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29 janvier 2026

ÉLÉGIES PERSANES SOUS LES LUMIÈRES DU COUCHANT


Gabriel Nerciat


- 28/1/2026 - Le moins qu'on puisse dire, c'est que les rodomontades de Donald n'ont pas l'air de beaucoup inquiéter le pouvoir iranien, lequel vient de recevoir un appui éclatant et public de la part des monarchies arabes sunnites alliées de Washington (jadis ses pires ennemis), sans rien lâcher de précis concernant les exigences, du reste assez floues, de la Maison Blanche.
Chez les néo-cons et les gentils humanistes fantomatiques du Vieux Continent, qui n'ont rien trouvé de mieux que d'exiger le placement du corps des Pasdarans sur la liste des organisations terroristes de Bruxelles (pourquoi, à chaque fois que les Européens parlent d'une seule voix, c'est pour sortir une ineptie encore plus dérisoire que risible ?), on commence à branler du chef.
Je les comprends. Il ne manquerait plus que l'Armada de l'US Navy fasse demi-tour et cingle vers le Groenland. Cela obligerait les gorets européens en partance pour l'abattoir à se rappeler qu'ils n'ont pas de navires de guerre pour leur permettre de garantir l'intégrité de la blanche colonie danoise.
En fait, pour Téhéran, l'équation semble assez simple à résoudre : Trump a reçu du peuple américain un mandat pour lutter contre l'immigration illégale aux Etats-Unis, démanteler les accords de libre-échange et combattre l'idéologie wokiste dans les grandes métropoles multiculturelles de l'Amérique ; il n'a aucun mandat pour aller abattre au moyen d'une agression militaire un lointain régime du Moyen-Orient qui ne menace en rien les intérêts et la sécurité des Américains et a en outre démontré encore récemment qu'il savait assez bien se défendre.
Sauf à considérer bien sûr que les États-Unis ne sont guère plus qu'un protectorat israélien, ce qui n'est pas du tout la façon de voir actuelle des électeurs MAGA hors les quelques dizaines de milliers de trépanés évangélistes de la Bible Belt.
On a plutôt l'impression que Donald tourne en rond, passant d'un théâtre à l'autre, ou d'une provocation à l'autre, plus affairé à mettre en scène le chaos cosmique que sa seconde élection l'autorise à démultiplier sans mener à bout aucun des fronts qu'il ouvre à une cadence de plus en plus accélérée.
Peut-être est-ce mieux ainsi, après tout. Falstaff est d'abord là pour saper la fausse dignité d'Henry IV et parodier une souveraineté d'empire qui excède largement les moyens de sa bouffonnerie dionysiaque.
Tant que le chaos achève de ruiner l'ordre ancien issu des deux guerres mondiales et de la mondialisation, les nations rétives au rapetissement techno-consumériste du monde finiront bien par y trouver leur compte.
Sinon, quoi ?
Ah oui, l'émancipation des femmes iraniennes ? C'est vrai que c'est une question importante : nos pimbêches de Saint-Germain-des-Prés, toujours avides de révolutions exotiques et de bains de sang lyriques, ont bien raison de s'en inquiéter.
Mais ne vous en faites pas, braves gens.
Leurs chevelures, déjà affranchies du voile islamique, s'épanouiront d'autant mieux lorsqu'une force de frappe nucléaire achèvera de garantir l'intégrité et la souveraineté de leur pays.
Pas besoin de fomenter une nouvelle guerre dévastatrice, comme en Irak ou en Syrie, pour traduire les œuvres complètes de Simone de Beauvoir en persan.
C'est sûrement aussi rébarbatif à lire dans la langue de Saadi qu'en français.

28 janvier 2026

Dessin de Piérick
Charles Alloncle

France Télévisions a menti.

- 28/1/2026 - Dans un mail daté du 23 janvier 2025, adressé en réponse à mes relances concernant l’absence de documents transmis, la direction de France Télévisions m’a affirmé que les avis des comités d’investissement, c’est-à-dire les motivations ayant conduit à la validation des contrats passés avec les sociétés de production, ne pouvaient pas m’être communiqués au motif qu’« ils n’existaient pas ».
Or, lors de son audition, la directrice des publics et de la stratégie éditoriale de France Télévisions a confirmé sous serment que ces avis du comité d’investissement existent bel et bien.
Ce manque de transparence manifeste se prolonge avec le refus du directeur des magazines de France Télévisions de communiquer le coût de programmes tels que C dans l’air ou C à vous, au nom du secret des affaires.
L’audiovisuel public est financé à hauteur de plus de 4 milliards d’euros chaque année par les contribuables français. Aucun mensonge, aucune entrave et aucun refus de transparence ne sont acceptables. Les Français ont le droit de savoir par qui, comment et pourquoi leur argent est utilisé.

