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11 juillet 2026

Tocsin
7/7/2026

Facturation électronique : cette loi qui nous fait basculer dans le totalitarisme - Frédéric Baldan

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Marion Maréchal répond à Yazid Arifi (cadre LFI)

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H16
10/7/2026

Messages espionnés, factures tracées, conducteurs filmés : 2026, l’année où l’UE a soudé la cage

Hier, le Parlement européen a donc rétabli la lecture automatisée de vos messages privés, sans vergogne.

La méthode employée mérite le détour, en vous rappelant que le D dans Union Européenne vaut pour « Démocratie » : même si une majorité des députés présents a voté contre (314 contre, 276 pour), le texte est passé.


Oui, vous avez bien lu et cela résume bien l’état de fébrilité d’une Union européenne qui ne cherche même plus à dissimuler son projet de fond : pister, tracer et contrôler chacun de ses citoyens, du berceau au cercueil, de la place publique à sa chambre à coucher.

En 2021, l’Union adopte une dérogation temporaire à la directive ePrivacy (mieux connue sous le sobriquet « ChatControl 1.0 », qui autorise les grandes plateformes américaines (Meta, Google, Microsoft et consorts) à scanner les messages privés, sans mandat ni soupçon, pour (prétendument) y détecter de la pédocriminalité.


Cependant, en mars 2026, ô surprise, le Parlement refuse de prolonger le dispositif, à l’issue de scrutins dont l’un s’est joué à une voix près, avec expiration de la dérogation en avril. Les GAFAM se frottent les mains (ils vont pouvoir recommencer à scanner sans se gêner) et Bruxelles s’empresse alors non pas de les rappeler à l’ordre, mais de leur refabriquer une couverture juridique sur mesure.

Avec la finesse d’un bulldozer, le 2 juillet, le Conseil adopte par procédure écrite un texte quasi identique à celui rejeté trois mois plus tôt, simplement recalé jusqu’en avril 2028, en le présentant comme une position du Conseil en première lecture.

Le dossier revient donc au Parlement en seconde lecture, où les règles s’inversent : là où, en mars, une majorité simple suffisait à rejeter, en juillet, il faut une majorité absolue de 361 voix sur 720 pour le faire, et les absents comptent mécaniquement pour le texte. Et histoire de sécuriser le vote, le PPE de Manfred Weber dégaine une procédure d’urgence casant le scrutin le 9 juillet, dernière plénière avant les vacances, période bénie d’absentéisme parlementaire.

La négociatrice du dossier, l’eurodéputée Markéta Gregorová, a bien dénoncé en séance une violation du règlement intérieur du Parlement lui-même (la procédure d’urgence étant prévue pour des premières lectures et certainement pas pour ressusciter un texte déjà enterré), personne d’autre que les opposant – minoritaires au bon moment – n’a bronché et l’affaire a donc été pliée très vite.

Comme ailleurs, France en tête, quand le Parlement vote mal, on le fait revoter vite, en changeant les règles, et hop ! Le tout, bien sûr, pour sauver les enfants. Bah oui, forcément.


Peu importe qu’en réalité, le dispositif soit une mauvaise blague : selon les chiffres de la Commission cités par l’ancien eurodéputé Patrick Breyer, le scan de masse des messageries ne représentait que 36% des signalements en 2024, la police criminelle allemande estime que près de la moitié des alertes ne sont pénalement pas pertinentes, et 40% des enquêtes déclenchées visent… des mineurs eux-mêmes, coupables de s’envoyer des messages coquins entre adolescents.

Au demeurant, nul besoin de statistiques fines pour comprendre l’évidence : le crime ne représente qu’une fraction infinitésimale des milliards de messages échangés chaque jour, et lire l’intégralité du courrier de 450 millions d’Européens pour y pêcher cette fraction est aussi proportionné que raser un quartier pour retrouver un voleur de vélo. Quant à la pente, elle est si glissante qu’on y a déjà installé les remonte-pentes : une infrastructure de lecture généralisée créée pour les pédocriminels servira demain, au choix, pour le terrorisme puis la « haine » en ligne, puis la désinformation et rapidement toute opinion vaguement inconvenante.

De surcroît, ceci n’est que le début : ChatControl 2.0 (le règlement CSAR) mijote toujours en trilogue pour rendre la détection obligatoire par ordres administratifs, y compris sur les messageries chiffrées, ce qui impose mécaniquement le scan côté client, directement sur votre téléphone, avant tout chiffrement. Autrement dit, on va droit vers la fin pure et simple du chiffrement de bout en bout, transformé en décor de théâtre.

