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7 mars 2026

Radu Portocala

- 7/3/2026 - L’ascendance germanique de l’homme orange de la Maison Blanche lui fait aimer l’ordre. Il dresse des plans précis et nous les communique. Ainsi, il a annoncé que la prochaine cible de son aimable campagne de colonisation sera Cuba. À ce sujet, il a prononcé une phrase ambiguë dont il ne ressort pas clairement s’il songe à un achat de l’île ou à une conquête précédée de dévastation démocratisatrice.
Après avoir signalé qu’il lui fallait absolument s’approprier le Groenland et le Canada, ou au moins ses États les plus prospères, après avoir fait le premier pas vers l’annexion du Venezuela, après s’être lancé dans une vaste opération de soumission de l’Iran, Cuba est, en effet, un objectif indéniablement légitime. Qui lui dira le contraire ? Personne, bien entendu.
Le candidat pacifiste n’attendait sans doute que le moment où il allait devenir un président croque-mitaine brandissant menace, punition et conquête devant les yeux d’un Occident idiotisé par la peur, qui n’arrive plus à espérer autre chose que l’asservissement.
Bien entendu, on est en droit de se demander quelle sera la proie qui intéressera le frustré du Prix Nobel de la Paix après Cuba. Quand on ne sait pas à quoi occuper son temps, on fait la guerre. Ça va très bien avec cette bienveillance agressive dont il se pare pour insulter les gens. Les fantasmes glorieux dont sont faits ses discours ces derniers jours vont dans le même sens : l’agressivité comme échappatoire.
Il avait promis le bien-être aux Américains, mais a oublié de leur dire que ce bien-être passe nécessairement par la prise de l’Iran. Et eux, dépourvus de vision, ne se rendent pas compte du bonheur que cette victoire leur procurera. À condition, bien entendu, qu’il y ait victoire. Car l’infecte sonnerie du réveil pourrait – et même va – interrompre le rêve juste au moment où il était le plus beau, lorsque sur un plateau en or des vestales sublimes apportaient la couronne de laurier. Détestable traîtrise du sommeil qui s’arrête alors que le destin était à portée de songe. Celui de l’homme orange ne sera probablement pas de monter sur le trône du monde. Il lui faudra peut-être se contenter de son horrible maison de Floride.
Alon Mizrahi
Journaliste israélien


« Nous assistons à un moment historique. À la surprise générale, l'Iran détruit les bases américaines de manière si systématique, à une telle échelle et avec une telle détermination que le monde n'y est pas préparé. »
En quatre jours, l'Iran est parvenu à étendre sa sphère d'influence militaire dans la région. Il a détruit les bases militaires, les biens et les équipements les plus précieux et les plus coûteux au monde.
Les bases américaines au Bahreïn, au Koweït, au Qatar et en Arabie saoudite comptent parmi les plus grandes installations militaires au monde. Leur construction a coûté des milliers de milliards de dollars sur plusieurs décennies. Autrement dit, la majeure partie des dépenses militaires engagées depuis plus de 30 ans est partie en fumée.
Nous voyons des radars valant des centaines de millions de dollars chacun être détruits en un instant. Nous voyons des bases militaires entières abandonnées, incendiées, pillées et détruites. Et je vous le dis, à ma connaissance, les États-Unis n'ont jamais subi une telle destruction de toute leur histoire, exception faite peut-être de Pearl Harbor, mais il ne s'agissait que d'une seule attaque.
Jamais, dans une guerre conventionnelle, un ennemi n'a infligé un tel traitement aux forces armées américaines que celui que l'Iran leur inflige actuellement. C'est sidérant. La situation militaire est si grave que la censure bloque la quasi-totalité des nouvelles informations concernant ce conflit. Vous l'aurez sans doute remarqué, nous recevons chaque jour de moins en moins d'informations.
Il y a trente-cinq ans, pendant la première guerre d'Irak, on nous montrait sans cesse des images du conflit. À l'époque, les bombes intelligentes et les caméras étaient une nouveauté, mais chaque soir, on nous montrait des images nocturnes. Aujourd'hui, on ne voit presque plus aucune vidéo.
Comprenez bien ceci ! L’Amérique est censée être la première puissance militaire mondiale, dotée des plus importantes capacités aériennes. Or, au quatrième jour de l’offensive américaine, censée percer les défenses iraniennes, nous ne constatons aucun signe de domination américaine dans le ciel iranien. Où sont donc les enregistrements vidéo de nos avions survolant Téhéran ou toute autre partie de l’Iran ?
Les soldats américains ne peuvent même pas rêver de poser le pied sur le sol iranien. Et pour comprendre à quel point cette guerre est désespérée, il faut savoir qu'au quatrième jour, on entend déjà les propositions et les idées les plus insensées de la part de l'administration Trump. Ils proposent d'envoyer des escortes militaires pour les pétroliers quittant le golfe Persique. Mais de quoi parle-t-on ? Vous voulez envoyer des navires américains dans la zone de destruction de milliers de missiles iraniens ?
Désormais, plus personne ne peut franchir le détroit d'Ormuz.
Les Iraniens se préparent à cela depuis des décennies. Ils brandissent l'idée d'armer des milices kurdes pour envahir l'Iran. Mais de quoi parlez-vous ? Avez-vous déjà vu une carte de l'Iran ? Il semblerait que l'administration Trump n'en ait jamais vu une ! Vous rendez-vous compte de son immensité ? Qu'est-ce que cela signifie d'envahir l'Iran ? Croyez-vous qu'une milice de 10 000 hommes pourrait envahir l'Iran ? Ou même 50 000 ? Ou 100 000 ? L'Iran les engloutira.
Les États-Unis et Israël ont déjà perdu cette guerre. Ils peuvent tuer des millions de civils chez eux. Ils possèdent des bombes puissantes et peuvent détruire des bâtiments, mais ils ne gagneront pas cette guerre. L'infrastructure militaire et l'armement iraniens sont profondément enfouis sous terre dans tout le pays. Ni les Américains, ni surtout les Israéliens n'ont la moindre chance d'y accéder. Ils sont dans une situation désespérée.
Ils ont entrepris quelque chose qu'ils n'ont aucune chance de terminer. Quand tout cela sera fini, les États-Unis ne retourneront jamais au Moyen-Orient. Il n'y aura plus aucune présence américaine au Moyen-Orient. Je vous l'affirme avec certitude.

