Translate

17 janvier 2026

Groenland : la menace chinoise surgit pile au bon moment

Gastel Etzwane
17/1/2026

« L’OTAN n’autorisera pas la Russie et la Chine à utiliser l’Arctique à des fins militaires. »
Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense
C’est donc officiel. Si quelques soldats européens ont été envoyés au Groenland, ce n’est évidemment pas à cause des déclarations répétées du président américain sur l’île. Non. C’est parce que la Russie et la Chine représenteraient soudain une menace imminente dans l’Arctique. Une menace apparue, comme par magie, exactement au moment où Washington s’est mis à parler du Groenland comme d’un actif stratégique à sécuriser.
La Russie, puissance arctique depuis des siècles, et la Chine, qui n’a ni bases ni troupes sur place, justifieraient donc l’envoi de quelques valeureux soldats européens. Une réponse ferme, symbolique et parfaitement dissuasive face à deux géants militaires.
De quoi faire trembler Moscou et Pékin… ou au moins les ours polaires, désormais officiellement sous protection OTAN.
Car personne n’est dupe. Ce micro-déploiement n’a aucun impact militaire réel. Il ne protège rien, ne dissuade personne et ne modifie aucun rapport de force. Il sert à produire un communiqué, une photo, une posture. Une manière élégante de dire « nous existons aussi » sans jamais prononcer le mot « États-Unis ». En diplomatie, on évite de nommer l’éléphant dans la pièce. On invoque la Chine, c’est plus commode.
La Chine, d’ailleurs, joue ici le rôle parfait : suffisamment lointaine pour ne pas répondre, suffisamment inquiétante pour justifier n’importe quoi, et suffisamment absente du Groenland pour ne pas compliquer le récit. Quant à la Russie, elle est devenue une variable automatique : on la mentionne par réflexe, comme une incantation.
La France n’est évidemment pas en reste. On imagine déjà les soldats français déployés pour défendre le patrimoine gastronomique arctique contre une invasion de sushis chinois et de bortsch russes. Des légionnaires en parka, préparant des rations de survie à base d’escargots polaires, afin de préserver la haute cuisine européenne. Zéro rapport avec Washington, bien entendu.
Les Britanniques, eux, seraient là pour protéger l’Earl Grey contre une infiltration de thé vert chinois et de samovars russes. Le SAS, en mission sur les icebergs, veillerait à ce que l’eau bouillante reste strictement conforme aux standards de l’après-midi londonien. La souveraineté commence toujours par la théière.
Quant aux pays nordiques, ils surveilleraient trolls, aurores boréales et saunas ancestraux, de peur que Moscou ou Pékin ne s’en emparent pour en faire des attractions géopolitiques. L’important n’est pas la crédibilité de la menace, mais la cohérence du discours.
Au final, tout le monde sait pourquoi ces soldats sont là.
Tout le monde sait que c’est purement symbolique.
Mais tout le monde fait semblant de croire à une autre histoire.
Une petite comédie arctique, parfaitement huilée, où l’on brandit la Russie et la Chine pour ne pas avoir à dire ce qui fâche vraiment. Une diplomatie du froid, réchauffée par l’hypocrisie.

16 janvier 2026

Bruxelles parle procédure, le monde parle force

H16

-16/1/2026- L’actualité internationale ne se contente plus de bousculer l’Union européenne : elle l’humilie. Elle expose, avec une cruauté croissante, le divorce idéologique entre Bruxelles et le reste de la planète. Là où le monde parle le langage de la force, l’Europe s’obstine à bégayer celui de la procédure.

L’opération américaine au Venezuela contre Maduro a clairement mis en valeur cette opposition : les États-Unis agissent et jouent la carte du fait accompli pendant que les principaux pays européens émettent des petits cris stridents en critiquant la violation du droit international.


L’Europe pense légalisme mais les États-Unis pensent puissance, celle des ressources technologiques, économiques et humaines.

Trop brutalement pour une Union européenne engluée dans sa bureaucratie, le monde a changé et les États-Unis protègent leurs intérêts sans plus y mettre les formes, purement rhétoriques, auxquelles ils avaient habitués leurs alliés. Pour l’administration Trump, l’ordre institutionnel reposant sur le droit international sert de moins en moins à tel point que les États-Unis se retirent de 66 organisations internationales dont ils n’ont plus besoin.

Ce changement est visible jusque dans les communiqués : l’administration américaine est passée du sermon à la transaction. De leur côté, les Européens vont davantage débattre de philosophie, d’idées et de droit, posture qui se traduit actuellement par une paralysie grandissante et la peur de toute décision brisant de fragiles statu quo.