Le service juridique du Conseil lui-même a conclu en juin que même le scan « volontaire » constitue une fouille généralisée incompatible avec la Charte des droits fondamentaux ; les négociations reprennent pourtant fin septembre sous présidence irlandaise, car à Bruxelles, un avis juridique gênant est un détail au même titre qu’un vote perdu.

Rassurez-vous, ce n’est pas tout !


Pendant que vous aviez les yeux rivés sur ce feuilleton, les autres barreaux de la cage ont été soudés en silence.

Ainsi, avec l’identité numérique européenne, chaque État membre devra fournir son portefeuille EUDI d’ici décembre 2026, que banques, télécoms et grandes plateformes devront accepter dès 2027, avec un objectif affiché de 80% des citoyens équipés en 2030, l’outil idéal pour la vérification d’âge que ChatControl 2.0 prévoit justement d’imposer. Comme c’est commode.


N’oublions pas la directive DAC8, en vigueur depuis le 1er janvier, qui complète MiCA en obligeant toute plateforme crypto de la planète servant des Européens à livrer au fisc votre identité, vos soldes et vos transactions.


Ajoutons la facturation électronique Peppol/ViDA, obligatoire en France au 1er septembre : dix millions d’entreprises dont chaque facture, chaque paiement, chaque relation commerciale transitera par des plateformes agréées reliées au concentrateur de Bercy.


Au passage, évoquons le règlement GSR2, dont la phase finale est entrée en vigueur le 7 juillet et qui impose à toute voiture neuve une boîte noire, un mouchard de vitesse et une caméra scrutant votre regard au volant, en attendant que les promesses d’anonymisation connaissent le sort habituel des promesses (sans parler d’un hacking de toutes ces données qui n’arrivera jamais, promis juré).


Bien sûr, ce serait dommage d’oublier l’euro numérique, déjà évoqué dans ces colonnes, qui parachèvera l’édifice côté paiements.


Et pour la touche comique, rappelons la récente mise en place du contrôle biométrique EES aux frontières, généralisé en avril, qui tourne au chaos avec des files de cinq heures dans les aéroports, au point que compagnies et aéroports supplient Bruxelles de suspendre le machin foutraque : on fiche donc consciencieusement empreintes et visages des touristes venus dépenser leurs devises, pendant que l’immigration illégale, elle, continue d’entrer sans selfie ni empreintes. Ajoutez le règlement e-Evidence qui permet à un juge de n’importe quel État membre de réclamer directement vos données à n’importe quel fournisseur, et le tableau est complet.

Chaque texte, pris isolément, présente une vertu de façade : les enfants, la fraude, la sécurité routière, les frontières, la lutte contre les vilains, les méchants et les affreux, etc. Sauver les enfants, les conducteurs et les innocents constitue décidément l’excuse universelle pour faire avaler des textes toujours plus liberticides, et plus le prétexte est larmoyant, plus le texte est ignoble.

L’assemblage de ces textes dessine pourtant autre chose : vos conversations lues, votre identité vérifiée, vos flux d’argent tracés, vos affaires radiographiées, votre conduite filmée, vos déplacements fichés, petit à petit, plus aucun recoin de votre existence n’échappe à Big Brother, ou plus exactement à un législateur européen devenu fou.

Enfin, difficile de passer à côté du calendrier frénétique de ces mesures : DAC8 en janvier, EES en avril, GSR2 et ChatControl en juillet, facturation électronique en septembre, portefeuille d’identité en décembre, cela nous fait six verrous en une seule année civile et une pelletée d’autres à venir en 2027. Voilà qui trahit une urgence acharnée à boucler la cage pendant qu’il en est encore temps.

On se demande bien ce que nos décideurs anticipent pour être si pressés. Cela ne peut pas être bon.


https://h16free.com/2026/07/10/84720-messages-espionnes-factures-tracees-conducteurs-filmes-2026-lannee-ou-lue-a-soude-la-cage
Denis Collin

10 juillet 2026

Tatiana Ventôse

J'AI ENQUÊTÉ SUR LA FACTURATION ÉLECTRONIQUE... ET C'EST BEAUCOUP PLUS GRAVE QUE VOUS NE L'IMAGINEZ

Cliquer sur l'image (vidéo de 38min 38s) ↴

9 juillet 2026

Gilles Casanova
7/7/2026


Au Parlement européen ils ont fait exactement la même chose :
Mélenchon : non-lieu
Bayrou : relaxé
Le Pen : condamnée.
On ne verrait pas qui sont les amis du pouvoir ou des juges ?
Gilles Casanova
8/7/2026

Des nazis en armes vont défiler sur les Champs-Elysées au son d’une musique allemande pour saluer une haute personnalité allemande sous un drapeau qui n’est pas le drapeau tricolore, et au nom de la « Grande Europe ».
Ce n’est pas la première fois, la France s’en est relevée !

