Yannick Ferret
21/8/2026
Le 1er septembre, la facturation électronique devient obligatoire. Près de 10 millions d'acteurs économiques sont concernés, dont plus de 7 millions d'entreprises.
Toutes les entreprises devront être capables de recevoir leurs factures électroniques par l’intermédiaire d’une plateforme agréée.
Artisans, commerçants, indépendants, TPE : tout le monde est concerné.
Et ce n’est que la première étape.
À partir de septembre 2027, les TPE et PME devront également émettre leurs factures par ce système.
Le problème n’est pas la facturation électronique en elle-même. Le problème, c’est la manière dont la France a choisi de l’imposer.
L’État avait initialement promis un portail public gratuit permettant aux entreprises d’émettre et de recevoir leurs factures. Il y a renoncé en 2024.
Les entreprises doivent désormais se tourner vers plus d’une centaine de plateformes privées agréées, avec leurs propres offres et leurs propres conditions commerciales.
À quelques jours de l’échéance, une partie des petites entreprises n’a toujours pas choisi sa plateforme ou ne maîtrise pas précisément ses nouvelles obligations.
Mais il y a un sujet bien plus sensible : celui des données.
Le nouveau système prévoit la transmission à l’administration de nombreuses informations contenues dans les factures et les transactions : identité du fournisseur et du client, montants, TVA, nature des opérations et, dans certains cas, données de paiement.
Nous allons donc faire circuler et concentrer une quantité considérable d’informations économiques sensibles sur nos entreprises.
Et cela au moment même où les systèmes publics viennent de subir plusieurs compromissions majeures.
⇨ 1,2 million de comptes bancaires concernés par un accès illégitime au fichier FICOBA.
⇨ Jusqu’à 11,7 millions de comptes concernés par la fuite de données de France Titres-ANTS.
⇨ 678 000 particuliers et professionnels concernés cet été par une extraction frauduleuse de données de la DGFiP.
Ce sont des faits...
Bien sûr qu’il faut moderniser la facturation.
Bien sûr que le numérique peut simplifier la vie des entreprises, accélérer les échanges et contribuer à lutter contre la fraude.
Mais rien n’oblige la France à imposer cette généralisation dès 2026.
Plusieurs pays européens n’ont toujours pas d’obligation générale de facturation électronique entre entreprises. D’autres ont choisi des calendriers plus tardifs : 2027, 2028, voire au-delà.
Quant au dispositif européen harmonisé de déclaration numérique des transactions B2B transfrontalières, il ne doit entrer en vigueur... qu'en 2030.
La France n’est donc pas « en retard ».
Elle a choisi d’aller plus vite.
Une surtransposition de plus !
La vraie question est simple :
Pourquoi faudrait-il être toujours plus rapide pour imposer une nouvelle contrainte ?
En l'état actuel des choses, David Lisnard demande de suspendre l’obligation généralisée de la facture électronique.
Suspendre ne veut pas dire renoncer.
Cela veut dire prendre le temps de sécuriser le dispositif, garantir une solution réellement accessible à toutes les entreprises et protéger leurs données.
Les entrepreneurs ont besoin de stabilité, de simplicité et de confiance.
Pas d’une nouvelle usine à gaz administrative.
Vous êtes chef d'entreprise, artisan, commerçant, président d'association ?
Qu’en pensez-vous ?
Liberté-Résistance
Le blog des esprits libres et éclairés - Contact : liberteresistance68@gmail.com
Translate
26 août 2026
Jeff Wuillai
26/8/2026
Cette couverture est à elle seule le constat d’un naufrage intellectuel. « Complotistes : les nouveaux fascistes » : voilà où en est Charlie, un journal autrefois capable de pulvériser les puissants, les dogmes et les certitudes avec trois traits de crayon, réduit aujourd’hui à coller des étiquettes sur ceux qui sortent du rang. Le mot « complotiste » est devenu une arme d’une facilité consternante : vous doutez, vous questionnez, vous demandez des preuves, vous refusez la version dominante ? On vous colle le tampon et la discussion est terminée. Et si cela ne suffit plus, on monte d’un cran : « fasciste ». Bravo, quelle audace ! Plus besoin de démontrer, de distinguer le délire de l’interrogation légitime, le mensonge de l’erreur, la manipulation de la simple défiance. On amalgame tout et on condamne en bloc. Et cette orientation ne tombe pas du ciel : Riss dirige aujourd’hui Charlie et en constitue le centre de gravité, Gérard Biard en est le rédacteur en chef et Jean-Loup Adénor, rédacteur en chef adjoint, préface précisément ce hors-série consacré aux « complotistes ». Ce sont donc bien quelques-uns des responsables éditoriaux actuels qui assument cette ligne. Qu’ils l’assument jusqu’au bout, mais qu’ils ne viennent pas nous vendre cela comme l’héritage intact de Cabu, Wolinski, Charb, Tignous ou Honoré. Charb combattait lui aussi les théories du complot, mais combattre une affirmation fausse en la démontant n’a rien à voir avec transformer une catégorie entière de contradicteurs en « nouveaux fascistes ». Le vieux Charlie était un formidable bordel de fortes têtes qui se contredisaient, se provoquaient et n’accordaient aucun brevet de bonne pensée. Après 2015, cinq géants ont été assassinés, d’autres sont partis, l’équipe a été profondément renouvelée et la rédaction est devenue bien plus structurée autour d’une ligne identifiable. Le résultat est là : ceux qui autrefois auraient ri des gardiens de la pensée correcte semblent désormais tentés d’en distribuer eux-mêmes les bons et les mauvais points. Ce n’est pas du courage, c’est de la paresse intellectuelle enveloppée dans le vieux papier cadeau de l’irrévérence. Un journal satirique digne de ce nom démonte les mensonges un par un et accepte que certaines questions dérangent. Il ne transforme pas le mot « complotiste » en muselière et « fasciste » en massue. Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré étaient irremplaçables. On le savait déjà. Avec ce genre de torchon, on mesure à quel point.
H16
24/8/2026
Budget 2027 : aucun stress. Détendez vous. Ça ira. Mais si.
Alors mes petits amis, écoutez moi bien : il faut en finir avec la désinformation, scrogneugneu !
Certains, avec un toupet assez phénoménal, ont été prétendre sur les intertubes que le prochain budget 2027 verrait la suppression des APL, le gel du RSA, la remise en cause du crédit d’impôt à la personne, une hausse de l’impôt sur le revenu, la peste, le choléra et les écrouelles pour les gueux et pas de rab de frites à la cantine de l’Élysée.
C’est, bien évidemment, complètement faux et Sébastien Lecornu, le Premier Ministre, s’en est ouvert sur X, le sourcil froncé et l’air grave, dénonçant de méchantes mesures inventées pour inquiéter les Français. Seb nous l’a bien dit : « calmez-vous, le budget 2027 est à peine esquissé enfin, voyons ! »
Ah et en ce qui concerne le gel partiel des pensions de retraites pour les pensions dépassant 3.000 euros, évoqué par des ministres eux-mêmes et travaillé du côté de Bercy ?
Euh eh bien c’est en effet bon en fait et alors c’est-à-dire que mais enfin cependant avez-vous noté qu’une trentaine de références de préservatifs non conformes, vendues en ligne et en pharmacie ces derniers mois, sont susceptibles d’entraîner des grossesses non désirées ou des infections sexuellement transmissibles ?
Hum, pardon ? Mais pourquoi vous insistez avec cette histoire de retraites ? Il y a aussi cette tiktokeuse retrouvée morte et partiellement calcinée dans le Gard et…
Non ? Vous voulez vraiment évoquer ce qui s’est passé ces dernières semaines sur le plan économique en France ? Vous êtes vraiment excités ! Il n’y a pourtant pas de quoi !
Vous voulez vraiment évoquer le taux des emprunts d’État qui chatouille les 4,10% par le mauvais bout, ce qui ne lui était plus arrivé depuis 2008 ? Vous voulez vraiment vous attarder sur la cible de déficit pour 2027 qui recule discrètement de 4,5 % à 4,9 % du PIB ? Vraiment ? Et pourquoi agiter ce rapport de l’Inspection générale des finances qui alerte, le 20 août, sur les « risques majeurs » d’une loi spéciale prolongée ?
Tout ceci est très anxiogène, enfin !