6 mars 2026

Gastel Etzwane


- 6/3/2025 - Zelensky menace Orbán : l’Occident soudain choqué… par ce qu’il tolère depuis des années
La Commission européenne qualifie enfin d’« inacceptables » les propos de Zelensky qui a laissé entendre qu’il transmettrait l’adresse personnelle de Viktor Orbán à ses forces armées.
Imaginons la même phrase prononcée par Poutine : hurlements planétaires, sanctions immédiates, sommet d’urgence, accusations de terrorisme d’État. Là ? Un timide « on n’aime pas trop ce ton », murmuré du bout des lèvres. Deux poids, deux mesures. L’indignation sélective est devenue la règle.
Derrière le costume de héros providentiel se cache depuis longtemps un dirigeant aux méthodes brutales, aux déclarations explosives et au pouvoir de plus en plus autoritaire. L’Occident le sait. Il choisit sciemment de fermer les yeux. Tant que l’image sert la cause. Tant que le narratif tient. Mais quand le masque craque, même une seconde, la réalité éclate : cette indulgence en dit bien plus long sur nos propres hypocrisies que sur l’homme lui-même.

Drones vs OTAN : on a perdu la 7ème compagnie

H16

- 6/3/2026 - L’exercice Hedgehog-2025 devait être une démonstration de force face à la menace russe. Il s’est transformé en séminaire accéléré sur l’obsolescence programmée des grandes manœuvres blindées.


En mai dernier, sur les plaines estoniennes, 16 000 soldats issus de 12 pays de l’Alliance dont une brigade britannique et des unités estoniennes ont appris à leurs dépens que l’ère des grandes manœuvres blindées est révolue. Le bilan est humiliant : face à deux bataillons mécanisés de l’OTAN, une poignée d’opérateurs ukrainiens (à peine une dizaine d’hommes) a suffi pour semer le chaos. Armés de tablettes, connectés au système de gestion du champ de bataille Delta (qui permet une détection, une analyse et une coordination des frappes en temps réel) et pilotant des essaims d’une trentaine de drones commerciaux sur une zone inférieure à 10 km², ils ont transformé une force de plusieurs milliers d’hommes en cibles statiques. En une demi-journée, 17 blindés ont été virtuellement calcinés et deux bataillons déclarés « inaptes au combat ».

Pour l’OTAN, ce constat d’échec n’est pas moins qu’« horrible », avec une mise en lumière brutale des faiblesses structurelles : lenteur de la prise de décision (plusieurs armées alliées restreignent encore l’accès à leurs informations classifiées), manque de partage en temps réel des données, et vulnérabilité des formations concentrées face à la transparence du champ de bataille moderne. Catastrophe : l’OTAN planifie la guerre de demain avec les budgets d’hier et les organigrammes d’avant-hier.


En outre, si l’armée ukrainienne est capable d’une telle prouesse, d’autres armées seront capables de faire de même, à commencer par les Russes qui ont désormais pris le tournant en matière de guerre de drones…

Le fossé industriel est tout aussi effrayant.

D’un côté, l’Europe peine à lancer ses programmes de drones qui n’arriveront qu’en 2027 comme les initiatives LEAP E5, Drone Alliance avec l’Ukraine, ou les programmes nationaux comme le britannique « Octopus » ; l’accent reste posé pour le moment sur des systèmes haut de gamme (Eurodrone, Heron) plutôt que sur la saturation par le nombre.

De l’autre, la Russie produit jusqu’à 50 000 unités par mois sur certains types de drones, signifiant par là que la production globale est plus élevée. C’est le triomphe du « Low-Tech » de masse sur la « High-Tech » de prestige : pendant que Bruxelles rédige des appels d’offres en triplicatas, Moscou commande sur Amazon avec livraison Prime.

Seuls les États-Unis semblent avoir pris la mesure de l’urgence. L’opération Epic Fury en Iran, menée fin février 2026, marque ainsi un tournant : l’utilisation massive des drones LUCAS. À 35 000 $ l’unité, ces clones du Shahed-136 iranien développés par SpektreWork ont été déployés par la Task Force Scorpion Strike pour cibler des installations clés iraniennes : centres de commandement des Gardiens de la Révolution islamique, systèmes de défense aérienne, sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que des aérodromes militaires. Ces frappes, combinées à des missiles Tomahawk lancés depuis des navires et des HIMARS de l’armée américaine, ont visé à dégrader rapidement les capacités de riposte iraniennes.

Washington a enfin compris la leçon de Kiev : pour gagner, il faut accepter de consommer du matériel comme des munitions. Le paradigme a changé : ce n’est plus la qualité du char qui compte, mais le volume de l’essaim. Il s’agit d’un virage clair vers le paradigme « cheap, fast and many » : saturer les défenses ennemies avec des systèmes qu’on peut produire et perdre en nombre, plutôt que de dépendre uniquement de munitions coûteuses et sophistiquées, démontrant ainsi une adaptation rapide aux leçons de l’Ukraine et une volonté de « retourner le manuel opératoire iranien contre lui-même ».

