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18 juillet 2026

Georges Kuzmanovic
17/7/2026

Guerre en Ukraine
La paix c'est la guerre... jusqu'au dernier Ukrainien


Sous couvert de paix, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles préparent la continuation de la guerre. En refusant de traiter les causes du conflit et en envisageant un déploiement occidental en Ukraine, ils rendent tout cessez-le-feu impossible. Les Ukrainiens en payeront, comme toujours, le prix fort.

Un disque otanien rayé

Depuis des années et particulièrement depuis plusieurs mois, les dirigeants européens et de l'OTAN multiplient les déclarations en faveur de la paix en Ukraine. Pourtant, les projets qu'ils présentent visent exactement l'inverse, non pas les conditions d'une désescalade, mais celles d'une prolongation du conflit pour en faire une nouvelle guerre sans fin.
Les mots ont un sens, et lorsqu'ils cessent de correspondre aux actes, voire y sont diamétralement opposés, ils deviennent instruments de propagande – situation parfaitement décrite par George Orwell dans sa célèbre dystopie 1984.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a ainsi confirmé que vingt pays, puis près d'une trentaine issus de la « coalition des volontaires », étaient prêts à participer à une force militaire destinée à être déployée en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu. Londres, Paris, Berlin et Bruxelles travaillent ouvertement à cette architecture, tandis que les livraisons d'armes à Kiev se poursuivraient pendant les négociations et que les sanctions contre Moscou seraient maintenues, voire renforcées.
Un ignorant en stratégie militaire comprendrait dès lors qu'un tel cessez-le-feu aurait d'abord pour objectif de renforcer l'armée ukrainienne – actuellement très en difficulté et reculant sur tout le front – et serait complètement au détriment de la Russie. Ce serait une sorte de Minsk II revisité et dont on connait le résultat.

Quelles sont les chances que le Kremlin accepte un tel accord ? Aucune ! Pas plus cette fois que les autres fois ces deux dernières années.
La solution proposée par l'OTAN et les dirigeants européens ressemble à un vieux disque rayé répétant à l'infini la même chose.

Présentée aux opinions publiques occidentales comme une initiative de paix, cette proposition constitue pourtant, du point de vue russe, la garantie même de la poursuite de la guerre. Et c'est précisément là que réside le cœur du problème, car depuis plus de quinze ans, les dirigeants européens prétendent rechercher la paix (Minsk, Minsk II, négociations diverses, Anchorage...) tout en refusant de prendre en compte la principale cause stratégique du conflit, à savoir l'extension de l'OTAN à l'est.

Une guerre d'extension de l'OTAN

Pour comprendre pourquoi cette proposition est pratiquement vouée à l'échec avant même d'être mise en œuvre, il faut revenir aux causes profondes de cette guerre.
C'est fondamental. Car de la définition des causes de la guerre dépend son issue.

Dans la lecture dominante en Europe occidentale, la Russie aurait envahi l'Ukraine par pur impérialisme territorial et sans aucune provocation. Cette interprétation existe évidemment à Moscou dans certains courants nationalistes ou identitaires, et minoritaires, mais elle ne suffit pas à expliquer la décision stratégique prise en février 2022.
Si tel était le cas, alors la position des Occidentaux serait parfaitement légitime : on ne peut pas laisser s'étendre sans sanctions ou tenter de la bloquer une puissance impériale tentant de s'étendre partout et d'imposer sa volonté par simple désir de maximiser sa puissance.

Évidemment, on note le manque d'à propos des Européens, car s'il y a une puissance hégémonique qui impose ses vues de manière impériale depuis 1991 et d'abord sur le dos des Européens, ce sont bien les États-Unis... Mais la cohérence n'est pas leur fort.

La réalité, depuis les années 1990, et plus encore depuis le sommet de Bucarest de 2008, est que la question centrale est celle de l'élargissement de l'OTAN vers l'Est, et particulièrement de son extension potentielle à l'Ukraine et à la Géorgie qui avait conduit à un conflit similaire au conflit ukrainien dès l'été 2008.

Le refus russe de cette extension n'est ni récent ni ambigu.
Dès le discours de Vladimir Poutine à la conférence sur la sécurité de Munich en février 2007, Moscou dénonçait publiquement l'expansion continue de l'Alliance atlantique comme une menace directe pour sa sécurité nationale et tirait une ligne rouge à ne pas franchir.
Quelques mois plus tard, William Burns, alors ambassadeur des États-Unis à Moscou (puis directeur de la CIA sous Joe Biden), adressait à la secrétaire d'État Condoleezza Rice un câble diplomatique devenu célèbre, révélé par les Wikileaks, sous le titre « Nyet Means Nyet » (« Non signifie Non »). Burns y expliquait que l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN constituait la ligne rouge absolue pour l'ensemble des élites russes et dans toute la classe politique russe, bien au-delà du seul Vladimir Poutine. Il avertissait qu'une telle évolution risquait de provoquer une guerre civile en Ukraine et d'obliger la Russie à intervenir.
Ces avertissements n'étaient pas ceux de propagandistes russes. Ils émanaient du plus haut représentant diplomatique américain à Moscou et analyste consciencieux de la situation.

Angela Merkel elle-même reconnaît dans ses mémoires que la perspective d'une intégration de l'Ukraine à l'OTAN était susceptible de provoquer une guerre avec la Russie. L'ancienne chancelière allemande explique notamment pourquoi elle s'était opposée à une adhésion rapide de Kiev lors du sommet de Bucarest, en accord alors avec Nicolas Sarkozy.

Dès le 15 décembre 2021, soit plus de deux mois avant le déclenchement de la guerre, Vladimir Poutine avait officiellement transmis à Washington un projet de traité sur les garanties de sécurité proposant une négociation globale sur l'architecture de sécurité européenne et exigeant notamment l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine. Cette initiative, rendue publique deux jours plus tard, fut rejetée sur ses points essentiels.

Les exemples de ce types sont pléthoriques et encore une fois, la guerre de Géorgie de 2008 annonçait clairement ce qu'il allait se passer.
Autrement dit, les principaux dirigeants occidentaux connaissaient parfaitement les conséquences prévisibles de cette trajectoire stratégique.

Même Jens Stoltenberg, alors secrétaire général de l'OTAN, a reconnu que Vladimir Poutine avait demandé, à l'automne 2021, l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN comme condition pour ne pas envahir l'Ukraine. L'Alliance a refusé cette demande, et, selon les propres mots de Stoltenberg, « il est donc allé à la guerre pour empêcher davantage d'OTAN à ses frontières ».

« À l'automne 2021, le président Poutine a envoyé un projet de traité que l'OTAN devait signer, promettant qu'il n'y aurait plus d'élargissement de l'OTAN. C'était sa condition pour ne pas envahir l'Ukraine. Bien sûr, nous ne l'avons pas signé. Au contraire, nous avons réaffirmé la politique de la porte ouverte. (...) Il est donc allé à la guerre pour empêcher davantage d'OTAN à ses frontières. » – Jens Stoltenberg, Jens Stoltenberg speaks to the EU Parliament.

On peut également évoquer le mémorandum d'Istanbul.
Quelques jours seulement après le début de la guerre, des négociations directes entre Moscou et Kiev s'ouvrent en Biélorussie puis à Istanbul et aboutissaient quasiment définitivement après quelques semaines à ce qui a été appelé le mémorandum d'Istanbul.
Les projets d'accord alors discutés prévoyaient notamment, et principalement, la neutralité de l'Ukraine, assortie de garanties internationales de sécurité, donc l'abandon de toute perspective d'adhésion à l'OTAN, le règlement définitif de la question de la Crimée comme territoire russe, ainsi qu'une autonomie des territoires du Donbass et de Lougansk... maintenus comme territoire ukrainien. Ces discussions semblaient avoir enregistré des avancées significatives avant d'être interrompues. Pour Moscou, mais aussi selon plusieurs acteurs ayant participé ou assisté au processus, dont l'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, l'intervention des États-Unis et du Royaume-Uni, symbolisée par la visite de Boris Johnson à Kiev en avril 2022, a joué un rôle déterminant dans l'abandon de cette voie diplomatique et dans la poursuite de la guerre.
L'Occident était alors convaincu que le cortège sans précédent de sanctions économiques allait mettre la Russie à genoux. Il n'en a rien été, or c'était la carte maîtresse occidentale.