Il faut se détendre, les avis de taxe foncière ne tomberont pas avant le 27, et le verdict de l’agence de notation Fitch ne tombera que le 28.
Pas de quoi s’exciter, allons franchement !
D’ailleurs, des mesures discrètes mais certainement efficaces sont déjà prises et ce d’autant plus que l’administration n’a plus un centimètre de marge.
Cela explique pourquoi la Direction générale du Trésor réfléchit à sortir les ETF synthétiques exposés hors d’Europe du champ du PEA, c’est-à-dire à fermer une des rares portes qui poussaient encore l’épargnant français vers les actions plutôt que vers la pierre. La taxe foncière augmente automatiquement pour 7,4 millions de logements. Les surtaxes présentées comme « temporaires » pourraient rester en place parce que le besoin est fort et l’adjectif est faible.
Et puis on regarde du côté des niches : crédit d’impôt pour l’emploi à domicile, abattement de 10 % sur les pensions, pacte Dutreil, crédit d’impôt recherche, tout ce qui reste attaché à quelqu’un est potentiellement remis en question étudié.
Après tout, l’État emprunte cette année 310 milliards d’euros à moyen et long terme (montant record, Champion mon frère !) sans budget voté et sur la seule autorisation d’une loi spéciale. Avec une dette publique qui franchit les 3.500 milliards, la charge d’intérêts dépasse désormais le budget de la Défense et, bon, il faut bien que quelqu’un paie.
Ce quelqu’un, cela ne peut pas être un autre que le retraité, le salarié, le chômeur, l’entreprise, le fonds de placement, l’épargnant. J’en entends qui murmurent « et la bureaucratie obèse ? » sans comprendre que sans elle, personne ne produirait les rapports montrant où l’argent peut se trouver. Eh oui !
Et surtout, il ne faudrait pas oublier l’autre côté de l’équation : il reste 9 mois avant la présidentielle et on ne fâchera personne en donnant.
Du coup, le leasing social a rouvert son guichet le 16 juillet : 50.000 véhicules électriques, une aide allant jusqu’à 9.500 euros, des loyers à partir de 94 euros par mois, et 20.000 dossiers déposés en 15 jours. Comme le dit le ministre de l’Économie, à ce rythme, on arrivera très vite au plafond. Youpi, quoi.
Au passage, rassurez-vous : les 401 millions d’euros de ce leasing ne sortent pas du budget de l’État, ils transitent par les Certificats d’Économies d’Énergie, versés aux professionnels par des fournisseurs qui répercutent la charge sur les factures. Certes, la dépense existe mais elle est simplement sortie du périmètre où on la compte. Oui, l’État n’a plus un sou, oui, il distribue toujours mais par une tuyauterie qui n’apparaît pas au déficit. Youpi, quoi.
Vous pensez qu’on fait les malins avec ce genre de plomberie comptable ? Attendez de voir ce qu’on sait faire en statistiques !
Par exemple, en avril 2026, l’indice Insee de confiance des ménages résumait huit soldes d’opinion, dont la capacité d’épargne actuelle et future, l’une et l’autre en dégradation continue. Mais en juin, il n’en résume plus que six et les deux soldes gênants ont été retirés pour composer un indicateur séparé, sobrement baptisé « climat de l’épargne » avec comme résultat que la confiance « repart à la hausse » même si le climat de l’épargne se dégrade. Tout est documenté, tout est méthodologiquement défendable. Du cousu main. Youpi, quoi.
Pas besoin de s’étendre sur les autres indices comme le chômage qui atteint 8,3 % au deuxième trimestre à son plus haut niveau depuis la crise sanitaire ce qui, après le sixième trimestre d’application de la « loi pour le plein emploi », représente un bel exemple de réussite macronienne.
C’est un peu comme les défaillances d’entreprises qui dépassent 70.000 sur 12 mois (un niveau qu’on n’avait vu ni en 2008, ni pendant la crise des dettes souveraines) avec les prêts garantis par l’État qui arrivent massivement à échéance cet été : on voit bien que ça peut stresser, mais voilà, on ne stresse pas. Pas du tout. Youpi, même.
Restons-en donc sur un scénario apaisant, zen, calme et tranquillisant : comme la dette a une durée de vie moyenne de huit ans et cinq mois, les 4,10 % d’intérêts ne frapperont pas d’un coup, ils s’installeront par tranches, pépères. Le remplacement des obligations émises à moins de 1 % entre 2015 et 2021 était programmé de longue date. Pas de quoi stresser.
Fitch maintient la France en A+ et pourrait très bien reconduire son verdict le 28 et si on ne regarde pas le déficit commercial sur le trimestre entier (qui se dégrade de 4,6 milliards d’euros), le chiffre de juin s’est même révélé meilleur que prévu. Youpi encore !
Bref, il ne reste qu’à tenir la cible révisée de 4,9 % de déficit, ce qui suppose de ne trouver qu’un petit 28 milliards d’euros bien tassé, sans toucher la dépense de fonctionnement de l’État évidemment. On va s’échanger quelques rapports, créer quelques instances et surtout : ON NE COUPE RIEN.
No Stress.
Tout va très bien se passer.
Natacha Polony
26/8/2026
Avis de gros temps, ça va turbuler dans le bloc central !
Pas plus qu’un autre, le sondage de rentrée Harris publié hier n’a de valeur prédictive. Mais il doit être pris pour ce qu’il est : un objet politique qui va entraîner des réactions en chaîne non pas tant dans l’opinion, qui est pour sa part bien plus avisée, mais chez les acteurs politiques, qui sont eux bien plus drogués à cette amphétamine.
Et la zizanie est à prévoir au sein de la macronie élargie. Car Édouard Philippe et Gabriel Attal seraient désormais au coude à coude ; mais dans le meilleur des cas incapables d’assurer la qualification face à Jean-Luc Melenchon ; quant au 2nd tour, même Édouard Philippe est donné perdant face à Marine Le Pen et sort de la marge d’erreur ! En résumé, non seulement ni Philippe ni Attal ne peuvent être des garanties pour le bloc central, mais ils n’apparaissent même plus comme des opportunités. Leur remplacement dans la course élyséenne va donc être à l’ordre du jour de la macronie en cette rentrée.
Même pagaille en vue à gauche comme à droite : Retailleau et Glucksmann restent collés au sol et sont incapables de tirer parti de l’affaissement du bloc central. Et comme le total gauche (entre 32 et 34%) comme celui de LR (8 à 10%) restent dans leurs étiages historiquement les plus bas, toute substitution interne n’y changerait là non plus strictement rien.
En l’état, le match de la tripartition va virer au duel. Un duel que 100% du corps électoral rejette puisque même les Insoumis prétendent priver Marine Le Pen de 2nd tour et que les partisans de cette dernière veulent éliminer Jean-Luc Mélenchon dès le 1er.
Consternante pagaille !
Il y a bien sûr un défaut d’offre politique sur le fond pour une France de la production, souveraine et du vivre mieux. Et ce défaut d’offre politique se retranscrit sur l’échiquier électoral. On ne sortira pas de l’ornière sans rebattre les cartes pour 2027. Et pendant que la frénésie de l’agitation interne va enivrer les vieilles maisons, une irruption est plus que jamais nécessaire pour créer le grand chamboule-tout électoral seul à même de remettre de l’ordre dans le destin de la France.
25 août 2026
Gastel Etzwane
25/8/2026
Ah, le président que tout le monde déteste (oui, vraiment tout le monde, même les pigeons des Tuileries) vient fièrement annoncer qu’un pays riche et généreux a daigné investir chez nous… notre petit pays en faillite, en ruines, en décomposition avancée.
Quelle divine surprise ! Quelle magnifique opportunité de se faire encore un peu plus avaler, digérer, liquéfier par une nation qui partage évidemment tellement de valeurs avec nous… la liberté, l’égalité, la fraternité, le respect des femmes, la laïcité, tout ça quoi. On est presque jumeaux culturels, non ?
Et ce président que tout le monde déteste ose même présenter ça comme une « bonne nouvelle ».
En réalité ? C’est juste la France qui se vend encore un peu plus, qui se fait racheter encore un peu plus, qui disparaît encore un peu plus sous les néons et les parcs à thème importés.
Quant à la culture française dans tout ce beau projet…
On la cherchera longtemps.