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Dessin de Chaunu

Majorité numérique : ce fiasco qui insiste

H16

- 28/1/2026 - Vite, vite, il faut bloquer les réseaux sociaux ! Pardon, il faut vérifier l’identité de ceux qui s’y connectent ! Hum, enfin, disons, il faut garantir que les moins de 15 ans n’y ont pas accès. Pour les protéger, bien sûr !

En 2023, la France avait adopté une loi fixant la « majorité numérique » à 15 ans, exigeant une vérification d’âge et un consentement parental pour les mineurs sur les réseaux sociaux. Mais patatras, celle-ci n’avait pu être mise en œuvre en raison d’un conflit avec la législation européenne, notamment le Digital Services Act, bloqué par la Commission européenne. Notons le record de vitesse puisque la loi était morte avant même qu’on ait pu créer une agence d’État avec 250 agents publics y émargeant !


Malgré ces échecs et ces défis techniques et légaux, Emmanuel Macron s’entête et pousse donc un nouveau projet de loi pour interdire purement et simplement l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, inspiré de l’exemple australien (pourtant foireux), avec une mise en œuvre prévue pour septembre 2026 après un examen en janvier.

Sans surprise, la députaillerie, aussi veule qu’à l’accoutumée, a religieusement emboîté le pas en votant sans opposition notoire la proposition pourtant grotesque de l’exécutif.

Cependant, une petite musique de fond s’installe et revient régulièrement : Grok, l’intelligence artificielle notamment intégrée à X, serait utilisé pour trafiquer des images pédopornographiques ! Il y a quelques semaines, quelques articles de presse faisaient mention de cette abominable découverte ce qui poussa probablement l’entreprise de Musk à reconnaître que son IA pouvait avoir été utilisée pour générer des images de personnes en bikini et dans un article paru sur X le 14 janvier. Dans la foulée, les ingénieurs de X limitaient les capacités de Grok et renforçaient les contrôles afin d’éviter toute utilisation illégale de leur moteur d’intelligence artificielle.

Imaginer que ces réponses et ces améliorations techniques suffiraient serait naïf. Avec une prévisibilité de mécanique allemande, la presse remet le couvert il y a quelques jours, cette fois-ci en utilisant l’inénarrable accroche « Selon une étude » par laquelle on prouve absolument tout, son contraire et l’inverse dans l’habituel gloubiboulga journalistique ; sans même s’étendre sur la solidité de l’étude (largement discutable), on ne peut que s’étonner de l’absence d’une même étude sur Nano Banana Pro, le moteur de production d’image de Gemini – le moteur IA de Google, ou celui de ChatGPT d’OpenAI, ou les autres moteurs de production de contenu.

Apparemment, il semble indispensable de faire une analyse approfondie de l’IA de Musk, mais surtout pas des autres. On se demande soudainement pourquoi. Serait-ce parce qu’il faudrait trouver une raison solide de faire fermer le réseau social de Musk ?

Oh, allons, vous n’y pensez pas !


N’oublions pas que, parallèlement, l’Union européenne tente, elle aussi à tout prix, de pousser « Chat Control », une abomination légale visant au départ à contraindre les plateformes numériques à détecter activement et signaler les contenus pédopornographiques et les sollicitations d’enfants, quitte à imposer une analyse systématique des communications, même chiffrées. On ne doit qu’à la mobilisation citoyenne le fait que, le 26 novembre dernier, le Conseil de l’Union a finalement rétropédalé pour adopter une position commune supprimant cette obligation de lire toutes les communications chiffrées de bout en bout… Gageons que si la mobilisation citoyenne diminue, les dirigeants n’hésiteront pas à remettre le couvert.