Ce qui est vrai en matière de géopolitique militaire l’est aussi au niveau économique.

Le légalisme européen s’y retrouve désormais à grosses tranches grasses : si des entreprises, même non européennes, ne s’y conforment pas, voilà l’Union qui agite des menaces juridiques (comme on a pu le voir avec X, la plateforme de Musk).

De son côté, le système américain a compris deux choses : que le légalisme n’est rien sans puissance (d’où les démonstrations régulières de force) et qu’une bureaucratie sans contrôle étouffe les forces vives. Ils limitent donc leurs lois afin de favoriser la prise de risques et de décisions pendant qu’en Europe, les secteurs innovant se retrouvent progressivement noyés dans la recherche de conformité à toujours davantage de réglementations tentaculaires. D’ailleurs, lorsque la RGDP est rentrée en vigueur en Europe, les investissements dans la tech s’y sont progressivement effondrés, alors qu’ils ont augmenté aux États-Unis.


Cette maladie bureaucratique est profonde – il suffit d’écouter les discussions actuellement au Parlement français pour constater que toute question économique est traitée à travers des réglementations et des taxes – et fait croire à ceux qui en sont atteint que l’Union européenne serait une « puissance normative » dont la production légale serait un levier d’influence et de « soft power ».

Malheureusement, cette vision ne tient pas devant le retard abyssal accumulé face aux États-Unis ou à la Chine, tant en matière de croissance que de développement technologique, et plus récemment, devant la désindustrialisation galopante du continent.

Pire, ce légalisme débridé est même régulièrement utilisé contre certains membres de l’Union (la Pologne et la Hongrie en font régulièrement les frais) avec un succès politique faible pour ne pas dire contre-productif si l’on regarde la tendance politique européenne actuelle. En pratique, ce légalisme qui n’est plus protecteur pour les citoyens et se retourne même contre eux, est rapidement perçu par les peuples comme un outil politique utilisé afin de maintenir un système en place et empêcher toute réforme.

Enfin et pour couronner le tout, dans une cohérence d’ensemble de plus en plus douteuse, les mêmes qui insistent pour respecter ce légalisme envahissant s’assoient régulièrement sur ce dernier : les mêmes dirigeants qui vantent la protection des données n’hésitent pas à livrer les informations biométriques des Européens à Washington pour garantir une simple exemption de visa.

Dans ce contexte, les réactions ulcérées et paniquées des Européens à l’évocation par Trump d’un Groenland américain ne doivent surprendre personne.

Ces Européens ont trop longtemps mis tous leurs espoirs de défense dans l’OTAN et même le premier mandat de Trump ne les a pas fait réagir.

Pourtant, les critiques de Trump vis-à-vis de l’Alliance n’ont pas manqué et le voir envisager de remettre en cause les traités rend les Européens épouvantés, faussement persuadés qu’ils sont de l’inviolabilité des traités et des institutions. Las, ils s’imaginent être les gardiens de l’Ordre et de la Raison alors qu’ils ne sont en réalité que les passagers plus ou moins clandestins de la protection américaine. Certains en sont même à envisager sérieusement un affrontement direct entre États-Unis et Europe, alors même que nos politiciens caquetaient il y a quelques mois encore sur l’idée d’une défense décarbonée.


Ces Européens envisagent les idées de conquêtes et d’affrontements stratégiques comme un enfant parle du loup : ils sont convaincus que, de nos jours, tout ça n’existe plus, s’offusquent qu’on puisse l’évoquer et sont même profondément bouleversés lorsqu’on leur rappelle que les crocs existent encore. Pour ceux-là, le monde fonctionne selon des règles, un droit sacré, des institutions immuables et des traités gravés dans le marbre.

Ils ont oublié qu’ils vivent dans des institutions construites par la violence, défendues et garanties par l’usage d’une force qu’ils refusent de reconnaître. En pratique, ils ont même oublié que la civilisation n’est pas l’état par défaut de l’Humanité, mais que cette réalisation temporaire, fragile et coûteuse n’existe que là où la force à autrefois déblayé le terrain et continue de patrouiller discrètement le périmètre.

Le droit, les lois, les règles suivent le pouvoir et ne le précèdent pas ; la souveraineté ne se déclare pas, elle s’impose. L’Europe a externalisé cette dernière et a oublié que la facture existait. Quand les empires tombent, ce n’est pas à cause d’une invasion mais à cause d’une pourriture conceptuelle, celle où l’on a confondu une longue période de sécurité avec une condition permanente, en croyant que la létalité est immorale plutôt que fondamentale.