Très longtemps.
Avec une loupe.
Dans les poubelles.
24 août 2026
Georges Kuzmanovic
23/8/2026
AMFIS 2026 : Mélenchon entre en campagne et promet une VIe République écologique, sociale et populaire

Les principales propositions ou orientations avancées pendant le meeting peuvent ainsi être résumées :
23/8/2026
AMFIS 2026 : Mélenchon entre en campagne et promet une VIe République écologique, sociale et populaire
Lors des AMFIS 2026, dans la Drôme, Jean-Luc Mélenchon a lancé sa bataille présidentielle autour de l’écologie, de la justice sociale et de la refondation de l’État. Un projet ambitieux, mais où la question de la réindustrialisation, de l'international et de l'Union européenne sont largement absents

Jean-Luc Mélenchon, discours de clôture des AMFIS2026, Châteauneuf-sur-Isère, 23 août 2026 © Image tirée de la vidéo du discours
Les AMFIS de La France insoumise se sont déroulés près de Valence dans la Drôme, du jeudi 20 au dimanche 23 août. Quatre jours de débats, de formations et de rencontres au bord du lac de Châteauneuf-sur-Isère, avec une l'ambition de lancer véritablement la bataille de l’élection présidentielle de 2027.
LFI revendiquait cette année 23 sessions de formation, 79 conférences, sept « temps forts », huit grands entretiens et une importante programmation culturelle. Le mouvement avait annoncé plus de 4 000 inscrits dès la fin juillet, puis quelque 7 000 participants, tandis que les organisateurs revendiquent plus de 10 000 personnes pour le meeting final.
Si ce chiffre est difficile à vérifier, il apparaît clairement que le public militant était au rendez-vous en nombre et que LFI a rassemblé ses forces avant la confrontation présidentielle de cette année, offrant à voir un de ses atouts constitué au fils de trois présidentielles : sa force militante justement.
Pour Jean-Luc Mélenchon, l’objectif est désormais limpide, s’imposer comme le candidat naturel de la gauche et parvenir, après avoir échoué à quelque 420 000 voix du second tour en 2022, à franchir cette fois l’obstacle. Comme à son habitude, il ne veut entendre parler d’aucune « primaire de la gauche » – on peut d’ailleurs lui reconnaître que ce type d’exercice a souvent davantage produit de divisions que d’unité et se soit avéré stérile – et considère que la question doit être tranchée directement par les électeurs. Sur son chemin se trouvent donc d’abord les autres candidats déclarés ou potentiels de gauche. Fabien Roussel, François Ruffin, désormais tricard chez les Insoumis – ces deux là seront immédiatement et en priorité attaqués. Raphaël Glucksmann, mais aussi l'hypothèse François Hollande, éternel adversaire idéologique et personnel de Mélenchon... avec ce clin d'œil de l’histoire que c'est en participant à la constitution du Nouveau Front Populaire en 2024, Mélenchon a contribué de facto aux conditions qui ont permis à l’ancien président de retrouver un siège de député et, avec lui, une place dans le jeu politique national.
Des AMFIS tournés vers 2027
Tout, à Châteauneuf-sur-Isère, respirait la présidentielle. Des maillots de football « Mélenchon 27 » étaient vendus sur place et le mouvement a multiplié les appels aux « parrainages citoyens », tout en préparant déjà la véritable bataille des 500 signatures d’élus nécessaires pour accéder au scrutin. Dans le meeting de clôture, les animateurs ont ainsi lancé un défi, celui de dépasser les 350 000 soutiens citoyens et mobiliser les militants afin qu'ils démarchent les maires. « Nous avons un programme, nous avons une équipe, nous avons un candidat », résumait-on à la tribune avant l’arrivée de Mélenchon.
Ces AMFIS ont cependant été davantage qu’un simple rassemblement militant. LFI cherche depuis plusieurs années à construire autour d’elle un véritable écosystème politique et culturel. Économistes, universitaires, écrivains, artistes, militants écologistes et responsables associatifs ont participé aux débats. Frédéric Lordon, Pierre Lemaitre, Éric Vuillard ou encore Didier Fassin figuraient notamment parmi les invités annoncés, tandis que l’Institut La Boétie – structure fondée par la France Insoumise pour rassembler les compagnons de route, comme boîte à idée et comme source de financement – occupait une place importante dans le dispositif.
Le meeting final lui-même a été construit pour illustrer cette volonté d’agrégation. Avant Mélenchon sont intervenus des représentants du monde culturel et militant, dont l’écrivain Pierre Lemaitre et l’activiste écologiste Marie Chourau. Cette dernière a défendu une écologie explicitement « anticapitaliste », « antiraciste » et « antifasciste », réclamant notamment un moratoire sur les mégabassines et certains grands projets d'infrastructures, la lutte contre l’artificialisation des sols et une remise en cause de l’agro-industrie.
« La victoire est possible »
Puis Jean-Luc Mélenchon monte à la tribune avec un message central, « La victoire est possible », soulevant fort logiquement l'enthousiasme des militants présents. Il présente l’élection de 2027 comme un moment de bascule historique et reprend l’une de ses constructions politiques favorites, la bipolarisation du pays entre un « pôle populaire » qu’incarnerait LFI et un bloc adverse réunissant progressivement le centre, la droite et l’extrême droite. « C'est eux ou nous. Il n'y a rien au milieu ».
C'est largement une extrapolation marquant surtout la volonté de Mélenchon de fixer l'attention de l'élection présidentielle sur ce second tour idéalisé, la réalité du pays est celle d'une tripartition de la vie politique avec un bloc central – ou plutôt extrême centre néolibéral, atlantiste et européiste – que là encore, Le Nouveau Front Populaire a contribué à sauver, en particulier les députés macronistes. Par ailleurs, le RN dispose, lui aussi, sinon plus encore, d'un vote populaire sociologiquement identifié.
Mélenchon refuse explicitement de faire du nombre de candidatures à gauche le problème central. Selon lui, l’histoire montre qu’il y en eut beaucoup, y compris lors des victoires de 1981 et 1988. « Ce qui compte et qui est le plus important, ce n'est pas le nombre de candidatures, c'est le nombre d'électeurs », explique-t-il. Son objectif n’est donc pas l’unité préalable des appareils mais une « unité populaire » réalisée directement dans les urnes autour d’un programme de rupture.
Cela a le mérite de la clarté, d'autant que Jean-Luc Mélenchon est un tribun accompli qui n'a rien perdu de sa verve et de son talent oratoire, clairement le meilleur et de loin, relativement à tous les autres candidats déclarés ou supposés.
C’est aussi une manière de signifier à ses concurrents qu’il n’entend négocier ni sa candidature ni l’essentiel de son programme.
Censure du budget 2027 et relance par la demande
Sur l’économie, Mélenchon commence par l'annonce d'une bataille politique immédiate, en annonçant que les députés insoumis censureront le gouvernement de Sébastien Lecornu sur le budget 2027, estimant que les nouvelles réductions de dépenses promises précipiteraient une économie française déjà « sur le fil du rasoir de la récession ».
Certes, le budget que présentera Lecornu sera aux antipodes idéologiques des Insoumis, mais... la manœuvre est aussi habille : Mélenchon, entre les lignes, annonce que ceux qui ne voteront pas cette motion de censure annoncée, et en premier lieu les députés socialistes, se feront les défenseurs d'Emmanuel Macron et de son gouvernement. Soit ces députés votent contre la motion de censure, sauvent Lecornu et se discréditent complètement pour la suite de l'élection présidentielle (« coucou François Hollande »), soit ils la soutiennent et se rangent symboliquement derrière Mélenchon et les Insoumis qui mènent la bataille – et pour la prochaine élection législative, il ne fera pas bon, à gauche, de s'être opposé à Mélenchon.
Face à la dette et au déficit, il récuse l’austérité et promet au contraire de « remettre de l’ordre dans les comptes publics » par une politique de recettes nouvelles et de relance. Il veut faire davantage contribuer les grandes fortunes et les multinationales, taxer les superprofits, supprimer certaines niches fiscales, augmenter les salaires pour relancer la consommation populaire et soutenir l’investissement. Il reprend également sa proposition de placer certaines dettes publiques détenues par la Banque centrale européenne « au congélateur », en commençant par les dettes accumulées pendant la période du Covid.
