Liberté-Résistance
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15 février 2026
Pourquoi les Français ne se révoltent pas (encore)
Guy de Lussigny
15/2/2026
15/2/2026
La France est en colère. Les sondages le montrent, les conversations privées le confirment, les urnes le murmurent à chaque élection. Colère contre la pression fiscale, contre le déclassement social, contre la perte de souveraineté, contre un pouvoir jugé arrogant et sourd. Et pourtant, rien. Pas de révolution. Pas de soulèvement massif. Pas même une contestation durable capable de faire plier l’exécutif. Comment expliquer ce paradoxe français : un peuple politiquement conscient, historiquement rebelle, mais aujourd’hui immobile ?
La réponse tient moins à une soudaine docilité qu’à une neutralisation méthodique de la colère.
La première raison est matérielle. Les Français souffrent, mais pas tous en même temps, ni de la même manière. La pression est diffuse, étalée, progressive. Inflation, fiscalité, normes, précarisation du travail, services publics dégradés : chaque coup pris isolément est supportable. Ensemble, ils épuisent, mais ne provoquent pas l’effondrement brutal nécessaire à une révolte collective. On serre les dents, on ajuste, on rogne, on tient. La société est sous tension, pas en rupture.
Ensuite, il y a l’État-providence. Même affaibli, même mal géré, il continue de jouer son rôle d’amortisseur social. Allocations, aides, subventions, reports, dispositifs exceptionnels : le système empêche la chute libre. Il maintient les individus juste au-dessus du seuil de rupture. C’est un filet de sécurité, mais aussi un anesthésiant politique. On souffre, mais on ne tombe pas assez bas pour se lever ensemble.
La deuxième raison est institutionnelle. La Ve République concentre le pouvoir exécutif d’une manière quasi unique en Europe. Une fois élu, le président dispose d’outils constitutionnels qui lui permettent de gouverner même contre une majorité sociale. Emmanuel Macron n’a rien inventé : il exploite pleinement un système qui permet de contourner le Parlement, de réduire le débat, et de transformer la contestation en bruit de fond. Le message est clair : manifester ne change rien, débattre ne change rien, voter change peu.
Ce sentiment d’inutilité est central. Les Français ne se révoltent pas parce qu’ils ont intégré l’idée que ça ne sert à rien. La rue ? Ignorée. Les syndicats ? Marginalisés. Les référendums ? Enterrés. Les élections ? Piégées entre un vote de rejet et un vote par défaut. Une révolution suppose l’espoir d’un résultat. Or aujourd’hui, la colère n’est pas accompagnée d’une perspective crédible de victoire.
La troisième raison est médiatique et culturelle. Le pouvoir n’a pas besoin de censurer brutalement. Il suffit de cadrer. Toute contestation est immédiatement disqualifiée : populiste, extrémiste, complotiste, irresponsable. Peu importe qu’elle vienne d’ouvriers, de cadres, d’entrepreneurs ou de fonctionnaires. Le procédé est efficace : il empêche la convergence. Personne ne veut être assimilé à une caricature. Alors chacun râle dans son coin, en silence ou à voix basse.
Les médias jouent ici un rôle ambigu. Le débat existe, mais il est verrouillé dans ses termes. On discute des modalités, jamais du cap. On admet des erreurs de gestion, jamais une erreur de trajectoire. On invite les mêmes experts, les mêmes profils, les mêmes raisonnements circulaires. Résultat : la contestation n’est pas supprimée, elle est diluée. Elle devient un bruit permanent, inoffensif.
Il y a aussi une raison psychologique profonde : la peur du chaos. La France a été travaillée par l’idée que toute rupture mènerait au pire. Guerre civile, faillite économique, isolement international, autoritarisme brutal. Cette peur est constamment entretenue. Le pouvoir se présente comme un rempart, même contesté, face à l’inconnu. Beaucoup de Français détestent la situation actuelle, mais la jugent moins dangereuse que ce qu’on leur décrit comme alternative.