Mais en réalité, ces agitations médiatico-politiques autour des réseaux sociaux cachent le vrai problème : les pédocriminels n’ont absolument pas besoin de Grok (ou de Gemini, de ChatGPT ou de tous les moteurs de type Stable Diffusion, dont apparemment tous les médias et les politiciens se foutent complètement) pour enfreindre les lois et la morale, et ils sévissent sans grandes difficultés sur le territoire français et européen.

Est-il nécessaire de revenir sur l’affaire de ce militant LFI qui fut interpelé en Loire-Atlantique et dont tout indique qu’il faisait partie de tout un réseau ? Est-il nécessaire de revenir sur les « grooming gangs » de Grande-Bretagne sur lesquels toute la lumière n’a pas été faite, ni les liens avec des individus hauts placés dans les autorités britanniques ? Est-il nécessaire de revenir sur les ramifications (notamment françaises) de l’affaire Epstein ?


Or, dans ces affaires, qui ne constituent qu’une faible partie de l’ensemble des cas réels, ni Grok ni d’autres IA n’ont été impliquées et il y a fort à parier que les prochaines affaires qu’on découvrira continueront de se passer de ces moyens technologiques. Oh, on peut garantir qu’il sera fait grand cas de l’un ou l’autre pédocriminel si ce dernier produit des images avec ces outils (surtout si c’est Grok) mais en attendant, il apparaît bel et bien que les IA et les réseaux sociaux ne sont pas, en eux-mêmes, déterminants de cette criminalité qui existe bien indépendamment d’eux.


De tout cela il faut retenir que la protection des mineurs n’est qu’un prétexte pour obliger tous les Français et, à terme – n’en doutons pas – tous les Européens à fournir leur identité complète pour accéder aux réseaux sociaux. Le but est limpide, sans fard et parfaitement tyrannique : mettre fin une bonne fois pour toutes à la vie privée en ligne, et garantir la possibilité aux autorités de pouvoir censurer plus facilement les citoyens français et européens.

Et ainsi, ceux qui pensent de travers, ceux qui se moquent trop ouvertement du pouvoir en place – notamment en présentant des images retouchées des dirigeants en petites tenues, trop massivement vues par des millions de personnes – ne pourront plus le faire sans immédiatement supporter des conséquences lourdes, depuis la débancarisation jusqu’à la traque de la police politique qu’ils sont en train de mettre en place actuellement.

Les prochaines étapes de mise en coupe réglée de notre liberté d’expression sont évidentes. La seule façon de l’éviter consistera donc à en user autant que possible, par exemple en remettant une couche du petit Barrot en bikini.


https://h16free.com/2026/01/28/83278-majorite-numerique-ce-fiasco-qui-insiste
Charles Alloncle
27/1/2026

Anne Holmes, directrice des programmes et de la fiction de France Télévisions, à la tête de l’un des budgets les plus importants du groupe, reconnaît passer régulièrement ses vacances chez le dirigeant d’une société de production bénéficiaire de contrats avec France Télévisions.
De son côté, Manuel Alduy, directeur du cinéma, des fictions internationales et des programmes jeunes adultes de France TV, estime que ses engagements trotskistes passés n’affectent en rien l’exercice de ses fonctions. Il ne voit pas davantage de contradiction entre ce passé militant, sa position à la tête d’une entreprise publique et des séjours dans des palaces à Cannes à près de 1 700 € la nuit.
Ces éléments soulèvent de sérieuses questions quant au respect des principes déontologiques qui s’imposent à une entreprise financée par l’impôt des Français : prévention des conflits d’intérêts, devoir de neutralité, exemplarité dans l’usage des fonds publics.

27 janvier 2026

Natalia Routkevitch
27/1/2026

« On aurait du mal à trouver des citoyens plus dissemblables. Les Vénitiens étaient cyniques, gens du monde dur, habités par le commerce. Les Byzantins étaient mystiques ; pour eux, le Christ, sa mère et les saints étaient aussi réels que les membres de leur propre famille. Enfin – et c’est peut-être le plus important – des comités sans visage gouvernaient Venise : des groupes élus d’hommes en robe noire, travaillant en secret, constamment remplacés par d’autres, prenant leurs décisions collectivement et évitant toute prééminence individuelle. Byzance, à l’inverse, était une autocratie gouvernée par un empereur à mi-chemin du ciel, égal des apôtres, représentant de Dieu sur terre, tenant au creux de sa main la vie de chacun de ses sujets.
Certains de ces empereurs furent des héros, d’autres des monstres ; jamais ils ne furent fades. »