Une « paix » qui reprend exactement les causes de la guerre

Or que proposent aujourd'hui Londres, Paris, Berlin, Bruxelles et leurs partenaires ?
Un cessez-le-feu au cours duquel les livraisons d'armes occidentales se poursuivraient, les sanctions contre la Russie resteraient en place et une force militaire composée de pays membres de l'OTAN ou de ses alliés serait déployée en Ukraine. Donc des troupes de l'OTAN, des bases de l'OTAN, des systèmes d'armes à longue portée de l'OTAN en Ukraine...

Autrement dit, ils proposent précisément ce contre quoi la Russie affirme combattre depuis le premier jour. Et c'est de surcroît le projet d'affaiblissement de la Russie clairement écrit par les têtes pensantes néoconservatrices, Zbigniew Brzeziński en particulier dans Le grand échiquier (1997).

On peut discuter la légitimité des exigences russes. On peut condamner l'invasion de l'Ukraine. On peut considérer que Moscou porte une responsabilité majeure dans cette guerre. On peut discuter à bâtons rompus du cadre d'une nouvelle architecture de sécurité, mais une négociation ne consiste pas à ignorer les intérêts de sécurité de son adversaire, en particulier quand cet adversaire dispose de plus de 6000 têtes nucléaires.

La négociation consiste précisément à trouver un équilibre acceptable entre des intérêts contradictoires, comme on avait su le faire lors de la guerre froide.
Or aucune négociation sérieuse n'est possible si l'une des parties exige que l'autre accepte, à l'issue de la guerre, la situation stratégique contre laquelle elle était entrée en guerre pour l'empêcher, sauf à espérer une défaite stratégique totale de l'adversaire. Or, c'est précisément ce que poursuivent les dirigeants otaniens bien que ce soit complètement illusoire. Là encore, le disque est rayé. Londres, Paris, Berlin et Bruxelles, comme l'État profond américain, partagent l'espoir, la croyance en fait, que la Russie va finir par s'effondrer par un renversement de Poutine, ou une révolution populaire, ou encore un épuisement de l'armée, voire par un effondrement économique, sans que rien de cela ne se passe... ni même que le début des conditions soient réunies pour qu'un de ses scénarios aboutisse.

Du point de vue du Kremlin, une force militaire occidentale installée durablement en Ukraine constituerait une présence de fait de l'OTAN, quelle que soit l'appellation choisie.
Il n'existe donc pratiquement aucune probabilité que Moscou accepte un tel dispositif. Chacun le sait parfaitement.

Le prix de l'aveuglement stratégique

Les conséquences sont prévisibles : il n'y aura pas de cessez-le-feu dans ces conditions, pas plus cette fois que lors des précédentes propositions.

Par contre depuis, la Russie a avancé et revendique quatre Oblast, le Donbass, Lougansk, Kherson et Zaporijia et surtout elle lamine l'armée ukrainienne, l'Ukraine et la société ukrainienne.
Les conséquences pour l'Ukraine et les Ukrainiens dont on prétend se préoccuper à l'Ouest sont catastrophiques, au point qu'il sera difficile pour ce pays de se remettre, voire impossible.
Depuis le début du conflit en février 2022, les pertes ukrainiennes ont dépassé le million de morts – c'est sidérant. Des centaines de milliers ont déserté. L'Ukraine s'est vidée de sa population : de 42 millions d'habitants avant le conflit, elle n'en compte plus que 25 millions selon le dernier recensement, en raison des pertes et surtout d'une émigration massives vers l'Europe et la Russie. Par ailleurs, les infrastructures du pays sont massivement détruites.

En face, la Russie a subi quelques dommages sur certaines raffineries – pas de quoi casser son économie (voir l'émission avec Jacques Sapir) – son économie réorientée cers les pays BRICS et décorrélée du cadre financier occidental n'est pas à genoux, loin s'en faut ; sur le front, 770 000 soldats sont massés face à l'armée ukrainienne, elle a l'ascendant en artillerie par 9 contre 1 (l'artillerie est ce qui tue le plus dans cette guerre), l'ascendant en aviation, en munitions, l'ascendant en nombre et en qualité de missiles, l'ascendant maintenant en drones.
Ses pertes sont importantes, mais limitées compte tenu de la nature colossale de ce conflit, soit entre 240 000 et 260 000 morts (chiffres que nous avons plusieurs fois expliqués sur Fréquence Populaire).
Même le général Valeri Zaloujny, ancien commandant en chef de l'armée ukrainienne, estime dans un article récent du Telegraph, « N'imaginez pas que la Russie a perdu la guerre » (c'est un euphémisme) que la Russie a perdu près de 250 000 soldats tués depuis le début de la guerre. Il ajoute, que croire que Moscou est sur le point de s'effondrer serait une « dangereuse erreur d'appréciation ». Autrement dit, malgré des pertes considérables, la Russie démontre qu'elle est prête à poursuivre une guerre d'attrition dont les Européens semblent toujours refuser de mesurer les conséquences stratégiques.

La Russie poursuivra son offensive, et plus les dirigeants européens insisteront sur cette ligne, plus Moscou considérera qu'il lui faut obtenir par les armes ce qu'elle ne peut obtenir par la négociation.
L'évolution du discours russe est d'ailleurs révélatrice.
Il y a peu, Vladimir Poutine qui était tenant d'une ligne cherchant un compromis a basculé. Lors du discours devants les cadets de l'armée, il a déclaré que l'Europe et l'OTAN voulait la guerre et qu'il fallait s'y préparer. Iouri Ouchakov, conseiller spécial de Poutine pour les Affaires étrangères, a déclaré que les négociations et accords d'Anchorage (sommet Trump / Poutine du 15 août 2O25) étaient caduques, quand à Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, il considère, publiquement, qu'il n'y a plus aucune négociation et que le conflit se règlera sur le champ de bataille.

Alors que les premiers objectifs étaient officiellement centrés sur la neutralité de l'Ukraine, la démilitarisation et la reconnaissance des territoires déjà annexés, plusieurs responsables russes évoquent désormais de manière beaucoup plus ouverte la perspective d'un contrôle durable de l'ensemble de la Novorossia, c'est-à-dire tout l'espace situé à l'est du Dniepr (et donc Kharkov, 2e ville d'Ukraine), plus Odessa, voire davantage (c'est-à-dire Kiev) si les projets occidentaux devaient se poursuivre.
C'est cohérent du point de vue russe : si les pays de l'OTAN veulent l'Ukraine dans l'OTAN, alors il faut faire reculer sa frontière au plus loin et le Dniepr est une ligne de défense et de séparation naturelle, et Odessa prive ce qui reste d'Ukraine d'accès à la mer Noire et l'OTAN d'une ligne maritime de ravitaillement.


Les trois zones hachurées (à l'est du Dniepr, l'Oblast d'Odessa, zone tampon entre l'Oblast d'Odessa et Dnipropetrovsk) correspondent aux objectifs de conquête russe si l'option d'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN est maintenue. Cela pourrait inclure Kiev et également la Transnistrie (bande séparatiste russe à l'est de la Moldavie). Ces visées sont maximalistes mais font écho aux visées maximalistes de l'OTAN. De tels gains territoriaux ne pourraient évidemment être obtenus que par une capitulation sans condition de Kiev.

Autrement dit, plus l'Occident refuse de traiter la question de l'OTAN, plus les objectifs territoriaux russes s'élargissent, condamnant à terme les possibilités d'existence viable d'une Ukraine croupion qui serait potentiellement partagée entre ses voisins.

Les Ukrainiens veulent désormais la paix

Cette stratégie est d'autant plus troublante qu'elle semble désormais en contradiction avec l'évolution de l'opinion ukrainienne elle-même.

Selon Gallup, le soutien à une guerre menée « jusqu'à la victoire » s'est effondré en quelques années. (En 2022, 73 % des Ukrainiens souhaitaient poursuivre les combats jusqu'à la victoire militaire.)
Les enquêtes plus récentes confirment cette tendance : une large majorité des Ukrainiens privilégie désormais une solution négociée plutôt qu'une guerre indéfinie.
Le même sondage en 2026 donne 80 % d'Ukrainiens favorables à une paix ici et maintenant, y compris si celles-ci impliquaient l'acceptation des pertes territoriales déjà subies.

