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5 octobre 2026

Gilles Casanova
2/10/2026

Comment la gauche a trahi


Au fond, c'est une grande question à laquelle la réponse n'est pas tout à fait simple.
On peut toujours dire que c'est à cause de dirigeants traîtres que la gauche a trahi. Mais comment expliquer que les dirigeants traîtres sont traîtres dans plusieurs partis en même temps, et que ces partis vont en chœur trahir, chacun à sa manière, avec des dirigeants qui vont s'affronter les uns les autres, sans trahir moins pour autant.
On ne peut pas comprendre si l’on ne remonte pas aux origines de tout cela.
Aux origines, nous en avons précisément deux, des origines, qui sont tout à fait différentes.
D’un côté, nous avons le mouvement ouvrier qui se constitue à travers la révolution industrielle. Elle va arracher aux campagnes des millions de paysans pour en faire des travailleurs salariés et les installer dans des conditions très inconfortables dans les villes. Des villes où ils seront exploités par des patrons. Des bourgeois industriels qui possèdent les usines mais qui sont eux-mêmes sous la coupe des bourgeois financiers, qui possèdent l'argent. Ce mouvement ouvrier va essayer de défendre les intérêts matériels et moraux de ces ouvriers. C’est-à-dire prioritairement essayer de leur permettre de vendre le plus cher possible au patron leur force de travail, qui est la seule richesse personnelle dont ils disposent pour vivre, et améliorer leurs conditions de travail. Ils constitueront d’abord, dans la difficulté, des organismes plus ou moins informels. Puis, lorsque l'interdiction des syndicats sera levée, ils formeront des syndicats, des caisses de grève, des mutuelles.
D’un autre côté, nous avons l'aile éclairée de la bourgeoisie qui a remporté la Révolution, à travers ses soubresauts de 1789, 1830 et 1848. Cette aile éclairée, elle se sent la continuité des philosophes des Lumières. Elle se sent une mission historique : faire avancer la société humaine vers le progrès. Non seulement le progrès technique et scientifique, mais aussi le progrès humain. Elle pense que le progrès humain ne va pas sans la Liberté et l’Égalité qui doivent conduire à la Fraternité. Elle y est plus attachée qu’à la rentabilité immédiate du capital. C'est le courant Républicain progressiste, dont l'origine n'a rien à voir avec le mouvement ouvrier.
La politique de « lutte des classes », pratiquée – selon ses propres mots – par Adolphe Thiers, représentant de l'autre aile de la bourgeoisie, celle qui ne s'intéresse qu'à la rentabilité du capital, conduit à la Commune de Paris, c'est-à-dire une révolution communiste, écrasée dans le sang.
Les classes dirigeantes de la société comprennent bien qu'une politique d'affrontement de classe va produire de nouveaux évènements sanglants, et à répétition. Il faut donc organiser la vie politique, la vie publique, de façon à ce que toutes les classes puissent être représentées dans le jeu parlementaire notamment, et pour cela constituer des blocs politiques qui puissent intégrer d'un côté, les ouvriers, de l'autre, les paysans et les commerçants, qui sont la majorité du peuple, qui n'est pas composée de bourgeois.
C'est la naissance de la gauche et de la droite, telles que nous les connaissons.
Les termes de gauche et de droite viennent du 11 septembre 1789 au cours duquel un vote se fait sur le veto du roi. Se mettent à droite ceux qui pensent que le roi peut avoir un veto sur les décisions de l’Assemblée, se mettent à gauche de la salle, ceux qui pensent que le peuple est souverain et que le droit de veto du roi n'a pas de sens. On voit bien d'un côté l’aile progressiste de la bourgeoisie qui va remporter cette révolution, et de l'autre côté, une aile autoritaire qui pense que le peuple doit d'abord être encadré, et que ses intérêts sont prioritaires sur une vision idéologique idéale de « peuple souverain ».
Mais ce n'est pas du tout ce qui structure la vie politique du XIXe siècle. Ce n'est qu’à la fin que l'on redécouvre ces termes et que l'on va en faire le cœur de la vie politique, le cœur de la vie publique, et même de grandes catégories psychologiques, parfois.
On va installer, à travers la IIIe République, un bloc comportant la bourgeoisie éclairée et le mouvement ouvrier que l'on va intégrer au jeu parlementaire, autant que faire se peut et tout cela s'appellera « la gauche ». On va installer un autre bloc avec une bourgeoisie plus âpre au gain qui va s'attacher plus spécifiquement à la défense de l’Ordre et de la Nation, avec l'ambition de rentabiliser le plus possible son grand capital, en encourageant le paysan ou le petit commerçant à rentabiliser son petit capital, en se méfiant des rêves idéologiques d'une gauche qui n'est généreuse qu'en paroles, puisqu’elle ne crée pas assez des richesses qu’elle veut distribuer.
Et puis vont ainsi se constituer des appareils politiques. On va se préoccuper de la gauche puisque c'est là notre souci. C'est en avril 1905 que fusionnent une série de petits mouvements issus du mouvement ouvrier ou de groupes plus idéologiques, autour de Jules Guesde et Jean Jaurès, pour former le Parti socialiste.
À partir de là, se constitue un appareil qui va se renforcer progressivement. Il va se diviser à la suite de la Révolution russe en Parti communiste et Parti socialiste, mais qui vont tous deux devenir de puissants appareils. Ils vont avoir à leur tête des personnalités issues du mouvement ouvrier et – surtout pour les socialistes – de l’aile progressiste de la bourgeoisie. Au Parti communiste, à la place de bourgeois éclairés, ce sont les agents de l’Union soviétique qui occuperont la même place qu’eux dans ces appareils.
Pendant plusieurs décennies, les intérêts des uns et des autres vont plus ou moins cheminer en parallèle.
