Gilles Casanova
23/9/2026
Vers la fin des années 1970, les stratèges américains ont eu le sentiment que l'Union soviétique marquait des points.
Ils étaient fortement traumatisés par la défaite au Vietnam et considéraient que dans ce qui était globalement appelé le tiers monde, les populations avaient tendance à regarder vers l'Union soviétique, avec les yeux de Chimène, tandis qu’elles regardaient vers les États-Unis avec inquiétude ou mépris.
Ces stratèges ont conçu une idée tout à fait originale : celle qu'il fallait, pour contrer l'espoir terrestre que représentait l’Union soviétique pour ces populations très pauvres et souvent très opprimées par des régimes violents ou corrompus, qu'il fallait proposer quelque chose qui aille au-delà de l'espérance terrestre et soit une alternative globale au rêve communiste pour ces populations très peu instruites.
Ils trouvèrent dans l'islam militant le vecteur idéal de cette stratégie. Lorsque l'Afghanistan bascula dans le camp soviétique, puis que l'URSS envahit le pays, ils se sentirent confirmés dans l'opportunité de ce choix.
Ils se sont alors tournés vers leurs amis saoudiens – ce sont les dirigeants saoudiens qui témoignèrent récemment de cela – pour les encourager à durcir énormément la lecture de l'islam. Ils les poussèrent à en faire une lecture tout à fait littéraliste pour constituer ainsi une religion qui, par sa rigueur, sa dureté encouragerait à la ferveur, c'est-à-dire ce qui était nécessaire pour faire reculer l'attrait du communisme soviétique, qui lui-même était une forme de religion très autoritaire, si l'on observe ce qui se passait derrière le Rideau de fer.
C’est alors que ces apprentis sorciers ont pris des décisions propres à créer l'environnement militaire, financier et idéologique dans lequel une internationale djihadiste a pu se développer, certains considèrent qu'ils ont même monté directement une organisation, Al Qaïda, dont certains témoins ont affirmé qu’elle avait été confiée à un maître espion de la CIA : Oussama Ben Laden.
Ils ont ainsi engagé la transformation d'une partie significative du tiers monde, notamment de religion musulmane, en un endroit où la colère des peuples contre leur situation précaire et difficile, a été tournée vers les « infidèles », les Soviétiques athées, étant un modèle particulièrement évident de matérialisme infidèle.
Tout cela a été considéré comme un succès en devenir par les stratèges des USA. La force des convictions suscitées par cette nouvelle version autoritaire de la religion islamique, et notamment les succès d'Al Qaïda, ont fait battre en retraite les Soviétiques d'Afghanistan, et fait reculer de manière générale, l'attraction du communisme dans les pays pauvres de religion musulmane. Les premiers résultats de cette opération d'apprentis sorciers étaient très encourageants et elle fut poursuivie.
Mais voilà que de manière imprévue, sous l'impact de ses propres contradictions, l'Union soviétique s'effondra.
Tous ces gens, poussés vers cette religion, autoritaire, endiablée contre le matérialisme, devaient alors se trouver un nouvel ennemi. Pour le malheur de l'apprenti sorcier le nouvel ennemi matérialiste devint les USA, et de manière générale, un Occident considéré comme le temple du matérialisme, non plus, le matérialisme scientifique ou historique du marxisme, mais le matérialisme vulgaire de la société de consommation et de la liberté sexuelle dont il s'accompagne.
Le danger était apparu pourtant ailleurs. En Iran, la révolution de 1979 renversa le Shah, allié de Washington, et le nouveau pouvoir de Khomeini fit des États-Unis le « Grand Satan ». Ce phénomène permettait de pressentir déjà la puissance politique que pouvait prendre la mobilisation islamiste lorsqu’elle se tournait contre l'Occident. L’apprenti sorcier entrait dans le piège : la figure du Grand Satan, qu'il utilisera contre l'Union soviétique était facilement susceptible de se retourner contre lui.
Sans avoir immédiatement conscience du phénomène, les autorités nord-américaines ont commis des imprudences particulièrement vives, notamment en faisant stationner, pendant la première guerre du Golfe, des dizaines de milliers de soldats américains sur les terres saintes de l'islam. Jean-Pierre Chevènement, qui était alors ministre de la Défense, avait mis en garde contre les conséquences de certaines pratiques particulièrement provocatrices dans ce contexte, notamment la prostitution et la présence de chiens, considérés par l'islam rigoriste comme une véritable provocation. Cela a radicalisé des populations déjà préchauffées depuis des années : le Grand Satan était en train de changer de visage… »
Les divers organismes constitués pour lutter contre les soviétiques basculèrent dans la lutte contre les USA, c’est ainsi qu’Al Qaïda semble avoir été un des organisateurs des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis d'Amérique, à la suite de quoi l'Occident envoya, des troupes en Afghanistan, puis au Moyen-Orient pour lutter contre des musulmans, non pas parce qu'ils étaient musulmans, mais parce qu'ils affrontaient l'hégémonie des USA, qui était alors à son zénith avec la disparition de l'Union soviétique.
La « guerre contre le terrorisme », engagée par les dirigeants américains fut globalement un échec. Le terrorisme s'est répandu à la suite du rigorisme islamique qui avait été voulu et souhaité par les stratèges américains. Les États-Unis ont même dû se retirer d'Afghanistan en remettant le pouvoir aux talibans, et ont dû composer, en Syrie, avec les forces issues d'Al-Nosra, ancienne branche d'Al-Qaïda, dont les héritiers sont finalement arrivés au pouvoir…
Par la suite cette façon d'affronter l'Occident comme impie, est revenue en boomerang à l'intérieur, même des sociétés occidentales, notamment en Europe où une forte immigration musulmane a conduit à l'émergence de courants communautaristes parfois radicaux qui manifestent des exigences comme imposer des interdits alimentaires, un style vestimentaire aux femmes, et s'opposent aux règles et aux lois dans des zones géographiques dans lesquelles les États ont perdu une partie du contrôle, en France, c'est la Seine-Saint-Denis, en Belgique, c'est Molenbeek Saint-Jean, au Royaume-Uni, ce sont les zones ou 89 tribunaux islamiques font largement la loi, mais il y a bien d'autres endroits.
Tout cela a conduit à un vif recul de la condition des femmes dont l'Occident avait pourtant fait son drapeau. On voit sur ces images la régression vers le voile et la burqa. On remarque que dans tous les pays où s'est développé un port du voile obligatoire, l'ensemble des droits démocratiques de toute la population a régressé, sans apporter pour autant un enthousiasme en faveur des USA ou de l’Occident en général.
L'apprenti sorcier s’est piégé lui-même, mais c'est le monde entier qui paye l'addition.
Cliquer sur l'image ↴