Cette évolution n'a rien de surprenant.
Depuis plus de quatre ans, le pays vit sous mobilisation permanente.
Les vidéos montrant les recrutements forcés dans les rues ukrainiennes se multiplient. Les centres de mobilisation font l'objet de contestations grandissantes. Même dans l'ouest du pays, notamment autour de Lviv, longtemps considéré comme le bastion du nationalisme ukrainien, des manifestations et des actes de résistance contre les méthodes de mobilisation apparaissent désormais – même si la plupart de médias occidentaux détournent pudiquement le regard .

La fatigue humaine est immense. L'économie est exsangue, et en fait est à l'arrêt complet sous perfusion permanente de l'Ouest.
Des millions d'Ukrainiens vivent à l'étranger. Une génération entière est sacrifiée. No futur.

Une guerre qui sert d'autres intérêts

Pourquoi un tel entêtement chez ceux qui sont loin du front et de ces souffrances ?
Pourquoi, dès lors, maintenir une stratégie dont chacun peut constater qu'elle éloigne les perspectives de paix ?

Une première réponse est économique.
La guerre constitue un gigantesque marché pour l'industrie d'armement occidentale, en particulier américaine. Les commandes explosent, les budgets militaires atteignent des niveaux historiques et le complexe militaro-industriel occupe une centralité politique comme jamais auparavant. Ce que craignait le général et Président Eisenhower s'est réalisé : la mainmise de l'appareil militaro-industriel sur les institutions et plus largement la démocratie.

« On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. »
Anatole France.

Mais cette explication, bien que réelle, ne suffit probablement pas. Il y a une seconde dimension, plus idéologique.
Depuis trois ans, une partie des élites occidentales caresse l'espoir qu'un retournement stratégique majeur puisse encore intervenir : effondrement économique russe, crise politique interne, rupture du front ou changement de régime à Moscou.
Cet espoir relève de moins en moins de l'analyse stratégique et de plus en plus de la croyance.

Or, pendant que l'on attend ce miracle, les réalités militaires continuent d'évoluer.
Sur plusieurs secteurs du front, les forces ukrainiennes connaissent des difficultés croissantes en effectifs, en réserves et en capacité de rotation.
La forteresse de Kostiantynivka est tombée, ainsi que Krasny Liman, le front connaît des percées russes du côté de Soumy et de Kharkov – alors même que les médias occidentaux depuis presque deux mois affirment le contraire, créant une étrange illusion de victoire ukrainienne. La pression russe s'accroît progressivement sur l'ensemble du front. Le temps joue davantage en faveur de Moscou qu'en faveur de Kiev, et compte tenu des manque de réserve, nécessairement, le front finira par craquer quelque part ou continuera à reculer tout le long vers le Dniepr.

Persister à promettre une victoire devenue de plus en plus improbable revient à prolonger une guerre dont les premiers à payer le prix sont les Ukrainiens eux-mêmes.

Au fond, la contradiction est devenue totale. Les capitales européennes parlent de paix tout en préparant les conditions militaires qui rendent cette paix impossible. Elles refusent toujours d'intégrer dans leur réflexion l'élément stratégique qui a conduit au déclenchement de la guerre, la question de l'OTAN et des garanties de sécurité réclamées par Moscou depuis près de vingt ans.

La paix ne consiste pas à imposer à son adversaire les raisons mêmes qui l'ont conduit à entrer en guerre, elle consiste à construire un compromis suffisamment solide pour que chacun y trouve un intérêt supérieur.
Tant que cette réalité élémentaire continuera d'être ignorée, les conférences diplomatiques, les coalitions de volontaires et les annonces de forces de réassurance ne prépareront pas la paix.

Elles garantissent seulement la poursuite de la guerre.
Jusqu'au dernier Ukrainien...
Monique Plaza
18/7/2026

Comme nous l’avions fort bien compris, Macron, sans demander l’avis du Parlement et des citoyens, a décidé de confier à l’Allemagne de Merz la gestion commune de la dissuasion nucléaire française.

« Nous empruntons une nouvelle voie en matière de dissuasion nucléaire : au sein du groupe de pilotage créé récemment, nous réfléchissons au mix de capacités qui nous permettra d’accroître à l’avenir notre dissuasion nucléaire » F. Merz
« Nous travaillons à une doctrine nucléaire en commun. Les forces allemandes conventionnelles participeront cette année à un exercice nucléaire des forces armées françaises. » F. Merz
Les deux pays ont évoqué « un pas symbolique vers une ´dissuasion européenne ».
Ce pas symbolique vers une « dissuasion européenne », que les deux pays appellent de leurs vœux (!!), passe par cette participation à la dissuasion nucléaire dite « avancée », mais aussi par « le déploiement d’un Rafale des forces aériennes stratégiques françaises » auprès de l’armée allemande, ont-ils ajouté.
Les retrouvailles entre la dizaine de ministres de chaque pays ont eu lieu au château d’Augustusburg, à Brühl, un lieu « symbole de la réconciliation entre les deux pays », s’est félicité Emmanuel Macron lors de leur conférence de presse.
C’est là que Konrad Adenauer et Charles de Gaulle s’étaient mis d’accord, au début des années 1960, pour un traité d’amitié franco-allemand qui a posé les bases de la coopération actuelle.
À moins d’un an de son départ de l’Élysée, après une présidentielle pour laquelle Marine Le Pen fait pour l’heure figure de favorite, il est urgent pour Emmanuel Macron de faire progresser les dossiers de défense européenne avec le meilleur allié de Paris. L’objectif, dans ce « moment de défi» pour l’Europe », a déclaré le président français lors de leur conférence de presse commune, est de « créer de l’intimité stratégique » (!!) entre la France et l’Allemagne par « des exercices conjoints, des éléments conjoints de partenariat », afin de « créer de l’incertitude chez nos adversaires ».