Bien sûr, il y aura l'épisode de la Seconde Guerre mondiale où beaucoup de communistes soutiendront surtout l’Union soviétique qui ne sera pas dans la Résistance avant 1941, et beaucoup de socialistes soutiendront surtout la paix, c'est-à-dire l'armistice de Pétain en 1940.
Mais à la sortie de cette guerre, le Parti socialiste, comme le Parti communiste auront chacun un bon million d'adhérents, ce qui donnera à ces appareils la force et la stabilité de s'installer durablement dans la vie française comme des éléments incontournables de la société, et tout le monde a envie d’oublier les démêlés de la guerre.
Cela ne va pas sans crises, les communistes auront les divers soulèvements des populations de l’Est européen contre l'Union soviétique qui viendront les affaiblir, les socialistes auront leur participation enthousiaste aux guerres coloniales, qui manqueront de les tuer.
Mais à la sortie des soubresauts de Mai 68 – qui est le plus loin où remonte à notre époque, la mémoire collective de la société – ils trouveront la voie pour s’associer dans une perspective d'alternance et d'arrivée au gouvernement du pays.
De 1972 à 1981, la montée vers le pouvoir va renforcer ces appareils, qui deviendront des forces autonomes. Mais ce sont surtout les changements de la société, qui vont porter l’essor de ces appareils.
Une croissance sociologique des ouvriers et des employés sera causée :
• par l'entrée des femmes sur le marché du travail ;
• la prolétarisation d'activités liée à l'État qui étaient occupées auparavant par les fameux « ronds de cuir » de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, et qui seront assurées par des employés dont la condition se rapprochera de plus en plus des employés du secteur privé tertiaire ;
• l’augmentation massive du nombre d’enseignants, qui bien que très diplômés ne seront pas traités comme des cadres supérieurs mais comme des employés disposant d’une certaine autonomie dans leur travail.
Cette croissance massive de la population active, sa prolétarisation, c'est elle qui va porter à la fois le développement du mouvement ouvrier syndical et le développement de ses appareils politiques. Ce sont ces changements qui feront imploser le syndicalisme confessionnel de la CFTC et donneront naissance à la CFDT, ce sont eux qui apporteront le carburant des Assises du Socialisme qui verront les dirigeants de la CFDT rejoindre le PS, ce sont eux qui donneront corps au projet de « grande alternance » qu’était celui de l’Union de la gauche.
Comme l'anthropologie et la sociologie nous le montrent, au bout d'un certain temps, des appareils constitués dans un but et pour une fonction précise, pour servir des populations ou des ambitions morales ou politiques, finissent par ne plus avoir comme objectif que leur perpétuation comme structure et leur renforcement comme appareil. L'exemple de l'église catholique, avec l'appareil du Vatican et sa banque, dont les dirigeants peuvent parfois finir pendus sous des ponts de Londres, montre que ce n'est pas forcément l'adoration de la Vierge et le service du Seigneur, qui dominent la vie de cet appareil, pourtant créé dans cette intention, il y a fort longtemps.
L'appareil du Parti communiste n’arrivera pas à se séparer de l'Union soviétique, dont la direction lui est structurellement liée, et il sombrera progressivement avec lui. Le moment clé étant l'élection de 1978 où la gauche est majoritaire au premier tour, et où il déclare, après la visite de l'ambassadeur Zorine auprès de Valery Giscard d'Estaing, que les socialistes ont trahi et qu’il convient de ne pas voter pour eux au second tour, ce qui permettra de maintenir la majorité du Parlement à droite. Dès lors, son effondrement sera systématique, régulier et quasi-total.
Ce fut sa manière de trahir les millions de travailleurs qui avaient voté pour lui pendant tant d'années, en imaginant que c'était « le grand parti des travailleurs » et pas le grand appareil inféodé aux gérontes cyniques de Moscou.
Voilà pour la trahison de l'appareil communiste, dont la source a été plus clairement visible au moment de sa disparition. Aujourd'hui, il lui reste un siège social, largement loué à des entreprises privées et qui fait vivre un groupuscule qui, profitant du passé, a encore un véritable accès aux médias, ce qui donne le sentiment qu'il existe encore, mais les millions de salariés, d'ouvriers, d'employés, qui avaient mis leur confiance dans ce parti pour qu'avance la société et l'émancipation des travailleurs, eux ils ont été abandonnés par les Communistes.
Pour le courant socialiste et les diverses déclinaisons que présente cet appareil aujourd’hui : écologistes, mélenchonistes et divers groupuscules qui gravitent autour, le mouvement a été plus subtil.
La question clé est apparue plus tard que pour les communistes. Puisqu'ils sont arrivés au gouvernement, qu’ils ont conquis la Présidence, ils ont été confrontés à l'épreuve du pouvoir. Dans cette épreuve, deux courants sont apparus : ceux qui ont pensé qu'ils devaient avant tout jouer le rôle qu'ils s'étaient assigné historiquement et qui leur avait permis de devenir majoritaire, à ce moment-là cela se manifestait sous le nom de leur programme « Changer la vie », et ceux qui ont pensé qu'ils devaient s'adapter à l'État et aux intérêts de la bourgeoisie financière dominante.
Finalement, ceux qui étaient les plus proches de l'aile éclairée de la bourgeoisie étaient les seconds, alors que les premiers semblaient attachés au lien au mouvement ouvrier. La bataille eut lieu autour du tournant néolibéral de 1983-1984, qui fut présenté à l'époque sous l'apparence fallacieuse d'une « parenthèse » qui ne fut jamais refermée. Le programme en était d'échanger la perspective de « changer la vie » contre celle de « construire l'Europe », utilisant la vision de l'Europe de Victor Hugo, que partageaient largement les Français, pour mettre cette expérience gouvernementale au service des intérêts les plus concentrés du capitalisme, au lieu d'être un grand moment de l'évolution de la condition des catégories populaires, comme cela avait pu être tenté pendant les premiers mois de l'alternance.
