17/9/2026
Ursula von der Leyen, une fuite en avant impériale ?
Ursula von der Leyen a livré sa vision d’une Europe assiégée qui devrait, pour survivre, concentrer toujours plus de pouvoirs à Bruxelles, donc entre ses mains. Derrière le discours de la soi-disant puissance se dessine surtout une fuite en avant fédérale, atlantiste et post-démocratique.
L’Union européenne contre l’Europe et contre ses peuples
Le 16 septembre 2026, dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, Ursula von der Leyen a prononcé son sixième « discours sur l’état de l’Union ». Le lieu, le cérémonial et surtout l’intitulé ont leur importance. Car l’expression elle-même est une importation américaine. Le « State of the Union » est le discours par lequel le président des États-Unis s’adresse au Congrès pour rendre compte de l’état de la fédération. L’Union européenne a adopté cette pratique en 2010, alors même qu’elle ne figure dans aucun traité.
Ce mimétisme n’est pas anecdotique, il révèle un imaginaire politique qui n'est pas le nôtre. Une Union suppose un État ; un « état de l’Union » suppose presque naturellement quelqu’un qui parle en son nom. Ursula von der Leyen ne se comporte plus seulement comme la présidente d’une Commission chargée d’exercer les compétences que les États lui ont confiées, elle parle et agit de plus en plus comme la présidente politique d’une puissance fédérale en construction sans le consentement des peuples.
C’est sous cet angle qu'il faut analyser son discours. Il faut moins écouter chacune de ses annonces prises séparément que comprendre l’architecture qu’elles dessinent.
La doctrine de la « citadelle assiégée »
Le récit est désormais parfaitement construit. L’Europe serait entourée de périls. La Russie, bien qu'au bord permanent de l'effondrement, menace militairement les États membres de l'UE et mène une guerre hybride. La Chine menace économiquement et technologiquement. Les États-Unis sont devenus un partenaire moins prévisible. Le climat menace. Les réseaux sociaux menacent nos enfants et nos démocraties. Les migrations menacent nos frontières.
Partout le danger, et, miraculeusement, à chaque danger la même solution : davantage d’Europe, davantage de compétences communes, davantage de centralisation, davantage de décisions prises à Bruxelles. C’est la doctrine de la « citadelle assiégée ».
L’Union européenne ne parvenait déjà plus à justifier son approfondissement par la prospérité qu’elle promettait autrefois. Elle le justifiera désormais par la peur et par l’urgence. Et l’urgence possède cette merveilleuse propriété politique, elle permet toujours de présenter comme indispensable aujourd’hui ce que les peuples auraient peut-être refusé hier.
Un putsch à bas bruit ?
Ursula von der Leyen ne veut plus seulement administrer les compétences de l’Union, elle entend déplacer vers Bruxelles le centre de gravité de fonctions qui appartiennent au cœur même de la souveraineté des nations.
Avec Kaja Kallas, son alter ego fanatique, elle annonce ainsi une « nouvelle stratégie européenne de sécurité ». Elle propose un « protocole de sécurité d’urgence », sorte de pendant européen de l’article 4 de l’OTAN, qui permettrait de réunir les États membres afin de coordonner une réponse commune face à des menaces situées sous le seuil de l’agression militaire. Elle veut également créer un Conseil européen de sécurité réunissant les dirigeants européens mais également le Canada, la Norvège, l’Ukraine, le Royaume-Uni et potentiellement d’autres partenaires. Soit une sorte d'Union européenne encore plus élargie.
Défense, sécurité, politique étrangère, derrière les mots rassurants de coordination et d’efficacité se poursuit la même mécanique. Ce qui relevait hier de la coopération entre États devient progressivement politique de l’Union ; ce qui relevait de la diplomatie devient stratégie commune ; ce qui relevait des souverainetés nationales doit être arbitré toujours davantage à Bruxelles.
Ce n’est évidemment pas un putsch au sens juridique du terme, c’est plus subtil ; c'est silencieux, institutionnel, onctueux, accompli par prise de compétences successives, crise après crise, au nom chaque fois de l’urgence et de l’efficacité. Et tant pis pour la démocratie et la volonté des peuples.
Qui a demandé aux peuples européens s’ils souhaitaient cette transformation ?