Face à ces réalités, il semble que l’OTAN, ou tout du moins sa partie européenne, accumule au moins une guerre en retard : nous assistons à un basculement historique comparable à l’apparition des chars en 1916, Comme la cavalerie face aux mitrailleuses, les armées conventionnelles de l’OTAN sont nues face à la « ligne des drones », pour laquelle la masse n’est plus une force mais une simple signature thermique. Si l’Alliance ne bascule pas immédiatement vers une guerre dispersée, électronique et robotisée, ses brillants blindés ne seront rien de plus que des cercueils d’acier onéreux.


La guerre en Ukraine et ces récents exercices imposent maintenant plusieurs enseignements.

La première, c’est que la guerre redevient une affaire comptable et non technologique où l’OTAN ne peut soutenir financièrement une guerre où des missiles Patriots à 3 millions de dollars pièce, voire des Stinger à 100.000 doivent intercepter des drones à 5000 dollars. La seule réponse viable n’est pas cinétique (avec des missiles), mais énergétique (usage de lasers ou de micro-ondes) voire électronique (brouillage), domaines où l’OTAN est en retard sur le déploiement tactique.

La seconde, c’est que la guerre accroît son côté psychologique. La présence permanente de ces drones crée un stress cognitif mesurable car le soldat sait qu’il est toujours observé. Le « brouillard de la guerre » s’est déplacé non pas sur le champ de bataille mais vers l’information et sa manipulation à tous les niveaux. Concrètement, cela modifie les besoins fondamentaux puisqu’on ne peut plus dormir en groupe, on ne peut plus manger chaud (du fait de la signature thermique), on ne peut plus évacuer les blessés sans risquer un drone FPV. C’est une pression psychologique qui brise le moral des troupes habituées à la supériorité aérienne.

Les prochaines guerres et les prochaines batailles utilisant massivement ces aspects imposeront le silence notamment radio. À ce titre, l’OTAN doit réapprendre à combattre en silence radio total ou à utiliser l’intelligence artificielle pour des drones totalement autonomes, qui n’ont plus besoin de lien radio, rendant donc le brouillage inutile. Le prochain cauchemar de la guerre sera probablement constitué d’essaims autonomes…

Troisièmement et pour en finir, il apparaît que ces drones (russes ou américains comme le LUCAS) utilisent des composants civils (des moteurs de modélisme, caméras de smartphones, etc.) ce qui revient à « militariser » le civil : la puissance militaire ne dépend plus seulement de Lockheed Martin ou Thales, mais de la capacité à acheter des dizaines de milliers de composants sur Alibaba ou Amazon et à les assembler dans des garages. C’est en quelque sorte une « démocratisation de la puissance de feu aérienne ».

Cependant, l’OTAN, avec ses cycles d’acquisition de 10 ans, est inadaptée à cette guerre « Do It Yourself » (DIY) ultra-rapide et doit désormais choisir : cannibaliser ses propres dogmes pour s’adapter à cette guerre « low-cost », ou accepter de devenir une armée de chevaliers regardant, impuissante, l’avènement de la poudre à canon.