À cela s’ajoute la fragmentation sociale. Il n’y a plus de « peuple » homogène, mais une mosaïque de statuts, de territoires, de modes de vie. Métropoles contre périphéries, salariés protégés contre indépendants, retraités contre actifs, public contre privé. Une révolution suppose une identité commune. Aujourd’hui, chacun se vit comme un cas particulier. La colère est réelle, mais elle n’est pas collective.
Le pouvoir a également appris à désynchroniser les conflits. Une réforme après l’autre, des sujets techniques, sectoriels, complexes. Jamais un choc global qui fédère tout le monde en même temps. Toujours une catégorie touchée pendant que les autres regardent, soulagées de ne pas être concernées. Cette stratégie empêche la cristallisation d’un mouvement unifié.
Enfin, il y a la fatigue. Une fatigue morale, civique, presque existentielle. Beaucoup de Français ont le sentiment d’avoir déjà tout essayé : voter, manifester, argumenter. Ils n’attendent plus rien. Ils se replient sur leur sphère privée, leur famille, leur travail, leurs stratégies individuelles de survie ou d’évitement. Ce retrait est souvent confondu avec de l’acceptation. C’est une erreur. C’est une résignation lucide.
Mais l’absence de révolte n’est pas un signe de stabilité. C’est un signe de déconnexion profonde entre le pays réel et le pouvoir. Les sociétés ne tiennent pas indéfiniment sur l’inertie et la peur. Quand la rupture survient dans ce type de configuration, elle n’est jamais organisée, jamais maîtrisée. Elle est déclenchée par un événement externe, un choc imprévu, dans un corps social déjà fragilisé.
La vraie question n’est donc pas pourquoi les Français ne se révoltent pas aujourd’hui. La vraie question est : jusqu’où peut aller un système qui gouverne sans consentement actif ? L’histoire montre que ce genre d’équilibre est toujours provisoire. Il peut durer longtemps. Mais il se termine rarement bien.
Nicolle GT
- 15/2/2026 - Les agences de renseignement occidentales peuvent déterminer la cause du décès de Navalny (poison de grenouille dard d'Équateur) sans avoir accès au corps (en Russie), mais elles semblent incapables de découvrir qui a fait exploser Nord Stream ou quoi que ce soit concernant Epstein.
Annoncé opportunément lors de la Conférence sur la sécurité de Munich.
Olivier Delorme
13/2/2026
Bruno Retailleau
13/2/2026
Bruno Retailleau
Le type est le chef d'un parti-cul qui a tout trahi, tout vendu, tout raté depuis 1974, qui n'a plus de militants, plus d'électeurs mais encore quelques notables rances et des élus véreux prêts à toutes les compromissions pour conserver leur gamelle un an et demi de plus ; le type a été ministre macronard, son parti-cul est la dernière roue du carrosse macronard et le déambulateur parlementaire de Macron qui lui permet de continuer de vendre le pays à la découpe, aux Ricains, aux Boches ou à n'importe qui ; le type a des élus qui ne lui obéissent même pas, des ministres exclus du parti-cul qui leur donne quand même son investiture, d'autres qui passent leur temps à lui tirer dans le dos... et il voudrait qu'on le prenne au sérieux quand il prend son air de père la morale constipé pour dire qu'il va redresser la France!
Sérieusement ?
Régis de Castelnau
11/2/2026
Rubrique : termites
Révélations du « Fond Epstein » : un Occident irréformable.
La publication du « fond Epstein », de ces 3 millions de documents donne à voir quelque chose de terrible. Au-delà des manipulations, de la propagande on ne peut plus échapper au spectacle de ce qu’est devenue la « Maison Occident ». Du toit au sous-sol, de la charpente aux murs, des tuyaux aux huisseries, tout l’édifice est totalement pourri.
Trois conséquences :
• Aucune alternance paisible démocratique ne sera possible. Sans ces quatre éléments : rupture, purge, jugement et punition, aucune reconstruction ne sera possible.