Le Parlement européen travaille depuis plusieurs années à l’extension de la majorité qualifiée et à la réduction du champ de l’unanimité, y compris dans des domaines régaliens. Et la mécanique est toujours la même : ce que Bruxelles appelle avec agacement un « veto » est aussi le dernier moyen dont dispose un peuple, par l’intermédiaire de son gouvernement, pour refuser une décision qu’il estime contraire à ses intérêts fondamentaux.
Dans une nation, la majorité est légitime parce qu’il existe un peuple politique acceptant de décider ensemble et de se soumettre alternativement à cette majorité. Mais où est le peuple européen unique qui aurait souverainement accepté que vingt-six nations puissent imposer à la vingt-septième sa politique étrangère, énergétique ou demain militaire ?
L’Europe ne sera utile à la France que si elle redevient un instrument au service des nations et des peuples qui la composent. Et la France peut être utile à l’Europe en proposant des coopérations renforcées aux États qui partagent avec elle une même conception de l’indépendance, par la coopération industrielle, énergétique, militaire, scientifique, diplomatique. Il faut savoir faire ensemble lorsque nos intérêts convergent, mais rester souverains lorsqu’ils divergent.
C'était très exactement la logique de l'Union européenne que voulait bâtir le Général de Gaulle, une union de nations souveraines en dernier recours. C’est exactement l’inverse de la mécanique fédérale qui transforme progressivement la coopération en subordination.
L’échec appelle toujours davantage d’Europe
Le procédé est connu depuis trente ans.
L’élargissement rend la décision difficile ? Supprimons les vetos. La monnaie unique produit des divergences ? Créons davantage de gouvernance économique. La politique énergétique échoue ? Créons davantage de politique énergétique européenne. L’Union peine à parler d’une seule voix en diplomatie ? Transférons davantage de politique étrangère à Bruxelles.
Evidemment, jamais l’échec ne conduit à restituer une compétence aux nations. Par un prodige dialectique, il démontre toujours qu’on n’en avait pas transféré assez. On croirait voir se répéter les erreurs de l'URSS, si ça ne va pas, faisons plus encore de la même chose.
Car élargissement et approfondissement fonctionnent comme les deux mâchoires d’un même étau. Plus l’Union s’élargit, plus on explique qu’elle doit se centraliser pour continuer à fonctionner. Et plus elle se centralise, plus elle devient capable de nouveaux élargissements qui justifieront demain une nouvelle centralisation.
La souveraineté disparaît par petits morceaux, toujours au nom de l’efficacité.
De la Mer Noire à l'Alaska
Mais voilà maintenant que même les frontières de cette Union deviennent encore plus élastiques.
Non contente de poursuivre l’élargissement à l’Est, Ursula von der Leyen propose de faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union européenne.
Le Canada est un pays ami. Là n’est évidemment pas la question. La question est de savoir ce qu’est encore l’Union européenne si un pays situé sur le continent américain peut en devenir membre associé. Von der Leyen propose d’aller bien au-delà du CETA conclu il y a une décennie, et de passer à une « alliance pour l’avenir » destinée à créer un « espace commun de prospérité et de sécurité économique ». Elle annonce une alliance technologique, une coopération sur l’énergie, les minerais critiques, les batteries, l’intelligence artificielle, le quantique, la cybersécurité et, surtout, l’intégration des bases industrielles de défense.
Un espace commun donc. Il faut mesurer la portée des mots.
On avait compris depuis longtemps que l’Europe de Bruxelles n’irait plus « de l’Atlantique à l’Oural », ce qui est pourtant son espace géographique et civilisationnel naturel. Nous découvrons maintenant qu’elle pourrait aller de l'Alaska à la Mer Noire. À ce compte-là, pourquoi pas l’Australie demain ?
La géographie devient secondaire. L’Union n’est plus conçue comme l’organisation politique d’un continent façonné par une histoire, une géographie et des civilisations communes. Elle devient progressivement une communauté idéologique occidentale aux frontières conceptuelles, définie par l’adhésion aux mêmes « valeurs » et au même système stratégique.
L’Union européenne devient autre chose que l’Europe.