Les conséquences furent rapidement l'exil de l'électorat des ouvriers et des employés vers l'abstention.
C'est alors que cet appareil inventa le Front National et la théorie du retour du fascisme, pour créer une déstabilisation des appareils de droite qui les empêcherait de reprendre la Présidence et permettrait donc à l'appareil socialiste de continuer à s'engraisser au pouvoir, en ayant largement rompu avec les raisons qui avaient présidé à sa création et à son arrivée aux affaires : « Celui qui n'accepte pas la rupture, celui qui ne consent pas à la rupture avec l'ordre établi, politique, cela va de soi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste », la célèbre phrase de François Mitterrand, phrase clé du congrès de reconstitution du Parti socialiste en 1971 après son autodestruction dans la guerre d'Algérie.
Il restait à fabriquer un narratif pour justifier tout cela. Car les appareils politiques qui veulent se maintenir au-delà ou à l'encontre de ce qui a été la cause de leur création et de leur succès, ont besoin d'un narratif. Un « storytelling » qui permet aux dirigeants de garder la tête plus ou moins haute, et à une partie de leur électorat, de ne pas les abandonner tout de suite, ni tout à fait. Il s'agit de contribuer à maintenir un doute sur la trahison ou la culpabilité des dirigeants, doute qui permet de faire fonctionner au mieux l'appareil dont la finalité est devenue exclusivement lui-même.
C'est Bill Gates, en finançant la Fondation Terranova, qui donnera ce narratif. Celle-ci fera fond sur la réalité de transformations sociologiques dans le monde du travail, notamment celles engendrées par le choix de désindustrialisation de la France. Elle expliquera que les ouvriers et les employés ne sont plus la base sur laquelle s’appuyer. Qu’ils sont devenus réactionnaires et votent pour l'extrême droite fasciste. Que donc, le vrai progressisme, le vrai progrès, est de se tourner vers les minorités qui sont la chance de l'avenir, et la chance du pays : les immigrés, les minorités sexuelles, et toutes les minorités que l'on pourra trouver, et dont on exaltera le droit à la différence, de façon à déconstruire une société dont les traditions ralentissent la croissance du profit pour les milliardaires qui se sont installés à la tête du capitalisme. Car au fond la grande minorité que défend la fondation socialiste soutenue par Bill Gates, c'est la minorité des ultra-riches et de ce point de vue, elle la défend bien.
Cette fois, c'est la fin de « la gauche » voulue par la IIIe République, puisque c'est la séparation officielle entre le mouvement ouvrier d'une part et la bourgeoisie « progressiste » d'autre part.
C'est donc tout naturellement que cette bourgeoisie « progressiste » s’élancera selon ses tropismes propres :
• une partie se lancera derrière Emmanuel Macron dans sa politique, dite « progressiste » de destruction du pays, de son industrie et de l'héritage du Conseil national de la Résistance ;
• une autre partie se lancera sous la bannière « écologiste », dans une politique fiévreusement antipopulaire comme l’interdiction des villes aux pauvres et à leurs voitures, la forte augmentation du prix de l’énergie, la destruction de paysages ;
• et une troisième partie se lancera à l'assaut de la classe ouvrière en tentant d’ensevelir les rapports de classes sous les rapports de races et vantant le « grand remplacement », comme la créolisation, dont Jean-Luc Mélenchon dit que le premier pas qu'il faut soutenir, est l'apparition massive d'enseignes commerciales en anglais dans les rues de France.
Les ouvriers et les employés seront orphelins sur le plan politique, mais aussi sur le plan syndical, car les appareils syndicaux liés à ces appareils politiques, ayant perdu leurs repères, vont se tourner vers les financements de l’Union européenne pour faire vivre des appareils dont le souci de la condition ouvrière ne deviendra plus du tout une préoccupation des dirigeants, même si, à la base, des sections syndicales peuvent ressembler à de vraies sections syndicales.
Voilà comment la gauche a trahi les espoirs qui avaient été mis en elle. Voilà pourquoi les appareils qui exploitent la marque « gauche » ne représentent plus rien au regard de l’histoire de ce que fut ce courant dans la vie politique française.
Devant cette trahison, complète et systématique, il ne restera aux catégories ouvrières et populaires que la Nation comme seule richesse, c'est d'ailleurs ce qu’exprimait Jean Jaurès, il y a plus d'un siècle en construisant la mère de toutes ces formations qu’était le Parti socialiste de 1905.
Les intérêts bien compris du capital le plus dynamique et le plus concentré sont de mettre fin aux nations européennes pour « construire l'Europe ». Cela a conduit la droite à basculer, elle aussi, dans cette perspective et à abandonner la Nation qui était le cœur de la justification de ses propres appareils, elle a laissé ainsi orphelines les catégories sociales qu'elle pouvait rassembler.
Devant ce vide, la tradition française est de se tourner vers un Bonaparte qui pourrait remettre de l'ordre dans la société. Mettre fin aux trahisons de toutes parts et faire que les efforts réalisés par la population bénéficient à la Nation et en retour à sa population.
Une personne aujourd'hui est en position de répondre à cette demande, c'est Marine Le Pen et c'est la raison de son succès. Mais c’est une autre histoire…