• Les gens qui actuellement dirigent et incarnent cette pourriture ne céderont JAMAIS le pouvoir. Il faudra le leur prendre.
• Le Sud global, et en particulier la Chine et la Russie qui conduisent le changement l'ont compris. C’est la raison pour laquelle ils agissent avec cette prudence pour l’accouchement du Nouveau Monde.
Petite vidéo en forme d’appel.
11/2/2026
Rubrique : termites
Révélations du « Fond Epstein » : un Occident irréformable.
La publication du « fond Epstein », de ces 3 millions de documents donne à voir quelque chose de terrible. Au-delà des manipulations, de la propagande on ne peut plus échapper au spectacle de ce qu’est devenue la « Maison Occident ». Du toit au sous-sol, de la charpente aux murs, des tuyaux aux huisseries, tout l’édifice est totalement pourri.
Trois conséquences :
• Aucune alternance paisible démocratique ne sera possible. Sans ces quatre éléments : rupture, purge, jugement et punition, aucune reconstruction ne sera possible.
• Les gens qui actuellement dirigent et incarnent cette pourriture ne céderont JAMAIS le pouvoir. Il faudra le leur prendre.
• Le Sud global, et en particulier la Chine et la Russie qui conduisent le changement l'ont compris. C’est la raison pour laquelle ils agissent avec cette prudence pour l’accouchement du Nouveau Monde.
Petite vidéo en forme d’appel.
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14 février 2026
LA QUESTION ANTISÉMITE, DÉFINITIONS
Gabriel Nerciat
13/2/2026
Je commence à en avoir un peu assez de tous les crétins patentés qui viennent ici m'expliquer régulièrement ce qu'il faut dire ou ne pas dire quand on évoque Israël, ou telle personnalité qui lui est liée, ou la judéité de tel ou tel, etc.
Pour ne plus y revenir et pouvoir désormais barrer sans préavis les importuns, les incultes et les fâcheux, on va se contenter de donner aujourd'hui aux nécessiteux quelques définitions de base.
1) "Judaïsme" et "sionisme" ne sont pas synonymes. Non seulement pas mal de Juifs (même si c'est désormais une minorité) ne sont pas sionistes ou a minima n'éprouvent aucun sentiment d'appartenance ou de solidarité particulières avec l'État fondé par Ben Gourion au XXe siècle, mais de plus (et surtout) un très grand nombre de sionistes ne sont pas juifs. Inutile de donner les noms : ils sont très nombreux, et chacun les connaît.
2) En conséquence, quand on dit que tel Juif (Scholem, Jankélévitch, Heschel ou Levinas, par exemple, pour citer des auteurs morts il y a longtemps) sont sionistes, cela veut dire que c'est sous l'angle de leur adhésion au projet idéologique et territorial du sionisme qu'on les considère en usant du qualificatif. Et pas d'abord en tant que Juifs – le judaïsme, rappelons-le, n'étant rien d'autre qu'une religion (pas un peuple ethnique, même s'il y a une ascendance des noms juifs par filiation matrilinéaire).
Il est quand même étrange qu'un grand nombre de partisans d'Israël considèrent l'emploi même du terme "sioniste" comme une manifestation d'antisémitisme, sous prétexte que pas mal d'antisémites avérés venus de la gauche ou du communisme (Alain Soral, par exemple, ou tel député décolonial mélenchoniste) assimilent indûment les deux termes. C'est d'autant plus malhonnête qu'eux-mêmes, la plupart du temps, font exactement la même chose, et sans aucun complexe, avec "islam" et "islamisme".
3) L'antisémitisme, sauf à pervertir le sens des mots, ne consiste pas à critiquer et attaquer, même de façon radicale ou virulente, l'État d'Israël (surtout maintenant qu'il s'est lui-même affranchi du lien de plus en plus ténu qui le rattachait aux nations européennes et à la civilisation du même nom), ni même d'ailleurs à exprimer tel ou tel préjugé à l'encontre de la religion de Moïse.