Et, une nouvelle fois, une question démocratique élémentaire se pose : qui a donné mandat à la présidente de la Commission pour inventer cette nouvelle catégorie politique de « membre associé » ? Plusieurs eurodéputés de gauche comme de droite ont posé la question à Ursula von der Leyen, mais rien ne l'obligea à répondre, dès lors, elle a superbement ignoré ce petit détail.
Ce statut n’existe pas aujourd’hui dans les traités. Il faudrait donc déterminer ce qu’il signifie. Quels droits ? Quelles obligations ? Quels financements ? Quel accès aux programmes européens ? Quelle participation aux dispositifs industriels et militaires ? Quelle réciprocité ? Quel contrôle des États membres ?
Ce ne sont pas des détails techniques. Ce sont des questions de souveraineté.
Ces questions appellent des réponses, d’autant plus que la défense canadienne est profondément intégrée à la défense américaine.
Il faut rappeler à quel point le Canada est intégré au dispositif militaire des États-Unis. Depuis 1958, les deux pays disposent avec le NORAD d’un commandement militaire binational unique au monde, chargé de la surveillance et de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, ainsi que de l’alerte maritime. Il ne s’agit pas d’une simple coopération entre alliés, le NORAD exerce un contrôle opérationnel sur les forces de défense aérienne au Canada, s’appuie sur des réseaux communs de radars, de satellites, de centres de commandement et de chasseurs, et son commandement est structurellement partagé – traditionnellement un général américain à sa tête et un lieutenant-général canadien comme adjoint.
Environ 320 militaires canadiens servent actuellement sous commandement binational aux États-Unis, tandis qu’Ottawa engage 38,6 milliards de dollars canadiens sur vingt ans dans la modernisation du NORAD. Les deux armées travaillent désormais à une intégration toujours plus poussée de leurs systèmes de commandement et de contrôle, jusque dans le cloud, l’intelligence artificielle et la défense antimissile. Le Canada est donc, en matière de défense continentale, profondément imbriqué dans l’architecture stratégique américaine.
Suivant cette logique, l’industrie de défense canadienne est profondément intégrée au complexe industriel nord-américain tandis que le Canada renforce simultanément ses partenariats militaires européens.
Dès lors, prétendre l’intégrer à son tour à une architecture européenne de sécurité et de défense pose une question majeure : construit-on réellement une autonomie stratégique européenne, ou étend-on progressivement à l’Europe l’espace stratégique nord-américain ?
La souveraineté selon Ursula : acheter américain
Car il existe une épreuve autrement plus cruelle pour cette rhétorique de soi-disant « puissance européenne » qui n'est qu'une chimère, à savoir, les faits.
Le 27 juillet 2025, à Turnberry, Ursula von der Leyen concluait avec Donald Trump l’accord commercial destiné à éviter une guerre commerciale transatlantique. Sous couvert « d'accord », il s'agissait en fait d'une capitulation d'États vassaux, l'Union européenne, concédant à payer un tribut à l'État suzerain, les États-Unis.
Les États-Unis conservaient un tarif plafond de 15 % sur une grande partie des produits européens tandis que l’Union s’engageait à supprimer ses droits de douane sur les produits industriels américains.
L’Europe annonçait aussi son intention d’acheter 750 milliards de dollars d’énergie américaine jusqu’en 2028, au moins 40 milliards de dollars de puces américaines destinées à l’intelligence artificielle et de favoriser 600 milliards de dollars d’investissements supplémentaires d’entreprises européennes aux États-Unis... sans oublier l’augmentation annoncée des achats d’équipements militaires américains. C'est pour le moins une drôle de conception de la souveraineté.
Nos infrastructures vieillissent, nos industries ferment, nos services publics sont à la peine, nos besoins d’investissement se comptent en centaines de milliards, mais Bruxelles célèbre la perspective de voir partir vers les États-Unis des centaines de milliards de capitaux européens.
Nous devons acheter leur énergie, leurs semi-conducteurs, leurs armes et investir chez eux. Puis Ursula von der Leyen vient expliquer aux Européens qu’ils doivent consentir de nouveaux sacrifices afin de financer leur autonomie stratégique. Il fallait oser.
L’Europe d’Ursula von der Leyen prétend ainsi simultanément s’émanciper de l’Amérique et intégrer toujours davantage son économie, son énergie et sa défense à l’espace nord-américain. Ursula von der Leyen est un prestidigitateur. Ce n’est pas de l’autonomie stratégique, c’est une redéfinition de la soumission.