4 octobre 2026

Marc Amblard
2/10/2026

Bruno Lemaire incarne ce mépris, cette arrogance et cette condescendance qui caractérisent au plus haut point les (ir)responsables politiques français au-delà de leur incompétence notoire. Il fallait quelqu'un pour leur balancer cette réalité au visage. Et Sarah Knafo le fait avec brio. C'est précis, documenté et sans la moindre complaisance. Bravo.

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3 octobre 2026

Dessin de Gros

Gabriel Nerciat
3/10/2026

QUESTIONS CRUCIALES AUTOUR D'UN INCENDIE
 

Sur les émeutes lycéennes et estudiantines, depuis deux jours, CNews nous explique que c'est l'œuvre de Mélenchon et du Hamas, LCI que c'est l'œuvre de Poutine et des services russes, BFMTV que c'est l'œuvre de la police factieuse qui ne sait pas garder son calme et veut déstabiliser Macron ou Nunez, ces grands républicains modérés.
Qui a dit qu'en France les idées des élites suppléaient avantageusement aux carences énergétiques ?
Moi, depuis quarante-huit heures, je me pose surtout une seule question, mais qui me paraît cruciale : que se passera-t-il, dans l'hypothèse de moins en moins invraisemblable où Marine Le Pen serait élue chef de l'État dans six mois, durant les deux semaines qui précèderont la passation de pouvoirs avec Macron au palais de l'Élysée ?
L'extrême centre libéral voué à l'exil (sans doute durable) et les gauches décoloniales en folie qui redoutent la fin prochaine du carnaval wokiste pourraient-ils agir de concert, de façon plus ou moins délibérée, afin de justifier un possible recours à l'article 16 ?
Sans être particulièrement complotiste, il est clair qu'à la lumière des événements de cette semaine, de plus en plus de gens y pensent ou en parlent explicitement – de Mathieu Bock-Côté jusqu'à Houria Bouteldja (le spectre est large).
Dans ce cas, l'insurrection présente pourrait faire office de répétition, mais le problème est qu'elle intervient beaucoup trop tôt : si l'anarchie dure encore deux semaines voire plus, c'est bien Marine Le Pen – et pas Mélenchon, que les droitards accusent grotesquement d'être à l'origine des troubles – qui en serait la principale bénéficiaire politique.
Quand bien même Mediapart révèlerait en janvier qu'elle a dansé la valse à seize ans au palais Hofburg de Vienne avec Otto Günsche, l'aide de camp d'Hitler.
D'où, sans doute, le dilemme du pouvoir macronien : laisser suffisamment d'impunité aux ilotes des lycées pour pouvoir les inciter à passer de nouveau à l'action le moment venu, mais tout en se montrant capable de les faire rentrer à la maison suffisamment vite, à six ou sept mois du scrutin, de crainte de voir la situation lui échapper (la mort d'un policier en exercice rendrait rapidement la crise définitivement immaîtrisable).
Même le recours à la pègre, comme pour les émeutes de juin 2023, s'avèrerait ici d'une efficacité très limitée, car le spectre des émeutes déborde désormais largement le cadre des banlieues des grandes métropoles mondialisées.
Si une chose en tout cas maintenant est claire, c'est que ceux qui veulent le redressement de l'État et ceux qui veulent sa destruction progressive (que ce soit au nom de l'émancipation des minorités ethniques allogènes ou au nom de celle du capital globalisé, peu importe) vont devoir tôt ou tard s'affronter face à face, parce qu'ils sont les uns comme les autres, à la lueur de cette crise plus encore que des précédentes, parfaitement identifiables et identifiés.

2 octobre 2026

Gabriel Nerciat
1/10/2026

LE REMPART VENTRU DE LA RÉPUBLIQUE
 

Gérard Larcher, vieux débris podagre du chiraquisme réélu pour la sixième fois président du Sénat dès le premier tour de scrutin, alors que son parti de notables versaillais agonisants doit représenter au mieux 6 ou 7% du corps électoral. À part ça, c'est vraiment chouette, le bicamérisme ; tout le monde nous le dit depuis le petit Monsieur Thiers.
Larcher en guise de campagne a fait savoir urbi et orbi, au milieu des ors du palais du Petit Luxembourg où il crèche et se goinfre aux frais de la princesse depuis douze ans, qu'il se poserait en rempart de l'État de droit afin d'empêcher toute modification constitutionnelle d'importance si Marine Le Pen était élue présidente de la République dans six mois. Entre deux apologies véhémentes de l'autorité et du retour à l'ordre, comme toujours chez les tartuffes LR.
Je ne sais pas vous, mais moi ça me rassure, cette réélection.
La France s'enfonce dans l'anarchie de rue, l'effondrement de l'État, les provocations estudiantines, le surendettement, la guerre territoriale des gangs de la pègre allogène, mais malgré tout, quoi qu'on en dise, la République tient.
Grâce à des hommes comme lui, essentiellement, que le régime fabrique en série au moins depuis l'époque de Jules Ferry et de Gambetta (des Larcher, on en voit plein dans les romans d'Alphonse Daudet).
Même lorsque leur tartine de confiture, comme dans la chanson des frères Jacques, tombe du mauvais côté, eux ne se tachent jamais, et ne se gênent pas pour venir lécher la nappe.
Non pas parce qu'ils seraient plus habiles ou chanceux que d'autres, mais tout simplement parce qu'ils ont été éduqués à laisser tomber ce qui chute, sans en paraître autrement affectés.
Le plus important, n'est-ce pas, c'est de conserver l'appétit. Un notable qui aurait honte de son poids, ce serait quand même ridicule, ou déplacé.
Fernand Kartheiser
2/10/2026

RUSSIE : IL EST TEMPS DE CHANGER NOTRE POLITIQUE !

J’ai publié une lettre ouverte à la Présidente du Parlement européen en réponse aux tentatives du Parlement européen d‘exercer des pressions sur moi et d’autres collègues en raison du dialogue informel que j‘ai mis en place ensemble avec la Douma d'État et qui permet à des députés intéressés d'échanger avec leurs collègues russes. Dans cette lettre, je critique la politique de confrontation stérile que l‘UE mène actuellement et demande une reprise du dialogue et une approche diplomatique.

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Jacques Cotta
2/10/2026

Un budget qui repose sur l'arnaque, le vol minutieusement organisé avec la complicité de la presse qui n'en dit mot...

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1 octobre 2026

H16
30/9/2026

Hiver 2026 : l’Europe entre l’Ours, l’Oncle Sam et le thermomètre

Joie du réchauffement climatique (un peu) et de El Niño (beaucoup) : tout indique que, cette année, avec le Pacifique qui chauffe comme rarement, le début d’hiver pourrait être doux et humide sur le Vieux Continent.

Voilà une (très rare) bonne nouvelle pour les chancelleries européennes… qui devront cependant se garder de tout optimisme béat, les prévisions météo n’excluant cependant pas un retour du froid en janvier et février, c’est-à-dire exactement au moment où les réserves de gaz sont au plus bas.

Et cette année, ils partent de bas : au 25 septembre, les stocks européens de gaz ne sont qu’à 70 % environ, une quinzaine de points sous la moyenne des cinq dernières années et ce alors que son prix sur le marché a plus que doublé en un an.

On se rappelle qu’en 2022, dans la panique, Bruxelles avait imposé 90 % de remplissage au 1er novembre, taux qu’il a fallu « assouplir » cette année avec une tolérance de dix points quand les conditions de marché sont « défavorables ». Mais voilà : la nouvelle cible de 80 % n’est même pas certaine d’être atteinte.

Rassurons-nous : la Grosse Commission a fait ce que les ministères français pratiquent avec brio depuis des lustres à chaque objectif raté, c’est-à-dire l’abaisser et a donc conclu début septembre à l’absence de « risque immédiat » pour l’approvisionnement.


Bon, soit, mais pour remplir les cuves, il faut des hydrocarbures que le Golfe ne semble pas pouvoir fournir : Aramco a prévenu les Européens qu’ils ne recevraient pas de brut sous contrat en octobre et QatarEnergy a prolongé jusqu’en novembre sa force majeure sur le GNL. Et malheureusement, l’Union qui importe 80 % de son gaz et 95 % de son pétrole n’a guère de géographie de rechange.