Gastel Etzwane
9/7/1026

Big Brother au volant, dans vos messages et sur vos écrans : l’UE installe la surveillance sans que personne n’ait voté


Dans l’Union européenne, une série de mesures récentes ou en cours d’application dessine progressivement un maillage de contrôle sur les citoyens. Caméras qui scrutent le visage des conducteurs, projets de scan des conversations privées, vérification d’âge par selfie et pièce d’identité… À chaque fois, le discours officiel met en avant un noble objectif : la sécurité routière, la protection des enfants, la lutte contre les contenus illicites. Mais le résultat concret est toujours le même : plus de surveillance, plus de contrôle, moins de liberté individuelle.
Depuis le 7 juillet 2026, tous les nouveaux véhicules immatriculés dans l’UE doivent être équipés d’un système de détection de distraction du conducteur. Des caméras infrarouges, souvent placées près du volant, analysent en temps réel le regard, la position de la tête et les expressions faciales. Le prétexte est indiscutable : la distraction est responsable d’une part importante des accidents. Pourtant, le résultat est une caméra permanente pointée sur le visage du conducteur, dans l’espace privé de sa propre voiture. Même si les règles actuelles interdisent le stockage ou la transmission des données, la présence physique de cet œil électronique marque une étape supplémentaire dans la normalisation de la surveillance embarquée.
Parallèlement, le projet controversé surnommé « Chat Control » (ou règlement contre les abus sexuels sur enfants) revient sur le devant de la scène. Il vise à obliger les plateformes à détecter les contenus illicites dans les communications privées, y compris potentiellement les messages chiffrés via des techniques d’analyse côté client. Le prétexte est la protection des mineurs contre la pédopornographie. Le risque pointé par de nombreuses voix critiques : une surveillance généralisée des conversations privées de millions de citoyens innocents, avec les erreurs inévitables des algorithmes et la fragilisation du chiffrement de bout en bout.
Enfin, l’UE développe une solution harmonisée de vérification d’âge en ligne. L’outil, souvent présenté comme un « mini-portefeuille » numérique, repose sur un selfie associé à une pièce d’identité pour générer une attestation d’âge sans révéler d’autres données personnelles. Le but affiché est de mieux protéger les enfants sur les plateformes et de permettre un accès contrôlé aux contenus réservés aux adultes. Le résultat pratique : pour accéder à certains services ou contenus, les citoyens devront de plus en plus prouver leur identité de manière biométrique, renforçant la traçabilité des comportements en ligne.
À chaque étape, le même schéma se répète : un prétexte vertueux, une technologie intrusive, et une restriction progressive de la sphère privée. La liberté de circuler sans être filmé dans son habitacle, la liberté d’échanger des messages sans craindre un scan automatisé, la liberté de naviguer sur Internet sans devoir s’identifier systématiquement… toutes ces libertés reculent au nom de la sécurité.
Et bien sûr, personne n’a jamais voté pour ça. Dans cette Union européenne qui se prétend démocratique, les citoyens n’élisent ni le président de la Commission, ni les commissaires qui imposent ces orientations technocratiques. Ces postes sont négociés en coulisses par les gouvernements et validés par un Parlement européen qui sert d’alibi démocratique vide de sens.
Pendant que les bureaucrates de Bruxelles et leurs alliés technocratiques déploient caméras faciales dans les voitures, scans automatisés des conversations privées et vérifications biométriques obligatoires, le peuple est réduit au rôle de spectateur impuissant. Le prétexte de la sécurité ou de la protection des enfants masque mal l’emprise croissante d’un pouvoir technocratique qui grignote méthodiquement les libertés individuelles sans jamais consulter réellement les citoyens. Jusqu’où ira cette machine ? Certainement plus loin, tant qu’aucune force ne viendra la stopper.
Julien Vergès
7/7/2026

Le destin a voulu qu'au moment où des millions d'Iraniens, dans un élan de ferveur nationale chiite, venaient rendre un dernier hommage au guide assassiné, se tenait en même temps la Gay Pride de Londres.
On a envie de dire : deux salles, deux ambiances civilisationnelles.
Il est fascinant d'observer que c'est aussi au moment où la civilisation occidentale s'effondre dans la perversion narcissique, qu'elle se prend pour le phare du progrès qui éclaire le monde, et renvoie dans les ténèbres tous ceux qui ne ressemblent pas à sa propre décadence.