https://h16free.com/2026/03/06/83647-drones-vs-otan-on-a-perdu-la-7eme-compagnie

5 mars 2026

Natalia Routkevitch


Puissance du déséquilibre et du chaos

- 2/3/2026 - Dans "Dying by the Sword: The Militarization of US Foreign Policy", les chercheuses Monica Duffy Toft et Sidita Kushi décomptent près de 400 interventions militaires internationales menées par les États-Unis depuis 1776, dont plus de la moitié après la Seconde Guerre mondiale, et 29% après la fin de la guerre froide, donc durant la période du moment unipolaire, celle de l’absence de contrepoids stratégique.
Le total est impressionnant, car la définition retenue par Duffy Toft et Kushi inclut les interventions dans des guerres civiles dès lors que les États-Unis ont utilisé la force sur le territoire d’un autre État, mais aussi les opérations contre des acteurs non étatiques - groupes armés, milices ou organisations terroristes - opérant à l’intérieur des frontières du pays cible.
Si l’on tente de distinguer quelques schémas qui se répètent à travers cette multitude d’opérations de la puissance hégémonique :
Le recours à un prétexte fallacieux mais très spectaculaire pour lancer ou soutenir en sous-main une opération militaire d’envergure : les couveuses au Koweït, le charnier de Račak, les armes biologiques irakiennes, la menace nucléaire iranienne présentée comme directe pour les citoyens américains, etc. Les objectifs réels étant l’accès aux ressources, l’affaiblissement d’un rival important, la volonté d’écarter un gouvernement jugé trop rétif, indépendant ou indésirable.
La tentative d’impliquer des « junior partners » sous bannière commune, le conflit étant régulièrement présenté comme une lutte pour la « démocratie ». Les États vassaux sont ainsi tenus à la loyauté dans ces campagnes militaires déclenchées par la puissance tutélaire. Ceux qui qui s’impliquent le plus sont ceux qui cherchent à prouver qu’ils sont les alliés les plus fiables, dans l’espoir de faveurs accrues du suzerain.
Sur le terrain, l’appui repose autant que possible sur des alliés locaux occidentalisés, hostiles aux pouvoirs nationaux. Le mécontentement est attisé et amplifié, notamment via des programmes d’influence, comme l’a théorisé Gene Sharp, et des sanctions étouffantes. Le « regime change » est devenu un véritable art de guerre, élaboré à travers fondations, formations et littérature stratégique.
Sur le plan de la communication, la complexité des rapports sociaux locaux est réduite à la protestation d’une jeunesse fatiguée du despotisme archaïque et désireuse de vivre à l’occidentale. L’objectif est de créer un fond émotionnel qui consolide, dans l’opinion publique mondiale – celle qui compte, à savoir des CSP+ - l’idée que la civilisation occidentale intervient pour le bien des opprimés qui cherchent à la rejoindre.
Le scénario triomphal recherché est celui de la guerre éclair réussie, comme l’opération Tempête dans le désert. Mais, bien souvent, on est face à un scénario - "something went wrong". Convaincue de sa supériorité et de son bon droit, souvent ignorante des réalités locales et du temps long, la puissance hégémonique sous-estime la volonté de résistance, le rapport des forces sur le terrain et la haine que ses méthodes suscitent, indépendamment de ce que l’on peut éprouver vis‑à‑vis des régimes internes, et s’enlise dans un bourbier.
Les affaires se compliquent : années de bombardements, désordre, souffrances, affrontements civils et fragmentation des États provoqués par l’intervention. Lorsqu’il devient impossible de tenir face à un adversaire trop coriace et que le coût devient excessif, l’armée de la puissance hégémonique se retire en abandonnant ses protégés locaux, de manière plus ou moins spectaculaire (Vietnam, Afghanistan), et leur imputant la responsabilité de la défaite.
Plus encore, la puissance hégémonique cherche à se repositionner en médiateur et en faiseur de paix, comme si elle n’avait rien à voir avec le déclenchement du conflit. Jusqu’à pouvoir être récompensée par un prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à une guerre qu’elle avait déclenchée ou provoquée par ses actions.
Puis elle se retire sur sa « grande île » - selon la vision de Halford Mackinder - loin du désordre déclenché, qui peut durer des décennies, en se déchargeant largement de la reconstruction des pays détruits.
Et l’on recommence dès que l’on juge nécessaire.
Pourquoi ? Parce que cela est d'autant plus facile en l’absence de tout contrepoids stratégique. Parce qu’il faut des ressources pour maintenir le niveau de vie et confirmer le statut de l’hégémon incontesté. Et parce qu’il existe toujours de nombreux soutiens qui applaudissent la « liquidation » de Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, ou Ali Khamenei, malgré le résultat très contestable des opérations en question. Interrogé quelques années après l’intervention en Libye sur son rôle de « war-monger », Bernard-Henri Lévy répondit : « Je suis ravi si j’y suis pour quelque chose. »
Les applaudissements d’une grande partie de l’opinion publique mondiale - encore une fois surtout occidentalisée et aisée - s’expliqueraient par une conviction profonde de la supériorité occidentale, et en particulier américaine. Comme l’écrivait Régis Debray : « Nous sommes tous devenus Américains », mentalement alignés. "C’est moins par servilité que par inculturation que l'on accepte aussi facilement d'être taxé, racketté, écouté, pris en otage, commandé ou décommandé in extremis, soumis au chantage, etc. Le véritable pouvoir, c’est de régner sur les imaginations, et l’américanisation de notre espace public a suivi celle de nos rêveries intimes" (L'Europe fantôme).
C’est encore plus le cas des élites littéralement formées aux États-Unis à travers des programmes variés comme « Young leaders ». Il est dès lors paradoxal de voir des dirigeants européens - artisans et gardiens d’une dépendance étroite aux États-Unis - affirmer aujourd’hui la nécessité de s’en affranchir. Qui peut croire qu’ils en sont capables ? Nos gouvernants sont complètement américanisés, et même lorsque les États-Unis prévoient d’annexer une partie du territoire européen, leurs protestations sont dérisoires. « My friend, we can do great things on Iran. But I don’t understand what you do on Greenland », aurait écrit Emmanuel Macron à son “ami” Donald Trump. On a vu la déclaration du jour du trio européen pour se faire une idée des « great things » dont l’Europe est capable vis à vis de l’Iran.
Cela ne peut que confirmer l’idée que les « rêveries intimes » de ces dirigeants seraient de continuer à appartenir au club très sélect qui se réunit dans des lieux exclusifs où se confirment ces solidarités, ou de l’intégrer, pour ceux qui cherchent à obtenir leur ticket d’entrée dans le « monde libre »…
"Dying by the sword." Il reste une question majeure : combien de temps la puissance hégémonique pourra-t-elle imposer ses volontés (qu’elle ne couvre même plus par de jolis slogans - droit, ordre, démocratie - mais exprime clairement par « je veux que ce soit ainsi parce que c’est dans mes intérêts ») avant que le contrepoids, ou des contrepoids, n’émergent et ne rétablissent une forme d’équilibre ? Et une autre question, encore plus brûlante : l’humanité sera-t-elle témoin et victime de démonstrations de force majeures visant à montrer que le franchissement des lignes rouges peut coûter très cher à ceux qui les testent sans cesse, emportés par leur hubris et convaincus de leur immunité et de leur sécurité magique ?

