H16
20/4/2026
Fêtes et réjouissances chez les élites européennes et la presse mainstream : l’affreux Viktor Orbán est enfin tombé. Champagne et petits-fours, c’est Péter Magyar qui le remplace, et youpi, c’est un progressiste docile !
Vraiment ? Regardons cela.
Peter Magyar, c’est le chef de l’opposition hongroise et du parti Tisza qui, en plus des élections hongroises, devrait même remporter la majorité constitutionnelle qui lui permettrait, au besoin, de modifier la constitution.
L’Ouest jubile puisque celui qui est largement présenté comme pro-européen va – c’est certain ! – ramener la Hongrie dans le giron de l’Union européenne. Mais quand on examine de plus près qui est Magyar et quelles sont ses positions, une conclusion s’impose : il s’agit en fait du programme de Viktor Orbán, sans la corruption qui s’est installée ces dernières années et avec une relation moins forte avec la Russie.
Ce constat ne vient pas de nulle part.
Péter Magyar a été membre du Fidesz (le parti d’Orbán) entre le début des années 2000 et 2024. Il a occupé des fonctions officielles lors du retour au pouvoir d’Orbán en 2010, notamment dans la représentation permanente de la Hongrie auprès de l’Union européenne. Il a même travaillé directement dans le cabinet d’Orbán en 2015. Il a en outre été marié avec la ministre de la justice Judit Varga, en poste entre 2019 et 2023. Tout montre donc qu’il a été très proche de l’ancien premier ministre et des cercles du pouvoir interne.
Ce n’est que suite à des scandales majeur touchant Orbán qu’il a pris ses distances du parti en 2024 et a rejoint Tisza.
Cependant, force est de constater que, sur de nombreux sujets, ses positions personnelles ainsi que celles du parti Tisza s’alignent parfaitement sur celles du Fidesz d’Orbán.
Ainsi, sur l’immigration, il est même plus dur que Viktor Orbán. Péter Magyar considère en effet qu’Orbán a laissé entrer trop de migrants pour le travail, qui viennent prendre la place des travailleurs hongrois. Il propose logiquement de supprimer le programme de migrants économique.
Ainsi, concernant l’Ukraine, son discours est certes beaucoup moins favorable à la Russie, sans présenter non plus d’engagement favorable de la Hongrie envers l’Ukraine en refusant tout envoi de troupes et d’armes vers cette dernière. De même, il a expliqué ne pas bloquer le plan d’aide européen à l’Ukraine, tout en expliquant dans le même temps que la Hongrie ne participerait pas à son financement. Enfin, il a précisé qu’il s’opposera à l’adhésion accélérée de l’Ukraine. Celle-ci devra suivre le protocole habituel. Et sur ce genre de questions, son parti, Tisza, s’est globalement aligné sur les votes du Fidesz au Parlement européen.
Enfin, Magyar a clairement rappelé que la Hongrie ne peut pas se passer des hydrocarbures russes et que la fin de la dépendance du pays à cette source énergétique n’est pas prévue avant 2035, le but étant de laisser suffisamment de temps à la Hongrie pour pouvoir diversifier ses sources d’énergie.
Tout indique donc que ni Tisza, ni Magyar ne donneront carte blanche à la Commission en matière de politique européenne. Par exemple, le parti n’a pas voté en faveur de von der Leyen lors du vote de censure la concernant il y a quelques semaines, même s’ils sont pourtant membres du PPE (parti auquel appartient von der Leyen), le même groupe européen où siégeait le Fidesz jusqu’en 2021.
Tout en précisant que les États-Unis resteraient un partenaire important, Magyar a insisté que « l’histoire de la Hongrie ne s’écrit ni à Washington, ni à Moscou, ni à Bruxelles »
À bien des égards, Magyar apparaît donc comme une version polie, propre sur elle d’Orbán en matière de politique étrangère : suffisamment diplomate pour obtenir l’argent de l’Union européenne, mais suffisamment nationaliste pour conserver l’appui du peuple hongrois, positionnement qui va lui permettre de se rapprocher des autres pays d’Europe centrales comme la Pologne et ainsi peser sur l’Europe de l’Ouest.
Son élection s’inscrit plutôt comme un désir clair de la population hongroise de combattre l’inflation, de remettre sur pied un système de santé efficace et de mettre fin à la corruption et au capitalisme de connivence qui existait en Hongrie jusqu’à présent. À ce titre, sa direction politique est en fait celle du Fidesz de 2010 avant ces dérives.
Il représente la droite d’Europe centrale sans ces corruptions, ce qui va rendre très compliqué pour les institutions européennes de s’opposer à lui frontalement, ce qui risquerait de ramener le Fidesz (ou un parti encore plus à droite) au pouvoir. Et en attendant, Magyar reste viscéralement attaché aux fondamentaux conservateurs hongrois : pour la souveraineté nationale (et donc contre la dérive fédéraliste de l’Union) il ne compte pas revenir sur les lois fondamentales protégeant la famille traditionnelle.
En pratique, les exemples tchèques et polonais montrent que le « centre-droit » est le maximum que les pays d’Europe de l’Est sont capables d’accepter en matière de progressisme européiste.
Pour la République tchèque, ce centre-droit libéral avait réussi à vaincre le populiste Babis en 2021. Leur incapacité à régler les problèmes économiques à vite ramené Babis au pouvoir avec une politique plus radicale et plus à droite encore : le parti de Babis, originellement attaché à Renew Europe (le parti des macronistes) malgré sa position résolument anti-migrants et un désaccord sur beaucoup de points, s’est désormais rallié à Patriot for Europe avec Orbán et le Rassemblement National…
Quant à la Pologne, si la plate-forme civique de Tusk se maintient bien au niveau des législatives, elle a perdu les présidentielles face un candidat du PiS (les socio-conservateur) et le pays connaît une montée importante du parti Confédération qui regroupe des Libertariens, des Conservateurs et des Nationalistes.
En d’autres termes, si (quand ?) le centre échoue, ces pays ont pour réflexe de choisir des forces plus à droite ; croire que pourrait émerger en Europe de l’Est une force socialiste ou même sociale-démocrate comparable à ce qu’on trouve en Europe de l’Ouest est illusoire.
Dans quelques mois, les visages des eurocrates pourraient bien s’allonger : Magyar n’est pas le remède de l’UE, c’est du conservatisme souverainiste qui a fait sa toilette. Sa victoire renforce surtout la droite d’Europe centrale et sa force de frappe politique dans les affaires européennes.
















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