C’est en plongeant dans les histoires vieilles de longs siècles, et dans les œuvres artistiques, que l’on parvient à mieux comprendre les hostilités enfouies, les raisons de vagues récurrentes de détestation qui montent en Europe avant de déferler sur le monde entier. C’est ainsi que l’on saisit plus finement les prétentions et les velléités, les rancunes et les ressentiments des uns et des autres.
Dans un contexte où ceux qui sont censés informer ne font souvent qu’exprimer de vieux réflexes chtoniques, pourtant présentés comme des réactions rationnelles, les livres anciens ou les œuvres d’art – littérature, histoire, poésie, cinéma – peuvent offrir une compréhension bien plus profonde que les vecteurs d’information habituels.
En l’occurrence, l’image dessinée par Johh Julius Norwich dans son « Histoire de Byzance » nous apprend davantage sur le rapport au pouvoir et sur la vision de la légitimité dans deux mondes issus de la chrétienté – occidentale et orientale – que de longues dissertations de ceux qui prétendent dispenser le savoir, mais qui révèlent surtout les limites de l’ambition à saisir, expliquer, évaluer et transformer le monde à partir d’une grille analytique unique, une sorte de cage mentale analysant tout à travers des catégories et un langage inadaptés à la complexité du monde.
Cette image nous aide non seulement à penser cette divergence, mais aussi à comprendre le rejet viscéral que peut susciter une réflexion sur le pouvoir, la responsabilité politique, l’incarnation, la légitimité – rejet qui s’est manifesté notamment dans certaines réactions à l’écranisation du livre de Da Empoli par Assayas.
« Nul, scandaleux, grotesque, odieux, complaisant… », fulminent les kremlinologues les plus en vue.
« En sortant de la salle, on n’est pas envahi par un sentiment clair de haine à l’égard des personnages principaux… C’est troublant », s’indigne un commentateur habitué des plateaux, évoquant une « grosse déception ».
Quelle étrange vision de l’art…
Être dérangeant, troublant et déstabilisant, c’est précisément ce que l’on attend de toute œuvre artistique digne de ce nom, celle qui n’est pas conçue à des fins purement propagandistes.
« Ramassis de clichés. » « En ces temps où une compréhension claire, réelle, non exotisée de la Russie est sans doute urgente en Europe, une remise en cause de ces stéréotypes éculés et pourtant bien vivaces semble indispensable. » « Assayas et Da Empoli ne connaissent rien du pays, pourquoi les écouter ? Laissons la parole aux experts qui s’appuient sur les données sérieuses », pontifient les gens sérieux.
Ah, les indices, l’objectivité, les données sérieuses citées par les gens sérieux…
La guerre aux clichés a bon dos.
Il est amusant que les mêmes personnes qui dénoncent les clichés de l’âme slave, de la main forte, de l’attente que le pouvoir soit incarné aient contribué à nourrir, promouvoir et diffuser toute une série d’autres clichés. « Pays qui marche au pas », « peuple zombie », « pays de dégénérés », « dragon totalitaire », « pays de la violence totale et innée », « pays-ogre impérialiste » – on dirait de gros clichés... Et pourtant, toutes ces expressions sans exception sortent de la plume de nos grands universitaires, experts, chefs d’État et journalistes de la presse de référence.
Il est tout aussi symptomatique que tous ceux qui dénigrent Da Empoli, au motif qu’il ne se serait rendu en Russie que trois ou quatre fois, citent avec délectation marquis de Custine, qui y a passé trois semaines à tout casser pour produire son "ouvrage de référence sur la Russie", où, selon l’auteur, « les mères devraient pleurer la naissance de leurs enfants plutôt que leur mort ».
Ah, l’impartialité de nos grands experts…
L’objectivité dans les sciences humaines est-elle seulement possible ?