17 juillet 2026

Vincent Verschoore
17/7/2026

Pillage en règle


Le bilan électrique du premier semestre 2026 publié par RTE dessine le portrait d'une France énergétiquement déboussolée. Jamais le pays n'avait produit autant d'électricité décarbonnée – 284,3 TWh dont 95,2 % sans émission de CO₂ – ni exporté autant de courant vers ses voisins : 51 TWh en six mois, un record historique. (Source : Le Point, 17 février 2026).
Pourtant, cette abondance cache un déséquilibment inquiétant. La consommation domestique stagne, à peine dopée de 2,2 TWh. Le résultat est paradoxal : pendant 407 heures, soit plus de 10 % du temps, l'électricité s'est vendue à des prix négatifs, tandis que des centrales nucléaires et des éoliennes déjà construites et financées devaient réduire leur production faute de débouchés. Dans ce contexte de surcapacité manifeste, le gouvernement a choisi, le 12 juin 2026, de lancer le plus vaste appel d'offres de l'histoire française pour l'éolien en mer. L'AO10 prévoit l'installation de 10 gigawatts supplémentaires – 5 GW posés, 5 GW flottants – avec un soutien public pouvant grimper jusqu'à 63 milliards d'euros sur vingt-cinq ans.
Pour Henri Wallard, polytechnicien et ancien directeur général de l'Andra, cette décision relève de la folie budgétaire et constitue une bombe à retardement financière dont les conséquences s'étaleront sur des décennies.
La logique économique de l'appel d'offres apparaît d'emblée inversée. La Commission de régulation de l'énergie avait pourtant conseillé la prudence : des appels d'offres progressifs et différenciés auraient maintenu la concurrence entre industriels et limité les surcoûts. Le gouvernement a préféré l'effet de masse, concentrant dix gigawatts en une seule attribution.
La durée des contrats a été allongée de vingt à vingt-cinq ans, malgré l'avis défavorable de la CRE, transférant ainsi une part croissante du risque commercial vers l'État et le contribuable. Le tarif de référence a lui aussi été revu à la hausse : fixé en moyenne à 100 euros le MWh, il dépasse largement l'objectif de 55 euros affiché dans la Programmation pluriannuelle de l'énergie pour l'éolien posé. Triple dérive donc, qui cumule volumes gonflés, délais allongés et contraintes de prix desserrées, dans un mécanisme de contrat pour différence où l'État garantit un revenu aux producteurs quoi qu'il advienne des prix de marché.
Le plafond de soixante-trois milliards d'euros autorisé par la Commission européenne révèle l'ampleur du pari. Henri Wallard, qui avait calculé un soutien potentiel d'environ trente milliards dans un scénario de prix bas, constate avec stupéfaction que Bruxelles a validé le double. Les défenseurs du dispositif objectent que les producteurs devront reverser des sommes à l'État si les prix du marché dépassent le tarif garanti. Mais cet argument, selon Wallard, est contradictoire : « Pour favoriser l'électrification, nous avons besoin d'une électricité abondante et bon marché. On ne peut pas justifier le dispositif en pariant sur des prix élevés ! » La France se retrouve ainsi piégée dans une logique schizophrène, souhaitant à la fois des tarifs bas pour encourager la consommation et des tarifs élevés pour rentabiliser ses contrats d'achat.
Le gouvernement invoque le vieillissement du parc nucléaire et les retards des EPR2, qui n'entreront pas en service avant 2040, pour justifier cette anticipation massive. Certains réacteurs devront en effet être arrêtés, et si la consommation repart fortement, de nouvelles capacités seront nécessaires. Mais cette argumentation néglige la marge de manœuvre colossale dont dispose déjà le pays. Les 51 TWh exportés en six mois, combinés aux 12 TWh de production modulée, montrent que le système fonctionne avec une surcapacité abyssale. Les onze parcs éoliens envisagés produiraient près de 47 TWh par an, soit presque l'équivalent des exportations semestrielles record. Autant d'électricité qui risque de s'ajouter à un stock déjà plein, faute que les véhicules électriques, les pompes à chaleur, les électrolyseurs d'hydrogène vert ou les centres de données n'aient encore matérialisé la demande espérée.
Ajouter 10 GW sans avoir sécurisé ni les usages ni les lignes de transport nécessaires ne fera qu'aggraver les 407 heures de prix négatifs déjà enregistrées, transformant l'abondance en gaspillage structurel.
Au-delà du déséquilibre économique, le calendrier politique de l'AO10 éveille les soupçons. L'appel d'offres a été lancé en juin 2026, avec une attribution prévue en février 2027, en plein cœur de la campagne présidentielle. Une fois les contrats signés, le prochain exécutif sera placé devant le fait accompli, engagé pour un quart de siècle sur des décisions qu'il n'aura pas prises. La Programmation pluriannuelle de l'énergie a été adoptée par décret, court-circuitant le débat parlementaire, et les recommandations de la CRE, autorité indépendante pourtant chargée de veiller à la saine gestion du système électrique, ont été systématiquement écartées.
Cette concentration de décisions irréversibles dans une période de transition politique, cette volonté de verrouiller l'avenir énergétique du pays avant que les électeurs ne se prononcent, interroge la sincérité des motivations officielles. Pourquoi une telle précipitation, alors qu'aucune urgence technique ne justifie d'attribuer ces contrats en février 2027 plutôt qu'après la présidentielle ? Pourquoi ignorer les avertissements de la régulation indépendante pour se lancer dans le plus coûteux appel d'offres renouvelable jamais organisé ?
L'hypothèse d'une corruption politique, au sens large du terme, mérite d'être examinée sans naïveté. Non pas nécessairement au sens pénal de pots-de-vin ou de détournement de fonds, mais dans cette forme plus insidieuse de capture de l'État par des intérêts industriels et financiers. L'usine Siemens Gamesa du Havre, qui fabrique des pales et assemble des nacelles d'éoliennes, a vu son extension inaugurée quelques jours seulement après le lancement de l'AO10.
La coïncidence des calendriers n'est pas en soi une preuve, mais elle illustre la promiscuité entre décisions publiques et intérêts privés. Le gouvernement brandit l'argument de l'emploi, pourtant Wallard le démonte avec une lucidité implacable : une vraie politique industrielle ne consiste pas à engager des dizaines de milliards d'euros de subventions publiques pour créer artificiellement des commandes. Il faut regarder le contenu industriel réellement français, la compétitivité de la technologie, la pérennité des débouchés. Sinon, on finance des emplois parce que l'État s'engage à acheter la production, non parce qu'elle répond à un besoin économique avéré.
Dans ce schéma, les entreprises du secteur bénéficient d'un marché captif garanti sur vingt-cinq ans, tandis que le risque est entièrement socialisé. Les profits sont privés, les pertes sont publiques. Cette asymétrie, qui caractérise bien des dérives de la dépense publique contemporaine, trouve ici une expression particulièrement éclatante.
De plus, le mécanisme des contrats pour différence, qui fixe un prix garanti indépendamment des fluctuations du marché, crée une rente prévisible et sécurisée sur le long terme. Or les rentes de cette nature attirent naturellement les appétits des fonds d'investissement, des banques et des conglomerats industriels qui savent valoriser des flux de trésorerie garantis par la signature de l'État. La décision de concentrer 10 GW en une seule fois, plutôt que de les répartir sur plusieurs appels d'offres concurrentiels, favorise les acteurs déjà installés et les consortiums les plus puissants, au détriment des nouveaux entrants et de la baisse des prix que la concurrence aurait imposée. La fixation d'un tarif moyen 100 euros le MWh, supérieur aux objectifs antérieurs, laisse une marge confortable aux opérateurs.
L'allongement à vingt-cinq ans, enfin, immunise ces mêmes opérateurs contre les aléas du marché sur une durée qui dépasse largement les cycles économiques et politiques usuels. Chacune de ces décisions, prise isolément, peut s'expliquer par des considérations techniques ou industrielles. Leur cumul, dans un contexte de surcapacité avérée et contre l'avis de la régulation, dessine le portrait d'une politique publique détournée au profit d'intérêts particuliers.
Wallard ne prétend pas connaître les intentions de chacun. Mais il observe que l'effet de verrouillage est évident. Une décision de cette ampleur, qui engage le budget de l'État sur un quart de siècle, devrait intervenir après un débat politique clair et une actualisation des scénarios de RTE. Or elle est précipitée dans la précipitation d'une fin de mandat, par décret, en écartant les garde-fous réglementaires. La prudence budgétaire commanderait d'attendre. La prudence démocratique commanderait de consulter. Ni l'une ni l'autre n'ont été respectées.
C'est la continuation du principe néolibéral en général et macroniste en particulier : piller l'État au profit du grand capital, un système que nous subissions depuis l'arrivée de Macron à l'économie sous Hollande, et auquel participent l'ensemble des institutions du fait des bénéfices qu'en tirent leurs cadres dirigeants.
HUMOUR

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16 juillet 2026

Dessin de Dubus

Gastel Etzwane
16/7/2025

Dialogue entre le Sieur de la Cour et Monseigneur le Prince

- Le Conseiller (d’un air ingénu, presque inquiet) : Monseigneur, permettez à votre très humble serviteur une pensée qui me trouble. Vous n’avez pas peur qu’à force de placer vos fidèles vassaux aux postes les plus importants du royaume, le peuple finisse par éventer la supercherie ? Vous parlez sans cesse de démocratie, de volonté populaire, et pourtant le système semble si bien verrouillé que l’on jurerait une forteresse. Et ces prébendes, ces sinécures accordées à ceux qui vous sont dévoués… cela commence à se voir, ne croyez-vous pas ?

- Monseigneur (sourire fin, en caressant distraitement le bras de son fauteuil) : Rassurez-vous, mon bon ami, j’y ai songé bien avant vous. D’abord, nous ne sommes plus au siècle de Voltaire. Le Français d’aujourd’hui est devenu mou, vieillissant, engraissé de mauvaise nourriture et surtout l’esprit occupé. Il craint la guerre, mon cher. La guerre !

- Le Conseiller (feignant la surprise) : La guerre, Monseigneur ? Mais nous ne sommes point en guerre, et objectivement aucune menace sérieuse ne pèse sur le royaume…

- Monseigneur (avec un petit rire sec) : Imbécile ! Auriez-vous déjà oublié tout le soin que j’ai mis à faire croire aux Français que le Russe est un ogre prêt à déferler demain sur Paris ? Que l’Ukraine est notre Terre Sainte, que son président est un saint martyr à qui il faut donner sans compter notre or, nos armes et notre sang ? C’est une fable magnifique, et elle marche encore.

- Le Conseiller : Vous pensez vraiment qu’ils y croient toujours ? Ne commencent-ils pas à s’irriter de voir leur argent partir par bateaux entiers pendant que nos routes sont des fondrières, que les trains s’arrêtent quand il fait trop chaud, et que nos hôpitaux… Dieu m’en garde d’y mettre jamais le pied !