LE PIÈGE DE THUCYDIDE ET LE KAIROS CHINOIS

Gabriel Nerciat
5/3/2026


Vous avez dit accélérationnisme ?
Trump a perdu sa guerre contre l'Iran en trois jours (en Afghanistan, ça avait mis quand même un peu plus de temps), et au quatrième on en est déjà arrivé à la vietnamisation du conflit : les Kurdes, ces éternels mercenaires au rabais de l'impérialisme anglo-saxon, pauvres p.tains d'Orient démonétisées qui aiment tant faire le trottoir à force d'être cocues, et qui, il faut bien le dire, ont un peu perdu la main depuis l'époque où ils exterminaient les Arméniens pour le compte des Jeunes Turcs ottomans, sont envoyés une nouvelle fois à l'assaut de l'armée iranienne dans le nord-ouest de la Perse, avec quelques pétards rouillés.
Donald, enivré par le vide du gouffre abyssal que Netanyahou et cette vieille pourriture de Lindsay Graham viennent de l'inciter à ouvrir sous ses pieds, comme dans une version histrionesque et McDonald du fameux piège de Thucydide, fait semblant de découvrir depuis hier que l'US Army n'a plus assez de munitions pour bombarder l'Iran au-delà de deux mois.
C'est bête, ça, hein ? On pourrait peut-être en rapatrier d'Ukraine, tant qu'à faire ? L'envolée du prix du pétrole va sans doute accélérer les choses là-bas aussi. A toute chose, malheur est bon, dit le proverbe.
En attendant, pour ce qui me concerne, c'est moins à Poutine, Trump, Bibi ou Zelensky que je pense qu'à Xi.
Loin de moi la prétention de me mettre à la place de l'empereur communiste chinois, mais enfin si j'y étais je commencerais déjà à organiser la planification des grandes manœuvres navales en direction de Taïwan.
Maintenant que les Yankees sont "fixés", comme on dit dans le jargon militaire, autour de l'Iran pour quelque temps (la débâcle, c'est comme tout : ça demande un minimum de gestion opérationnelle), une jolie fenêtre s'ouvre devant lui face à la perle insulaire de l'Asie.
Dans le carnaval de nihilisme grotesque et sanglant à quoi commence à ressembler de plus en plus l'auto-destruction de l'Occident (qui ne fait d'ailleurs même plus semblant de se croire "judéo-chrétien", il faut avertir Michel Onfray), ce serait là une bascule définitive et salutaire qui redonnerait un peu de vigueur à ce drame lugubre et sidérant.

Ormuz : Le suicide géopolitique de la City ?

H16

- 5/3/2026 - Dans les victimes de guerre, on trouve systématiquement l’innocence et la vérité. Cette fois-ci, avec ce qui se passe en Iran, on pourra y ajouter les assurances : ainsi, Lloyd’s of London, cette vénérable institution qui depuis trois siècles manie l’assurance maritime comme d’autres manient l’épée, se retrouve confrontée à un changement paradigmatique majeur.


Il y a quelques heures, le 2 mars dernier et devant les événements dans le détroit d’Ormuz, Lloyd’s a eu cette brillante idée d’annuler purement et simplement ses couvertures d’assurance maritime pour le détroit d’Ormuz au motif « d’évaluer les risques accrus au Moyen-Orient ».

Cependant, on peut y déceler un autre motif : l’establishment britannique a essayé une fois de plus de se servir de cette arme géopolitique et cela ne s’est pas passé comme prévu.

Dès l’annonce de Llyods, on a pu assez logiquement observer un effondrement de 80% du trafic maritime dans le détroit, avec une hausse rapide des coûts de transport (de 1 800 à 3 700 dollars pour un conteneur Shanghai-Dubaï), entraînant rapidement une véritable paralysie commerciale, soit la recette habituelle des « gendarmes du commerce mondial » de sa Gracieuse Majesté.

Malheureusement, ce qui devait être une réaction classique a été rapidement récupérée par nul autre que Trump qui a sorti de son chapeau une assurance d’État via la U.S. Development Finance Corporation pour couvrir « tous les risques maritimes dans le Golfe ».

En une déclaration, le président américain vient de court-circuiter trois siècles d’hégémonie britannique sur l’assurance maritime mondiale.

Et ce n’était pas une improvisation.

En effet, dès décembre 2025, l’administration Trump avait confirmé Stephen Carmel (ancien cadre dirigeant de Maersk et capitaine de pétrolier) à la tête de MARAD, l’administration maritime américaine. Sous la houlette du secrétaire aux Transports Sean Duffy, Carmel travaillait depuis des mois sur un plan de « restauration de la dominance maritime américaine », incluant 6,2 milliards de dollars de contrats pour la flotte de réserve. La DFC comme assureur de dernier recours n’est donc pas sortie d’un chapeau : c’est la pièce manquante d’un dispositif méticuleusement préparé.

Vraisemblablement, Lloyd’s a foncé tête baissée dans un piège qui l’attendait.

Ce faisant, Trump a aussi démontré ce que certains savaient déjà et que beaucoup ne veulent toujours pas croire : la Llyod’s n’est pas un acteur commercial indépendant, mais le bras armé financier de Whitehall déguisé en compagnie d’assurance.

Car enfin, regardons qui dirige Lloyd’s aujourd’hui : Sir Charles Roxburgh, fraîchement émoulu du Treasury où il a passé six ans comme Second Permanent Secretary, marié à Dame Karen Pierce, ex-ambassadrice aux États-Unis et fine connaisseuse des efforts de renseignement conjoints américano-britanniques. Un couple qui incarne à merveille ces « revolving doors » si chers au système britannique. Quant au CEO Patrick Tiernan, il a lui aussi débuté sa carrière dans les autorités réglementaires britanniques.

Rappelons que selon les statuts de Lloyd’s, les nominations clés doivent être « confirmées par le Gouverneur de la Bank of England » : le gouvernement britannique a plus que son mot à dire sur qui tient les rênes.