Le discours de la puissance prononcé sur les ruines de la puissance
Le passage le plus accablant du discours est peut-être celui consacré à l’économie. Car Ursula von der Leyen y reconnaît elle-même une partie du désastre. « L’Europe ne pourra pas rester une puissance industrielle si les prix de l’énergie y sont structurellement trop élevés »... c'est bien de s'en rendre compte, alors pourquoi continuer les politiques qui nous plombent ?
Elle constate également l'ampleur du déficit commercial avec la Chine et la dépendance européenne envers Pékin pour nombre de matières premières critiques. Ce ne sont plus les souverainistes qui le disent, c’est la présidente de la Commission.
Mais qui a organisé pendant des décennies la concurrence interne, multiplié les normes, laissé se développer les dépendances industrielles et fait du libre-échange une religion ? Qui a construit un marché avant de construire une puissance productive ? Qui a accepté que la compétitivité industrielle européenne soit sacrifiée au nom de choix énergétiques et commerciaux dont nous découvrons maintenant le prix et pour le plus grand profit de quelques oligarques européens ?
Toujours les mêmes institutions.
Et voilà maintenant que ceux qui ont accompagné ce déclassement se présentent comme ceux qui pourraient nous en sauver. Ce serait une farce qi les conséquences n'étaient pas aussi tragiques pour les peuples. Bruxelles participe à créer une dépendance, constate la dépendance, puis réclame davantage de pouvoirs pour combattre la dépendance. Le crime est parfait.
Toujours plus de pouvoir, mais quelle responsabilité ?
Cette prétention croissante à exercer le pouvoir pose nécessairement la question de son contrôle et le problème de la corruption à Bruxelles qui semble exploser.
L’affaire des SMS échangés entre Ursula von der Leyen et Albert Bourla, PDG de Pfizer, ne peut plus être balayée comme une polémique complotiste.
Le 14 mai 2025, le Tribunal de l’Union européenne a annulé la décision par laquelle la Commission refusait au New York Times l’accès à ces messages. Les juges ont notamment considéré que la Commission n’avait pas fourni d’explication plausible permettant de comprendre pourquoi elle ne disposait pas de ces documents.
Cela n’établit évidemment pas une corruption personnelle d’Ursula von der Leyen. Mais cela établit un grave problème de transparence dans une affaire concernant des échanges directs entre la présidente de la Commission et le dirigeant d’un groupe pharmaceutique au moment où se négociaient des contrats de vaccins d’une ampleur historique.
Voilà donc une institution qui veut réglementer l’information, combattre les ingérences, protéger la démocratie, organiser notre défense, conduire notre politique industrielle et énergétique, lever de nouvelles « ressources propres » et intervenir toujours davantage dans nos vies, mais qui a dû être rappelée à l’ordre par son propre Tribunal sur une question élémentaire de transparence et qui refuse toujours de montrer ces sms. Le contraste est vertigineux.
Plus la Commission demande de pouvoirs, plus la question de sa responsabilité démocratique devient incontournable. Car Ursula von der Leyen n’est pas le chef d’un État européen élu par un peuple européen. Elle préside la Commission européenne, organe administratif de l'Union européenne, amis Ursula le voit autrement, c'est le cœur de son petit empire européen.
Les peuples ? Voilà le problème
Von der Leyen explique, de manière mielleuse, que les institutions européennes reposent sur « la quête bien intentionnée de consensus et de compromis », avant de demander si elles sont encore « adaptées à leur objectif ». La phrase paraît technocratique. Elle est profondément politique.
Dans une construction composée de nations souveraines, le consensus n’est pas une imperfection administrative, il constitue précisément la garantie qu’une décision existentielle ne pourra pas être imposée à un peuple contre sa volonté.
Tout bascule lorsque la souveraineté nationale cesse d’être considérée comme le fondement de la démocratie pour devenir un obstacle à l’efficacité du système.
Le gouvernement qui refuse une décision devient alors un « bloqueur ». Le peuple qui vote mal devient un problème de « valeurs ». L’opinion qui conteste les orientations stratégiques peut être soupçonnée d’être manipulée. Le désaccord politique devient progressivement un problème de désinformation, d’ingérence ou de respect de « l’État de droit ». Les mécanismes anti-démocratiques sont connus, la Commission et ses valets dans chaque État membre les utilise ad nauseam.