8 juillet 2026

Jean Mizrahi
2/7/2026

La vague qui vient


Depuis quelque temps, j'entends des experts expliquer que l'intelligence artificielle ne supprimera pas massivement des emplois, ou que son impact est largement surestimé, en s’appuyant notamment sur une étude du MIT. Je crois que cette analyse est profondément erronée, non parce qu'elle serait fausse aujourd'hui, mais parce qu'elle raisonne comme si le monde allait rester figé.
La première erreur consiste à observer la situation actuelle comme si elle était représentative de ce que sera l'économie dans quelques années. Or ces outils sont encore extraordinairement récents. Il est parfaitement normal que les entreprises ne sachent pas encore les intégrer correctement. Je le constate tous les jours autour de moi. Beaucoup de gens restent fascinés par l'aspect presque magique de l'IA. Et il faut reconnaître qu'il y a effectivement quelque chose de magique lorsqu'on la découvre. Cette fascination conduit souvent à une mauvaise utilisation. Les utilisateurs perdent du temps, travaillent comme avant avec un nouvel outil au lieu de repenser complètement leur manière de travailler, et accordent une confiance aveugle aux réponses produites. Les entreprises intègrent mal, veulent aller trop vite.
Les gains de productivité restent donc très variables. Ceux qui ne maîtrisent pas leur métier ou qui utilisent mal l'IA peuvent obtenir des résultats décevants. En revanche, dès lors qu'un professionnel possède une véritable expertise et apprend à utiliser correctement ces outils, les gains deviennent considérables. C'est mon cas, alors même que je ne suis pas développeur. Avec un simple abonnement à vingt dollars par mois, sans utiliser les modèles les plus sophistiqués, mon travail est déjà très largement accéléré. Je réalise en quelques minutes ou quelques heures des tâches qui demandaient auparavant plusieurs jours.
Je constate exactement le même phénomène chez un de mes proches, qui est ingénieur en informatique depuis une dizaine d’années. Selon lui, sa productivité a été multipliée par plus de dix. Ce n'est pas une formule destinée à impressionner : c'est son expérience quotidienne. Aujourd'hui, il développe un programme complet de simulation aérodynamique sans écrire lui-même une seule ligne de code. Son rôle consiste essentiellement à définir l'architecture, contrôler les choix techniques, vérifier que le code reste propre et cohérent, puis corriger les erreurs. Là où plusieurs mois de développement auraient été nécessaires à une équipe de plusieurs développeurs il y a encore peu de temps, il obtient désormais des résultats seul dans des délais sans commune mesure.
Et c'est précisément là que surgit un premier problème auquel peu de gens semblent réfléchir. Lorsqu'un senior équipé de l'IA devient dix fois plus productif, pourquoi recruterait-il encore des "juniors" ? Ce raisonnement, je l'entends désormais chez un nombre croissant de professionnels chevronnés. Or une question simple apparaît immédiatement : si l'on cesse d'embaucher des juniors, comment formera-t-on les seniors de demain ? Toute une partie de notre système de construction des compétences par l’expérience risque d'être remise en cause.
La seconde erreur consiste à raisonner comme si les performances actuelles de l'intelligence artificielle allaient rester les mêmes. C'est probablement le point sur lequel je suis le plus en désaccord avec nombre d'analystes. Ils décrivent avec précision ce que les modèles savent faire aujourd'hui, puis extrapolent cette photographie vers l'avenir. Or nous parlons d'une technologie dont les performances progressent à une vitesse exceptionnelle. Les modèles deviennent plus fiables, plus souples, commettent moins d'erreurs, comprennent mieux les demandes complexes et manipulent un nombre croissant de tâches. Ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être déjà plus dans six mois. Et les prix baissent, grâce notamment aux modèles chinois.