- Monseigneur : Je sais, nous avons nos cliniques particulières, loin de cette populace. Mais ce n’est point le sujet. Grâce à mes amis, ces généreux milliardaires qui tiennent les grandes chaînes, j’ai fait entrer dans les têtes que la menace était à nos portes et qu’il fallait consentir à « l’effort de guerre ». Cela les occupe merveilleusement. Qui donc remarque alors que j’ai placé mes amis dans toutes les institutions du royaume ? Presque personne. Et ceux qui s’en aperçoivent… eh bien, ils ne comptent guère.

- Le Conseiller (baissant la voix) : Pourtant, Monseigneur, quelques voix s’élèvent…

- Monseigneur (haussant les épaules avec dédain) : Vous êtes bien naïf. Quelques voix ? Elles ne sont écoutées de personne et n’ont aucune importance. Ce qui compte, ce sont TF1, BFM, LCI, Radio France et toute la clique. Ceux-là sont dans ma poche, ils chantent la chanson que je leur donne. Le peuple entend ce que je veux qu’il entende.

- Le Conseiller (après un silence, avec un sourire entendu) : Vous avez décidément tout prévu, Monseigneur.

- Monseigneur (se levant, le regard froid) : C’est le métier, mon ami. Gouverner n’est plus qu’une affaire de théâtre : donner au peuple l’illusion de la liberté pendant qu’on lui serre la bride. Et tant qu’il tremble devant l’ogre russe et applaudit le saint ukrainien, il ne verra pas les chaînes dorées que nous lui avons passées. Allez, laissez-moi : l’heure de la prochaine allocution approche, et il faut encore leur parler de démocratie.
Gilles Casanova


S'il faut donner son sang,
Allez donner le vôtre,
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le président.
Boris Vian
[publié par l'académie de Versailles sur sa page Internet]

15 juillet 2026

Gastel Etzwane
15/7/2026


Raphaël Enthoven, ce « philosophe » de salon qui nous serine que donner la mort est « le sommet du soin ». On se pince pour y croire. Comment a-t-on pu prendre plus d’une demi-seconde cet individu pour un intellectuel, et pas simplement pour ce qu’il est : un petit bourgeois arrogant, dopé aux plateaux télé et au mépris de classe ?
Souvenons-nous : pendant le Covid, ce grand humaniste vomissait sur les « réfractaires », ces sous-hommes qui osaient douter d’un produit expérimental injecté à tour de bras. Les gens modestes, les ouvriers, les provinciaux, les vieux qui posaient des questions légitimes ? Pour lui, c’était du gibier à abattre moralement : complotistes, égoïstes, ennemis de la Science (la sienne, évidemment).
Et ça continue : toujours du côté des élites, toujours prompt à cracher sur le peuple qui ne pense pas comme lui, qu’il s’agisse des classes populaires, des sceptiques ou de ceux qui refusent la novlangue ambiante. Un vrai fast-thinker : posture de philosophe, fond de courtisan.
Le sommet du soin ? Pour lui et sa caste, peut-être. Pour le commun des mortels, ça sent surtout le sommet du dédain d’un imposteur qui n’a jamais eu à se demander s’il finirait euthanasié par « compassion » dans un système qu’il méprise le reste du temps.
Gabriel Nerciat

UN BEAU DEFILÉ MILITAIRE

- 14/7/2026 - Finalement, c'était pas mal, ce défilé otanien sur les Champs-Elysées au son des cornemuses, avec une petite quinzaine de gardes prétoriens ukro-banderistes qui marchent au pas de l'oie comme dans les belles années 1940, devant un public à QR Code trié sur le volet.
Je pensais détester ça, et finalement non. Le kitsch, n'en déplaise à Karl Kraus, ça a du bon.
Car, comment dire ?
La cérémonie ressemblait à l'enterrement de la reine Victoria, en présence des grandes têtes couronnées de la Belle Epoque, au début du précédent siècle. Quand le cercueil de l'auguste impératrice des Indes s'est cassé la gueule sur les marches de l'abbaye de Westminster, personne évidemment, ni Guillaume II ni François-Joseph d'Autriche ni le dernier tsar de Russie Nicolas II, ne pouvait savoir que cette chute inattendue et retentissante en précéderait d'autres qui seraient bien plus spectaculaires.
Aujourd'hui nous savons que nous assistons aux cérémonies mortuaires du funèbre moment Macron et, au-delà, d'un cycle historique qui a commencé il y a un bon quart de siècle. Comme le temps ne passe pas vite !
Ce n'était pas émouvant, au contraire, surtout avec les commentaires insupportables de morgue et de pathos du servile laquais Gilles Bouleau sur TF1, mais lorsque tous les chefs d'Etat et de gouvernement - plus le gros Larcher qui tentait de donner à son embonpoint contrarié une dignité contrefaite - ont pris la pose pour la photo, à la fin, on la contemplait déjà comme si elle était en noir et blanc, venue d'une autre époque un peu étrange peuplée de fantômes sans sépulture, et dès lors une volupté intemporelle inattendue s'est emparée de moi.
L'an prochain, le défilé de ce matin paraîtra aussi rétro et outré que les funérailles de Victoria.
Mais l'éloignement temporel aura fait son œuvre, et la poésie anticipatrice de cet instant fugace ne pourra plus rivaliser avec la grandeur mouvante du présent sûr de sa victoire (c'était qui, déjà, cette dinde en robe bleu pastel qui marquait le satrape de Kiev à la culotte ?).

14 juillet 2026

H16

L’État vend la mèche : en réalité, c’est la panique

-13/7/2026- Il faisait beau, ce jeudi soir de juillet, à Aix-en-Provence. Sous les platanes des Rencontres économiques, entre deux coupes et trois panels sur l’intelligence artificielle, le gratin du CAC 40 côtoyait les présidentiables en pleine séance d’échauffement. Pourtant, dans ce décor charmant, le Premier ministre a choisi de sonner l’alerte « avec gravité », expliquant qu’il fallait éviter de « mettre le pays complètement dans le ravin ».

Alerte, ravin, voilà du vocabulaire officiel bien inquiétant pour celui qui, il y a peu, célébrait encore le sérieux budgétaire retrouvé et la trajectoire maîtrisée. Est-ce un signe ?


Peut-être. Après, tout, pour mesurer les tremblements de terre, les géologues disposent de sismographes ; pour mesurer la panique qui s’installe dans les étages feutrés de l’État français, le vocabulaire officiel suffit amplement, surtout lorsqu’il passe de « trajectoire », de « sérieux budgétaire » et de « redressement des comptes publics » à « efforts nécessaires », « décisions courageuses » voire lorsqu’en l’espace de dix jours, la Cour des comptes, le ministre des Comptes publics et le Premier ministre dégainent successivement « tous les signaux sont au rouge », « baril de poudre » et ce « ravin » qui indiquent que l’aiguille du sismographe vient de sortir du papier.

On s’en rappelle : le 25 juin dernier, la Cour des comptes présentait son rapport annuel sur les finances publiques ouvert d’une formule limpide : « On peut dire que tous les signaux sont au rouge ». David Amiel, le ministre des Comptes publics, loin de minimiser comme le voudrait la tradition, surenchérissait trois jours plus tard : « La Cour des comptes a 100 fois raison. On est assis sur un baril de poudre ». Et enfin, ce 2 juillet à Aix, Lecornu complétait le triptyque avec son alerte, sa gravité et son ravin.

Trois institutions, dix jours, mais un seul champ lexical, celui de l’explosion imminente…

Notons l’inversion remarquable : là où, d’ordinaire, la Cour alarme et le gouvernement relativise (division du travail habituelle depuis quarante ans), cette fois-ci, le gouvernement en rajoute sur son propre censeur et ne cherche plus à rassurer qui que ce soit.


Tout se déroule comme s’il prépare l’opinion soit à des mesures douloureuses, soit à un accident, soit aux deux.

Il est vrai que les chiffres derrière les mots justifient quelques sueurs froides : la dette publique atteignait 117,5 % du PIB fin mars, ce qui fait de la France le seul pays de la zone euro dont l’endettement dépasse désormais son pic de la crise sanitaire. La Cour prévoit 3 620 milliards d’euros fin 2026, soit 160 milliards de plus en un an, et une charge d’intérêts de 77,4 milliards d’euros cette année, en route vers 100 milliards en 2029. Le ministre l’a d’ailleurs reconnu : la charge de la dette est devenue le premier poste de l’État, devant l’éducation nationale et la défense.