Un antisémite est quelqu'un qui considère que les Juifs en tant que Juifs forment une entité "en soi" indépendante des peuples "gentils", et qui leur serait foncièrement hostile.
En France, l'antisémitisme consiste à dénier la citoyenneté des Français juifs pour cette raison ; pas à rappeler que dans une République laïque et prétendument indivisible, il n'existe qu'un seul peuple national et pas deux (ou plus).
Voilà.
À bon entendeur, salut.
Si ça ne vous plaît pas, c'est le même tarif, de toute façon. Car aucune loi de censure n'y changera rien, il faut quand même que les censeurs abusifs soient prévenus.
13/2/2026
Je commence à en avoir un peu assez de tous les crétins patentés qui viennent ici m'expliquer régulièrement ce qu'il faut dire ou ne pas dire quand on évoque Israël, ou telle personnalité qui lui est liée, ou la judéité de tel ou tel, etc.
Pour ne plus y revenir et pouvoir désormais barrer sans préavis les importuns, les incultes et les fâcheux, on va se contenter de donner aujourd'hui aux nécessiteux quelques définitions de base.
1) "Judaïsme" et "sionisme" ne sont pas synonymes. Non seulement pas mal de Juifs (même si c'est désormais une minorité) ne sont pas sionistes ou a minima n'éprouvent aucun sentiment d'appartenance ou de solidarité particulières avec l'État fondé par Ben Gourion au XXe siècle, mais de plus (et surtout) un très grand nombre de sionistes ne sont pas juifs. Inutile de donner les noms : ils sont très nombreux, et chacun les connaît.
2) En conséquence, quand on dit que tel Juif (Scholem, Jankélévitch, Heschel ou Levinas, par exemple, pour citer des auteurs morts il y a longtemps) sont sionistes, cela veut dire que c'est sous l'angle de leur adhésion au projet idéologique et territorial du sionisme qu'on les considère en usant du qualificatif. Et pas d'abord en tant que Juifs – le judaïsme, rappelons-le, n'étant rien d'autre qu'une religion (pas un peuple ethnique, même s'il y a une ascendance des noms juifs par filiation matrilinéaire).
Il est quand même étrange qu'un grand nombre de partisans d'Israël considèrent l'emploi même du terme "sioniste" comme une manifestation d'antisémitisme, sous prétexte que pas mal d'antisémites avérés venus de la gauche ou du communisme (Alain Soral, par exemple, ou tel député décolonial mélenchoniste) assimilent indûment les deux termes. C'est d'autant plus malhonnête qu'eux-mêmes, la plupart du temps, font exactement la même chose, et sans aucun complexe, avec "islam" et "islamisme".
3) L'antisémitisme, sauf à pervertir le sens des mots, ne consiste pas à critiquer et attaquer, même de façon radicale ou virulente, l'État d'Israël (surtout maintenant qu'il s'est lui-même affranchi du lien de plus en plus ténu qui le rattachait aux nations européennes et à la civilisation du même nom), ni même d'ailleurs à exprimer tel ou tel préjugé à l'encontre de la religion de Moïse.
Un antisémite est quelqu'un qui considère que les Juifs en tant que Juifs forment une entité "en soi" indépendante des peuples "gentils", et qui leur serait foncièrement hostile.
En France, l'antisémitisme consiste à dénier la citoyenneté des Français juifs pour cette raison ; pas à rappeler que dans une République laïque et prétendument indivisible, il n'existe qu'un seul peuple national et pas deux (ou plus).
Voilà.
À bon entendeur, salut.
Si ça ne vous plaît pas, c'est le même tarif, de toute façon. Car aucune loi de censure n'y changera rien, il faut quand même que les censeurs abusifs soient prévenus.