L'histoire économique montre que les entreprises mettent toujours du temps à absorber une rupture technologique. L'industrie textile n'est pas passée du métier manuel au métier mécanique en quinze jours. Pourtant, cette transformation a bouleversé des sociétés entières et provoqué des révoltes célèbres, en Angleterre comme en France. Avec l'intelligence artificielle, le phénomène sera probablement beaucoup plus rapide. Les outils sont numériques. Ils peuvent être diffusés partout dans le monde en quelques semaines.
Dans les métiers que je fréquente comme client, les premiers effets sont déjà prévisibles. Ils concernent essentiellement le secteur tertiaire : le droit, la comptabilité, la banque, le conseil, les fonctions administratives et, plus généralement, tous les métiers dont une partie importante consiste à manipuler de l'information. Nous ne sommes pas face à une mode passagère mais devant une vague de fond. L'ignorer me paraît extrêmement dangereux.
Je suis même convaincu que la bureaucratie, publique comme privée, va subir une transformation sans précédent. Une grande partie des tâches répétitives, des vérifications, des recherches documentaires, des synthèses, des rédactions standardisées ou des contrôles pourra être automatisée. À long terme, ce sera probablement une excellente nouvelle pour la productivité globale de nos économies. Mais il serait irresponsable de croire qu'une telle révolution n'aura pas de conséquences sociales majeures. Et je ne parle ici que du tertiaire. La robotique, dont je suis les progrès avec beaucoup d'attention, avance elle aussi à un rythme impressionnant. Lorsqu'elle suivra aussi rapidement les progrès de l'intelligence artificielle, une nouvelle étape sera franchie.
C'est pourquoi je trouve absurde de raisonner uniquement à l'échelle de quelques semaines ou de quelques mois. L'intelligence artificielle n’est pas nouvelle, mais celle que nous utilisons aujourd'hui n'existait pratiquement pas il y a trois ans. Trois ans représentent un temps dérisoire à l'échelle du développement économique. Même si la transformation complète de nos organisations demande cinq ans, cela reste extraordinairement rapide pour des sociétés dont les systèmes éducatifs, les administrations, les règles sociales et le droit du travail évoluent beaucoup plus lentement.
C'est probablement là que se situe le véritable défi. Nos économies possèdent une capacité limitée à absorber des chocs aussi violents. En France, cette difficulté est encore renforcée par un marché du travail peu flexible du fait d’un droit social délirant. Lorsque des milliers de jeunes diplômés ne trouveront plus les postes d'entrée qui leur étaient traditionnellement destinés, nous nous retrouverons face à un problème considérable. La Chine, que je connais bien pour des raisons à la fois personnelles et professionnelles, commence déjà à connaître ce phénomène. Les premiers signes apparaissent également en France, y compris pour de jeunes ingénieurs. Lorsque les entreprises et les administrations supprimeront progressivement les postes les plus facilement automatisables, les tensions deviendront inévitables. Les luddites du 21ème siècle sont pour bientôt.
Comme dit un proverbe que j'aime bien : "la peur n'écarte pas le danger".
Face à la vague de fond qui se prépare, deux attitudes sont possibles. La première consiste à tempérer la question et à expliquer que le problème est exagéré et que tout finira naturellement par s'équilibrer. La seconde consiste à préparer les esprits, à réfléchir dès aujourd'hui aux conséquences de ces transformations et à pousser les pouvoirs publics à regarder plus loin que le bout de leur nez, c’est-à-dire les prochaines échéances électorales. Nos responsables politiques ont déjà suffisamment de difficultés à penser le long terme pour que ceux qui disposent d'une véritable expertise viennent les conforter dans cette vision à courte vue. C'est précisément ce court-termisme qui contribue depuis des années à l'affaiblissement de notre pays.
Le rôle des experts est aussi d’être des lanceurs d’alerte et de forcer la société à regarder devant elle. Parce que la peur n'écarte pas le danger. Ce n’est malheureusement pas ce qui se produit aujourd’hui.
H16
8/7/2026

