant continuer à dépendre des complexes et dangereux conflits du Moyen-Orient arabe (les éternels idiots pro-israéliens qui spéculent sur une agression contre l'Iran risquent d'attendre longtemps, d'autant plus que la Chine, désormais privée de son second fournisseur de pétrole, ne la regarderait pas sans réagir).
À cela, Trump ajoute un troisième objectif : non pas tant la lutte contre les narco-trafics que celle contre l'immigration clandestine, venue pour l'essentiel de l'ancienne zone bolivarienne.
Ceux qui pensent que l'action d'éclat d'hier signifie le retour de la puissance mondiale américaine, leader de l'Occident, se trompent : elle acte au contraire un repli significatif sur le théâtre continental américain (je ne suis même pas persuadé que Cuba soit dans le viseur de la Maison-Blanche), et constitue un encouragement pour Xi comme pour Poutine de consolider leurs propres zones d'influence régionales sans plus s'embarrasser des reliquats du droit international.
Après Maduro, le satrape pétomane de Kiev est le grand perdant de la journée d'hier. En attendant sans doute le dérisoire Premier ministre de Taïwan, Cho Jung-tai, qui a pu vérifier de quelle manière la Chine est en mesure d'imposer à son île un embargo total.
Reste qu'il est beaucoup plus facile d'enlever un potentat semi-mafieux et son épouse sans trop de casse que de renverser un système politique, aussi népotique et criminel soit-il.
Rappelons qu'à l'heure qu'il est, le régime bolivarien, même privé de Maduro, est toujours en place à Caracas, et que nulle foule révolutionnaire en liesse n'est descendue dans la rue pour applaudir l'intervention de la République impériale.
À mon avis, il est assez probable que l'administration Trump (à l'inverse de celle de Bush en Irak) va tenter de maintenir en place une partie notable des dignitaires bolivariens (à commencer par ceux qui ont trahi Maduro) en échange d'un protectorat tacite qui consistera essentiellement à sécuriser le retour des grandes compagnies pétrolières américaines au Venezuela.
Rien ne dit d'ailleurs que l'opération est d'ores et déjà en voie de réussir : il se peut très bien qu'une partie des anciens partisans de Chavez, ainsi que l'opposition libérale flouée, refusent de jouer le jeu, et que le pays sombre assez vite dans un début de guerre civile que les Américains n'auront nullement les moyens d'endiguer.
Mais on sait que semer le chaos avant de partir est, au moins depuis le Vietnam, leur grande spécialité.
Tout reste à faire, donc.
Sauf pour ce qui regarde le déclassement et l'humiliation de l'Europe, quant à eux déjà totalement consommés.vene
Gabriel Nerciat
3/1/2026

VIENS POUPOULE VIENS


Qui l'eût cru ?
Ce jeune et fringant arriviste banquier et technocrate, qui a volé la tête du pouvoir exécutif en 2017 en promettant d'être le Mozart de la finance et le rival triomphant de tous les nationaux-populismes du monde, termine son règne, neuf ans plus tard, sans majorité parlementaire, sans héritier désigné, sans allié politique dans le vaste monde, légataire de finances publiques exsangues, auteur d'une dette souveraine colossale, tributaire d'un bilan économique piteux, qui n'a plus d'autre expédient que d'aller servilement féliciter le président populiste des États-Unis de sa dernière razzia impérialiste en Amérique latine.
Je crois que pour la première fois, même ses électeurs ce soir ont honte de lui.
Mais la honte, ce n'est pas grave. Le pire, c'est le degré atteint dans l'abjection qui la suscite.
Eric Vial

Le droit international c’est la justice


-4/1/2026- Quand le droit protège des salopards, des dealers, des tueurs de femmes ou d’adolescents, des dictateurs illégitimes qui se sont arrogés les richesses d’une nation, ce n’est plus du droit.
Quand des peuples ne sont plus souverains ni de leur liberté, ni de leur avenir.
Quand des femmes et des hommes sont agressés, arrêtés, tués, torturés parce qu’ils revendiquent des droits.
Quand des populations meurent de faim et de pauvreté pendant que leur oppresseur se pavanent dans la luxure.
Alors, il n’y a plus de droit international qui vaille, hormis celui de la solidarité entre les Hommes, de vouloir aider son prochain, même s’il n’a pas la même nationalité que moi.
Se cacher derrière le droit international pour excuser sa carence de courage est l’apanage des pleutres et de ceux qui manquent de convictions, des complices des autocrates.
Être un homme libre, faire partie du monde libre, c’est aussi savoir prendre ses responsabilités ; ne pas avoir peur face à l’obscurantisme et à ceux qui veulent briser le monde.
Quand je constate une flagrante injustice, j’interviens : c’est cela, le droit international.
De tout cœur avec les peuples du Venezuela et d’Iran pour leur indépendance et leur libération.
Pierre Duriot
4/1/2026