En somme, le premier ministère de France est désormais celui des créanciers, ce qui impose quelques contraintes à l’organigramme du pouvoir. Ah, et puis concernant la « bonne surprise » du déficit 2025 à 5,1 % (seulement !), la Cour précise aimablement qu’elle est due exclusivement à des hausses d’impôts et de cotisations, les économies ayant été « une nouvelle fois repoussées ».

Le redressement, c’est vous.

Quant à l’édifice budgétaire 2026, il repose sur des hypothèses déjà décédées : le budget tablait sur 0,9 % de croissance quand la Banque de France vient de raboter sa prévision à 0,5 %. Et pour 2027, c’est encore mieux : selon L’Opinion, une note confidentielle du Trésor anticiperait un déficit remontant à 6,2 % du PIB, pire que la prévision de la Commission européenne.


Il faut se résoudre à l’évidence : pendant qu’on vous parle doctement de « cap maintenu » au micro, on écrit en interne que le déficit va repartir à la hausse l’année de l’élection. Bercy a d’ailleurs missionné en urgence quatre économistes indépendants pour évaluer les risques de 2027, initiative présentée comme inédite, dans une sorte d’autopsie préventive à un patient qu’on présente officiellement comme en santé correcte (ou quasiment).

Face à ce tableau, l’action gouvernementale force l’admiration par sa proportionnalité : un gentil comité d’alerte en avril qui a accouché de 6 milliards d’économies de précaution, un second encore plus croquignolet, le 7 juillet, dont on attend 6 milliards supplémentaires.

12 petits milliards de rabot face à un déficit de l’État de 135 milliards, c’est… sympathique. Le vocabulaire est celui de Pompéi, l’action est celle d’un syndic de copropriété.

Le Premier ministre a du reste vendu la mèche à Aix en expliquant qu’il valait mieux un budget de compromis « et des candidats qui vous diront votez pour moi, on vous le corrigera en mai », ce qui, concrètement, signifie que le budget 2027 sera un texte de figuration, la vraie décision attendra le prochain locataire de l’Élysée. Les agences de notation l’ont parfaitement compris, qui maintiennent la note française en attendant l’automne et la clarification du débat. Autrement dit, le calme actuel des marchés ressemble plus à une suspension d’audience qu’à une disculpation.



Le plus intéressant est qu’au-delà des gesticulations et des mots chuchotés en coulisse, les Français semblent avoir compris ce qui se trame vraiment : la TVA recule, la consommation cale, et le taux d’épargne des ménages campe autour de 18,5 % du revenu disponible, pendant que Foncia décrit un marché immobilier jamais vu en 54 ans d’existence et que les clients expliquent au premier administrateur de biens du pays qu’ils n’ont plus confiance. En somme, les ménages remplissent la cave avant l’orage.

Le sismographe le plus fiable du pays n’est ni rue Cambon ni à Bercy, mais on peut le lire sur les livrets d’épargne des Français.

La Cour parle de rouge, le ministre de poudre, le Premier ministre de ravin, le Trésor écrirait 6,2 % dans ses notes confidentielles, et la réponse officielle consiste en deux comités d’alerte et un budget de figuration en attendant que les électeurs veuillent bien trancher en mai 2027.

Depuis des années, ce blog s’échine à documenter l’état réel des comptes publics sous les ricanements de ceux qui y voyaient du catastrophisme. Ce travail devient heureusement superflu : le sommet de l’État s’en charge désormais lui-même, avec un vocabulaire qu’on ne lisait guère qu’ici.

Est-il besoin de conclure ?


https://h16free.com/2026/07/13/84679-letat-vend-la-meche-en-realite-cest-la-panique
Marc Arnaud

LE 14 JUILLET OU LE CONCOURS DE CELUI QUI A LA PLUS GROSSE


- 14/7/2026 - Chaque année, au matin du 14 juillet, la France enfile son plus beau treillis pour célébrer la prise de la Bastille en applaudissant tout ce qui aurait permis de mieux défendre... la Bastille. L'Histoire est parfois une contorsionniste de haut niveau. On commémore une révolution populaire contre le pouvoir absolu en regardant défiler des colonnes d'hommes au garde-à-vous devant un président qui les inspecte d'un air si satisfait qu'on croirait voir un enfant exhiber son nouveau coffret de petits soldats, version trente milliards d'euros.
Emmanuel Macron adore ce moment. C'est probablement le seul jour de l'année où personne ne le hue, puisque les seuls à parler sont les moteurs des blindés. On le sent presque grandir de quelques centimètres à mesure que les chars avancent sur les Champs-Élysées. À cet instant précis, il ne dirige plus un pays traversé par des crises sociales, une école qui craque de partout, des hôpitaux qui respirent sous assistance et une démocratie qui tousse comme un vieux diesel. Non. Pendant deux heures, il est Jules César, Napoléon avec un conseiller en communication et Louis XIV sponsorisé par Dassault.
Le plus drôle, c'est qu'on nous vend cette parade comme une ode à la paix. La paix ! C'est un peu comme organiser un salon de la fidélité dans une boîte échangiste ou inaugurer un congrès de végétariens avec un concours de lancer de saucisses. On aligne des machines dont la seule raison d'exister est de pulvériser méthodiquement des êtres humains, puis un commentateur à la voix tremblante nous explique que tout cela est "au service de nos valeurs". Lesquelles ? La fraternité par obus interposés ? L'égalité devant le calibre ? La liberté de mourir sous un drapeau soigneusement repassé ?
Les journalistes, eux, retombent en enfance. Ils parlent d'un missile avec le même enthousiasme qu'un influenceur automobile découvrant une nouvelle Ferrari. Ils caressent verbalement le blindage, s'extasient devant la portée, la précision, la puissance de feu, comme si la capacité à transformer une ville en gravats relevait du génie poétique. On attend presque qu'ils demandent où se trouve le porte-gobelet dans le cockpit du Rafale.
Et le public applaudit. C'est sans doute le miracle le plus durable de l'espèce humaine : réussir à faire ovationner des objets dont l'unique vocation est de rendre des enfants orphelins dans un autre fuseau horaire. Nous sommes une civilisation extraordinaire. Nous avons inventé la philosophie, la musique, les bibliothèques, les antibiotiques, les congés payés, le fromage au lait cru, puis nous nous sommes regardés dans une glace en concluant que le sommet de notre intelligence consistait à fabriquer des machines capables d'effacer une école maternelle avant la sonnerie de la récréation.
Joan-Pau Verdier l'avait parfaitement résumé dans sa chanson : Ma Marseillaise à moi" https://www.youtube.com/watch?v=DWsYJBhfRow, avec cette ironie mordante qui démonte toute la mascarade militariste sans avoir besoin d'élever la voix. Les guerres changent de décor, de drapeaux, de slogans et de technologies, mais elles conservent toujours le même scénario : les vieux décident, les jeunes meurent, les industriels encaissent et les survivants déposent des gerbes de fleurs en promettant que "plus jamais ça", jusqu'à la prochaine édition.
Il faut reconnaître au militarisme un talent exceptionnel : celui de transformer le plus gigantesque gaspillage de notre civilisation en spectacle familial. Pendant que les écoles organisent des tombolas pour acheter trois ordinateurs d'occasion et que les services d'urgence bricolent avec des effectifs dignes d'un épisode de Koh-Lanta, on regarde défiler des milliards d'euros de ferraille comme d'autres admirent les chars de carnaval. Les enfants agitent leurs petits drapeaux, les parents filment avec leur téléphone, les grands-parents essuient une larme patriotique, sans que personne ne trouve étrange de consacrer autant d'admiration à des engins conçus pour résoudre les conflits exactement comme les hommes des cavernes, mais avec une connexion satellite.
Le plus tragique est peut-être là : nous appelons cela une démonstration de force, alors qu'il n'existe rien de plus faible qu'une espèce incapable de régler ses désaccords autrement qu'en perfectionnant les outils destinés à se massacrer. Un chirurgien qui sauve une vie accomplit un miracle silencieux ; un ingénieur qui conçoit un missile reçoit les honneurs de la République. Voilà une hiérarchie des mérites qui mériterait elle-même un défilé... mais cette fois dans le sens inverse.
Et si Emmanuel Macron ressent vraiment le besoin irrépressible de prouver qu'il est "le chef", qu'il renonce donc une année aux canons, aux avions et aux blindés. Qu'il fasse défiler des enseignants dont les classes ne débordent plus, des soignants qui ne travaillent plus à bout de souffle, des chercheurs qui n'ont plus besoin de mendier leurs crédits, des artistes qui vivent de leur art, des travailleurs qui ne sautent plus un repas pour payer leur loyer. Là, oui, il pourra bomber le torse. Parce qu'il est infiniment plus difficile de construire une société où chacun vit dignement que d'aligner des colonnes de métal en faisant suffisamment de bruit pour couvrir, l'espace d'une matinée, le fracas de nos renoncements.
Anne Mansouret
14/7/2026