À l’évidence, la pression sur l’Union augmente. Or, quand la pression monte, ce sont toujours les abstractions qui craquent en premier.


https://h16free.com/2026/01/16/83110-bruxelles-parle-procedure-le-monde-parle-force
Gastel Etzwane
16/1/2026

Quand le capital capte la richesse et que la dette remplace le salaire : la France face au choc

La thèse développée par Bruno Bertez part d’un constat simple mais décisif : dans nos économies, la richesse continue d’augmenter, mais elle bénéficie de moins en moins au travail et de plus en plus au capital. Ce déséquilibre, devenu structurel, éclaire la fragilité particulière de la France face à un choc majeur.
La réflexion de Bruno Bertez repose sur une idée claire : le problème n’est pas que les salaires baissent partout, mais que leur part dans la richesse produite recule, tandis que la part captée par le capital progresse. Même lorsque l’économie croît, une part de plus en plus importante de la valeur créée est absorbée par les profits, les dividendes et les rentes. Ce mouvement n’est ni accidentel ni temporaire. Il correspond au fonctionnement même du système économique actuel.
Ce point est essentiel pour éviter les contresens. Il ne s’agit pas d’une plainte morale, mais d’un constat structurel. La mondialisation, la financiarisation, l’affaiblissement du rapport de force salarial et la priorité donnée à la rentabilité ont durablement modifié le partage de la valeur. Dans ce cadre, la montée du capital n’est pas une dérive, mais une nécessité interne du système, telle qu’il fonctionne aujourd’hui.
Quand la part du travail recule, le salaire ne suffit plus à assurer la cohésion sociale. Pour éviter une baisse brutale du niveau de vie et une explosion des tensions, les États interviennent. La dépense publique augmente, et la dette prend progressivement le relais. Peu à peu, la dette remplace le salaire comme principal amortisseur social. La stabilité ne repose plus sur le travail, mais sur l’endettement.
La France illustre ce mécanisme de manière particulièrement nette. Avec une dépense publique parmi les plus élevées des pays développés et une dette désormais supérieure à 110 % du PIB, l’État finance retraites, santé, aides sociales et services publics afin de maintenir un équilibre que l’économie productive ne garantit plus seule. Ce choix permet de préserver la stabilité à court terme, mais il enferme le pays dans une dépendance croissante à la dette et réduit, année après année, les marges de manœuvre politiques.
Dans le même temps, la capacité productive s’est affaiblie. La désindustrialisation est ancienne, le déficit commercial est structurel, et les dépendances énergétique et technologique sont fortes. La France dispose donc de moins de leviers internes que certains de ses voisins pour absorber un choc extérieur. Là où d’autres pays peuvent s’appuyer sur leurs exportations ou leur industrie, la France dépend surtout de la confiance des marchés et de conditions financières favorables.
Les élites économiques et politiques ne sont pas aveugles à cette situation. Elles savent que ce modèle est instable à long terme. Pourtant, elles le prolongent, faute d’alternative consensuelle. Rééquilibrer le partage de la valeur en faveur du travail fragiliserait les marges et l’investissement. Réduire fortement la dépense publique provoquerait une crise sociale immédiate. Changer de modèle supposerait une coordination européenne et internationale qui n’existe pas aujourd’hui. La dette devient alors un moyen de gagner du temps, sans traiter les causes profondes.
Ce régime produit une instabilité sociale croissante. Le sentiment de déclassement progresse, la promesse selon laquelle le travail protège ne tient plus, et la défiance envers les institutions s’installe durablement. Dans une société centralisée et déjà sous tension, chaque choc économique se transforme rapidement en crise politique.
C’est l’accumulation de ces fragilités qui rend la France particulièrement vulnérable. Non parce qu’elle serait déjà en faillite, mais parce qu’elle repose sur un équilibre fragile, dépendant de conditions favorables : taux d’intérêt contenus, croissance minimale, stabilité financière. Le jour où l’un de ces piliers cède, l’ajustement ne pourra plus être progressif.
La thèse de Bruno Bertez décrit avec justesse un régime économique arrivé à maturité, dans lequel la montée du capital et l’endettement public compensent l’affaiblissement du travail. La France pousse cette logique plus loin que beaucoup de ses voisins. Ce modèle peut encore durer, mais il ne se réforme plus de lui-même. L’histoire montre que, dans ce type de configuration, le changement ne vient pas d’une transition maîtrisée, mais d’un choc brutal qui impose, dans l’urgence, une recomposition économique, sociale et politique.