Gastel Etzwane
- 14/2/2026 - On a parfaitement compris la manœuvre : l’obsession du président est de verrouiller les réseaux sociaux bien avant l’échéance présidentielle de 2027. Il faut absolument que le prochain locataire de l’Élysée demeure dans la sphère macroniste la plus orthodoxe, quelqu’un de totalement compatible avec les amis milliardaires, les cercles mondialistes et l’idéologie du « toujours plus d’Union européenne ».
Et surtout, il ne faut pas que les réseaux sociaux viennent perturber le scénario en informant librement les citoyens, en laissant circuler des vérités dérangeantes ou des voix qui ne passent pas par le filtre officiel.
C’est pour cela que Le Parisien, journal structurellement déficitaire, maintenu à flot par les apports d’un milliardaire réputé proche de l’Élysée, relaie cette ligne comme s’il s’agissait d’une grande avancée sociétale.
Ces médias détenus par des milliardaires ne supportent plus que l’information existe en dehors de leur canal. Ils ne font plus du journalisme, ils assurent un relais : on leur indique l’orientation, ils publient.
Sans les réseaux sociaux, on croirait encore qu’Epstein s’est « suicidé » après avoir simplement « fréquenté » quelques adolescentes, et que toutes les interrogations autour de lui relevaient du fantasme complotiste. Autour de cette affaire, sans les réseaux pour diffuser massivement les fichiers Epstein en 2026, Jack Lang serait toujours à la tête de l’Institut du monde arabe, et quantité d’autres responsables haut placés dormiraient encore paisiblement, après des comportements qui ne seraient jamais apparus au grand jour.
Sans les réseaux, on ignorerait également que l’« ingérence russe » en Roumanie relevait d’un parti parfaitement officiel ayant joué avec le feu en propulsant un candidat provocateur, sans aucune intervention venue de Moscou.
Et c’est précisément au moment où les citoyens prennent conscience que l’information officielle accumule les contre-vérités, tandis que sur les réseaux émergent des enquêtes brutes et courageuses, que le pouvoir se crispe et entend restreindre toujours davantage l’accès à l’information indépendante. Plus le contraste devient évident entre le récit institutionnel et la parole libre, plus la tentation de la censure s’accélère.
En clair : sans les réseaux sociaux, plus d’information citoyenne, brute, parfois chaotique, souvent courageuse. Seulement un mince filet d’information contrôlée, diffusé par des rédactions dépendantes.
C’est pour cela que le verrouillage s’intensifie. Non pour « protéger les enfants », mais pour préserver un monopole sur ce qu’il est permis de penser, et pour que les affaires dérangeantes demeurent enfouies jusqu’en 2027 et au-delà.
Jacques Cotta
13/2/2026
La galaxie Epstein et ses dessous embarrassants…
13/2/2026
La galaxie Epstein et ses dessous embarrassants…
Epstein est réduit dans la plupart des commentaires à un délinquant sexuel d'envergure. Mais si cela servait à camoufler une réalité plus dérangeante. Jeffrey Epstein ne serait-il pas l'incarnation du système dans son ensemble, le capitalisme mondialisé qui ne tolère aucun obstacle pour atteindre son but, le profit, le pouvoir, le plaisir...
Vidéo de 11min13s ↴
13 février 2026
L’Occident a eu trop de succès pour son propre bien
H16
13/2/2026
L’Occident a probablement trop bien réussi.
Cela peut paraître étonnant mais le problème de l’Occident moderne est le suivant : la civilisation occidentale a permis l’émergence de techniques et de technologies qui ont rapidement décuplé, centuplé la productivité, amenant une telle richesse pour tous que deux problèmes sont apparus.
Le premier, c’est la persistance puis la croissance inquiétante d’un groupe qui s’apparente de plus en plus aux chasseurs-cueilleurs. Le second, c’est la coagulation de ce groupe dans ce qu’on peut caractériser comme une excroissance de l’État bien au-delà du régalien, à la faveur des facilités qu’ont offertes, ces derniers siècles, les technologies modernes.