La France dépense largement pour ses retraites mais peine à se payer un ventilo

L’État français ressemble à ce ménage un peu spécial qui, le toit troué, la porte d’entrée qui ne ferme plus et le frigo désespérément vide, décide d’engloutir l’intégralité du revenu familial dans une télévision grand écran, une isolation parfaitement étanche des toilettes et deux kilos de caviar. Il dépense comme s’il avait les moyens de tout, tout en se révélant incapable de pourvoir aux besoins les plus élémentaires.

Et à la fin, l’addition nous est présentée, avec componction (pour faire passer la douloureuse) et un gros bâton (pour qu’elle soit, malgré tout, payée). Le 30 juin dernier, l’OCDE a d’ailleurs eu la délicatesse de rappeler l’évidence : la France dépense trop, dépense mal, et gagnerait à faire les deux dans le bon sens.

Difficile de lui donner tort.


Par exemple, le gouvernement a maintenu et généralisé le repas Crous à un euro pour tous les étudiants, ce qui garantit d’ailleurs que les Crous vont rencontrer de solides difficultés financières. Dans le même temps, la France, dont les forêts sont chaque été la proie des pyromanes – ce qui ravit au passage les climatohystériques – a commandé deux Canadair flambant neufs, livrables en 2032, dans le meilleur des cas 2033. En attendant, le pays ne disposera en tout que de 12 appareils vieillissants.

Autre exemple avec les hôpitaux, qui fondent dès que le thermomètre s’emballe : le mois passé, on a vu des soignants se cotiser pour s’offrir un climatiseur mobile, pendant que l’État annonçait fièrement une commande d’urgence de 30.000 appareils dont personne ne sait comment elle va être réellement financée, ni comment l’appel d’offre va être passé.

Dans le même temps, le même État lance un plan à 50 milliards d’euros d’ici 2035 pour de l’éolien offshore, assorti d’un régime d’aides d’État de 11 milliards approuvé par Bruxelles, et ce, alors que les parcs déjà installés produisent peu voire parfois rien et que le retour sur investissement se mesure en décennies (s’il y a un retour). 50 milliards pour un pari dont on ignore encore le rendement, mais pas un sou pour climatiser des hôpitaux, voilà un arbitrage qui se passe de commentaire.

Rassurez-vous, il en va de même pour les établissements scolaires.


Face aux canicules à répétition, EDF et la Banque postale ont sorti 130 millions d’euros pour équiper 12.500 établissements. L’intention est louable, mais rapportée aux plus de 80.000 écoles du pays, la goutte d’eau s’évapore avant de toucher le sol. Et comme on pouvait déjà le lire ici en 2019, le sujet ne date pas d’hier : cela fait des lustres qu’on redécouvre, chaque été, que l’été peut-être cuisant. Au rythme où vont les gesticulations, les annulations de brevet ou de baccalauréat vont pouvoir continuer les prochaines années.

Pendant ce temps, la France consacre des milliards à l’aide militaire et humanitaire à l’Ukraine, et le défilé du 14 juillet 2026 sera d’ailleurs placé sous le signe de la coalition, 10.000 soldats et pilotes ukrainiens compris. Soutenir l’Ukraine est un choix politique possible mais on peut aussi noter que, ce 2 juillet, la justice allemande a formellement accusé les autorités ukrainiennes d’avoir commandité le sabotage des gazoducs Nord Stream, sabotage qui a contribué à faire exploser la facture énergétique des ménages européens, français compris.

Financer généreusement celui qu’un parquet voisin soupçonne d’avoir allumé la mèche de votre propre inflation, c’est couillu ; le faire alors que les finances sont au bord de l’effondrement, cela dépasse l’étrange pour confiner au suspect.

Ces exemples s’accumulent et s’ajoutent, de surcroît, au millefeuille administratif dont l’OCDE constate l’étendue et la valeur ajoutée… « ouverte à discussion », pour le dire gentiment.

Ainsi, la France entretient plus de 430 opérateurs de l’État, des centaines de groupements d’intérêt public et plus de 2000 officines, agences et établissements dont les missions se chevauchent, s’entremêlent et se papouillent avec une créativité admirable, pour un coût estimé de 77 milliards d’euros par an (une broutille, détendez-vous !). Le gouvernement rêvait d’économiser deux à trois milliards en fusionnant tout cela ; le Sénat, plus lucide (?), estime que 500 millions serait déjà un objectif ambitieux.


L’appareil administratif est si morbidement obèse que plus personne n’ose espérer le dégraisser sérieusement.

Et on touche là au vrai sujet : les dépenses publiques françaises ont atteint 57,2 % du PIB en 2025, un record mondial, dont une dizaine de points ne sont que de l’emprunt maquillé en recette. Le déficit culmine à 5,1 % du PIB et la dette affiche un 3.536 milliards d’euros bien joufflu. Mais pour couronner le tout, cet argent produit peu et même de moins en moins.

La santé en est l’illustration parfaite : la France dépense plus que la moyenne pour des résultats en dessous, et l’on estime que plus de 20% des soins prodigués seraient inutiles, soit une vingtaine de milliards jetés par les fenêtres chaque année.