Cette promiscuité n’est pas fortuite : elle transforme Lloyd’s en parfait instrument de projection géopolitique et seuls les naïfs et les actuaires en bas de la pyramide peuvent ignorer cette réalité. Besoin de sanctionner l’Iran ? Lloyd’s retire ses couvertures aux compagnies maritimes iraniennes. Envie de faire pression sur la Russie ? Lloyd’s applique religieusement les sanctions gouvernementales. Volonté d’intimider Taiwan face aux ambitions chinoises ? Lloyd’s augmente soudainement ses tarifs pour la région.

Derrière cette mécanique bien huilée se cache Lloyd’s List, ce réseau de renseignement maritime vieux de 300 ans qui cartographie en temps réel tous les mouvements navals mondiaux. S’il s’agit officiellement d’un journal spécialisé, officieusement c’est une « unité de renseignement global » selon les termes mêmes des analystes académiques.

Ainsi, depuis 1734, Lloyd’s collecte, traite et diffuse des informations précises sur les routes, cargaisons et mouvements de la quasi-totalité de la flotte marchande mondiale. Un trésor d’intelligence commerciale et stratégique qui explique pourquoi Londres a pu si longtemps tenir le commerce maritime mondial par ses parties les plus sensibles.

Cependant, avec ce mouvement trop rapide concernant le détroit d’Ormuz, Lloyd’s a commis une faute stratégique majeure que Trump a immédiatement saisie pour proposer une alternative crédible, soutenue par la puissance financière et militaire américaine.
Car contrairement aux Britanniques qui ne peuvent plus aligner que leurs beaux discours sur les « valeurs occidentales », les Américains disposent encore des moyens de leurs ambitions. Quand Washington propose une assurance d’État, elle est adossée à une marine de guerre capable d’escorter effectivement les navires.

Ce qui se joue dans le détroit d’Ormuz dépasse largement une simple querelle commerciale. C’est la fin programmée d’un modèle géopolitique où une ancienne puissance impériale pouvait encore dicter sa loi au commerce mondial grâce à ses positions acquises dans le secteur financier.

Lloyd’s restera sans doute un acteur important de l’assurance maritime – l’expertise accumulée ne disparaît pas du jour au lendemain – mais son statut quasi-monopolistique et son rôle d’instrument de la politique étrangère britannique viennent de prendre un coup fatal.

L’ironie de l’histoire veut que cette institution née dans un café londonien pour mutualiser les risques du commerce maritime retrouve soudain sa vraie nature : celle d’un simple assureur parmi d’autres, privé de ses privilèges géopolitiques.

La déroute de Lloyd’s dans l’affaire d’Ormuz illustre parfaitement l’effondrement en cours de ce que l’on pourrait appeler « l’empire informel » britannique. Faute de porte-avions et de divisions blindées, Londres avait misé sur la City et ses tentacules financiers pour maintenir son rang mondial.

La mise est perdue : l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais découvre le crépuscule.

https://h16free.com/2026/03/05/83661-ormuz-le-suicide-geopolitique-de-la-city
Natalia Routkevitch


La fin du MAGA ?

- 4/3/2026 - L’une des promesses principales du mouvement MAGA a été d’en finir avec l’interventionnisme néoconservateur, impopulaire auprès de la base électorale ayant voté pour Trump. La majorité des Américains sont isolationnistes : ils se désintéressent des affaires mondiales, désapprouvent les opérations coûteuses, longues et souvent inefficaces à l’étranger, et n’ont rien à faire des slogans « libérateurs » des néoconservateurs.
Or, depuis des décennies, la politique étrangère américaine est largement façonnée par des élites internationalistes et par des réseaux d’influence organisés, souvent liés à des diasporas, qui imposent leur vision à la majorité indifférente et réticente aux aventures internationales. Selon les critiques du néoconservatisme venant du camp réaliste ou paléo-conservateur, tels que Mearsheimer, Walt ou Buchanan, ces élites et réseaux d’influence sont motivés par des convictions idéologiques et parfois par des liens ou sentiments personnels envers certaines régions, notamment le Moyen-Orient ou la Russie.
Après le lancement de l’Epic Fury, les sondages et les discussions publiques montrent que de nombreux partisans du MAGA sont profondément déçus par leur champion. Manifestement, l’Iran ne présentait pas de menace vitale pour les États-Unis, était engagé dans des négociations et prêt à céder aux exigences américaines. Pourquoi Trump a-t-il trahi son engagement de mettre fin à l’interventionnisme néoconservateur ? Selon la majorité des commentateurs, le rôle des cadres et de l’État profond bien enraciné reste déterminant.
Sohrab Ahmari, rédacteur du magazine UnHerd, proche du mouvement MAGA et, particulièrement, de J.D. Vance, donne plusieurs explications de ce revirement qu’il déplore.

1. Les réalités du Parti Républicain

Malgré le basculement de la classe ouvrière et d’une partie des électeurs de la classe moyenne inférieure vers la droite dès 2016, les élites institutionnelles conservent leur orientation traditionnelle. Think tanks, experts de premier plan et sénateurs de la vieille garde – beaucoup ont plus de quatre-vingts ans – continuent d’imposer leur vision, comme si la politique était restée figée en 1983.
Il existe certes des partisans d’une politique étrangère moins expansionniste, qui voudraient déplacer l’attention de l’Europe et du Moyen-Orient vers la Chine, incluant une partie du Pentagone et des services de renseignement. Mais ces derniers, plus jeunes, sont peu influents face aux « faucons » proches du président.