En pratique, il ne reste donc que deux fournisseurs de dernier recours : un à l’Ouest, l’autre à l’Est et aucun des deux enclin à faire des cadeaux.

Washington avait pourtant prévenu en novembre dernier avec la publication de la Stratégie de Sécurité Nationale : les États-Unis se recentrent sur leur hémisphère occidental, ajoutent un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, et l’Europe est priée de retrouver sa « confiance civilisationnelle ». Cette stratégie pousse à une cessation rapide des hostilités en Ukraine et veut une « stabilité stratégique » avec Moscou.

Ceux qui n’y ont vu qu’une gesticulation de plus en seront pour leur frais : dix mois plus tard, son application se fait pièce par pièce.

Et d’ailleurs, mardi, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Trump a signé avec Copenhague et Nuuk l’accord sur le Groenland, qui est très loin d’un simple rafraîchissement de l’accord de 1951 comme l’habituel commentariat de grand chemin tente de le faire croire.


Ainsi, les États-Unis s’assurent à présent une présence militaire permanente dont même un Groenland indépendant hériterait (article XI), qu’il le veuille ou non, d’un droit de veto sur toute présence militaire non membre de l’OTAN sur le territoire polaire, ainsi que sur l’identité des acteurs autorisés à investir dans ses infrastructures et ressources stratégiques (en dehors de l’OTAN et de l’UE). Le Danemark a renoncé à son droit de regard sur le principe même de la création de nouvelles bases américaines, ne conservant que le droit de discuter des « détails de mise en œuvre » et ne peuvent plus fixer les règles régissant les déplacements des forces armées américaines sur l’île. En somme, même si à Copenhague, on prétend avoir conservé la souveraineté avec un air crispé, c’est surtout une souveraineté de brochure.

Le même jour, Trump signait la loi HR5334, qui l’autorise à frapper de droits de douane jusqu’à 100 % l’ensemble des produits des cinq plus gros acheteurs d’hydrocarbures russes. D’après les estimations qui circulent au Congrès, ce classement comprend la France, la Belgique et la Hongrie. Certes, le président peut accorder des dérogations… Ou pas.

Parallèlement, la revue de la présence militaire américaine en Europe envisage de retirer de 25.000 à 40.000 hommes tout en promettant une base permanente à la Pologne. Comme prévu, le transfert de charge est en cours, méthodique.

Enfin, pour ceux qui comptaient sur le gaz et le gazole américains pour passer l’hiver, rappelons que, face à Zelensky, Trump s’est dit favorable à une interdiction des exportations de diesel américain tout en demandant à Kiev de cesser de frapper les infrastructures énergétiques russes. Eh oui, le fournisseur de dernier recours n’est donc pas certain de fournir, et il préférerait que les raffineries russes tournent.

Pour pousser les Européens vers la table de négociation, difficile d’être plus clair.

En face, Moscou n’a guère tenu compte de la volonté de ceux qui promettaient d’asphyxier son économie en quelques trimestres et plutôt qu’isoler la Russie, les sanctions ont surtout déplacé les raffineries vers l’Inde qui a absorbé 36 % du brut russe exporté depuis fin 2022. Ses exportations pétrolières vers l’Union sont passées de 8,7 à 19,2 milliards de dollars en deux ans : le diesel « indien » arrivant à Rotterdam a les parfums de l’Oural. Et côté gaz, l’Union reste le premier client du GNL russe dont elle absorbe près de la moitié des exportations. La France se classe deuxième importatrice européenne d’énergie russe, derrière la Hongrie et son gazoduc.

Bref, Moscou produit, l’Europe consomme.

Le levier russe fonctionne jusqu’à l’intérieur de l’Union : l’oléoduc Droujba fait de Budapest et de Bratislava des verrous permanents, et la démonstration a eu lieu cette semaine : les sanctions européennes ont été renouvelées cinq minutes après minuit, au prix de la radiation des oligarques Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman de la liste des personnes sanctionnées contre la Russie. Selon plusieurs diplomates, la France elle-même a poussé pour la sortie d’Ousmanov afin d’obtenir la libération de Français détenus en Azerbaïdjan.

Cynique, la Macronie entend piloter la « coalition des volontaires » mais échange des levées de sanctions contre des prisonniers. On n’ose imaginer ce qu’elle concéderait en cas d’hiver trop frisquet.


Le calendrier se resserre : à partir de la mi-octobre, tout nouvel achat de brut russe expose les gros clients de Moscou à l’ire américaine. Si New Delhi coupe pour sauver son accès au marché américain, l’Europe perd une bonne partie de son diesel « indien », l’hiver même où l’Arabie saoudite la prive de brut. Si New Delhi tient bon, chaque cargaison indienne devient un risque bancaire. Dans les deux cas, les prix montent et le vendeur de dernier recours s’appelle Washington qui aura beau jeu d’expliquer qu’un gazole abordable s’accommode mal d’une guerre prolongée à l’Est.

Ainsi, en quatre ans, les dirigeants européens ont offert à un adversaire les leviers qu’ils croyaient lui confisquer, fait d’un protecteur un créancier, et de leur politique énergétique un bulletin météo : si El Niño tient ses promesses jusqu’en mars, Bruxelles parlera de « résilience ».

Et sinon, on négociera l’Ukraine en doudoune avec Washington d’un côté et Moscou de l’autre.