Gastel Etzwane
16/1/2026


Le projet de la Commission européenne d’appliquer provisoirement une partie de l’accord Mercosur avant même le vote du Parlement européen est très révélateur du fonctionnement réel de l’Union.
Dans l’Union européenne, le cœur du pouvoir est entre les mains de la Commission : elle seule propose les textes, négocie les accords internationaux, fixe le calendrier et choisit les outils juridiques pour les faire entrer en vigueur. Le Parlement européen, lui, n’initie rien, n’exécute rien et intervient souvent après coup, pour approuver ou rejeter un texte déjà ficelé.
Contrairement à un véritable parlement, il ne forme pas de gouvernement, ne contrôle pas un exécutif issu d’une majorité politique claire et dispose de marges de manœuvre très limitées. Il débat, il amende parfois, mais il ne décide pas du cap.
De ce point de vue, l’affaire Mercosur illustre une réalité simple : l’Union européenne est gouvernée avant tout par une institution non élue, tandis que l’organe élu au suffrage universel joue un rôle secondaire. Cela ne signifie pas que l’UE soit totalement antidémocratique, mais force est de constater que la démocratie européenne reste largement formelle, et souvent réduite à un mot plus qu’à un véritable pouvoir.

15 janvier 2026

Radu Portocala

- 15/1/2026 - Avoir dit aux Iraniens « Tenez bon, l’aide est en route ! » alors qu’ils étaient sur le point d’être abandonnés aux balles du pouvoir, a été cynique et indécent à la fois.
Il y a 80 ans, ils ont fait la même chose dans les pays de l’Europe de l’Est. Tenez bon ! Et, en fin de compte, à la place des chars ils ont envoyé les émissions de Radio Free Europe. Les miens ont connu cette étrange forme d’aide américaine. Moi aussi.
« Tenez bon ! Nous pensons à vous. On aimerait même vous donner une petite tape amicale sur l’épaule. Mais là, nous avons à nous occuper d’autres fantasmes. Mais, surtout, n’abandonnez pas ! »
Quelques voix, ici, s’enthousiasmaient à l’idée que Trump allait faire un malheur parmi les chefs iraniens. J’ai vu même ce transport de joie anticipée exprimé sous forme de bulle de bande dessinée : « BOUM ! » Eh bien, non. Ça a été plutôt « PSCHITT… »

Mirko Rochat

Yann Bizien

-15/1/2026- Tymochenko, l'égérie de la "Révolution orange", immédiatement reconnaissable à son imposante tresse enroulée autour de la tête, a été inculpée mercredi dans le cadre d'une enquête anticorruption pour avoir prétendument offert des pots-de-vin à des membres du Parlement ukrainien.
Notre argent de contribuables est détourné deux fois. Une première fois en France, par Emmanuel Macron, pour défendre sans aucune transparence une cause totalement étrangère à notre pays (les soldats ukrainiens ne se battent pas pour nous ni pour notre sécurité !), et une deuxième fois en Ukraine dans le cadre d’une corruption généralisée.
Sauf à être mal informé, je ne vois toujours aucune initiative parlementaire française pour enquêter et contrôler le flux d’argent français vers l’Ukraine.
Scandaleux.