• censurer le projet de budget 2027 du gouvernement Lecornu ;
• accroître l’imposition des grandes fortunes, des multinationales et des superprofits ;
• augmenter les salaires afin de soutenir la consommation populaire et l’activité ;
• supprimer des niches fiscales considérées comme inefficaces ou « prédatrices » ;
• demander à la BCE de neutraliser une partie de la dette publique, notamment celle héritée du Covid ;
• généraliser une véritable planification écologique ;
• produire en France des bombardiers d’eau et renforcer les moyens de la sécurité civile ;
• créer une « conscription écologique » alimentant une réserve mobilisable en cas de catastrophe ;
• transformer les régions actuelles en « écorégions », organisées principalement autour des bassins versants ;
• confier à ces écorégions des compétences sur l’eau, les forêts, les sols, les littoraux, les mobilités, l’économie circulaire et la santé environnementale ;
• reconstruire un État républicain stable et impartial et limiter les passages des hauts fonctionnaires vers le privé ;
• instaurer la VIe République, le référendum d’initiative citoyenne et le référendum révocatoire.
• accroître l’imposition des grandes fortunes, des multinationales et des superprofits ;
• augmenter les salaires afin de soutenir la consommation populaire et l’activité ;
• supprimer des niches fiscales considérées comme inefficaces ou « prédatrices » ;
• demander à la BCE de neutraliser une partie de la dette publique, notamment celle héritée du Covid ;
• généraliser une véritable planification écologique ;
• produire en France des bombardiers d’eau et renforcer les moyens de la sécurité civile ;
• créer une « conscription écologique » alimentant une réserve mobilisable en cas de catastrophe ;
• transformer les régions actuelles en « écorégions », organisées principalement autour des bassins versants ;
• confier à ces écorégions des compétences sur l’eau, les forêts, les sols, les littoraux, les mobilités, l’économie circulaire et la santé environnementale ;
• reconstruire un État républicain stable et impartial et limiter les passages des hauts fonctionnaires vers le privé ;
• instaurer la VIe République, le référendum d’initiative citoyenne et le référendum révocatoire.
Programme plutôt cohérent, même si, comme avec le programme du Nouveau Front Populaire en 2024, il n'apparaît pas clairement comment « accroître l’imposition des grandes fortunes, des multinationales et des superprofits »... Quarante années de néolibéralisme, de libre-échange, de paradis fiscaux, et d'évolution des outils informatiques et numériques rendent cet objectif déclaratif quasiment impossible à réaliser dans ces termes.
Jean-Luc Mélenchon est aussi resté étonnement assez réservé sur le nucléaire, qui n'est cité qu'une seule fois dans le discours, alors que dès 2018, et dans le but de pouvoir coopérer avec les écologistes d'EELV, la France Insoumise se donnait comme objectif de sortir totalement du nucléaire. La crise énergétique, aggravée par les guerres d'Ukraine et d'Iran, est passée par là, et puis, Jean-Luc Mélenchon qui veut « en même temps » conserver la dissuasion nucléaire sait fort bien qu'il n'y a pas de nucléaire militaire sans nucléaire civil – une petite contradiction que la dissonance cognitive naturelle du militant obère. Donc une petite entaille contre le nucléaire qui fait plaisir au petit cœur du militant EELV moyen présent en force aux AMPHIS2026 : « Voyez le nouveau programme nucléaire de monsieur Macron. Comme si le problème du refroidissement des centrales et la baisse des débits des cours d'eau n'existaient pas. que de temps, que d'argent perdus pour les énergies renouvelables »... oubliant les investissement massif sous Macron dans les énergies renouvelables (et à mauvais escient) et ignorant les centrales au Thorium, projet abandonné par son ennemi François Hollande, alors Président et là encore pour complaire à EELV. Clin d'œil de l'histoire, la Chine, que Jean-Luc Mélenchon admire, développe, elle, et à bon escient, des énergies renouvelables (en fait autant que le reste de la planète), mais aussi... des dizaines de centrales nucléaires dont deux centrales au Thorium dans des zones arides, comme le désert de Gobi, car cette technologie ne nécessite pas de refroidissement par eau.
Ce n'est pas avec Mélenchon Président que le nucléaire français sera relancé, ni donc son indépendance énergétique.
Une gauche de transformation… mais où est passée la production ?
On ne s'étonnera pas de ma lecture républicaine, sociale, gaullienne, aussi marxiste, du discours de Jean-Luc Mélenchon qui fait apparaître à la fois sa force et sa principale faiblesse.
Il faut d’abord reconnaître à Mélenchon une conception de l’État beaucoup plus structurée que celle d’une large partie de la gauche contemporaine. Son attaque contre le démantèlement néolibéral des administrations, la privatisation rampante des missions publiques, le recours aux cabinets de conseil, le pantouflage ou l’idée d’un spoils system à l’américaine touche à une question fondamentale, celui d'un État qui n’est pas seulement une machine administrative, mais l’instrument par lequel la nation transforme une volonté politique en action collective – il y a là chez Mélenchon de la grandeur et une vision, si rare chez les autres candidats. Mélenchon le dit d'ailleurs presque dans ces termes, l’État a historiquement permis à la nation française de devenir « une conscience collective, une volonté collective ».
Cette conception peut rencontrer une tradition républicaine et même, sur certains aspects, gaullienne avec la primauté de l’intérêt général, la continuité de l’État, l'indépendance de la haute fonction publique, le refus de sa capture par les intérêts privés et restauration de capacités de planification. Sa critique du spoils system proposé par Gabriel Attal est à cet égard pertinente : un État républicain n’est ni la propriété d’un parti ni celle d’une caste administrative, il doit être capable de mettre loyalement ses compétences au service du gouvernement légitimement choisi par le suffrage universel.
Mais une question considérable demeure presque absente de ce discours : que produit la France, comment le produit-elle et comment recommence-t-elle à produire massivement ?
Mélenchon parle beaucoup de redistribution de la richesse, de fiscalité, de consommation, de services publics, de protection des biens communs et de planification écologique. Il évoque certes la nécessité de changer « nos manières de vivre, de produire et d’échanger » et avance quelques propositions productives concrètes, notamment la fabrication française de bombardiers d’eau et la relance des métiers de la filière bois. Mais il ne place pas au cœur de son raisonnement la reconstruction de l’appareil productif français.
Or c’est précisément là que devrait se situer l’un des piliers d’une gauche républicaine de gouvernement. On ne redistribue durablement que ce que l’on produit. On ne finance ni l’hôpital, ni l’école, ni l’armée, ni la transition écologique, ni la Sécurité sociale uniquement en taxant davantage un stock de richesse existant et en chassant « les riches » comme des papillons. Il faut créer de nouvelles richesses, produire des machines, de l’énergie, des médicaments, des trains, des semi-conducteurs, des véhicules, des équipements agricoles, des matériaux et des biens industriels. La souveraineté politique elle-même devient largement fictive lorsque le pays dépend de l’étranger pour ses approvisionnements essentiels.
La planification écologique proposée par LFI gagnerait donc à devenir également une planification industrielle et productive. De Gaulle avait le Plan, une politique énergétique, de grands programmes industriels et technologiques et une conception de l’État stratège. La gauche républicaine d’après-guerre partageait largement cette culture de la production. Or, dans le discours de Mélenchon, la production apparaît surtout à travers ses externalités écologiques et la nécessité de transformer les modes de consommation, beaucoup moins comme la condition matérielle de l’indépendance nationale et du progrès social.
Cette faiblesse est d’autant plus frappante que Mélenchon identifie correctement la décomposition de l’État. Mais reconstruire l’État sans reconstruire simultanément l’appareil productif risque de donner à la puissance publique davantage de missions sans lui restituer la base économique permettant de les financer.
Il est bien mort « le plan B »
Notons également que l'Union européenne est aux abonnés absents dans ce discours : elle est critiquée dans le cadre de la crise des incendies de cet été et dans sa volonté de financer des armes de guerre (ce qui est par ailleurs juste), mais rien sur son rôle dans la paralysie de la France, de son industrie. Déjà avec le programme du Nouveau Front Populaire, comme avec le programme du Parti Socialiste présenté (ailleurs) par Chloé Ridel, des économistes de gauche avaient critiqué ce silence gêné en des termes relativement acerbes : quasiment rien de ce programme n'est réalisable dans le cadre du fonctionnement actuel de l'Union européenne.