Gastel Etzwane
30/9/2026

L’Europe des frugaux : moins pour l’agriculture, et la France en position de faiblesse

L’Union européenne parle beaucoup de solidarité. Le prochain budget 2028-2034 rappelle pourtant une réalité beaucoup plus prosaïque : lorsque les intérêts nationaux divergent, chacun défend d’abord les siens, et le rapport de force décide du reste.
Friedrich Merz et cinq autres chefs de gouvernement, Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche et Finlande, menacent de bloquer le prochain cadre financier s’il n’est pas amputé de plusieurs centaines de milliards. Leur orientation est claire : moins pour la PAC et la cohésion, davantage pour la défense et l’industrie. Ces six pays représentent environ 40 % des recettes de l’Union. Ils disposent donc d’un poids considérable dans la négociation.
La Commission avait déjà ouvert la voie. La PAC actuelle représente 387 milliards d’euros sur sept ans. L’enveloppe proposée comme garantie aux agriculteurs tomberait à 300 milliards, soit environ 20 % de moins en euros courants et davantage encore en valeur réelle. Surtout, pour la première fois depuis 1962, la politique agricole ne disposerait plus du même fonds autonome : agriculture, cohésion et autres politiques seraient davantage mises en concurrence au sein d’enveloppes nationales.
Les pays du Nord veulent aller plus loin. Leur logique est parfaitement compréhensible du point de vue de leurs intérêts : principaux contributeurs nets, ils ont intérêt à contenir le budget européen. Les pays de l’Est veulent préserver les fonds de cohésion. D’autres États veulent protéger la PAC. Derrière les grands discours sur la solidarité européenne réapparaît donc ce que l’Union n’a jamais fait disparaître : des États qui défendent leurs intérêts et tentent d’imposer leurs priorités lorsqu’ils en ont les moyens.
Et la France se trouve aujourd’hui particulièrement mal placée dans ce rapport de force. Elle reste un contributeur majeur au budget européen tout en étant historiquement l’un des principaux bénéficiaires de la PAC. L’enveloppe agricole française garantie passerait de 66,2 à 50,9 milliards d’euros. Même en utilisant les mécanismes complémentaires envisagés, elle remonterait à peine autour de 57 milliards. Le compte n’y est toujours pas.
Le problème devient plus grave encore si Bruxelles transfère davantage de charges vers les budgets nationaux. La France devrait alors compenser elle-même une partie de ce que le budget européen ne financerait plus. Mais avec près de 3 600 milliards d’euros de dette, des intérêts qui pourraient atteindre 91 milliards en 2027, une croissance faible et des déficits persistants, Paris ne dispose plus des marges budgétaires permettant de reprendre facilement la différence.
C’est là que la crise française devient aussi une faiblesse européenne. Un État fortement endetté, politiquement paralysé et contraint budgétairement négocie nécessairement dans des conditions moins favorables face à des partenaires qui disposent de davantage de marges. Berlin n’a même pas besoin de hausser le ton : il lui suffit de défendre ses intérêts avec constance face à une France qui a beaucoup moins de cartes en main.
L’agriculture française risque d’en payer directement le prix. Pour nombre d’exploitations, les aides de la PAC ne constituent pas un supplément confortable mais une composante essentielle du revenu. Les réduire alors que l’État français n’a plus les moyens de compenser facilement, c’est accroître encore la pression sur un secteur déjà confronté aux charges, aux normes, à la concurrence internationale et au difficile renouvellement des générations.
Au fond, cette négociation budgétaire rappelle ce qu’est réellement l’Union lorsque les intérêts nationaux s’opposent. L’Allemagne et les pays du Nord veulent limiter leur contribution et réorienter les dépenses. Les pays de l’Est défendent la cohésion. Les grands pays agricoles défendent la PAC. Chacun joue sa partie.
La « solidarité européenne » trouve alors rapidement ses limites. L’Union redevient ce qu’elle est aussi : un rapport de force entre États. Les plus solides imposent davantage leurs conditions ; les plus faibles les subissent davantage. Et aujourd’hui, fait impensable il y a encore quelques années, la France compte parmi les États dont la faiblesse économique, budgétaire et politique réduit considérablement la capacité de peser.
Pour l’agriculture française, c’est peut-être cela le plus inquiétant : le prochain budget européen se négocie au moment précis où la France aurait besoin d’être forte pour défendre ses intérêts, et où elle ne l’est plus.