Ce 14 Juillet 2026, j’ai décidé de boycotter le blockbuster programmé par Emmanuel Macron sur les Champs Élysées et abusivement présenté comme la célébration de la Fête Nationale Française.
De fait, ce spectacle XXL (financé à découvert sur la dette) a été conçu comme un show symbolique à la gloire de Macron L’Européiste et le Mondialiste. En l’honneur de l’impératrice teutonne von der Leyen et du très retors Zelensky, soutenu par les trente-cinq pays de la Coalition des Volontaires, sorte de fan club inconditionnel de la cause ukrainienne.
Voir tout ce petit monde de tordus corrompus s’approprier le 14 Juillet et des militaires ukrainiens défiler sur la plus belle avenue du monde risque de me hérisser le poil.
“Nous allons défiler pour tous ceux qui, en ce moment, sont en première ligne, et en mémoire de ceux qui sont morts au combat.” Ont-ils déclaré avec emphase à la presse.
Oui, mais voilà, les Ukrainiens morts au combat ne me concernent pas plus que ça. J’ai pour les victimes militaires et collatérales ukrainiennes une compassion égale à celle que j’éprouve pour les Russes tués dans ce même conflit.
Ni plus, ni moins.
Je répète que je trouve honteux d’avoir écarté les Russes des commémorations de 2024 alors qu’ils y avaient toute leur place aux côtés des Alliés. Pourquoi les Russes sont ils devenus infréquentables, alors que la bien-pensance politique du moment honore les Ukrainiens ?
En outre, je suis définitivement allergique aux épanchements exhibitionnistes et tactiles de Macron avec ses homologues (en règle générale) et avec Zelensky en particulier.
Alors basta. Cette année, ce sera sans moi.

13 juillet 2026

Laurence Muller-Bronn
10/7/2026

DPE : le gouvernement persiste malgré la situation catastrophique du logement, particulièrement pour le bâti ancien.

Je suis intervenue hier soir au Sénat pour défendre mon amendement visant à revenir au DPE dans sa version initiale : un diagnostic énergétique informatif, et non coercitif.

Depuis 2021, les conséquences du DPE obligatoire et opposable sont toujours plus catastrophiques : effondrement du marché locatif, accès impossible à la propriété pour la classe moyenne, asphyxie du secteur immobilier... Quand allons-nous dire STOP ?!?


Vincent Verschoore
10/7/2026

À quelques heures d'intervalle avec la publication du rapport Sainte-Soline, l'Assemblée nationale adoptait le 7 juillet 2026 une proposition de loi instaurant une présomption de légalité des tirs des forces de l'ordre. Surnommée « permis de tuer » par ses détracteurs, cette loi — portée par Les Républicains et soutenue par le gouvernement et l'extrême droite — inverse la charge de la preuve : chaque tir de policier ou gendarme est désormais présumé légal par défaut, et ce sont les victimes ou leurs proches qui doivent prouver son illégalité​.
Cette loi rompt avec les standards de la Cour européenne des droits de l'homme, qui impose à l'État de démontrer la nécessité et la proportionnalité de tout recours à la force létale. Elle affaiblit mécaniquement les enquêtes judiciaires en supprimant l'ouverture systématique d'une enquête et en rendant le placement en garde à vue des agents suspects quasi impossible.
Dans ce contexte, le constat de la Défenseure des droits sur l'impunité structurelle révélée à Sainte-Soline — où l'IGPN a blanchi les gendarmes en s'appuyant sur leurs seules déclarations — prend une dimension symbolique forte : l'État français consacre législativement une tendance déjà observable dans les faits, à savoir l'absence de contrôle effectif sur les violences policières.
Dans la même dynamique, le projet de loi RIPOSTE (Ordre public, Sécurité et Tranquillité), examiné au Sénat en juin 2026, durcit considérablement la répression des rassemblements festifs non-autorisés. Il crée un délit d'« organisation illégale d'un rassemblement musical » puni de deux ans de prison et 30 000 € d'amende, abaisse le seuil de déclaration obligatoire de 500 à 250 participants, et instaure une obligation de vigilance pour les loueurs de matériel sonore. La simple participation à une free party devient passible d'une amende forfaitaire délictuelle​.
Cette loi s'inscrit dans une continuité répressive : après la criminalisation des « outrages » et des « provocations » envers les forces de l'ordre, l'État français érige désormais en délit la liberté de rassemblement festif, renforçant un arsenal législatif déjà pointé par les instances internationales. L'ONU avait déjà épinglé la France en 2024 pour son « recours excessif à la force.
Le rapport de la Défenseure des droits sur Sainte-Soline, publié le même jour que le vote de la loi sur la présomption de légitime défense, dessine le portrait d'un État qui déplace le curseur de la légalité vers la violence d'État. Là où une autorité indépendante dénonce une logique de confrontation, des tirs illégaux et une culture d'impunité au sein de la gendarmerie, le législateur répond en affaiblissant le contrôle judiciaire sur les tirs policiers et en criminalisant les formes de contestation sociale et culturelle.
Cette convergence entre répression sur le terrain et démantèlement des garde-fous juridiques constitue un basculement autoritaire du modèle républicain de maintien de l'ordre vers un modèle de guerre contre les populations contestataires.
Le système politique français est prisonnier de l'incompétence de ses cadres, impuissant du fait de sa dette et du gaspillage monstrueux des deniers publics au profit d'une corruption étatique et institutionnelle généralisée, paralysé par une bureaucratie infernale dont l'objectif est un pays-prison. La violence étatique contre la population, qu'elle soit policière, fiscale, administrative ou psychologique, est à peu près tout ce qu'il lui reste comme pouvoir réel, et la classe dominante sait qu'un jour elle aura besoin de tout l'arsenal de surveillance et de répresion en cours d'installation pour se protéger de légitimes révoltes.
D'où l'intérêt de saper le système en lui ôtant sa légitimité (abstention ou vote blanc), en boycottant le théâtre politique et les médias subventionnés, en s'opposant aux projets qui ne font que détourner de la dette publique au profit des copains (A69, éolien offshore...), en soutenant Anticor et les médias qui font un vrai travail de reinformation, en roulant le plus longtemps possible dans nos vieilles bagnoles et faire vivre le garagiste du coin plutôt que d'acheter chinois, et surtout essayer de ne pas céder à l'atomisation sociale, le graal de la manipulation de masse dont rêvent les psychopathes coachés par McKinsey.

12 juillet 2026

Natalia Routkevitch


Du désenchantement au désenfantement

« Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'en demandant pour ses citoyens l'accès à l'euthanasie, c'est sa propre euthanasie que la France demande. »
M. Houellebecq