Pour rappel, la différence fondamentale entre les classes actives productives et la classe jacassante (composée essentiellement des politiciens, des médias et dans une certaine mesure, des « sachants » qu’on peut retrouver dans certaines positions d’autorité, les experts, les universitaires, etc.) est la même que celle entre l’agriculteur et le chasseur-cueilleur. Un agriculteur crée de la richesse et un chasseur-cueilleur la trouve… De même que les producteurs produisent de la richesse pendant que la classe jacassante se contente de la recevoir.
Il faut comprendre qu’historiquement, la mentalité de chasseurs-cueilleurs ne permet pas l’émergence de civilisations plus vastes qu’un groupe, car celui-ci doit rester mobile : la taille du plus grand groupe viable dépendra essentiellement de la capacité de son territoire à générer des ressources caloriques suffisante pour soutenir ce groupe.
Jusqu’à récemment dans l’Histoire humaine, ces groupes de chasseurs-cueilleurs sont souvent devenus chasseurs-pilleurs, et c’est ce qui a poussé les sédentaires à s’organiser de façon de plus en plus complexe afin de les repousser et éviter au mieux la perte des récoltes et au pire, la perte de leur famille, de leurs biens et la destruction de leur propre groupe. Historiquement, les nomades pillards forçaient les sédentaires à innover en fortifications et en alliances.
Mais aujourd’hui, ces pillards sont internalisés via l’État, qui absorbe les surplus de production sans générer de contre-pression évolutive. Eh oui : de nos jours, ceux qui se contentent de prendre au lieu de produire ne tuent personne et les richesses produites permettent de couvrir leurs demandes ; les classes productives ne sont donc plus prêtes à entrer en lutte ou utiliser la violence pour se débarrasser des parasites tout simplement parce que ce n’est pas rationnel : payer une rançon – appelons ça « impôts » par exemple – est suffisant.
Et c’est bien les gains énormes de productivité qui ont rendu viable la parasitocratie : l’Occident est la première civilisation à avoir transformé son surplus en poison. Nous ne mourons pas de manque, mais d’une indigestion de gratuité apparente.
Par exemple, comme un précédent billet le notait, en 1921, la population de l’Empire français représentait près de 69 millions d’individus sur les cinq continents et l’État employait alors un peu plus de 700.000 personnes pour des services publics devant pourtant gérer un territoire massif sur lequel le soleil ne se couchait jamais. Or, de nos jours, alors que la France s’est largement recentrée sur son hexagone, la fonction publique compte plus de 5,6 millions d’individus au service de l’État avec les toutes dernières technologies et on arrive encore, malgré cette véritable débauche de moyens, à nourrir tout le monde. La technologie a fait de l’État un prédateur stationnaire qui n’a plus besoin de chasser puisqu’il lui suffit de filtrer le flux, et qui utilise les progrès technologiques pour masquer son inefficacité pourtant croissante.
Certes, il apparaît maintenant clairement que la richesse par tête de pipe est en plein effondrement, mais l’image est parlante : pour arriver, malgré un État obèse, à conserver un tel niveau de vie aux Français, il fallait que les gains de productivité aient été absolument massifs. Quant au niveau de dette atteint finalement assez récemment, il donne surtout une idée de l’ampleur délirante de la « cueillette »…
De façon intéressante, cette différence de perspective – entre agriculteur et chasseur-cueilleur – se manifeste aussi dans l’attitude d’une personne vis-à-vis de la démocratie.
Pour quelqu’un qui considère la richesse comme un acquis – c’est-à-dire pour qui la sécurité et le confort sont naturels – la seule question qui se pose est de savoir comment la partager. Et comme personne ne souhaite s’engager dans un conflit potentiellement coûteux et à l’issue incertaine, alors s’impose assez vite le principe du vote et de la démocratie en général. C’est ainsi que dans ce monde, le droit de vote devient absolument indispensable à tous, sans quoi nul ne recevra une part égale de la « manne tombée du ciel ».