2. Exploitation du mécontentement envers le libéralisme

Les faucons ont su tirer parti du mécontentement croissant envers les excès de l’idéologie libérale, tout en préservant l’essentiel de l’agenda international traditionnel des États-Unis. Ils ont ainsi canalisé cette colère vers des enjeux culturels ou symboliques, sans remettre en cause la logique interventionniste elle-même.
Beaucoup de leurs partisans s’en sont réjouis, croyant assister au retour d’une Amérique décomplexée et résolue. Pourtant, cette posture conduit souvent à soutenir exactement la politique étrangère que ces mêmes milieux dénonçaient encore quelques années plus tôt.
Comme l’a résumé avec ironie un commentateur désabusé :
« Heureusement que Pete Hegseth a purgé l’armée des transgenres, pour que des mecs blancs musclés puissent enfin aller changer le régime en Iran. »

3. Réinterprétation des guerres de changement de régime

Ces guerres sont désormais perçues comme de simples invasions sur le territoire d’un autre pays. L’erreur de l’ancien néoconservatisme ne résiderait pas dans sa portée globale ni dans son réflexe de « d’abord tirer, ensuite poser des questions », mais dans son « idéalisme » : croire naïvement pouvoir aider les peuples opprimés et construire des États. Dans la nouvelle logique, l’Amérique se contente de tout casser et laisse aux autres le soin de ramasser les morceaux.
Vance expliquait en 2024 que la nouvelle politique étrangère de Trump serait « un mélange de scepticisme extrême envers les interventions étrangères et d’une position extrêmement agressive en cas d’intervention réelle… Ne frappe pas souvent, mais frappe très fort. » Cette logique, qui semblait limiter l’intervention au sol, est vite devenue un prétexte pour des frappes fréquentes. Le « scepticisme extrême » a rapidement disparu : la deuxième administration Trump a déjà mené des interventions dans au moins sept pays.

4. La personnalité de Trump

Enfin, l’explication la plus simple réside peut-être dans Trump lui-même : il est le produit d’une génération qui se souvient du régime iranien à l’époque de la crise des otages de 1979 et de l’attentat contre les casernes de Beyrouth en 1983. La République islamique a mené, pendant près de cinq décennies, une guerre idéologique contre Israël et l’Occident.
Pour les jeunes Américains, Téhéran ne semble ni une menace ni une hantise ; mais ce ne sont pas eux qui déterminent aujourd’hui la politique étrangère. Trump, en tant que commandant en chef, se voit peut-être comme le vengeur de ces anciennes humiliations.
Reste à voir si les électeurs de 2026, et surtout ceux de 2028, jugeront que cette histoire de vengeance en valait la peine.

Régis de Castelnau
3/3/2026

Agression israélo-américaine : il ne sera pas possible de remettre le dentifrice dans le tube


Avantages de mon actuel décalage horaire qui me voit en avance de six heures sur celle de Paris. Je récupère donc à mon réveil les informations sur la guerre du Moyen-Orient et l’ouverture des réseaux sociaux m’envoie à la figure la stupidité du système français avec quand même ses évolutions et ses inflexions.

Concernant les affrontements, il est difficile d’échapper à deux constats : tout d’abord la violence de la réaction iranienne et les dégâts qu’elle occasionne tant sur le terrain que dans les têtes des dirigeants occidentaux. Grâce à une censure féroce, Israël arrive, comme en juin de l’année dernière, à masquer les dégâts occasionnés par les bombardements iraniens. Même si quelques vidéos passent au travers et démontrent que le tant vanté dôme de fer censé protéger Israël ne sert pas à grand-chose. En attendant, ainsi que le reconnaissent les témoins sur place, une partie significative de la population israélienne urbaine est enfermée sous terre. On saura plus tard les conséquences sur les infrastructures vitales au fonctionnement d’un État développé tel que l’est l’État hébreu. Qui avec les horreurs qu’il a fait subir à Gaza, et l’apartheid meurtrier qu’il inflige à la Cisjordanie avait déjà révélé sans fard sa terrible vérité politique. Mais va se dévoiler maintenant sa vulnérabilité stratégique, et par conséquent matérielle. Qui combinée avec le début d’exaspération d’une partie de la population américaine pour le soutien inconditionnel dont il bénéficie jusqu’à présent, va poser assez concrètement une question pourtant impensable en Occident depuis 80 ans, celle de la pérennité du projet sioniste.

Du côté des monarchies pétrolières, mises devant le fait accompli par les cinglés de Tel-Aviv et leur domestique américain, le chaos s’étend. Bases militaires, ambassades, et bases de la CIA attaquées, évacuées, voire détruites, navires bombardés et pour certains hors de combat, premiers cercueils recouverts de drapeaux américains qui rentrent, avions abattus, installations des supplétifs britanniques bombardées, détroit d’Ormuz fermé, augmentation du pétrole, diminution rapide et dramatique des munitions de défense aérienne américaines et israéliennes, populations chiites des pays arabes commençant à bouger, du point de vue des malades mentaux qui ont lancé cette opération, la situation semble vraiment leur échapper. Se déroulent pourtant tous les événements que les gens normaux avaient prévus. Que dire des premières réactions à cette agression qui constitue qu’on le veuille ou non, un « crime contre la paix » au regard du statut de Nuremberg ? Agression déclenchée (pour la deuxième fois) au moment même où les négociateurs américains et iraniens étaient en train de parvenir à un accord. Mesure-t-on le caractère ahurissant de cette duplicité criminelle du « camp du bien » ? Et aujourd’hui Marco Rubio secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique vient nous dire que ce sont les Israéliens qui les ont mis devant le fait accompli et qu’ils ont bien été obligés d’y aller ! Non mais pardon ? C’est donc le criminel Netanyahou et la bande de fanatiques qui l’entourent qui dirigent les USA ? Écoutons ce qu’en dit Douglas McGregor qui sait de quoi il parle. Ses prévisions ne sont pas brillantes.