3 janvier 2026

Anna Rocca
3/1/2026

Les 72 prochaines heures sont critiques pour le monde


Si les États-Unis parviennent à imposer un contrôle sur le Venezuela, et par extension sur les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, cela marquera un tournant majeur dans l’équilibre des puissances mondiales.
Une telle démarche ne viserait pas à restaurer la démocratie ou à protéger les droits humains, mais à réaffirmer une domination stratégique sur l’énergie, les routes commerciales et les alliances régionales.
Dans ce cas, l’Iran passerait probablement en tête des priorités stratégiques de Washington.
Assurer un contrôle sur le pétrole vénézuélien réduirait la vulnérabilité des États-Unis aux perturbations énergétiques dans le Golfe et fournirait un coussin contre les chocs d’approvisionnement en cas de confrontation avec l’Iran.
Avec une source fiable alternative de brut lourd sous son influence, Washington serait mieux placé pour absorber ou compenser la destruction ou l’arrêt des infrastructures énergétiques dans le golfe Persique en temps de guerre.
Cela réduirait le coût économique de l’escalade et rendrait la pression militaire contre l’Iran plus politiquement et économiquement gérable.
Parallèlement, un tel contrôle renforcerait la capacité des États-Unis à façonner les flux mondiaux de pétrole et les prix, en consolidant le rôle central du dollar sur les marchés énergétiques et en aidant à préserver le système du pétrodollar qui sous-tend la puissance financière américaine.
Le Venezuela deviendrait ainsi bien plus qu’une question régionale. Il deviendrait un précédent stratégique, une démonstration que la pression économique, l’ingénierie politique et, si nécessaire, la force peuvent être utilisées pour restructurer des États souverains et réaligner l’équilibre mondial des puissances.
Cependant, si les États-Unis s’emmêlent dans le Venezuela et font face à une résistance soutenue, l’issue changerait radicalement.
Une crise prolongée épuiserait le capital politique, étirerait les ressources militaires et économiques, et affaiblirait la capacité de Washington à projeter sa puissance ailleurs, y compris au Moyen-Orient.
Cela compliquerait aussi la planification stratégique israélienne, étroitement liée au levier régional américain.
Ce qui se passe au Venezuela ne restera pas en Amérique latine. Cela façonnera l’avenir du contrôle énergétique, les limites de la puissance américaine et l’orientation des confrontations géopolitiques bien au-delà de Caracas.
Source : Ibrahim Majed
Tchamé Dawa

Pourquoi l'Europe se casse-t-elle les dents sur la Russie ?

Besoin de perspectives pour 2026 ? Voici un peu de grain à moudre pour envisager la suite, quelques indications sur les bouleversements en cours, et la confirmation de la nullité incommensurable de nos dirigeants.
Par Slobodan Despot, dont j'apprécie tout particulièrement les analyses.
Il publie notamment chaque semaine dans l'Antipresse.

Vidéo de 15 min 20 s ↴

LA FIN DU SYSTÈME MULTILATÉRAL APPROUVÉE PAR L'EUROPE

Gabriel Nerciat


-3/1/2026- L'impératrice Ursula, qui soutient avec quelle fougue depuis quatre ans la guerre de la jeune cleptocra..., euh démocratie ukrainienne contre le règne barbare de la force, est beaucoup trop occupée, en ce premier week-end de janvier, pour commenter et condamner l'agression du Venezuela par les États-Unis.
Il faut la comprendre : c'est une catholique pratiquante, et en début d'année il y a beaucoup trop de péchés à aller confesser au prêtre de sa paroisse quand on ne va plus très souvent à l'église.
Emmanuel Macron, lui aussi apparemment, est aux abonnés absents. Lui qui est si prompt à voir des ingérences étrangères partout, pourtant, ce matin, il est servi.
La Kallas, quant à elle, fidèle à sa tradition familiale collaborationniste, fait de timides sourires à Donald, mais sans appuyer trop. Elle qui rêvait d'accomplir le plus grand hold-up de l'Histoire en volant les avoirs de la Banque centrale russe est secrètement jalouse, mais elle n'ose pas le dire.
Personne visiblement ne l'a instruite du fait que lorsqu'on veut commettre un larcin, le mieux est de ne pas le claironner urbi et orbi à l'avance.
Qu'on approuve Trump ou qu'on le désapprouve, sa principale vertu reste la même : il fait tomber les masques.
On va compter dans les heures qui viennent le nombre de vénérables avocats du multilatéralisme et du droit international qui vont condamner réellement la capture de Maduro et la violation de l'intégrité territoriale du Venezuela par l'armée américaine, notamment en Europe. Mon petit doigt me dit qu'ils ne vont pas être si nombreux que cela (mais comme à la belle époque de Milosevic et de Kadhafi, finalement, ou lors de l'agression de l'Iran par Israël cet été).
C'est seulement si le pays bascule ensuite dans la guerre civile qu'ils se résoudront à faire une petite moue désapprobatrice.
Reste que pour l'avenir du satrape ukrainien ou celui du Premier ministre taïwanais, les choses vont être un peu plus simples désormais, et il n'est pas impossible que Poutine et Xi cachent leur joie.
Quand même l'arrogante douairière qui loge dans les dépendances du château de l'Ouest est contrainte de reconnaître sans fard qu'elle n'est qu'une putain rangée des voitures, les châtelains et autres suzerains n'ont plus à donner le change, et cela achève de clore trois quarts de siècle d'hypocrisie occidentale (diplomatique et idéologique).
P.S. À la place d'Assoumani, le président des Comores, je réfléchirais à deux fois avant de continuer à envoyer des "kwassa kwassa" vers Mayotte. Macron est en fin de règne, et on ne sait jamais ce qui pourrait advenir par la suite...
Pierre Duriot
3/1/2026

Je me marre...
Les États-Unis ont mené une opération militaire dans un pays souverain : impensable.
L'Europe doit immédiatement prendre des sanctions économiques, se passer des énergies américaines, rappeler Le Maire pour qu'il mette l'économie américaine à genoux, et demander à la presse de nous expliquer que Trump fait voler ses hélicoptères avec des pièces de machines à laver, qu'il va avoir un cancer et que son peuple va se soulever.
Macron doit donner quelques canons Caesar et des vieux Mirages au Venezuela et trouver immédiatement trente milliards de nos impôts pour... comment ? Hein, ce n'est pas pareil ? Ah ben alors...