Ce qui est possible, très modestement, c’est une exigence d’objectivité maximale que l’on s’applique, l’effort conscient pour s’élever au-dessus de la bataille militaire et politique ainsi que de la guerre des narratifs, même temporairement. Mais la majorité de ceux qui pontifient se sont-ils seulement donné cette peine ? Ou bien se sont-ils, dès le départ, drapés dans vertu, brandissant des avatars aux bonnes couleurs, des slogans, des insultes, baignant dans l’indignation, bouillonnant d’émotion, de « juste colère », animés par la volonté de dénoncer, boycotter, étiqueter, pointer du doigt accusateur – à la manière des « intellectuels engagés » ?
Dès lors, l’idée selon laquelle nous serions, dans notre espace médiatique, confrontés à une opposition entre la « vérité objective » et les « clichés » relève largement d’un trompe-l’œil.
« Non seulement tous les clichés sur la Russie sont vrais, mais un jugement sur la Russie qui ne serait pas un cliché aurait les plus fortes chances d’être faux », s’amusait d’ailleurs Emmanuel Carrère, coupable non seulement d’une sensibilité artistique lui permettant d’avoir une vision un peu plus multidimensionnelle, mais aussi – crime supplémentaire – d’être le fils de sa mère, qui, paraît-il, se serait exclamée que Le Mage du Kremlin est un livre qu’elle aurait pu écrire.
Dans ce contexte, une seule image, une seule chanson de Vyssotsky (commémoré avant-hier), ou un seul distique de Bachlatchev peuvent parfois offrir au grand public une vision plus pénétrante que les articles et rapports bourrés de statistiques, de chiffres et d’indices de développement, de transparence ou de corruption qui sont brandis par les vaillants combattants de lutte contre les clichés.
Démocraties/dictatures, participation libre/soumission, liberté/servitude, État de droit/impunité, transparence/corruption, moderne/archaïque, empire/État-nation, gentils/méchants, nous/eux… et ainsi de suite. Les rapports et articles « objectifs » nous offrent les clés pour obtenir une vision très nette, tout en cochant les cases.
Encore et toujours les cases...
« Nous sommes les adversaires nés de tout ce qui est étrange, de ce qui ne rentre pas dans ce cadre que nous appelons, d’un mot, hélas, hélas, trois fois hélas, banalisé et médiocrisé, “démocratique”. Tout ce qui n’est pas “démocratique”, entre guillemets, selon nos critères aveugles, ne mérite pas attention et doit être démoli. Cela revient à ça », disait Pierre Legendre.
L’incapacité de reconnaître à l’Autre son droit d’être Autre, sans qu’il soit nécessairement un criminel à punir ou une victime à sauver, pourrait-on ajouter.
Dès lors, toute création artistique qui permet – même de manière inconsciente – de sortir de ces cases et de donner à voir le monde en trois dimensions suscite perplexité, désarroi ou colère chez la caste des « brahmanes ». Leurs réactions, qui se présentent comme rationnelles, supérieures et éclairées, traduisent moins un souci d’impartialité qu’un profond trouble, un inconfort. Car cela confronte à des questions touchant à l’essence de nos dogmes.
Les hommes en noir sans visage sont-ils plus humains, plus vertueux, moins corrompus ou moins avides de pouvoir que l’autokratôr byzantin ?
Avons-nous su, dans les « bonnes sociétés » si bien placées sur les échelles (que nous avons nous-mêmes créées et appliquées universellement), dépasser le côté sombre et violent du pouvoir en le désacralisant, en le désymbolisant, en le désincarnant, en le réduisant à une technologie ou à une procédure ? Ou n’a-t-on fait que dissimuler ses mécanismes profonds et diluer les responsabilités ? Le pouvoir ne demeure-t-il pas toujours et partout – selon l’expression de Da Empoli – « une politique des profondeurs, agissant jour et nuit, sans interruption », même lorsqu’il est exercé par des comités anonymes, plutôt que de s’incarner dans la figure fascinante et terrible d’un autokratôr ?