Les premières réactions des élites occidentales à cette folie, ont été un nouveau révélateur de leur incompréhension radicale du monde tel qu’il est aujourd’hui. Comme les dirigeants européens, invoquant le droit international pour condamner les ripostes de l’État agressé sans dire un mot de l’agression elle-même ! Mais qui sont ces gens ?

On ne multipliera pas les exemples, en se contentant de cet extrait d’interview du ministre iranien des affaires étrangères par une grande chaîne US lui demandant comment son pays osait bombarder les bases militaires américaines. Les pauvres Français à qui l’on inflige un abruti halluciné comme ministre des affaires étrangères seront peut-être un peu envieux face à la qualité et à la maîtrise du ministre iranien (mais alors vous ne condamnez pas les mollahs ! Vous ne condamnez pas les mollahs ! Comme vous ne condamnez pas le Hamas !). Mais cette séquence raconte tout de l’incroyable force du sentiment de supériorité occidentale dans les têtes. « Nous vous bombardons, nous tuons vos écolières, nous assassinons votre chef religieux et vous osez riposter ? ». Mais en fait nous ne sommes pas très loin d’Emmanuel Macron devant le chaos créé par l’agression qu’il approuve, et disant tout d’un coup : « ah oui mais non, il y a une escalade, il faut qu’elle s’arrête ». Et que dire de la tête douloureusement surprise de Starmer apprenant le bombardement d’une base britannique utilisée par les Américains à Chypre.

Et pendant ce temps, le système médiatique français poursuit ses psalmodies ineptes et continue à jacasser sur la prochaine chute du « régime des mollahs ». Avec son lot de journalistes ignares et serviles à la manœuvre accompagnés de leur faux experts sortis de nulle part. Ceux-là il faudra attendre encore quelques temps avant qu’ils aient pris la mesure du bazar et de l’urgence qu’il y a pour les Occidentaux d’en sortir.

La présidence de Donald Trump est morte. Le reste de son mandat va être un long calvaire, à base de procédures d’impeachment que les démocrates ne lui épargneront sûrement pas, avant les procédures pénales qui arriveront après son départ de la Maison-Blanche. Si le New York Times s’inquiète du chaos, il veille soigneusement à pointer la responsabilité du Donald.

Et pendant ce temps, dans la coulisse, Chinois et Russes (surtout chinois, répartition des rôles oblige) poursuivent leur soutien intéressé et discret aux Iraniens. Sachant que pour les uns comme pour les autres ce pays est un des maillons essentiels du « Grand jeu » géostratégique qui s’est accéléré depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans l’accouchement du Nouveau Monde, les deux partenaires font preuve de prudence. Y compris quoi qu’on en pense ou en dise en ce qui concerne la Russie dans la conduite militaire de la guerre en Ukraine. Le chaos provoqué par la folie israélo-américaine peut avoir des conséquences financières et énergétiques considérables sur le plan mondial, que Chine et Russie veulent maîtriser. Par conséquent il ne devra pas durer. Le moment venu, les deux mastodontes joueront leur rôle pour trouver une solution et sortir de cette crise.

Mais de toute façon, cette sortie aura un coût considérable pour l’Occident en général et pour l’Hégémon en particulier. Celui d’une nouvelle défaite, mais directement humiliante cette fois, parce qu’accompagnée de l’évidence de son déclassement économique et militaire et par conséquent politique à l’échelle mondiale.

Autre évidence terriblement douloureuse pour cet Occident, celle de l’impasse dans laquelle est désormais enfermé le projet sioniste et dont il ne pourra pas, faute de marche arrière, se sortir.

En attendant…

Radu Portocala

- 5/3/2026 - Voilà un livre qui paraît avec 37 ans de retard… Curiosité explicable néanmoins.
Il a été écrit à l’automne 1989. Ceausescu était encore au pouvoir en Roumanie, et le pays était hermétiquement fermé. Les journalistes étrangers ne pouvaient plus s’y rendre et les informations avaient le plus grand mal à nous parvenir. Ces informations, pourtant, c’était mon travail de les trouver. J’était alors correspondant du service roumain de « La Voix de l’Amérique », la plus grande radio du monde, et je collaborais avec « Le Point ».
Ainsi, vers la fin de 1989 j’ai senti qu’il serait utile de rassembler ce que nous savions sur la Roumanie dans un livre. Il a été fini début décembre. Un éditeur parisien, et non des moindres, l’a accepté immédiatement. Il devait sortir en janvier 1990. Mais, entre-temps, Ceausescu a été renversé et mon livre, désormais dépourvu d’intérêt, n’est jamais paru.
En le relisant ces dernières semaines, je me suis rendu compte qu’il est, d’une certaine manière, imparfait. Ce n’est, cependant, qu’un livre de journaliste, écrit à une époque où s’informer était très difficile. L’imperfection n’est que la preuve de cette difficulté – et, en fin de compte, elle fait partie de la plaidoirie contre un régime infâme.
Je le publie maintenant pour trois raisons : d’abord, parce qu’il est écrit et je ne voudrais pas qu’il étouffe sous la poussière ; ensuite, parce qu’il faut rappeler certaines choses qui ont tendance à être oubliées ; enfin, parce qu’il me semble utile de déposer quelques arguments à ceux qui prétendent que l’époque était faste. Non, elle ne l’était pas !
P.S. Pour ceux qui seraient intéressés, il peut être acheté sur Amazon, mais aussi (en cas d’allergie à Amazon) il peut être commandé chez les libraires qui peuvent le commander sur leur site professionnel. S’ils refusent, ce n’est que par paresse…