Les alertes sur la chute de la fécondité et le déclin démographique se suivent et se ressemblent. On les entend, on s'en émeut quelques instants, puis on passe à autre chose.
Le drame majeur des sociétés occidentalisées résiderait aujourd'hui dans leur disparition démographique programmée.
Ainsi, selon une projection d'Eurostat réalisée en 2015, sans immigration, la population de l'Union européenne passerait de 507 millions d'habitants en 2014 à 399 millions en 2080, soit une perte de 108 millions de personnes.
En France, le taux de fécondité est tombé à 1,62 enfant par femme en 2024. Il baisse presque continuellement depuis quinze ans. Hors périodes de guerre, le pays n'avait plus connu aussi peu de naissances depuis un siècle. Il y a désormais davantage de personnes âgées de 78 ans que de nouveau-nés. Selon l’Insee, la diminution de la population française commencerait dès 2037.
Dans un certain nombre d’États, sur la base des statistiques disponibles et des tendances observées, on pourrait bientôt atteindre un taux de 50 % de femmes sans enfants. La disparition de certains pays, ou du moins de leur noyau historique, est devenue une question de quelques dizaines d’années.
Il est curieux que toutes ces alertes ne pointent jamais les causes originelles du désenfantement.
On adore, en revanche, s’étendre sur des causes secondaires : crise du logement, études très longues, manque de socialisation des jeunes et virtualisation des rencontres, raréfaction des CDI, « mal-être » des jeunes adultes, recul du mariage, hausse des séparations, angoisses environnementales, etcetera, etcetera...
Or, tout cela n'est que la conséquence des choix éthiques de nos sociétés, choix qui sont toujours encensés, défendus et présentés comme les meilleurs et les plus universels. Le désenfantement est inscrit dans la hiérarchie même de nos valeurs.
Voit-on aujourd’hui beaucoup de jeunes filles dont le rêve ultime est d’être mère, et plus encore d’être mère tôt, et d’avoir une famille nombreuse ? Ou voit-on surtout des demoiselles vous expliquer qu’elles veulent être les égales des hommes et ne se laisseront pas faire. Du conformisme, mais affiché avec un air si rebelle…
Connaît-on beaucoup de parents qui souhaitent à leurs filles de fonder une famille rapidement et de chercher l’épanouissement, avant tout, dans leur rôle de mère ? Ou les encourage-t-on plutôt à poursuivre de longues études et à construire des carrières toujours plus ambitieuses ?
Cela fait penser à la petite phrase moqueuse de Chesterton : « Dix mille femmes ont défilé dans les rues en criant : "Nous ne nous laisserons pas dicter notre conduite !" Puis elles sont allées devenir sténographes. »
Le discours sur l’émancipation réduit l’accomplissement féminin à une carrière de bureau, méprise la maternité et rejette toute autre forme d’épanouissement que la réussite professionnelle ou la consommation. Quel autre travail est aujourd’hui plus méprisé, plus dévalorisé et plus indésirable que celui d’une mère au foyer ?
D’ailleurs, comment reprocher à ces jeunes femmes de vouloir gagner leur vie quand on voit ce qu’est devenu le couple ? Qui croit encore réellement à la promesse qui en constituait jadis le cadre : « Pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse et dans la pauvreté, dans la maladie et dans la santé, jusqu’à ce que la mort nous sépare » ?
Le sens sacré de la famille – d’une communauté fondatrice érigée sur l’amour et le don de soi, d’un lieu de l’indispensable transmission, d’une « Église domestique » – a été perdu avec le « désenchantement », il n’en restait que la façade qui, elle-même, s’écroule aujourd’hui car l’État thérapeutique a enlevé la nécessité de rester en couple, en famille. Il a même plutôt provoqué, poussé cette dissolution des liens de solidarité. Jamais l’humanité n’avait été aussi interconnectée mais jamais l’individu ne s’est senti aussi isolé, seul, coupé de ses semblables.
Englués dans les discours sur le patriarcat et "l’oppression des femmes", qui imposent un paradigme conflictuel où les relations entre hommes et femmes sont perçues comme un champ de bataille, nous avons perdu de vue aussi bien le sens sacré que même le fondement naturel du couple : assurer la survie et la continuité de l’espèce par la solidarité entre l’homme et la femme.
L’enfant – lorsque l’on décide de l’avoir après avoir fait des études, voyagé, papillonné et expérimenté – devient à son tour un terrain d’expérimentation et un instrument d’auto-épanouissement. On le considère alors non pas comme un don, mais comme un dû, exigeant que l’État facilite sa conception médicalisée – il est vrai qu’à 40 ans, concevoir un enfant n’a rien d’évident – ou l’accès aux mères porteuses et aux banques de sperme puisque, après tout, si l’on souhaite le concevoir seule, « on en a le droit ». Un enfant quand je veux, si je veux, avec qui je veux, et bientôt, tel que je le veux. Quid du droit de l’enfant de « connaître, dans la mesure du possible, ses parents et d’être élevé par eux » (stipulé par la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989) ?
L’idéal moderne de l’épanouissement personnel, où l’individu devient le fondement et le but ultime de toute chose, est à l’opposé de l’idéal d’abnégation, c’est-à-dire la capacité à s’oublier et à se sacrifier pour autrui, qui est au cœur de toute vie familiale.
On fulmine contre les difficultés matérielles ; on empile les plans, les propositions d’indemnisation, les mesures incitatives et les discriminations positives, sans jamais avoir le courage d’affronter la réalité en face : le désenfantement n’est pas la conséquence d’un déséquilibre temporaire.
It's not a bug, it's a feature.
Il est vain de réclamer une hausse des naissances à coups de crèches, d’aides financières ou de politiques de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.
Ces mesures sont certes louables, parfois nécessaires, mais elles ne peuvent enrayer une dynamique profondément ancrée dans les fondations culturelles et spirituelles de la modernité occidentale.
Le déclin démographique est la conséquence inévitable, rigoureusement logique, d’un monde où l’individu autonome a remplacé la famille comme unité sociale de base ; un monde où le confort personnel a supplanté la transmission ; un monde où l’« accomplissement de soi » et le carpe diem supplantent le devoir de fonder une famille et d’élever les enfants, sans lesquels aucune société ne peut perdurer. C’est l’idéal suprême, érigé en valeur sacrée par nos sociétés, qui les conduit à un dépérissement programmé.
D’ailleurs, ce programme mortifère est inscrit sur nos étendards : une société qui fait de l’avortement un droit fondamental en l’inscrivant dans sa Constitution, une société qui se considère comme plus progressiste, plus humaniste et plus avancée que d’autres parce qu’elle légalise l’euthanasie est une société mortifère, une société qui célèbre la mort plutôt que la vie.
On ne peut pas proclamer « Mon corps, mon choix », « Ma vie, mon choix », constitutionnaliser un droit à l’avortement – quel symbole pour une société qui se veut la grande championne de l’humanisme ! – et, simultanément, se morfondre parce que « l’on ne fait plus de bébés », s’alarmer du « grand remplacement » ou redouter qu’un jour les enfants soient issus d’utérus artificiels.
Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, et il faut assumer ses credos et leurs conséquences. Ou bien changer de credos…
Il est d’ailleurs très symbolique que le président actuel ait fait de ces deux mesures les combats majeurs de sa présidence. Elles constitueront un héritage qui le décrit parfaitement, lui, mais aussi toute cette période de notre histoire, dont Michel Houellebecq diagnostique les pathologies dans ses romans depuis des décennies et dont il tente de conjurer le sort en lançant, dans ses tribunes, des appels de Cassandre.
Mais la caravane, elle passe inexorablement.

« Nous ne sommes, c'est pénible à dire, peut-être plus tout à fait humains. Après un détour de plusieurs millénaires, l'Occident semble bien revenu à cette antique sagesse animale qui pousse, dans la quasi-totalité des espèces sociales, l'animal malade à s'écarter de la tribu pour mourir seul - sachant bien qu'il n'a nulle compassion à attendre de ses congénères, qu'il risque plutôt d'être, comme les oiseaux de Thomas Mann dans La Montagne magique , expédié à coups de bec.
Nous avions longtemps cru constituer une tribu d'un ordre supérieur ; nous nous étions trompés, disent les animalistes, et ce retour à la loi animale, voici le plus étrange, devrait être considéré comme un progrès. Ce qui est établi, en tout cas, c'est que le progressisme fonctionne absolument comme un mécanisme à cliquet.
Lorsqu'une « avancée sociétale » (avortement, peine de mort, mariage homosexuel, PMA, GPA, n'importe quoi) s'est produite, il n'est pas question de revenir en arrière, personne n'y songe. Cette pétition de principe est antidémocratique : ce qu'une loi a fait, une autre loi peut le défaire ; c'est du moins l'idée que je me fais de la loi ; mais elle permet d'identifier le progressisme à ce qu'il est en réalité : un destin.
On a peut-être raison de penser qu'il est vain de lutter contre le destin, et que toute tragédie doit aller à son terme. Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'en demandant pour ses citoyens l'accès à l'euthanasie, c'est sa propre euthanasie que la France demande. On a pu s'étonner que je sois hostile à cette proposition de loi, alors que j'ai souvent été affublé d'un néologisme bizarre : je serais un déprimiste. Admettons. Il est vrai que je me suis employé à scruter les symptômes du suicide occidental, la montée du nihilisme ; mais je n'ai pas le souvenir de m'en être réjoui. Nous entrons dans un monde où il sera plus facile de mourir ; j'aurais préféré un monde où l'on puisse vivre. » (Michel Houellebecq sur la loi fin de vie : « La mer noircie de sang », FigaroVox 10/7/2026)