Tatiana Ventôse

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30 septembre 2026

Gastel Etzwane
29/9/2026


À Metz, le pape parlait de paix. Macron avait besoin de parler de guerre.
À Metz, lundi, il s’est produit quelque chose d’assez rare : deux hommes ont parlé successivement du même sujet, au même endroit, en invoquant le même Robert Schuman, pour aboutir presque exactement à la conclusion inverse.
Le premier était Léon XIV. Il était venu parler de paix et il a parlé de paix. Non pas de la paix comme formule rituelle placée entre deux annonces de réarmement, mais de ce qu’elle exige concrètement : le « dialogue patient », le « courage de la négociation », la capacité de « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix ». Puis il a prononcé les mots que les dirigeants européens ont de moins en moins envie d’entendre : il faut se garder de « l’illusion du réarmement ». Et il a posé la question essentielle : l’Europe fait-elle encore des « efforts créateurs » pour arrêter les guerres, ou se contente-t-elle d’« endiguer l’hémorragie » tout en se préparant déjà aux suivantes ?
Quelques instants auparavant, Emmanuel Macron avait précisément expliqué qu’il fallait continuer à s’armer. Même Schuman, mêmes références à l’Europe, même invocation de la paix, mais pour aboutir au raisonnement inverse. La guerre est revenue, les empires sont de retour, la paix « ne se décrète pas » : il faut donc poursuivre notre engagement « indéfectible » aux côtés de l’Ukraine et construire « une Europe de la défense et de la paix ».
La formule résume à elle seule l’impasse dans laquelle Macron s’est enfermé. Il parle de paix pour justifier les armes, de Schuman pour justifier le réarmement, de la construction européenne née pour rendre la guerre « non seulement impensable, mais matériellement impossible » pour expliquer aujourd’hui qu’il faut se préparer à nouveau à la faire. On comprend que le mot « paix » n’est même pas un objectif, mais un mot que l’on ajoute derrière « défense » pour rendre le reste présentable.
C’est précisément ce que le discours de Léon XIV rendait intenable. Le pape n’a pas eu besoin de prononcer le nom de Macron pour le contredire. Il a repris la même histoire européenne et en a tiré la conclusion inverse. Macron invoquait Schuman pour justifier le réarmement ; Léon XIV invoquait Schuman pour mettre en garde contre « l’illusion du réarmement ». Macron expliquait que la paix exigeait de poursuivre la politique actuelle ; le pape rappelait qu’elle exigeait de négocier et même, le cas échéant, d’abandonner certaines positions.
Et chacun, finalement, était fidèle à ce qu’il est devenu. Léon XIV est dans son rôle lorsqu’il demande comment arrêter la guerre. Emmanuel Macron semble désormais incapable de parler d’autre chose que de la guerre. La France traverse pourtant une crise politique, budgétaire et sociale profonde. Mais son président paraît avoir déplacé ailleurs le centre de gravité de sa présidence. La politique intérieure semble ne plus l’intéresser qu’à la marge. L’Europe, la défense, la Russie, l’Ukraine, les menaces, les empires, le réarmement lui offrent une autre scène, plus vaste, sur laquelle il peut encore tenter d’incarner quelque chose alors que son pouvoir intérieur s’est considérablement rétréci.
On peut y voir la recherche d’une stature internationale pour une fin de règne devenue difficile en France. On peut surtout constater que la guerre occupe désormais dans sa parole une place presque dévorante. Elle lui fournit une mission, une gravité, un horizon et cette posture de chef européen que la politique française ne lui permet plus guère d’endosser. Dès lors, la fin de la guerre poserait aussi une question beaucoup plus personnelle : que resterait-il de cette présidence une fois disparue la grande scène internationale sur laquelle elle cherche désormais sa raison d’être ?
Et le plus étrange est que Macron est venu exposer cette contradiction dans une visite qui, à l’origine, n’était précisément pas la sienne. Metz avait été choisi personnellement par Léon XIV. D’autres villes lui avaient été proposées, notamment Lisieux, Lyon et Ars-sur-Formans ; il a voulu Metz pour parler de l’Europe et de la paix. Le programme officiel prévoyait la rencontre du matin puis, l’après-midi, la messe à la cathédrale. Macron devait assister au discours européen et quitter ensuite la ville. Il n’avait d’ailleurs pas assisté à la grande messe de la Concorde deux jours auparavant.
Et puis, dimanche soir, tout change. Vers 20 heures, l’Élysée prévient le maire de Metz. Il faut refaire le protocole pendant la nuit. Macron assistera finalement à la messe. Mieux : il devient la « puissance invitante » à la place du maire et raccompagnera lui-même le pape à l’aéroport, alors que cette tâche devait revenir au Premier ministre. La justification officielle est que les deux hommes souhaitent prolonger leur échange. Le Monde relève également que cette décision de dernière minute intervient alors que Léon XIV rencontre en France une popularité spectaculaire.
Il n’est pas nécessaire d’imaginer ce qui s’est dit dans les couloirs de l’Élysée. La scène publique suffit. Macron s’est ajouté au dernier moment à une partie de la visite à laquelle il ne devait pas participer, a fait bouleverser le protocole pour y occuper la première place et s’est retrouvé au premier rang devant un pape qui venait de démonter, avec une tranquillité remarquable, le cœur même de son discours. Il aurait peut-être mieux fait de respecter son programme initial.
Car le contraste est devenu intenable. Léon XIV n’avait rien à sauver, aucune coalition à maintenir, aucune posture internationale à prolonger. Il pouvait simplement dire que la guerre devait finir et rappeler que la paix commence lorsque quelqu’un accepte enfin de négocier. Macron, lui, apparaît prisonnier du récit inverse. À mesure que son pouvoir s’efface en France, la guerre lui offre encore un rôle. À mesure que la politique intérieure lui échappe, l’Europe et l’Ukraine lui fournissent une scène. Et à mesure que le réarmement devient le cœur de son discours européen, il continue pourtant de parler de « paix », comme si répéter le mot suffisait à effacer la contradiction.
C’est ce que Metz a rendu visible avec une brutalité que personne n’avait probablement prévue. D’un côté, un homme qui parle de paix parce que sa fonction lui commande d’essayer de mettre fin à la guerre. De l’autre, un président qui parle de guerre parce qu’elle est devenue l’un des derniers endroits où sa présidence peut encore essayer de se donner une grandeur.
L’un demande que l’on mette fin à la guerre. L’autre semble avoir politiquement besoin qu’elle dure.
Gabriel Nerciat
30/9/2026

TROIS REMARQUES SUR L'AFFAIRE BARDELLA


Sur l'affaire Bardella, avec laquelle on va nous pomper tels des Shadoks pendant des mois, il n'y a à mon sens que trois choses intéressantes à retenir :

1) Ce que Bardella a pu dire dans le privé à 17 ans, absolument tout le monde s'en fout, car cela n'a rigoureusement aucune importance. Surtout concernant un jeune dirigeant politique influençable et immature qui est aujourd'hui ravi d'être invité à dîner chez les Klarsfeld, même si en Israël on le traite encore en parent pauvre.

2) Ces révélations foireuses de Mediapart n'auront aucune influence sur le score de Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle. Il n'est même pas exclu que cela lui rapporte un ou deux points supplémentaires, car depuis l'affaire Fillon les Français en ont soupé, de ce genre d'arnaques.

3) Mediapart sans le vouloir va sans doute aider Marine Le Pen à se débarrasser de son encombrant poulain qui désormais, les juges ayant validé sa candidature et Retailleau étant dans les choux en compagnie d'Eric Zemmour, ne lui sert rigoureusement plus à rien. Ce troisième point est bien sûr le plus ironique de la séquence. Ciotti se chargera du reste.

29 septembre 2026

Monique Plaza
27/9/2026

Olivier Marleix avait dénoncé l’existence d’un pacte entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, qui avait permis à Richard Ferrand de devenir président du Conseil Constitutionnel.

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Virginie Joron
28/9/2026

Retrouvez ma tribune suite à la démission d’Hervé Maisonneuve rémunéré durant la pandémie Covid par Pfizer : « Pour la vérité, contre l’opacité »