En revanche, si la richesse n’est pas un acquis certain, elle peut s’évanouir… Et dans ce cas, il faut agir « comme un agriculteur », c’est-à-dire surveiller la météo, les récoltes, les maladies, les marchés et les stocks de semences, afin de minimiser les risques d’échec. Dans ce cadre, une mauvaise décision peut coûter très cher, avec une vraie possibilité de famine et de mort au bout. Dans ce monde « agricole », il est crucial de choisir avec soin ceux qui prennent les décisions, car leurs choix peuvent nous mener à la ruine ou à la richesse.
Autrement dit, pour la classe productive, la richesse ne tombe pas du ciel. Elle la crée, et connaît donc tous les obstacles à sa diffusion. Elle comprend instinctivement la nécessité de réserver le droit de vote à ceux qui pensent et agissent sur le long terme, à ceux qui sont instruits, patients et sages. À l’inverse, la classe jacassante ne gère pas des ressources mais des perceptions et elle est donc rapidement horrifié par la perspective de planifier. Pour elle, le blé ne pousse pas, il s’alloue et chacun devrait donc avoir voix au chapitre quant à sa répartition.
En somme, l’agriculteur soumet la nature à la discipline du temps quand le cueilleur soumet l’agriculteur à la discipline de ses besoins.
De ce point de vue, on comprend qu’une démocratie de plus en plus inclusive, large et étendue mène surtout à l’égalité… dans la misère : le suffrage universel se transforme en une loterie suicidaire où l’impulsif pèse autant que le prévoyant, où celui qui hypothèque l’avenir vote aussi fort que celui qui le construit… Et rapidement, le vote n’est plus un choix de direction mais une enchère sur le stock de semences. Dans ce cadre, la démocratie n’est plus un mécanisme d’arbitrage entre producteurs, mais un mécanisme de distribution entre « consommateurs politiques ».
Le succès phénoménal rencontré par l’Occident a permis à un nombre croissant – probablement majoritaire à l’heure actuelle – de personnes de vivre dans un état déconnecté du réel où l’on peut calmement imaginer que la sécurité et le confort sont acquis et qu’on peut donc dévorer ce qui existe sans se soucier de comprendre d’où cela vient ni ce qui pourrait le faire manquer tout en raillant quiconque parle de l’importance des incitations ou de bien faire supporter les conséquences des choix calamiteux à ceux qui les ont faits.
En fait, la classe jacassante a réussi un tour de force biologique puisqu’elle bénéficie de la complexité de la civilisation sans en subir les retours de bâton. Pour simplifier (à peine), si l’agriculteur se trompe de semence, il meurt mais si « l’expert » se trompe de théorie, il est simplement invité sur un autre plateau pour expliquer pourquoi la réalité a eu tort.
Bien sûr, il va de soi que la caste jacassante, instruite et diplômée, est parfaitement capable – tout du moins sur le papier – de comprendre les mécanismes de motivation et les conséquences désastreuses qu’entraîne le vote de personnes incapables de maîtriser leurs impulsions. Elle n’ignore pas les conséquences à long terme, mais sait simplement qu’elles n’entreront pas dans le prochain cycle électoral et comprend qu’il lui est beaucoup plus facile de flatter ces instincts, détruire le passé et hypothéquer le présent, plutôt que les combattre et préparer l’avenir, ce qui demande de changer fondamentalement d’état d’esprit, de passer du mode chasseur-cueilleur au mode agriculteur.
L’Occident meurt de sa compétence à différer la mort : ses technologies ont repoussé si loin les conséquences de l’insouciance que plusieurs générations ont pu vivre et mourir dans l’illusion de l’impunité. Le chasseur-cueilleur ancestral savait qu’un hiver trop rude signifiait la mort mais son descendant bureaucratique actuel peut voter cinquante hivers de déficits avant que le froid ne morde.
Reste à savoir si l’Occident souhaite continuer à vivre comme un chasseur-cueilleur dans un monde agricole ou s’il est encore capable de redevenir agriculteur dans un monde qui ne pardonne plus l’oubli.
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