Il faut rappeler que le « plan B » européen constituait en 2017 un verrou stratégique de L’Avenir en commun, et non une proposition secondaire parmi d’autres. Il a aujourd'hui disparu du programme de la France Insoumise, remplacé par un vague « changer l'Europe de l'intérieur » que ressasse le Parti Socialiste et ses épigones depuis plus de trente ans sans réellement y croire.
Dans l’édition présidentielle de 2017, dont l’introduction était signée par Jean-Luc Mélenchon lui-même, la question européenne était posée comme une condition de possibilité du programme. LFI partait du constat que nombre de ses mesures – politique budgétaire expansive, investissements publics, protectionnisme, harmonisation sociale et fiscale, intervention accrue de l'État ou modification du rôle de la BCE – entreraient en contradiction avec les traités et les règles européennes existantes. Le programme comportait d'ailleurs une partie explicitement intitulée « L'Europe en question, sortir des traités européens ».
La doctrine tenait dans une formule particulièrement claire : « L’UE, on la change ou on la quitte. » Elle reposait sur deux étapes. Le plan A consistait à engager, une fois au pouvoir, un rapport de force avec les autres États membres afin d'obtenir une sortie concertée des traités européens existants, suivie de la négociation de nouvelles règles avec les pays qui le souhaiteraient. Mais cette négociation n'avait de sens, selon Mélenchon, que parce qu'elle était accompagnée d'une menace crédible : le plan B.
Le plan B, en cas d'échec des négociations, consistait donc à ce que la France sorte unilatéralement du cadre des traités européens et propose de nouvelles formes de coopération aux États disposés à la suivre. Mélenchon le disait lui-même dès 2016 : pour la France, le plan A était une sortie collective des traités et le plan B une sortie individuelle. Il ne s'agissait donc pas nécessairement d'un « Frexit » conçu sur le modèle britannique, c'est-à-dire d'un repli national suivi d'une rupture de toute coopération européenne, l'idée était plutôt de désobéir puis de s'affranchir du cadre juridique existant pour reconstruire d'autres coopérations européennes – largement préparée alors lors des « sommet européen du plan B ». La décision finale devait être soumise au peuple français par référendum.
C'était surtout la cohérence politique fondamentale du dispositif : sans possibilité réelle de rompre, le plan A perdait l'essentiel de sa force de négociation – très exactement ce dont avait souffert la Grèce de Tsipras en 2015 lors des négociations face à Troïka, comme l'expliquait alors Yanis Varoufakis. Mélenchon l'expliquait encore pendant la présidentielle : il fallait que les partenaires européens sachent que, si les négociations échouaient, « la France s'en ira ». L'expérience grecque de 2015 était précisément à l'origine de cette doctrine : après la capitulation du gouvernement Tsipras devant ses créanciers, Mélenchon et Éric Coquerel avaient estimé qu'une gauche arrivée au pouvoir ne devait plus jamais se retrouver sans solution de rechange face aux institutions européennes.
Autrement dit, le message de 2017 était beaucoup plus radical que la ligne européenne progressivement adoptée ensuite par LFI : cette Europe, on la change ou on la quitte. Et ce préalable était déterminant, car l'idée était bien que, sans rupture avec les traités si leur renégociation échouait, une partie substantielle de L'Avenir en commun ne pourrait tout simplement pas être appliquée. Ce n'était donc pas seulement une position sur l'Europe, c'était la clé de voûte permettant de rendre crédible l'ensemble du programme de rupture. Cette stratégie Plan A / Plan B fut encore revendiquée officiellement par LFI après 2017 comme nécessaire pour pouvoir appliquer L'Avenir en commun.
Clairement, tout cela a été oublié et enterré et le programme de la France Insoumise fait face là à une contradiction majeure et une réelle inopérabilité.
L’écologie comme nouvelle architecture de l’État
Le cœur doctrinal du discours est ailleurs, dans l’écologie. Mélenchon consacre une grande partie de son intervention aux incendies, aux canicules, à l’eau, aux forêts et à la santé environnementale. Le changement climatique n’est plus présenté comme une politique sectorielle mais comme le phénomène qui doit déterminer l’organisation générale du pays. La « planification écologique », dit-il, n’est désormais plus seulement une « ardente obligation », mais une « exigence de survie ». Il faut dire que le cœur du dispositif militant de la France Insoumise est composé d'une jeunesse bourgeoise et petite-bourgeoise, souvent en voie de déclassement, mais intellectualisée, catégorie sociologique particulièrement intéressée par l'écologie et également la plus sujette à « l'éco-anxiété » – Mélenchon fédère d'abord ses troupes.
Mais le discours déploie quelques idées intéressantes. La proposition la plus originale est celle des « écorégions ». Il s'agirait de régions administratives actuelles, amis restructurées autour des bassins versants. Ces nouvelles collectivités auraient la responsabilité de l’eau, de l’air, des forêts, de la fertilité des sols, des côtes, des mobilités, de l’économie circulaire et d’une partie de la santé environnementale. Mélenchon envisage même de leur accorder un pouvoir normatif, à condition qu’il ne permette aucune régression par rapport à la législation nationale... au risque d'aggraver le mille-feuille administratif qui rend fou nombre de Français.
L’idée est ambitieuse, mais elle soulève là encore une interrogation républicaine. Organiser certaines politiques environnementales autour des réalités physiques des bassins versants est rationnel. Faire de ces espaces le principe structurant de l’organisation territoriale de la République est beaucoup plus discutable. Une nation et ses collectivités ne sont pas uniquement des écosystèmes, elles sont aussi le produit d’une histoire, d’une géographie humaine, d’infrastructures, de solidarités économiques et d’une construction politique. À trop vouloir faire correspondre l’organisation politique aux écosystèmes naturels, on risque de substituer une logique environnementale à la logique historique et civique qui structure la République.
Reconstruire « l’État républicain »
La dernière partie du discours est probablement la plus républicaine. Mélenchon décrit un État français devenu « l’ombre de lui-même » après des décennies de recul des services publics et neuf années de macronisme. Il prend l’exemple de la facturation électronique obligatoire : si l’État impose une nouvelle obligation à un artisan ou à un petit commerçant, affirme-t-il, il doit fournir le service public permettant de s’y conformer, plutôt que de contraindre l’intéressé à acheter une prestation sur le marché.
Il réclame un État « impartial », dans lequel un citoyen ne serait jugé ni selon ses opinions politiques, ni selon son adresse, ni selon sa couleur de peau, un État stable, disposant de fonctionnaires protégés de la précarité, mais également un État placé sous le contrôle d’un peuple rendu « souverain en permanence » par le référendum d’initiative citoyenne et le référendum révocatoire.
Sur ce terrain, Mélenchon retrouve une veine ancienne de son discours, celle du républicanisme social, de la souveraineté populaire et de la critique du dépérissement de l’État sous l’effet du néolibéralisme, peut-être une des plus grandes forces de son discours. Mais, elle cohabite toutefois désormais avec un discours beaucoup plus marqué par les catégories militantes de la gauche identitaire contemporaine, omniprésentes dans plusieurs interventions ayant précédé la sienne. Les AMFIS auront ainsi juxtaposé deux cultures politiques : celle de la République sociale et de l’État, que Mélenchon continue de mobiliser, et celle des luttes intersectionnelles, antiracistes, décoloniales et identitaires qui occupe désormais une place considérable dans l’écosystème militant insoumis.
L’international est quasiment absent
Autre surprise de ce discours de lancement présidentiel, l’international est quasiment absent. Mélenchon évoque certes en quelques phrases le bouleversement des équilibres mondiaux, affirme que « Trump et Netanyahu sont défaits en Iran » et que « Poutine est enlisé en Ukraine » [en conformité avec ce que se dit dans les médias en Occident et qui est complètement en décalage avec la réalité du terrain et de l'aspect économique et géopolitique de la guerre], puis concentre ses critiques – en toute logique compte tenu de la sociologie militante de ces AMPHIS2026 – sur Gaza, Israël et l’alignement diplomatique d’Emmanuel Macron. Mais il ne développe ni doctrine pour l’Ukraine, ni proposition de règlement du conflit, ni architecture de sécurité européenne [un des arguments au cœur de ses campagnes de2017 et 2022 et clairement nécessaire], ni véritable stratégie concernant l’Iran et le Moyen-Orient. Plus étonnant encore, la paix, élément structurant et fort du mélanchonisme, n’est pas structurée comme un grand axe programmatique du discours, alors même que les guerres se multiplient, que le risque d’escalade entre grandes puissances s’accroît et que les questions diplomatiques, militaires et nucléaires relèvent directement des prérogatives essentielles du président de la République. Il eut été facile et logique d'invoquer la mémoire de Jean Jaurès, mais non...