COCUS ET VAINCUS DES DEUX RIVES

Gabriel Nerciat


- 15/1/2026 - Quand je pense que je suis déjà suffisamment âgé pour avoir connu les regrets et les désillusions des gauchistes ou des Maos qui espéraient une révolution prolétarienne en France, en Allemagne ou en Italie, au début des années 1970.
Je me souviens de cet ancien militant de la GP, longtemps proche de Benny Lévy et de Serge July, qui me disait, un peu triste, au début de ce siècle, en revenant sur les déboires lyriques de sa jeunesse : "Ce n'est pas tellement notre défaite qui me fait souffrir aujourd'hui, d'autant que pas mal d'entre nous avions une réelle vocation sacrificielle ; c'est la façon dont nous avons été vaincus, qui tenait bien plus à nos insuffisances et nos limites qu'à la supériorité de nos ennemis qui, elle, nous était connue."
Peut-être que désormais, nous allons connaître les regrets et les désillusions des pseudo-révolutionnaires de l'autre rive : néo-cons, droitards pro-israéliens, monomaniaques anticléricaux ou GOF du Printemps républicain, féministes mondains, etc. Je gage qu'elles seront beaucoup moins lucides et modestes.
Même BHL – qui fait le lien entre les deux générations et les deux courants, il fallait bien qu'il serve un jour à quelque chose – était prêt à idolâtrer Trump s'il avait imité son cher George Bush en Iran !
Mais non : tous ceux qui hier soir encore, vers minuit, attendaient fiévreusement le premier B2 américain au-dessus de Téhéran se sont couchés à l'aube, frustrés, déçus, épuisés, comme autant de gueulardes Madame Butterfly qui n'ont pas le courage de se faire seppuku.
Ce qui prouve que les partisans des contre-révolutions n'ont rien à envier aux partisans des révolutions. Sur ce point, Joseph de Maistre avait mille fois raison : même fanatisme, même aveuglement, mêmes poses avantageuses, même fausse conscience idéologique qui manipulent à dessein des hypocrisies contradictoires.
Tous ces souverainistes d'opérette qui sont prêts à jeter les souverainetés nationales aux orties dès lors que les dirigeants d'un Etat souverain ne leur plaisent pas ou font usage de violences sont aussi pitoyables que ces ilotes libertaires qui font assaut de déclarations militaristes quand tout d'un coup la guerre contre un régime illibéral leur paraît souhaitable.
Beaucoup d'entre eux aiment se réclamer de Voltaire, mais lui au moins n'a pas fini sa vie à Sans-Souci en courtisan servile de Frédéric II.
Il savait que la lutte contre l'Infâme clérical ne justifie pas n'importe quelle politique de puissance prête à embraser la vie de centaines de milliers d'hommes mortels sur les champs de bataille.

14 janvier 2026

Gastel Etzwane


- 14/1/2026 - Il faut souvent aller lire la presse étrangère pour se rapprocher de la réalité, car en France la couverture du conflit est dominée par une diabolisation systématique des Russes et, en miroir, par une véritable omerta, un silence presque total, sur les dérives, les crimes et la corruption du côté ukrainien.
À tel point que l’on a parfois le sentiment qu’il est devenu tacitement interdit d’en parler. L’Allemagne, en revanche, entretient un rapport plus ambivalent à la guerre d’Ukraine ; sa presse, pour des raisons historiques et politiques qui lui sont propres, se permet une parole plus directe et plus factuelle. À lire certains journaux allemands, on retrouve même ce que l’on avait observé durant la crise du Covid : la France semble devenue un champion européen de la désinformation par omission.
C’est dans ce contexte que le Berliner Zeitung publie un reportage sur la mobilisation forcée en Ukraine. Le journal y relate le témoignage d’un jeune homme de 26 ans, vivant à Odessa, interpellé en pleine rue par des agents du centre territorial de recrutement. Il décrit une arrestation brutale, des coups, une nuit de détention dans un sous-sol, sans téléphone ni possibilité de prévenir sa famille. Le lendemain, lors d’un examen médical expéditif, ses documents auraient été falsifiés pour le déclarer apte, alors même qu’il disposait de certificats médicaux contraires.
Son récit met au jour un système bien plus large. Des faux certificats médicaux circuleraient contre paiement, permettant à certains d’échapper au front, tandis que ceux qui n’ont ni relations ni argent sont embar­qués de force. La corruption serait devenue une variable centrale de la mobilisation : on peut acheter sa sortie, ou bien se retrouver projeté dans la machine militaire contre sa volonté. Des hommes en civil participeraient parfois à ces rafles, brouillant encore la frontière entre procédure administrative et enlèvement pur et simple.
Ce que décrit ce jeune Ukrainien n’est pas une prise de position politique ; c’est un témoignage humain, celui d’un pays sous pression extrême, où l’État cherche des hommes à envoyer au front, quitte à piétiner le droit, la santé et la dignité. Il dit aimer son pays, mais ne pas comprendre pourquoi on traite ses concitoyens comme des criminels pour continuer une guerre qui a déjà coûté tant de vies.
Ce type de récit, on ne le lit pratiquement jamais dans la presse française. Non parce qu’il serait faux, mais parce qu’il dérange une narration binaire et confortable. En Allemagne, il trouve pourtant sa place, noir sur blanc, dans un grand quotidien. Et c’est précisément là que réside le malaise : quand il faut traverser une frontière pour entendre ce qui se passe réellement chez notre allié, la question n’est plus celle de la propagande étrangère, mais bien celle de notre propre aveuglement.