Gastel Etzwane
8/11/2026
La Commission européenne contre le nucléaire français : deux conditions qui prolongent une arnaque et imposent une double peine
Les négociations entre Paris et Bruxelles sur le financement des six futurs EPR2 (Penly, Gravelines, Bugey) ne portent pas seulement sur le montant d’une aide d’État de 72,8 milliards d’euros. Elles portent aussi sur deux contreparties structurelles que la Commission européenne réclame en échange de son feu vert. Ces deux conditions illustrent, une fois de plus, une logique qui dessert systématiquement les intérêts énergétiques français.
Première condition : forcer EDF à céder une partie de sa production à des opérateurs qui ne produisent rien.
Bruxelles exige que des fournisseurs tiers puissent acheter une partie de l’électricité des futurs EPR2, afin de ne pas « renforcer la position dominante d’EDF ». Ce mécanisme n’est pas nouveau. De 2011 à fin 2025, l’ARENH obligeait déjà EDF à vendre jusqu’à 100 TWh par an de son électricité nucléaire historique à un prix fixe de 42 €/MWh, bien en dessous des prix de marché. Des opérateurs alternatifs ont ainsi pu s’approvisionner à prix cassé, puis revendre cette électricité sans avoir construit la moindre centrale.
Le résultat quotidien, les Français le connaissent : des appels téléphoniques incessants, souvent agressifs, de « conseillers » qui promettent des offres mirobolantes. Ces opérateurs ne produisent rien. Ils achètent (ou achetaient) de l’électricité nucléaire française à un prix ridicule, grâce à une obligation légale, et la revendent en se présentant comme des alternatives compétitives. C’est l’une des plus grandes arnaques organisées du secteur énergétique français : des intermédiaires qui s’enrichissent sur le dos d’une entreprise publique construite pour assurer la souveraineté énergétique du pays. L’ARENH a pris fin le 31 décembre 2025, mais la Commission veut en réintroduire une version pour les nouveaux réacteurs. La magouille continue.
Deuxième condition : renforcer les interconnexions pour que l’Espagne et l’Allemagne profitent du nucléaire français… et lui imposent leurs surplus.
La Commission demande aussi un renforcement des interconnexions, notamment avec l’Espagne. L’argument est de permettre à l’électricité nucléaire française de « contribuer au marché européen ». En réalité, cela revient à obliger la France à exporter vers des pays qui ont choisi, pour des raisons idéologiques, de se passer du nucléaire, tout en voulant en profiter.
L’Espagne et l’Allemagne ont massivement développé l’éolien et le solaire, des sources intermittentes qui ne peuvent être stockées à grande échelle et qui ne couvrent pas leurs besoins de façon fiable. Quand elles ont du surplus (surtout l’Espagne au printemps et en été), elles l’exportent. La France se retrouve alors contrainte, par le jeu du marché et de l’ordre de préséance économique, d’acheter cette électricité qu’elle n’a pas demandée et de réduire la puissance de ses centrales nucléaires, voire d’en arrêter certaines. Plusieurs rapports, dont ceux d’EDF, documentent la hausse de cette modulation (environ 30 à 33 TWh ces dernières années) et ses conséquences : usure accélérée de composants, fatigue thermique et mécanique, coûts de maintenance supplémentaires. Arrêter et redémarrer des réacteurs n’est pas anodin.
La France n’a aucun intérêt à accepter cette condition. Elle subit déjà une double peine : elle finance et entretient un parc nucléaire dont ses voisins profitent quand ils en ont besoin, et elle doit s’effacer quand leurs renouvelables produisent trop. L’hypocrisie est totale. Si l’Espagne et l’Allemagne veulent du nucléaire, elles n’ont qu’à relancer leurs propres centrales. La Commission préfère imposer à la France de subventionner leurs choix idéologiques.
Une logique qui se répète, sans jamais consulter les citoyens.
Ce feuilleton se répète depuis des années. La Commission européenne, sous couvert de règles de concurrence, travaille structurellement contre la souveraineté énergétique française. Les décisions se prennent entre experts, lobbyistes et administrations, sans que les citoyens français aient jamais été consultés. On peut continuer à appeler cela de la démocratie. De moins en moins de gens y croient.


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