H16
29/6/2026
Canicule : on éteint nos réacteurs nucléaires et on rallume le gaz. Pour sauver l’environnement, bien sûr !
Il fait chaud, très chaud, si chaud que l’État, dans son onctueuse sagesse thermodynamique, a trouvé la parade imparable : éteindre les centrales qui produisent l’électricité dont nous avons besoin pour survivre à la canicule. Malin, non ?
Eh oui : lundi dernier, alors que les températures poussaient certaines écologistes hystériques à revenir sur leur fatwa anti-climatisation, EDF a été contraint de mettre à l’arrêt trois réacteurs nucléaires : Golfech d’abord, puis le Bugey et Nogent-sur-Seine le jeudi, pendant que Saint-Alban réduisait la voilure.
Officiellement, il s’agissait de parer à des « causes externes liées à l’environnement », c’est-à-dire que la Garonne, le Rhône et la Seine, qui sont utilisés pour refroidir ces réacteurs, sont jugés « trop chauds » pour être utilisés directement, car on redoute essentiellement que l’eau de refroidissement rejetée ne les réchauffe de quelques dixièmes de degré supplémentaires. L’horreur, quasiment l’écocide !
À Golfech, la Garonne ne doit pas franchir 28 °C après rejet ; à Nogent, l’écart entre l’amont et l’aval ne doit pas excéder 3 °C. Mais voilà, la règle est la règle et nous sommes en France : des réacteurs en parfait état de marche sont donc débranchés non par la panne ou la sécheresse, mais par l’arrêté réglementaire, ce qui donne l’occasion d’observer quelques prodiges.
Le premier prodige est celui du calendrier.
Ces arrêts surviennent précisément à l’instant où la France réclame le plus de courant, les quelques climatiseurs installés dans le pays tournant alors à plein régime. Fin mai, le mégawattheure s’échangeait autour de 85 euros. Le 23 juin, il frôlait les 280 euros, sommet inédit depuis l’été 2023, avant de grimper jusqu’à 433 euros le soir du 24, l’Allemagne culminant pour sa part à 615 euros. En somme, on retire du réseau l’énergie la plus abondante et la moins chère au moment exact où elle vaut de l’or. Un trader de génie n’aurait pas mieux orchestré la ruine du contribuable.
Le second prodige, plus savoureux, est que cette manœuvre prétendument environnementale, bio-compatible et écosourcée, aggrave le bilan carbone qu’on est pourtant censé réduire à tout prix : eh oui, puisqu’il faut bien combler le trou laissé par l’atome, on rallume le gaz. La part du nucléaire dans le mix est passée de 72 à 62 % ; celle du gaz a bondi de 1 à 6 %. Autrement dit, on coupe une production décarbonée pour brûler du méthane fossile, plus cher et autrement plus émetteur de CO₂, le tout au nom du climat.
L’écologie punitive nous impose avec décontraction le réacteur qui pollue lorsqu’il est à l’arrêt.
Mais le plus beau reste l’argument de fond, celui que nos régulateurs feignent d’ignorer : le réchauffement que la centrale inflige à son fleuve est marginal, transitoire, presque homéopathique, à côté de celui que le climat lui impose déjà.
Ainsi, une étude d’EDF a mesuré l’échauffement du Rhône entre 1920 et 2010 : +2,1 °C au niveau du Tricastin, indépendamment de tout rejet industriel, par le seul effet de l’évolution du climat et de l’ensoleillement estival. Le fleuve a donc déjà dépassé son seuil d’alerte naturel bien avant que le premier électron ne sorte du réacteur. Couper la centrale ne refroidit pas la Garonne d’un millième de degré ; cela coupe simplement le courant des Français et siphonne leur portefeuille.
Ici, on s’acharne sur le delta dérisoire de l’industriel en laissant le soleil chauffer l’eau en toute impunité. Vite, une pétition contre les rayons du soleil !
Quant à l’argument bancal qu’il faudrait protéger la faune, il ne résiste guère à l’analyse : en 2022, lors d’une canicule comparable, l’État accordait sans broncher des dérogations pour faire tourner les réacteurs malgré tout. Mais le dogme a depuis basculé : « anticiper plutôt que déroger », c’est-à-dire éteindre par précaution, avant même que le problème ne se pose, pour le seul plaisir d’avoir obéi au seuil et au dogme.
Le principe de précaution a fini par dévorer le principe de réalité.
Et pendant que l’on s’interdit d’exploiter à plein l’outil de production existant, on dépense des fortunes pour « s’adapter ».
Les pertes annuelles du parc pour raisons environnementales tournent historiquement autour de 0,3 %, une broutille à l’échelle de l’année, mais qui frappe pile au pire moment. Qu’à cela ne tienne : on chiffre déjà entre 15 et 20 milliards d’euros l’adaptation des trente-deux réacteurs les plus exposés, tandis que RTE et Enedis annoncent un plan de près de 190 milliards pour moderniser le réseau face « à la multiplication des canicules ».
L’État ponctionne donc à tour de bras pour s’adapter à un problème qu’il s’interdit lui-même de résoudre avec les moyens qu’il possède déjà. Ce serait absurde si ce schéma ne se répétait pas dans beaucoup d’autres domaines qui impose de se demander si l’on n’assite pas à une forme pas très subtile de sabotage par les normes et les incompétences empilées les unes sur les autres…
Au final, on se retrouve avec un seuil arbitraire, fixé par décret, érigé en dogme intangible, et appliqué avec une rigueur d’huissier au mépris total de la réalité du terrain. Peu importe que le fleuve chauffe déjà tout seul, peu importe que le gaz crache du carbone, peu importe que la facture triple : la norme a été respectée, l’écosystème administratif est sauf, lui, et c’est tout ce qui compte.
La magnifique pantalonnade thermique de cet été ne démontre rien d’autre que la vacuité absolue des objectifs écologiques arbitraires, détachés de toute contrainte concrète, posés par des gens qui n’ont jamais vu un réacteur ni payé une facture indexée.
On continue ainsi, dogme après dogme, demi-degré après demi-degré, à enfoncer le pays un peu plus loin dans l’absurde, à grands frais et pour rien.


