Et l’on finit par prétendre protéger la démocratie contre les décisions démocratiques des citoyens. C’est le piège d’une démocratie définie non plus d’abord par une procédure – la souveraineté du peuple – mais par l’adhésion préalable à un ensemble d’orientations déclarées conformes aux « valeurs européennes ».
Voilà comment une construction fondée initialement sur la coopération entre démocraties peut progressivement devenir post-démocratique.
On peut défendre l’Union européenne, on peut souhaiter davantage d’intégration et on peut même vouloir une fédération européenne – ce n'est pas mon cas –, mais alors il faut avoir le courage politique, au nom de ces valeurs que la Commission prétend défendre, de le dire et le courage démocratique de demander aux peuples s’ils veulent transférer à cette fédération leur politique étrangère, leur défense, leur fiscalité et les derniers attributs de leur souveraineté.
C'est-à-dire proposer des référendums clairs.
L’Union européenne contre l’Europe
Le projet européen promettait autrefois la prospérité par le marché et la paix par l’interdépendance. Ce récit s’effondre sous le poids du réel.
Alors un autre apparaît, la protection contre un ennemi fantasmé par la puissance dont on a du mal à appréhender les contours réels.
Aux promesses de prospérité succèdent désormais la sécurité, les frontières, l’armement, les sanctions, les menaces hybrides, la désinformation et l’urgence permanente... et demain la guerre.
Et chaque urgence, en particulier la guerre, appelle un pouvoir supplémentaire aux mains de la Commission. C'est ce que dit principalement Ursula von der Leyen dans ce discours du 16 septembre 2026.
L’Union européenne n’est plus seulement une immense machine économique et normative. Elle aspire désormais à devenir une puissance politique disposant progressivement de sa diplomatie, de sa politique de défense, de ses ressources propres, de sa politique industrielle, de ses instruments de contrôle et de son propre récit stratégique, autrement dit un État qui ne dit pas encore son nom.
Or l’Europe n’a pas besoin d'un nouvel empire bureaucratique pour exister dans le monde. Elle a besoin de nations capables de coopérer librement parce qu'elles sont souveraines, de nouer des alliances parce qu'elles les choisissent, de protéger leurs industries parce qu'elles en ont la volonté politique et de retrouver leur indépendance parce qu'elles refusent la vassalité.
La France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, dotée d’une armée, d’une diplomatie mondiale et d’une histoire singulière, devrait être à l’avant-garde de cette autre conception de l’Europe. Une Europe européenne. Une Europe des nations libres. Une Europe capable de travailler avec Washington sans lui être subordonnée, avec Pékin sans lui être dépendante, avec Moscou lorsque les circonstances le permettront sans considérer toute diplomatie comme une trahison. Une Europe capable, surtout, de respecter ses propres peuples.
Ursula von der Leyen termine son discours en rappelant que l’Europe fut bâtie comme « un destin de paix et de prospérité, de démocratie et de liberté ». C’est précisément au nom de ces mots qu’il faut juger ce qu’elle propose, et c'est ni la prospérité, ni la démocratie, ni la liberté. La Présidente de la Commission européenne a, ce 16 septembre 2026, parachevé son art du discours orwellien.
Face à ce coup d'État institutionnel, nous devons marteler qu'une Europe indépendante ne peut pas être une Europe stratégiquement alignée, énergétiquement dépendante et industriellement déclassée.
Une Europe démocratique ne peut pas considérer la souveraineté de ses peuples comme un dysfonctionnement institutionnel.
Une Europe des nations ne peut pas devenir subrepticement une fédération sans que les nations aient expressément choisi de la constituer.
Et une institution qui réclame toujours davantage de pouvoir devrait commencer par accepter toujours davantage de contrôle. Le discours sur « l’état de l’Union » voulait mettre en scène une puissance qui se lève, il révèle surtout une construction qui, confrontée aux conséquences de ses propres contradictions, n’imagine qu’une seule réponse, celle de la fuite en avant.
Jusqu'à quand accepterons-nous l'affaiblissement de la France ?
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