H1611/5/2026
VPN, chiffrement, gel des avoirs : la triple offensive discrète contre la liberté d’expressionPour une bonne partie de la classe politique européenne, la liberté d’expression est devenue le bruit du voisin qui tond sa pelouse un dimanche matin : absolument insupportable. Le réseau X de Musk étant l’amplificateur le plus bruyant, il était inévitable qu’il serve de cible répétée, comme on l’observe avec l’
information judiciaire ouverte par le parquet de Paris, dont la
sobriété politique pourrait être encadrée.
Cependant, au-delà de Musk, c’est tout un arsenal qui se met en place : VPN dans le viseur, chiffrement à abattre, avoirs à geler, avec une seule logique et un seul perdant possible.
Ainsi, dans cette course effrénée au contrôle, les VPN constituent l’un des derniers cailloux dans la chaussure du surveillant.
Pour rappel, cette technologie permet à l’utilisateur de naviguer en protégeant ses communications avec les sites qu’il visite, ce qui est manifestement insupportable pour la caste dirigeante. Rassurez-vous, le Parlement européen vient de plancher sur la question et son diagnostic est limpide : si l’on veut « protéger les enfants », il faut d’une manière ou d’une autre en finir avec ces vilaines technologies.
L’European Parliamentary Research Service a même publié
un message remarqué expliquant que les VPN seraient
« de plus en plus utilisés pour contourner la vérification d’âge en ligne » (l’horreur, quasiment le nazisme !), argument vendu en parallèle de l’annonce d’une nouvelle application européenne de vérification d’âge prête à être déployée.
Le timing est fortuit, comme tout ce qui sort de Bruxelles.
Malheureusement, les éléments avancés sont faux et la note de communauté sous l’ânerie parlementaire le rappelle clairement :
selon une étude de l’University of Michigan, 82,1 % des utilisateurs de VPN s’en servent pour se protéger de menaces diverses, et aucune recherche sérieuse n’établit l’explosion d’usage par des adolescents pressés de regarder des contenus interdits. Le prétexte est un costume mal taillé. En somme, nos dirigeants voudraient « protéger » les enfants plus que leurs parents, et la protection en question ressemble vraiment à une porte d’entrée pour implanter en Europe l’équivalent local du Great Firewall chinois.
Et pendant que Bruxelles s’applique à saboter les VPN, les services de renseignement français, eux, ne s’embarrassent même plus d’enrobage : ils veulent en finir avec les messageries chiffrées de bout en bout.
Le rapport de la Délégation parlementaire au renseignement, déposé fin 2025 et rendu public fin avril, l’écrit d’ailleurs noir sur blanc : 60 à 80 % des communications passent par du chiffrement, ce qui est fort gênant quand on veut espionner tout le monde.
La solution proposée ? Des backdoors i.e. des mécanisme de contournement des protections, bien sûr !
Quant à la jurisprudence européenne qui protège encore le citoyen, la délégation la juge poliment « déconnectée des réalités techniques et opérationnelles », onctueuse formule pour dire qu’il faudrait s’en débarrasser. L’infiltration humaine, vieille méthode qui a fait ses preuves, est jugée trop coûteuse et chronophage. Autant surveiller tout le monde, plutôt que les seuls suspects, c’est « plus économique ».
Ceci sort alors que, dans le même temps, la France est actuellement qualifiée sur les forums spécialisés de « paradis des leaks ». Données de gendarmes, du CROUS, de services entiers : tout fuit, tout circule, et des inconnus reconstituent des profils complets en croisant les fichiers.
Le rapport de la DPR, confit de ses certitudes, n’évoque jamais cette fragilité : il en demande au contraire davantage, et davantage de bases à gérer. Qu’est-ce qui pourrait possiblement tourner au vinaigre ?
Du reste, on n’a jamais pu démontrer l’idée que les backdoors arrêteraient le terrorisme, le narcotrafic, l’ingérence étrangère
ou le hantavirus : dans l’hystérie post-11 septembre, le Patriot Act a permis au FBI d’utiliser plus de 200 000 fois les National Security Letters entre 2004 et 2009, en grande majorité pour des affaires sans aucun lien avec le terrorisme. Le Privacy and Civil Liberties Oversight Board
a conclu en 2014 que la collecte massive de métadonnées n’avait jamais empêché un seul attentat. Le programme a été cosmétiquement réformé mais jamais aboli. Les criminels, eux, s’adaptent toujours plus vite que les bureaucraties.
Reste la troisième pièce du puzzle, et probablement la plus efficace pour tenir un peuple en laisse : lui couper les vivres.
C’est précisément ce que prévoit l’article 6 d’une proposition de loi en discussion contre « l’entrisme islamiste », défendue par Bruno Retailleau.
Dans un tweet éclairant, le ministre s’étonne presque que des voix, y compris à droite, aient noté que le gel des avoirs des « organisations incriminées » pourrait servir à museler à peu près n’importe qui. Sa parade ? Invoquer
« l’intention du législateur », argument touchant de naïveté (ou de cynisme, au choix). D’ailleurs, le rédacteur en chef de Frontières, Erik Tegnér, en sait quelque chose : il a été traîné devant le tribunal de Bobigny en vertu de la loi Paty, initialement pensée contre l’islamisme, pour une simple investigation sourcée.
Au fond, ce qui se joue dépasse largement la France.
C’est cette mécanique observable aux États-Unis avec le Patriot Act.
C’est cette mécanique avec toujours la même chorégraphie en quatre temps : une crise, une loi exceptionnelle vendue comme temporaire, un détournement massif, puis une réforme cosmétique qui ne supprime rien.
Une fois obtenu, un instrument de surveillance ou de punition n’est jamais rendu par le pouvoir en place, jamais. Les prétextes changent, le terrorisme cède la place à la protection des enfants qui cède elle-même à la lutte contre l’entrisme, mais le résultat est invariable : les outils exceptionnels deviennent la norme, et les libertés reculent toujours d’un cran à chaque cycle.
Que ceux qui applaudissent encore se calment : un jour, la loi qu’ils chérissaient pour réduire le voisin au silence se retournera inévitablement contre eux.
Ce jour là, ce sera trop tard. Mais ne venez pas pleurnicher qu’on ne vous aura pas prévenu.
https://h16free.com/2026/05/11/84290-vpn-chiffrement-gel-des-avoirs-la-triple-offensive-discrete-contre-la-liberte-dexpression