Je n’écris pas ceci en spectateur. Depuis le début de la crise sanitaire, mon combat est simple, et il n’a jamais changé : la vérité d’abord. Pas une vérité d’État. Pas une vérité d’experts protégés. La vérité des faits, des contrats, des liens d’intérêts et des responsabilités.
Ceux qui la réclamaient ont été traités de complotistes. Ceux qui la recouvraient d’un vernis moral ont été promus.
L’affaire Maisonneuve n’est pas une anecdote. Elle est le symptôme de cette inversion.
On a nommé Hervé Maisonneuve – à ne pas confondre avec Patrick Maisonneuve, l’avocat du Parlement européen contre Marine Le Pen – référent à l’intégrité scientifique de Santé publique France, fin mars 2026, pour trois ans. Sa mission : veiller aux principes déontologiques et conseiller l’agence sur la lutte contre la désinformation.
Puis l’on a appris qu’il n’avait pas déclaré des versements de Pfizer à sa société de conseil H2MW. Le Monde a révélé, le 22 septembre 2026, plus de 100 000 euros entre 2021 et 2023. Sur Transparence Santé, Pfizer a déclaré 171 150 euros ; Hervé Maisonneuve a contesté des doublons et avancé 118 650 euros perçus, soit 98 875 euros hors taxes. Il avait aussi d’autres clients, dont Merck. Il a reconnu : « J’avais oublié ça. » Il a démissionné le 24 septembre. Santé publique France a accepté. La ministre Stéphanie Rist avait demandé d’en tirer les conséquences.
Tant mieux. Mais ce n’est pas suffisant.
Car le scandale n’est pas seulement l’oubli d’une case. C’est qu’on ait pu placer, à un poste symbole, un homme dont les liens avec le laboratoire dominant n’étaient pas mis sur la table.
Pourtant, le conflit n’était pas un secret. Verity France l’avait documenté publiquement dès le 31 août 2025, puis à nouveau en janvier et le 15 septembre 2026. BonSens.org avait, dès le 9 septembre 2025, écrit au ministre de la Santé pour demander le retrait de cette nomination – et de celles de Mathieu Molimard et Dominique Costagliola dans la mission sur la désinformation – en s’appuyant précisément sur les versements de Pfizer à H2MW. On a nommé quand même. On a feint la surprise ensuite.
Est-ce un pot-de-vin ? 100 000 euros en échange de quoi ? Combien d’autres euros ou autres cadeaux sous la table ?
Je refuse cette naïveté officielle. Quand un expert de « l’intégrité » « oublie » Pfizer, le public a le droit de soupçonner autre chose qu’un trou de mémoire.
La confiance se gagne par la transparence, pas par des communiqués.
D’ailleurs ce soupçon s’inscrit dans un dossier plus vaste, que l’on a trop vite voulu classer : le Pfizergate. En 2021, la Commission européenne a conclu avec Pfizer/BioNTech le plus gros contrat vaccinal de l’histoire de l’Union : jusqu’à 1,8 milliard de doses, pour un montant souvent estimé autour de 35 milliards d’euros. Ursula von der Leyen a négocié personnellement avec le PDG Albert Bourla, y compris par SMS. Ces messages n’ont pas été produits. La Commission a fini par indiquer qu’ils avaient disparu. La Cour des comptes européenne a dénoncé l’opacité des négociations. Le 14 mai 2025, le Tribunal de l’Union européenne a annulé le refus de communication de la Commission. Ce n’est pas une théorie. C’est un dossier institutionnel.
Des pays ont ensuite été poursuivis pour payer des doses devenues inutiles. Le marché français, comme celui de l’UE, s’est trouvé saturé par Pfizer, tandis que d’autres vaccins, dont Janssen, reculaient.
Un contrat colossal, des textos disparus, des expertises rémunérées, une parole publique qui criminalisait le doute : voilà le terrain même où naissent les suspicions.
Mon combat n’est pas de les transformer en dogme. Il est d’exiger qu’on les lève par des documents, pas par des leçons de morale.
On a demandé aux Français d’obéir au nom de la science. On leur doit donc la science complète : prix, clauses, conflits, messages, décisions. Ceux qui voulaient cette lumière ont été moqués. Ceux qui la filtraient ont été labellisés. C’est cette géométrie variable que je combats.
Je demande une règle unique. Déclarer ses intérêts. Publier les contrats. Rendre les échanges. Expliquer pourquoi un laboratoire a écrasé le marché. Dire pourquoi l’intégrité a été confiée à quelqu’un qui n’avait pas tout déclaré. Si ces exigences font de moi une « horrible complotiste », alors le mot a perdu tout sens.
En 2027, il ne s’agira pas seulement de changer d’équipe. Il s’agira de savoir si la France accepte encore qu’on gouverne la santé avec des zones d’ombre, des copains, et qu’on insulte ceux qui les nomment. La vérité n’appartient ni à Pfizer, ni à Bruxelles, ni à un référent. Elle appartient à ceux qui paient, qui se font vacciner, et qui ont le droit de tout savoir.
Natalia Routkevitch
29/9/2026

50 nuances d’antisémitisme

Il faut avouer que, pour susciter la liesse populaire, Edwy Plenel a fait plus fort que le pape.
Les représentants de l’arc républicain autoproclamé sont aux anges.
Il paraît que, lorsqu’il était à peine majeur, Jordan Bardella a posté sur quelques forums des choses pas comme il faut. Des choses an-ti-sé-mi-tes.
Il a fallu treize ans à nos infatigables reporters et enquêteurs de Mediapart pour mener leur dure et dangereuse enquête et débusquer ces phrases. Enfin, les preuves irréfutables sont là, pour être publiées pile le lendemain du sondage pas sympa qui dit que Marine Le Pen distance ses concurrents au second tour, quels qu’ils soient.
Cependant, la liesse risque à tout moment de changer de camp, car il ne faut pas oublier que les accusations d'antisémitisme sont une arme à double tranchant. Avant-hier, c’était Marine Le Pen ; hier, c’étaient Mélenchon, Rima Hassan, Houria Bouteldja ou quelque jeune prodige de Bondy ; aujourd’hui, Bardella.
À qui le tour demain ?
D’ailleurs, il n’y a aucune raison pour que seuls les "extrêmes" passent à la moulinette de l’antisémitisme.
Pourquoi ne pas s’intéresser à l’origine du slogan que l’extrême centre européen brandit depuis quelques années, glorifiant un allié dont les accointances idéologiques mériteraient mieux que la pudeur de gazelle ?
Qui sont les personnes panthéonisées par cet allié qui reçoit les accolades les plus chaleureuses et les donations les plus généreuses ? Pourquoi ne pas s’intéresser aux vies, aux œuvres et aux combats de ces héros aujourd’hui célébrés en grande pompe ? Il s’agit quand même d’un futur membre de la grande famille européenne.
Ainsi, on aura les "fifty shades" d’antisémitisme et le débat politique, en vue de l’élection, se résumera essentiellement à : "Antisémite toi-même !"
P.S. Je sais, cette image détournée, avec les têtes de nos protagonistes du jour, est devenue virale, mais je préfère l’original.