Nath-Sakura Photographer
Vous êtes nombreux à commander mes livres chez votre libraire de quartier, dans l’idée de soutenir ce petit commerçant. Et je comprends votre démarche. Mais il est temps que je vous explique un peu le dessous des cartes.
Il faut distinguer deux types de libraires : ceux qui ont déjà mes ouvrages en rayon et ceux qui les commandent uniquement lorsque vous venez les réclamer.
Vous allez voir : la différence est considérable...
QUAND VOUS COMMANDEZ MON LIVRE CHEZ UN LIBRAIRE
Vous entrez dans une librairie et demandez l’un de mes ouvrages. Le libraire me contacte, je lui accorde une remise commerciale de 35 % (c'est la loi) et je prends également à ma charge les frais d’expédition.
Prenons un livre vendu 29 €, comme mon nouveau sur le Noir et blanc.
Voici comment se répartit l’argent :
- Marge commerciale brute du libraire : 10,15 €.
- Somme qui me revient avant frais : 18,85 €.
- Frais Colissimo : 10 €.
- Fabrication et emballage : environ 4 €.
- Ce qu’il me reste : 4,85 €.
Et sur ces 4,85 €, il faut encore financer la conception, le travail éditorial, la promotion, les investissements, les charges et ... me rémunérer.
Le libraire, lui, réalise une marge commerciale brute de 10,15 €. Certes, il doit payer ses charges, mais il n’a pris aucun risque d’invendu.
Il n’a ni découvert, ni conseillé, ni fait connaître mon livre. C’est VOUS qui saviez déjà ce que vous vouliez acheter.
Il intervient donc comme intermédiaire dans une vente déjà acquise, sans avoir contribué à la découverte de l’ouvrage.
Certaines librairies me commandent ainsi 50, parfois 100 livres par an, toujours à l’unité, parce que des lecteurs viennent les réclamer. Malgré cette demande régulière, elles ne prennent jamais l’initiative d’en conserver quelques exemplaires en rayon !
QUAND LE LIBRAIRE A DÉJÀ MES LIVRES EN RAYON
Là, tout change. Le libraire a découvert mon travail, choisi de proposer mes ouvrages, investi dans quelques exemplaires et accepté le risque de ne pas les vendre.
Il les expose, les conseille et participe à leur diffusion. Sa marge rémunère alors un véritable travail de sélection et de découverte.
C’est précisément ce que j’attends d’une librairie : connaître les livres, identifier les attentes des lecteurs, découvrir des auteurs et prendre des initiatives éditoriales. Pas simplement attendre qu’un client vienne lui indiquer ce qu’il doit commander !
QUI DÉCIDE DES LIVRES PRÉSENTS DANS LES RAYONNAGES ?
C’est ici que les choses deviennent intéressantes.
Le marché français du livre est fortement concentré autour de grands groupes disposant de puissants réseaux de diffusion-distribution, notamment Hachette et Editis.
Hachette appartient à la galaxie Lagardère, intégrée à Louis Hachette Group, dont Bolloré détient 30,4 % du capital. Editis appartient à Czech Media Invest, associé au milliardaire Daniel Křetínský.
Ces grands groupes disposent de représentants commerciaux, de réseaux logistiques et de moyens considérables pour proposer leurs catalogues aux libraires. C'est la raison pour laquelle vous trouve du Marc Lévy et du Guillaume Musso partout.
La concentration du secteur aboutit à un déséquilibre économique majeur. Les grands groupes organisent la diffusion de leurs ouvrages à grande échelle. Les petits éditeurs (comme les éditions Victoria que ma société contrôle), eux, financent et assurent seuls leur fabrication, leur stockage, leur promotion et leur expédition, sans aucune garantie de vente.
Et lorsqu'un lecteur découvre enfin mon travail, mon éditeur doit encore abandonner une part importante de sa marge à un intermédiaire qui a seulement été choisi parce qu'un client pense, en agissant ainsi, soutenir un libraire...
SOUTENIR LES LIBRAIRIES INDÉPENDANTES
On nous répète régulièrement qu'il faut soutenir les librairies indépendantes. Très bien. Mais pourquoi cette solidarité ne fonctionnerait-elle que dans un seul sens ?
Je ne reproche pas aux libraires de vendre Marc Levy, Dan Brown et les autres auteurs "populaires". Je leur reproche de privilégier essentiellement les ouvrages dont la notoriété garantit déjà une demande, tout en négligeant des petits auteurs indépendants dont leurs propres clients réclament pourtant régulièrement les livres.
Lorsqu'une librairie me commande 100 ouvrages par an, elle sait qu'il existe une clientèle. Pourquoi ne pas en proposer quelques-uns en rayon ?
Être indépendant ne devrait pas seulement signifier ne pas appartenir à une grande chaîne. Cela devrait aussi se traduire par une indépendance dans les choix éditoriaux et par une véritable curiosité envers les petites maisons d'édition.
Alors, si vous trouvez déjà mes livres dans une librairie, soutenez-la : elle participe réellement à leur diffusion. C'est un vrai bon libraire.
Mais si vous devez les commander spécialement, comprenez que l'économie de cette vente est complètement différente.
Dans le premier cas, le libraire vous fait découvrir mon travail. Dans le second, c'est vous qui le lui faite connaitre et lui faites gagner de l'argent sans qu'il ai remué un orteil pour ça.
Et ce n'est tout de même pas la même chose !