Le contraste avec les AMFIS de 2025 est d’autant plus remarquable. Un an plus tôt, Mélenchon avait consacré une place importante à l’Ukraine et s’était montré, assez étonnement, extrêmement critique envers Volodymyr Zelensky, allant jusqu’à déclarer, « Il n’est président de rien », en référence à l’expiration de son mandat électif initial – or c'est maintenant que des pans importants du peuple en Ukraine demandent son départ et la tenue d'élections alors qu'explosent de multiples scandales de corruption. Il posait alors explicitement la question de savoir qui disposerait de la légitimité nécessaire pour signer un accord de paix, plaidait pour de nouvelles élections en Ukraine et défendait l’idée que d’éventuelles modifications territoriales devraient être soumises aux populations concernées. Il avait également contesté la thèse d’une Russie se préparant à attaquer le reste de l’Europe. Sa position avait suscité une vive polémique, y compris à gauche. En 2026, presque tout cela a disparu, l’Ukraine se résume, dans ce discours, à quelques mots sur l’enlisement de Poutine. On appelle cela « enjamber la question »
Pourquoi un tel effacement ? Mélenchon craint-il que ses positions internationales deviennent un handicap dans la campagne présidentielle qui commence ? Après les controverses suscitées par ses déclarations sur l’Ukraine, mais aussi par les accusations récurrentes de ses adversaires sur les positions internationales de LFI, peut-être préfère-t-il déplacer le centre de gravité de son discours vers des terrains jugés électoralement plus favorables, écologie, services publics, fiscalité, VIe République et critique du macronisme. Ce n’est à ce stade qu’une hypothèse, ce discours du jour ne permet évidemment pas d’établir les raisons de ce choix, mais l’écart avec 2025, et avec les position antérieures de Mélenchon, est suffisamment important pour que la question soit posée.
Cette discrétion est d’autant plus paradoxale que Mélenchon a longtemps fait de l’indépendance diplomatique de la France, du non-alignement et de la sortie de l’OTAN des marqueurs importants de son identité politique. Ainsi, là encore c'est une surprise, pas un mot sur les BRICS qui étaient au cœur de sa doctrine géopolitique depuis des années et toujours évoqués dans ses discours. À l'heure où l'Europe se réarme, où la guerre en Ukraine demeure ouverte et où le Moyen-Orient connaît une succession d'affrontements qui entraîneront au minimum une grave crise économique en Europe et donc en France, on aurait pu attendre d'un candidat qui ambitionne l'Élysée qu'il explique quelle politique de paix, quelle diplomatie et quelle indépendance stratégique il entend proposer à la France. Sur ces sujets comme sur la réindustrialisation, les AMFIS 2026 laissent donc, pour l'instant, une partie importante du projet présidentiel dans l'ombre.
« Ce n’est pas une affaire d’unité des appareils »
Reste enfin la stratégie. Mélenchon ne croit pas à une réconciliation préalable de la gauche. Il entend la dépasser. Son raisonnement est cohérent avec toute la stratégie développée depuis 2017, celle de constituer un « pôle populaire » suffisamment puissant pour absorber une partie de l’électorat des autres gauches, mobiliser les abstentionnistes et accéder directement au second tour. Les dernières législatives de 2022 et de 2024, la NUPES et le Nouveau Front Populaire donnent raison à Mélenchon : la France Insoumise y est centrale et point d'élection de député sans elle ; elle est la principale force à gauche
« C'est la part de responsabilité de chacun et ce n’est pas une affaire d’unité des appareils politiques », affirme-t-il. La rupture doit au contraire rester « nette » et « claire ». Autrement dit, pas question de diluer L’Avenir en commun dans un compromis avec les socialistes, les communistes ou les sociaux-démocrates pour obtenir une candidature unique.
À neuf mois du premier tour, les AMFIS 2026 auront donc moins ressemblé à une université d’été classique qu’au premier grand rassemblement de campagne de Jean-Luc Mélenchon. LFI possède incontestablement une organisation, des militants, un programme, une capacité de mobilisation et un candidat qui a de l'expérience, du verbe, une vision et de la force, malgré ses 75 ans au compteur mais qu'il porte semble-t-il très bien. Le mouvement se pense déjà comme l’un des deux pôles du second tour.
Son projet dessine une France profondément transformée : VIe République, souveraineté populaire permanente, planification écologique, écorégions, reconstruction des services publics et redistribution massive des richesses. Mais il laisse encore largement dans l’ombre une question qui pourrait pourtant déterminer toutes les autres : quelle puissance productive pour la France de 2030 ? Surtout dans un contexte de crises économiques mondiales et géopolitiques graves.
Car pour refaire un État fort, financer la République sociale et retrouver une véritable souveraineté, il ne suffira pas de mieux répartir les richesses. Il faudra aussi recommencer à les produire en France.
Yann Bizien
24/8/2026
24/8/2026
La France est soumise à de nombreuses ingérences étrangères dans ses affaires intérieures.
Il y a depuis longtemps celles, notamment, de la Maison-Blanche, d’Alger et de Bruxelles.
Il y a aussi celles de Gaza et, désormais, de Kiev. Les drapeaux palestiniens et ukrainiens prolifèrent en France, quand nous ne voyons jamais celui de Moscou.
Si vous vous soumettez au narratif anti russe et pro ukrainien, vous êtes un bon électeur. Mais si vous critiquez la politique coûteuse et dangereuse d’Emmanuel Macron et de von der Leyen, alors vous êtes un mauvais citoyen.
Même logique pour la cause palestinienne dans nos facultés, dans nos universités, à Science Po et à la Sorbonne. Des drapeaux étrangers flottent partout autour de la jeunesse française LFIsée et macronisée, complètement endoctrinée.
Tout est donc en place pour favoriser la continuité de ce que nous subissons partout tous les jours dans la campagne présidentielle française. Dans ce cadre d'ingérences multiples, il y a théoriquement de fortes chances que le candidat du système politiquement correct remporte l’élection.
Ceux qui vont chercher le prétexte exclusif de l’ingérence russe pour tenter de disqualifier des candidats à la présidence de la République devraient néanmoins réfléchir davantage aux conséquences de leurs propagandes politiciennes. En pratique, elles pourraient bien produire les effets inverses de ceux qui sont actuellement escomptés.
Les Français veulent la paix avec notre plus grand voisin. Il ne veulent pas d’une guerre à outrance, coûteuse, meurtrière et ingagnable.
23 août 2026
H16
21/8/2026
Voiture électrique : la période promotionnelle arrive à son terme
Cher abonné, chère abonnée,
Nous vous remercions d’avoir choisi l’Offre Découverte Mobilité Décarbonée et espérons qu’elle vous aura donné toute satisfaction. Conformément à l’article 4.2 des conditions générales que vous avez acceptées en cochant la case « bonus écologique », nous vous informons que votre tarif préférentiel va évoluer.
Cette évolution peut vous surprendre, mais rassurez-vous, elle figurait bien au contrat.
Ce changement est déjà confirmé par notre homologue britannique : à compter du 1er avril 2028, l’abonné d’outre-Manche acquittera 3 pence par mile, soit 2,2 centimes d’euro du kilomètre pour un véhicule électrique et la moitié pour un hybride rechargeable, sur un parc de 5,6 millions de véhicules, pour un produit attendu de 1,1 milliard de livres dès le premier exercice. Le tarif sera indexé sur l’inflation à partir de 2029, afin que la Qualité de Service ne se dégrade pas avec le temps.
Vous n’avez rien à faire : le forfait est reconductible par tacite législation.