26 janvier 2026

Dessin de Chaunu

Gastel Etzwane
26/1/2026

Le Conseil de l’Union européenne a approuvé une interdiction d’importation du gaz naturel liquéfié (GNL) russe à compter de 2027, ainsi que du gaz russe acheminé par gazoduc à partir du 30 septembre 2027.

Le Conseil de l’UE a précisé que les entreprises européennes qui contreviendraient à cette interdiction s’exposeraient à des amendes infligées par la Commission européenne pouvant atteindre 300 % du montant du contrat.
L’interdiction des importations de gaz russe à l’horizon 2027 ne met pas fin à la dépendance énergétique de l’Union européenne, elle en déplace simplement le centre de gravité. Privée d’alternatives internes abondantes et compétitives, l’UE organise une substitution de fournisseurs qui accroît mécaniquement sa dépendance à l’égard de pays tiers, au premier rang desquels les États-Unis, le Qatar, l’Algérie ou encore le Nigeria.
L’argument moral, souvent invoqué pour justifier la rupture avec la Russie, apparaît ici singulièrement fragile. On ne voit en effet pas en quoi le Qatar, monarchie autoritaire, dépourvue de libertés publiques effectives et régulièrement critiquée pour ses pratiques sociales et diplomatiques, serait intrinsèquement plus « fréquentable » que la Russie. La réalité est plus triviale : il ne s’agit pas d’un choix éthique, mais d’un alignement géopolitique, qui consiste à remplacer une dépendance par une autre jugée politiquement plus acceptable à Bruxelles, sans considération réelle pour la cohérence morale du discours tenu.
Sur le plan économique et social, les conséquences sont lourdes. Le recours accru au GNL, qatari en particulier, implique un gaz plus cher, plus volatil et soumis aux marchés mondiaux. Faute d’alternatives abondantes et bon marché, l’Union européenne sera conduite à accentuer la désindustrialisation des secteurs énergivores, déjà sous pression. Chimie, métallurgie, engrais ou matériaux de base deviennent progressivement incompatibles avec les coûts énergétiques européens, entraînant fermetures de sites et pertes de souveraineté industrielle.
Dans le même mouvement, l’UE n’aura d’autre choix que d’imposer des politiques de sobriété énergétique durables, présentées comme volontaires et vertueuses, mais relevant en réalité d’une adaptation contrainte à la pénurie. Cette sobriété ne traduit pas une montée en gamme du modèle européen, mais une réduction structurelle des capacités productives et des usages.
Enfin, une part croissante de l’ajustement sera transférée aux ménages, par le biais de prix durablement élevés, de factures énergétiques sous tension et d’un pouvoir d’achat durablement amputé. L’effort ne sera ni équitablement réparti ni démocratiquement discuté.
En définitive, il s’agit moins d’un choix stratégique que d’une adaptation forcée à la rareté, décidée au niveau européen sans consultation des citoyens. L’Union européenne agit ici contre l’intérêt matériel immédiat de ses populations, en organisant une dépendance accrue à des fournisseurs extérieurs dont la respectabilité morale est, au mieux, discutable, tout en faisant supporter le coût économique et social de cette politique aux peuples européens eux-mêmes.

Ukraine : le désengagement américain, la facture européenne

Gastel Etzwane


- 26/1/2027 - Après avoir été l’acteur central du dossier ukrainien depuis 2014, Washington opère aujourd’hui un recentrage stratégique : l’Ukraine reste un enjeu, mais la charge principale est désormais transférée à l’Europe.
La nouvelle doctrine du Pentagone, qui relègue la Russie au rang de menace « persistante mais gérable », et la récente déclaration du secrétaire général de l’OTAN convergent vers une même réalité : les États-Unis entendent réduire leur exposition directe au conflit ukrainien. La priorité américaine est ailleurs, tandis que l’Europe est appelée à assumer l’essentiel de l’effort.
Concrètement, cela signifie que les Européens doivent financer la poursuite de la guerre, trouver des dizaines de milliards d’euros et acheter massivement des armes… américaines. L’industrie, la technologie et le pilotage stratégique restent à Washington ; le coût économique, énergétique et politique pèse sur le continent européen.
Au final, les États-Unis se recentrent, l’industrie américaine encaisse, et l’Europe paie.
Guerre sur son sol, énergie perdue, facture militaire à régler : les Européens apparaissent comme les véritables dindons de la farce stratégique.
Voici la dernière déclaration du secrétaire général de l’OTAN :
« L’Union européenne, à elle seule, ne peut pas soutenir les opérations militaires en Ukraine ; les pays européens doivent donc continuer à acheter massivement des armes aux États-Unis afin d’approvisionner Kiev »
Par ailleurs, l’OTAN a déjà évalué les besoins de l’Ukraine pour l’année 2026, à hauteur d’environ 60 milliards de dollars. Selon Mark Rutte, il n’existe « tout simplement pas d’alternative » à la poursuite des livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine.