21/6/2026
POLITIQUE DE L'ORGASME FÉMININ
J'ai vu qu'une dame très respectable, universitaire anglaise de son état, qui passe pour être l'inventeur du "lesbianisme politique" (sic), une dénommée Sheila Jeffreys, avait récemment expliqué que tout orgasme féminin manifesté dans les bras d'un homme revenait à accomplir un acte de collaboration avec l'ordre patriarcal (honni).
Cela m'a rendu perplexe.
Je me suis d'abord demandé comment George Sand, militante féministe connue pour ses nombreux amants autant sinon plus que pour ses livres (encore bien plus nombreux), se comportait au lit avec Musset, Chopin, Mérimée et tutti quanti.
Jugeait-elle indigne de sa valeur et de sa condition de s'abandonner au plaisir devant eux ? Il est à craindre qu'on ne le sache jamais (on sait par contre que l'auteur de Carmen subit auprès d'elle un fiasco honteux).
On rêverait pourtant de la voir interrompre le créateur de la note bleue à l'acmé de leurs ébats en lui disant : "Va vite te mettre au piano pendant que je jouis, afin que tu ne m'entendes pas."
C'est très fâcheux, en fait, car non seulement les femmes ont sur les hommes le grand privilège de pouvoir feindre l'expression d'un plaisir érotique qu'elles n'éprouvent pas (est-ce que c'est très égalitaire, ça ?), mais de surcroît leur absence de satisfaction dans le déduit fait peser une menace sourde parfois négligemment inhibante sur les joies anticipatrices du partenaire le plus résolument libertin qui soit : même Alexandre ou Napoléon sont susceptibles de perdre des batailles, peut-il se dire devant une femme qui ne se déride pas (on sait que c'était la source de grandes angoisses chez Drieu La Rochelle, qui dans son Journal en parle longuement).
Mais dans un second temps, je me suis ravisé : peut-être que le lesbianisme offre aux filles d'Eve des promesses de bonheur sensuel auquel notre sexe fort, aujourd'hui déchu de ses ultimes prérogatives, ne saurait prétendre.
Était-ce la raison pour laquelle Casanova comme Louis-Ferdinand Céline appréciaient tant les trios avec deux femmes adeptes des plaisirs saphiques ?
Ce n'est pas impossible, mais je ne suis pas sûr que cela serait très agréable à entendre aux oreilles de l'austère Madame Jeffreys.
En tout cas, amis cisgenres, sachez-le : si d'aventure une amie de rencontre crie un peu trop fort lorsque vous croyez la combler dans l'intimité d'une chambre d'hôtel, ne vous laissez pas égarer et gardez toujours présent à l'esprit le souci de votre dignité et de la sienne.
À la première plainte, intimez-lui de se taire, et si elle ne comprend pas pourquoi, ajoutez bien : "Un peu de tenue, ma fille ! Tu crois que Flora Tristan ou Simone de Beauvoir se laissaient aller comme ça ?".
Cela l'intimidera, sûrement, et ramènera rapidement le silence dans l'hôtel.


