En France, le service commercial n’a pas encore pris de décision ce qui signifie que le calendrier n’est pas encore arbitré. Nos services comptables évaluent la baisse à venir des recettes d’accises sur l’énergie entre 15 et 30 milliards d’euros, et la direction financière l’estime à 13 milliards par an dès 2035. Ce n’est pas mince : un client qui roule sans passer à la pompe est un client qui consomme sans payer, et c’est plus qu’un manque à gagner, c’est une fuite de valeur !
C’est pourquoi nous introduisons la PLUME.
La PLUME (Participation Locale à l’Usage des Mobilités Électriques) se décline en trois paliers, pensés pour épouser vos usages :
• le palier Essentiel couvre le trajet domicile-travail et absolument rien d’autre, hypothèse que nos études de mobilité jugent raisonnable.
• le palier Confort autorise le week-end, hors ZFE et hors période de pointe.
• le palier Grand Rouleur s’adresse à l’artisan, à l’infirmière libérale et au provincial, clientèle dont le kilométrage exprime à l’évidence une contribution volontaire au redressement des comptes publics.
• l’option Vacances reste disponible sur demande.
Les frais de résiliation seront fixés en 2035, date à laquelle l’abonnement devient commodément obligatoire.
Nos archives indiquent par ailleurs que vous êtes un client de longue date : vous aviez souscrit le forfait Gazole, commercialisé à partir des années 1980 avec un différentiel de taxation avantageux. L’offre a d’ailleurs fini par représenter les trois quarts des immatriculations neuves. Le rattrapage tarifaire a été engagé en 2015, puis ralenti fin 2018 à la demande d’une clientèle en gilet jaune particulièrement expressive.
Le passage à l’électrique de cette nouvelle PLUME ne vous surprendra donc pas.
Certes, l’électricité qui alimente votre batterie est déjà facturée puisque votre kWh supporte :
1. l’accise sur l’électricité, 30,85 euros du mégawattheure, dont une majoration zones non interconnectées qui passera de 5,66 à 5,93 euros au 1er août,
2. la contribution tarifaire d’acheminement, qui finance les retraites cossues des personnels des industries électriques et gazières, et
3. une TVA à 20 % appliquée sur l’ensemble y compris les taxes, le tout représentant environ un tiers de votre facture.
Que ce kWh serve une tondeuse, un lave-linge ou une berline, peu importe : la PLUME, même légère, sait se faire sentir puisque nous facturons ainsi l’énergie puis le déplacement de l’énergie. Et le fait que le réseau routier est financé par ailleurs n’entre pas en compte ici.
Et réjouissez-vous ! Certaines clauses sont déjà entrées en vigueur sans que vous ayez eu la moindre démarche à accomplir.
Depuis le 1er mai 2025, la quasi-totalité des régions a supprimé l’exonération de carte grise dont bénéficiait votre véhicule, la région Hauts-de-France étant la seule à maintenir une remise commerciale de 50 %. Dans le cadre de notre nouveau Contrat de Solidarité Joyeuse, cette promotion prend fin.
D’autre part, nous tenons à vous rassurer sur notre expérience en matière de facturation kilométrique, et sur la modalité technique sur laquelle nous souhaitons être parfaitement transparents.
Le dispositif britannique repose sur le relevé déclaratif du compteur au renouvellement de la vignette, avec régularisation ultérieure, nos confrères reconnaissant eux-mêmes que la fréquence des compteurs trafiqués rend le contrôle aléatoire. Nous apprenons de cette expérience étrangère et même si, en l’état actuel, aucun mouchard boîtier embarqué n’est prévu, il va sans dire que nous nous réservons la possibilité d’une géolocalisation permanente pour améliorer nos services. Du reste, votre véhicule transmet sa position, sa vitesse et son état de charge à son constructeur depuis sa sortie d’usine ; moyennant un petit décret d’application, nous ne ferions que nous placer dans le flux correspondant.
Bien sûr, nous nous engageons à vous en informer par courriel.
L’alternative consistera à mettre en services les portiques Écotaxe : ce dispositif, déployé en 2013 avec 174 portiques, qui a coûté 957,58 millions d’euros d’indemnités au consortium Ecomouv’, 70 millions pour installer puis désinstaller, a été revendu pour 2,19 millions sans avoir jamais servi. C’est dommage.
Heureusement, ces portiques sont toujours debout au bord des nationales et sont entretenus depuis douze ans.
Ils pourraient donc servir d’autant qu’ils ont été amortis : quatre centimes de TICPE supplémentaires par litre de gazole dès janvier 2015, soit quelque 650 millions d’euros par an ont été aspirés sur le dos d’automobilistes qui n’étaient nullement concernés par cette écotaxe qui n’en a pas moins été religieusement inscrite à la rubrique des recettes manquantes entre 2014 et 2024 pour 9,8 milliards d’euros.
Enfin, une dernière précision : notre homologue britannique estime que la mesure supprimera environ 440.000 ventes de véhicules électriques. Nous avons subventionné l’achat pour que vous rouliez électrique, nous taxons l’usage pour compenser le succès de la subvention, et notre propre bureau d’études annonce que la taxe annulera la subvention. Tout se déroule donc exactement comme prévu.
Nous vous remercions de votre fidélité.
La PLUME sera légère, mais vous l’aurez dans le cul la sentirez passer.
Gabriel Nerciat
23/8/2026
RAGOTS ET CAUSERIES POUR DICTATEURS
– Alors quoi, mon cher Caudillo, j'ai lu dans Marianne et dans Le Monde que vous avez table ouverte chez Vincent Bolloré, qui mettrait tous les journaux de son groupe à votre disposition et à celle de la junte que vous dirigez ? Est-ce digne de vous, franchement ? Sur sa principale chaîne de télévision, on ne cesse de dire du mal de moi, et de financer des documentaires très ennuyeux sur le Guernica de Picasso qui rendent furieux mon ami Marinetti. Ce n'est pas du travail sérieux.
– Ah mais que voulez-vous, mon cher Duce. Je ne pouvais quand même pas m'adresser à George Soros pour financer ou encenser ma rébellion marocaine. Même si je sais qu'il a prêté un peu trop d'argent à notre ami le peintre fou furieux de Linz en croyant pouvoir en faire son débiteur et reconfigurer l'Europe à sa guise. Mais en ce qui me concerne, je sais raison garder. Je ne peux pas non plus faire appel à Bernard Arnault, ce bandit de grand chemin qui est en train de s'entendre avec les Chinois et les Yankees sur le dos de ses compatriotes, ces pauvres Français encore assez incultes pour se prétendre fiers de lui.
– Il fallait venir me voir plus tôt, Caudillo. À Rome, j'ai tissé des liens intéressants avec des oligarques vénitiens et milanais autrement plus capés et audacieux que ces oiseaux-là.
– Mais mon cher Duce, moi je viens de lire dans Le Journal du Dimanche et dans Valeurs Actuelles que vous avez intronisé Jean-Luc Mélenchon au sein de votre Grand Conseil fasciste. Je sais que vous avez eu des liens sulfureux avec des amis à lui dans votre lointaine jeunesse libertaire, mais était-ce vraiment utile de les réactiver aujourd'hui ?
– Ne me faites pas rire, général ! Mélenchon, c'est un intermittent. Je l'invite des fois au Quirinal pour énerver mon ami sioniste Jabotinsky, mais il se contente d'un rôle de pique-assiette. Ce genre de francs-maçons hâbleurs et faussement vindicatifs, je ne les connais que trop bien. Dans le temps, quand ce drôle a appris la mort de Matteoti, que pourtant il détestait, il m'a proposé le soir même de créer un pôle insoumis au sein du parti fasciste, mais je l'ai très vite éconduit. J'avais déjà fort à faire avec Giovanni Gentile ; je n'allais pas en plus le mettre en concurrence avec un clown tel que lui. Mais enfin, si cela peut faire plaisir à votre mécène Bolloré, je peux toujours reconsidérer ma position...
23/8/2026
RAGOTS ET CAUSERIES POUR DICTATEURS
– Alors quoi, mon cher Caudillo, j'ai lu dans Marianne et dans Le Monde que vous avez table ouverte chez Vincent Bolloré, qui mettrait tous les journaux de son groupe à votre disposition et à celle de la junte que vous dirigez ? Est-ce digne de vous, franchement ? Sur sa principale chaîne de télévision, on ne cesse de dire du mal de moi, et de financer des documentaires très ennuyeux sur le Guernica de Picasso qui rendent furieux mon ami Marinetti. Ce n'est pas du travail sérieux.
– Ah mais que voulez-vous, mon cher Duce. Je ne pouvais quand même pas m'adresser à George Soros pour financer ou encenser ma rébellion marocaine. Même si je sais qu'il a prêté un peu trop d'argent à notre ami le peintre fou furieux de Linz en croyant pouvoir en faire son débiteur et reconfigurer l'Europe à sa guise. Mais en ce qui me concerne, je sais raison garder. Je ne peux pas non plus faire appel à Bernard Arnault, ce bandit de grand chemin qui est en train de s'entendre avec les Chinois et les Yankees sur le dos de ses compatriotes, ces pauvres Français encore assez incultes pour se prétendre fiers de lui.
– Il fallait venir me voir plus tôt, Caudillo. À Rome, j'ai tissé des liens intéressants avec des oligarques vénitiens et milanais autrement plus capés et audacieux que ces oiseaux-là.
– Mais mon cher Duce, moi je viens de lire dans Le Journal du Dimanche et dans Valeurs Actuelles que vous avez intronisé Jean-Luc Mélenchon au sein de votre Grand Conseil fasciste. Je sais que vous avez eu des liens sulfureux avec des amis à lui dans votre lointaine jeunesse libertaire, mais était-ce vraiment utile de les réactiver aujourd'hui ?
– Ne me faites pas rire, général ! Mélenchon, c'est un intermittent. Je l'invite des fois au Quirinal pour énerver mon ami sioniste Jabotinsky, mais il se contente d'un rôle de pique-assiette. Ce genre de francs-maçons hâbleurs et faussement vindicatifs, je ne les connais que trop bien. Dans le temps, quand ce drôle a appris la mort de Matteoti, que pourtant il détestait, il m'a proposé le soir même de créer un pôle insoumis au sein du parti fasciste, mais je l'ai très vite éconduit. J'avais déjà fort à faire avec Giovanni Gentile ; je n'allais pas en plus le mettre en concurrence avec un clown tel que lui. Mais enfin, si cela peut faire plaisir à votre mécène Bolloré, je peux toujours reconsidérer ma position...
22 août 2026
Tchamé Dawa
21/8/2026
21/8/2026
YouTube a bloqué la chaîne officielle d'Emir Kusturica, immense cinéaste, vainqueur de deux palmes d'or à Cannes, pour se conformer à la politique de la plateforme visant à "restreindre les comptes diffusant de la propagande d'État russe" ! Évidemment, il intervenait sur Sputnik, il dénonce les nazis ukrainiens et il a même été reçu en entretien privé par Poutine lui-même : de quoi faire virer au violet tous les petits capos des gouvernements européens et leurs maîtres des Gafam.
Cette pratique d'écrasement de la dissidence qui rappelle de sales moments de l'histoire et qui a tendance à se généraliser devrait tous nous inquiéter. Je rappelle deux choses au passage :
1. Quel que soit votre bord, si vous voulez faire taire votre opposant, alors c'est contre votre propre liberté d'expression que vous vous acharnez, car le vent peut très vite tourner et vous faire taire à son tour.
2. Bien entendu, le plus grand enjeu du 21ème siècle et des prochaines présidentielles, c'est de vaincre les fachos du RN (pour les débiles, je précise que le point 2 est ironique, option grinçante énervée).
PS : Si vous cherchez "Emir Kusturica" dans Google et que vous allez consulter les résultats dans la section "actualités", il n'est absolument pas question de cette censure, évidemment. D'où l'intérêt de préserver les réseaux sociaux malgré tous leurs défauts, et de s'entraîner à séparer le bon grain de l'ivraie.
Françoise Gasc
22/8/2026
Bravo au grand Djokovic !
22/8/2026
Bravo au grand Djokovic !
Novak Djokovic : « J'étais le méchant de l'histoire » pour avoir défendu la liberté médicale.
Quel joueur de tennis, quel athlète a eu le courage de faire ce qu’il a fait et dire ce qu’il a dit ? Personne !
Voilà pourquoi je le respecte plus que tous les autres. J’aime Novak car ce n’est pas qu’un grand joueur, c’est un homme libre !
Dans un documentaire Prime Vidéo qui lui est consacré, voici ce qu’il déclare au sujet de son refus de se faire injecter covid :
« Je n’en avais pas besoin ! Pourquoi devrais-je me faire vacciner ? Je suis en bonne santé, je suis un athlète. J’ai eu le corona, j’avais une immunité. Je ne représentais une menace pour personne. Il n’y avait aucune raison pour que je me fasse vacciner ! »
Il ajoute que c’est sa « liberté de choisir, ce droit fondamental que vous avez en tant qu’être humain sur cette planète – la liberté de choisir – qui a été retirée à beaucoup de gens ! »
LIBERTÉ ! Un mot que l’on a de plus en plus oublié.
21 août 2026
Natacha Polony
21/8/2026
Le cauchemar de la facturation électronique : la République se défait aussi dans les détails
21/8/2026
Le cauchemar de la facturation électronique : la République se défait aussi dans les détails
À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises devront être en mesure de recevoir leurs factures sous forme électronique. Les grandes entreprises et les ETI devront également les émettre ainsi, les PME et microentreprises bénéficiant d'un an de plus pour cela.
Le dispositif annoncé initialement comportait la garantie que l’État proposerait un portail public. Celles qui souhaiteraient des services supplémentaires pourraient se tourner vers des prestataires privés, mais toutes les autres devaient disposer d’une solution publique gratuite.
Mais en octobre 2024, le Gouvernement a changé de cap. Il a abandonné les fonctions de facturation du portail public, jugeant leur développement trop complexe et trop coûteux, craignant qu’il ne retarde encore la réforme et considérant que le développement des plateformes privées permettrait de leur confier les services. C’est ainsi que l’impuissance publique finit par s’entretenir elle-même. On renonce à donner à l’État les moyens de surmonter les difficultés qu’il rencontre ; on constate qu’il ne sait plus faire ; puis cette incapacité justifie de nouveaux transferts vers le privé.
Le portail subsistera pour certaines fonctions techniques, mais il ne sera plus le service gratuit directement accessible aux entreprises qui avait été annoncé. Désormais, les entreprises devront choisir une plateforme privée agréée pour échanger leurs factures. Le recours à un opérateur privé devient un passage obligé.
C’est donc une nouvelle contrainte administrative et, probablement, financière. Or, une telle contrainte ne pèse jamais de la même manière selon la taille de l’entreprise. Le coût, ce n’est pas seulement celui du prestataire, c’est aussi le temps consacré à le choisir, comprendre un nouvel outil, le paramétrer et modifier ses habitudes. Une grande entreprise dispose pour cela de comptables, de juristes et de services informatiques. L’artisan qui fait ses factures le soir après sa journée de travail ne les a pas. Le commerçant, l’agriculteur, l’indépendant, la petite entreprise non plus.
Ces nouvelles contraintes arrivent alors que près de 70 000 entreprises ont fait l’objet d’une procédure de défaillance en 2025 (un niveau historiquement élevé) et 37 700 supplémentaires au premier semestre 2026. Ce n’était pas le moment !
L’État attend de cette réforme 2 à 3 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an à partir de 2028. Lutter contre la fraude et faire rentrer l’impôt dû est évidemment nécessaire. Mais l’égalité fiscale suppose de déployer la même détermination face aux plus puissants. Cette célérité à organiser jusque dans le détail la remontée des transactions de millions d’artisans, commerçants, agriculteurs et petites entreprises contraste singulièrement avec notre difficulté persistante à empêcher les multinationales de déplacer artificiellement leurs bénéfices vers les pays où ils seront moins taxés.
Dans les deux cas, la même exigence républicaine devrait nous guider : une puissance publique suffisamment forte pour garantir l’égalité, protéger ceux qui disposent de moins de moyens, faire contribuer justement les plus puissants et conserver la maîtrise des infrastructures numériques essentielles à notre économie.
Derrière cette affaire de factures se joue finalement une certaine idée de la République. Une République souveraine et solidaire suppose un État qui retrouve la volonté et la capacité de faire.
Inscription à :
Articles (Atom)



















