Marc Arnaud
Edouard Philippe, la nouvelle marionnette des milliardaires
- 1/4/2026 - En réunion de crise, nos amis milliardaires découvrent le sondage "privé" qu'ils ont commandé à leurs larbins. Et là, horreur, dans tous les cas de figure, Bardella s'effondre et Mélenchon arrive au deuxième tour et le gagne. Imaginez un peu la mine déconfite de nos cravatés. Plus le temps de tergiverser, ils doivent trouver une parade à la montée de cette gauche qui veut les faire payer ce qu'ils doivent vraiment. Très vite, un nom sort du chapeau : Édouard Philippe. Les voilà en train de débattre sur cette hypothèse foireuse.
Un participant fait remarquer que le maire du Havre est pour la retraite à 67 ans, contre l’avis de 80% des Français, un autre rappelle qu’il est sous le coup d’une enquête pour détournement de fonds, un troisième qu’il existe un conflit juridique autour de sa protection fonctionnelle… Bref, un CV qui sent bon la naphtaline institutionnelle et les notes de frais en clair-obscur.
Mais très vite, l’assemblée se ressaisit. Après tout, se disent-ils, ce n’est pas un casting pour un prix Nobel de vertu, mais pour une présidentielle. Et là, les critères changent : il faut du costume, de la gravité, et cette capacité rare à annoncer des mauvaises nouvelles avec la douceur d’un notaire qui vous explique que vous êtes ruiné.
Tous conviennent que pour faire passer la pilule aux Français, il va falloir une stratégie en béton. On avance des idées :
– Trafiquer les sondages. Et plus c’est gros, plus ça passe. “Philippe seul rempart contre Bardella”, titre déjà prêt, infographies en cours de cuisson. Un milliardaire, un peu nerveux, fait remarquer qu’ils ont un deal officieux avec Jordan et que ça ne va pas lui plaire.
“Les deals avec l’idiot du village, ça ne compte pas”, tranche un autre, en ajustant ses boutons de manchette comme on valide un plan social.
– Fabriquer une popularité médiatique. Là, tout le monde se détend : c’est leur spécialité maison. On appelle les éditorialistes, les chroniqueurs, les experts à géométrie variable. On les aligne sur les plateaux comme des quilles, et on lance la partie : “Philippe, homme d’État”, “Philippe, recours crédible”, “Philippe, au-dessus de la mêlée”. À ce rythme-là, il ne manquera plus qu’un documentaire en noir et blanc avec piano mélancolique pour en faire un mélange de De Gaulle et d’un bon père de famille.
– Continuer à tirer des boulets rouges sur LFI. Là encore, terrain connu. On ouvre le buffet à fake news : Mélenchon dictateur en pantoufles, programme ruineux écrit sur un coin de table, militants décrits comme une secte de dangereux rêveurs. On recycle, on amplifie, on répète. Car dans cette fabrique du réel, la vérité n’est qu’une option, et l’important, c’est le volume sonore.
Un silence, puis une voix hésitante :
“Et si les gens n’y croyaient plus ?”
Un léger flottement traverse la salle, comme un courant d’air dans un coffre-fort. Puis un rire nerveux éclate.
“Mais enfin, voyons. On contrôle le récit.”
Voilà toute la clé du dispositif : croire que le réel est un scénario, et que les Français sont des figurants distraits.
Alors on polit la marionnette. On lui lime les angles, on lui écrit des répliques, on lui dessine une stature. On la place sous les projecteurs, bien éclairée, bien cadrée, en espérant que personne ne remarque les fils qui tirent sur les bras quand il parle de “réformes nécessaires”.
Mais dehors, quelque chose cloche dans la mécanique bien huilée. Les figurants commencent à parler. À répondre. À contester le script. Ils voient bien que derrière le masque du sérieux, il y a toujours la même vieille pièce : celle où l’on demande aux mêmes de se serrer la ceinture pendant que d’autres ajustent leurs dividendes. Celle où l’on appelle “réalisme” ce qui n’est que la défense acharnée d’un ordre qui profite à quelques-uns. Alors oui, les milliardaires peuvent bien s’agiter, bricoler des sondages, repeindre leurs candidats et convoquer leurs ventriloques médiatiques.
Mais à force de tirer sur les ficelles, il arrive un moment où la marionnette s’emmêle.
Et le public, lui, n’applaudit plus.


