Quant aux retraites, l’OCDE relève que la France y consacre (dans une décontraction de plus en plus mesurée) presque le double de ce que versent les autres pays riches. Alors, certes, ici, le résultat n’est pas nul puisque le taux de pauvreté des retraités y figure parmi les plus bas d’Europe, mais cette performance se paie au prix d’une fiscalité vexatoire, d’une dette obèse que plus personne ne sait comment honorer, et d’un impact sur la compétitivité des emplois français qui apparaît clairement négative (pour ne pas dire catastrophique à présent).

Le message de l’OCDE n’est donc pas seulement qu’il faut dépenser moins, mais bien qu’il faut dépenser moins ET mieux dépenser ce qui reste, ce qui suppose de couper fermement là où l’argent ne sert à rien : le millefeuille et ses 77 milliards, les 20 milliards de soins inutiles, les paris énergétiques dont le rendement est grotesque, les dépenses extérieures dont on ne maîtrise ni le coût ni le retour. Et il faudrait que le tout soit en retrouvant, accessoirement, le sens élémentaire des priorités, celui qui voudrait qu’on achète de quoi éteindre les incendies et rafraîchir les hôpitaux avant d’isoler somptueusement les toilettes.

Rien n’indique hélas qu’on en prenne le chemin, tant l’ampleur des coupes nécessaires paraît sous-estimée par toute la classe politique, celle qui tient la gamelle comme celle qui tourne autour en attendant son tour. On continue donc de commander du caviar sous un toit troué, en s’étonnant benoîtement que la pluie tombe à l’intérieur.

Ce pays est foutu.


https://h16free.com/2026/07/08/84656-la-france-depense-largement-pour-ses-retraites-mais-peine-a-se-payer-un-ventilo
Dessin de Phil Umbdenstock

7 juillet 2026

Gabriel Nerciat
7/7/2026

MARINE LE PEN, ÉCHEC AUX JUGES

Bien joué. Vraiment, très bien joué. J'avoue que je ne m'y attendais pas.
Les juges de la Cour d'appel de Paris ce matin ont cru sans doute se défausser sur Marine Le Pen ; ils ont eu tort.
Si la Cour de cassation se prononce en confirmant le jugement d'aujourd'hui en janvier ou même peu de temps avant la présidentielle, les juges prendront le risque d'être propulsés directement au coeur de la campagne, qui se fera sur leur dos (et on sait qu'il est chargé).
Si au contraire la Cour respecte les délais usuels (12 à 18 mois, paraît-il), Marine pourra faire la totalité de la campagne normalement, sans bracelet électronique, et même en bénéficiant théoriquement de la présomption d'innocence.
On disait que ses avocats étaient nuls ; ce n'est visiblement pas le cas.
Et puis, surtout, on évite de justesse la désastreuse doublure de l'insupportable dadais pro-kiévien en quête de reconnaissance princière.
Reste l'essentiel, que Henry de Montherlant avait mis dans la bouche du condottiere Sigismond de Malatesta, prince de Rimini : "Quiconque accepte de juger son semblable sait bien qu'il est toujours aussi coupable que celui qu'il juge".
C'est tellement bien dit, et c'est tellement vrai.

6 juillet 2026

Natalia Routkevitch
6/7/2026

Je remercie la Fondation Res-Publica et sa présidente Marie-Françoise Bechtel d'avoir accordé leur attention à mon petit livre, paru chez Frantz Fanon un peu plus tôt cette année.
Ceux qui s'intéressent à la Russie – à la Russie réelle, et non à l'épouvantail brandi pour justifier des objectifs internes – liront avec grand intérêt les actes du séminaire consacré à ce pays, organisé par la Fondation il y a quelques semaines. J'ai eu le plaisir d'y participer et d'y écouter certains des meilleurs connaisseurs français de la Russie, que l'on voit rarement dans les médias.
Il faut par ailleurs rendre hommage à la Fondation Res-Publica, dont les colloques, séminaires et notes de lecture constituent une véritable contribution au débat public. Ils offrent un espace précieux à tous ceux qui recherchent des analyses et non une idéologie déguisée en information; un lieu où il est encore possible de voir le réel dans toutes ses nuances, alors qu'il est réduit ailleurs à une représentation en noir et blanc.
Je vous invite vivement à découvrir, suivre et soutenir ses travaux.
Gastel Etzwane
6/7/2026

Le long déclin industriel de l’Allemagne : une accélération dramatique depuis 2022 sans signe de reprise durable

Le graphique ci-dessus, basé sur les données de la Deutsche Bundesbank illustre de manière saisissante le déclin de la production industrielle allemande. Il montre un pic historique autour de 2017-2018, suivi d’une tendance à la baisse qui s’est nettement accélérée depuis 2022. L’indice s’écarte aujourd’hui de près de 19,7 % sous la tendance extrapolée depuis les années 1990. Ce n’est pas un simple ralentissement conjoncturel : c’est le symptôme d’un érosion structurelle qui menace le modèle économique allemand, longtemps considéré comme le moteur de l’Europe.

Un déclin long et maintenant accéléré

L’Allemagne a atteint son apogée industriel autour de 2014-2018, portée par ses exportations de machines-outils, automobiles et biens d’équipement haut de gamme. Depuis, la production industrielle stagne ou recule tendanciellement. Selon Destatis et la Bundesbank, la production manufacturière a diminué de manière persistante depuis 2018, avec une accélération marquée après l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Les secteurs les plus énergivores (chimie, métallurgie, verre, papier…) ont vu leur production chuter de 15,2 % entre février 2022 et mars 2026. Globalement, la production industrielle a reculé d’environ 10 % sur la même période. Des milliers d’entreprises du Mittelstand (ces PME familiales qui constituent l’ossature de l’économie allemande) ferment des sites, licencient ou délocalisent. L’exemple de la société Aura (équipements de chauffage industriel) est révélateur : en quelques mois, les commandes se sont effondrées face à la concurrence chinoise, et 20 % de sa production est déjà fabriquée en Chine – un chiffre qui pourrait grimper à 70 %.

Selon un rapport de mai 2026, l’industrie allemande perd plus de 10 000 emplois par mois. En 2025 seulement, environ 180 000 postes ont disparu dans le secteur manufacturier. La part de l’industrie dans le PIB, qui atteignait encore près de 20-22 % il y a quelques années, reflue régulièrement.

Aucun signe de reprise

Malgré quelques rebonds ponctuels (comme une hausse de 0,4 % de la production industrielle en avril 2026), les indicateurs restent préoccupants :

• Les commandes industrielles sont volatiles et souvent en baisse sur trois mois glissants.
• Les coûts énergétiques restent élevés, conséquence de la sortie progressive du nucléaire, des sanctions sur le gaz russe et de la transition verte accélérée (Energiewende).
• La concurrence chinoise s’intensifie : l’Allemagne importe désormais plus de biens industriels avancés de Chine qu’elle n’en exporte, avec un déficit commercial sur ces segments.
• Le PIB allemand a connu deux années de récession (2023 et 2024), suivi d’une croissance atone de 0,2-0,3 % en 2025. Les prévisions pour 2026 tournent autour de 0,6 %, bien en deçà du potentiel historique.

Aucun indicateur ne pointe vers une reprise réelle.

Les investissements privés stagnent, la confiance des entreprises reste faible, et les défis structurels (démographie, bureaucratie, transition énergétique coûteuse) persistent. Les causes réelles sont multiples, choc énergétique, montée en puissance chinoise, et choix politiques internes.

Conclusion : un bilan désastreux… mais toujours mieux que la France

Ce tableau est sombre : une puissance industrielle historique qui perd du terrain, des emplois qui s’évaporent, une compétitivité érodée et peu de perspectives de rebond rapide. L’Allemagne, autrefois symbole de rigueur et d’excellence exportatrice, traverse une crise existentielle pour son modèle économique.

Pourtant, même après ce bilan désastreux, la situation de l’Allemagne reste nettement supérieure à celle de la France sur les indicateurs fondamentaux. Le chômage allemand oscille autour de 3,8-4 %, contre plus de 8 % en France. La dette publique allemande représente environ 63-65 % du PIB, contre plus de 115 % chez nous. L’Allemagne conserve une base industrielle bien plus large et un excédent commercial structurel, tandis que la France souffre d’un chômage structurel élevé, d’une dette explosive et d’une dépendance accrue aux dépenses publiques.

Ce contraste est accablant pour nous : si l’Allemagne « tousse » industriellement, la France peine structurellement sur des fondamentaux bien plus fragiles. Chez nous, vraiment, ça ne va pas bien, et les marges de manœuvre paraissent plus étroites. L’Allemagne a au moins les outils (discipline budgétaire relative, marché du travail efficace) pour tenter de se redresser. La France, elle, n’a plus grand chose.