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16 juin 2026

Gastel Etzwane
16/6/2026

Trump passe à l’Ukraine : la fin de la guerre ou le cauchemar européen ?

Alors que le conflit avec l’Iran vient de s’achever, Donald Trump tourne résolument son regard vers le dossier ukrainien. Fidèle à l’une de ses promesses les plus répétées durant la campagne présidentielle de 2024, mettre fin rapidement à cette guerre coûteuse, le président américain envoie ses deux principaux négociateurs, Steve Witkoff et Jared Kushner, à Moscou dans les prochains jours. Selon le Kremlin, ces visites visent à concrétiser un accord de cessez-le-feu, potentiellement sur la base d’un gel des lignes de front, d’une neutralité ukrainienne et d’une réduction drastique de l’aide occidentale.
Pour Trump, pragmatique et fidèle à sa doctrine de « l’Amérique d’abord », il s’agit de clore un chapitre ruineux pour les finances américaines et de passer à d’autres priorités. Mais pour les dirigeants d’Europe de l’Ouest, ce scénario ressemble à un drame stratégique et politique.

Un drame pour Paris, Berlin et Londres

En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, la guerre en Ukraine a servi depuis des années de diversion commode aux difficultés intérieures : crises économiques, tensions sociales, immigration incontrôlée, désindustrialisation et perte de confiance populaire. Les discours martiaux permanents (« jusqu’à la victoire », « pression maximale sur la Russie ») ont permis de fédérer, de justifier des dépenses colossales et de masquer l’impuissance face aux problèmes nationaux.
Un accord imposé par Trump briserait cette diversion. Sans « ennemi russe » à agiter quotidiennement, les dirigeants européens se retrouveraient face à leurs échecs domestiques. Le moment est particulièrement cruel pour Emmanuel Macron : alors qu’il invite des contingents ukrainiens à défiler ou parle d’accueillir des milliers de soldats ukrainiens en France dans le cadre d’une « coalition des volontaires », la réalité d’un accord russo-américain pourrait rendre ces gesticulations vaines.

Postures martiales, réalités cruelles : l’exemple du Groenland

L’histoire récente l’illustre parfaitement. Lors de la crise du Groenland en janvier 2026, Macron s’était mis en scène avec des lunettes de pilote inspirées du film Top Gun, multipliant les déclarations grandiloquente et creuses, les réceptions de représentants danois et groenlandais, et appelant à une « souveraineté européenne » face aux ambitions américaines. Plusieurs pays européens avaient même envoyé de minuscules contingents symboliques (quelques soldats par pays) pour des exercices arctiques, une opération largement moquée comme l’une des plus ridicules de ces dernières années.
Résultat ? Trump a obtenu un accord-cadre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, garantissant un accès renforcé américain au Groenland (bases, ressources, défense arctique) sans changement formel de souveraineté. Les grandes déclarations européennes se sont terminées par un alignement pragmatique. Comme souvent.
C’est le schéma récurrent : rhétorique flamboyante à Paris, Berlin ou Londres, suivie d’un écrasement devant les réalités du rapport de force avec Washington, quel que soit le locataire de la Maison Blanche.

L’autonomie stratégique : un slogan vide ?

Malgré les discours répétés sur la nécessité d’une « Europe puissance » indépendante des États-Unis, la réalité reste la même. L’OTAN demeure le seul cadre opérationnel sérieux, et le secrétaire général Mark Rutte incarne cette soumission instinctive. Face à un Trump déterminé à négocier directement avec Moscou, les Européens risquent une nouvelle fois de devoir s’adapter publiquement (« nous soutenons la paix ») tout en ruminant en privé une nouvelle humiliation géopolitique.
Pour les dirigeants ouest-européens, la fin (ou le gel) du conflit ukrainien sous égide américaine ne serait pas seulement une défaite stratégique : ce serait la fin d’une longue diversion qui leur a permis de survivre politiquement. Le retour brutal aux réalités intérieures pourrait s’avérer explosif.
L’avenir dira si Trump réussit là où d’autres ont échoué. Mais une chose est sûre : l’Europe de l’Ouest, une fois de plus, risque de devoir composer avec une décision prise sans elle.


15 juin 2026

Vincent Verschoore
14/6/2026


La destruction systématique de Gaza et du Liban, telle que l'analyse le journaliste Chris Hedges dans son discours de Princeton en mars 2026, ne constitue pas une simple guerre asymétrique, mais l'inauguration d'un « nouvel ordre mondial » où la barbarie technologiquement avancée se substitue au droit international. Derrière l'opération militaire israélienne se profile une mutation civilisationnelle : l'abolition des règles pour les puissants, libres d'assouvir leurs pulsions prédatrices, tandis que les faibles demeurent astreints à une obéissance sans recours.
L'assaut contre Gaza et le Liban-sud révèle l'implosion de l'architecture normative post-1945. L'ONU a été « castrée », transformée en « appendice inutile d'une autre époque ». La Cour internationale de justice voit ses décisions bafouées sans réaction occidentale. Le Liban, qui abritait déjà la plus forte concentration de réfugiés par habitant, a vu plus d'un million de personnes déplacées en quelques semaines, selon la BBC. Cette saturation de bombes au Sud-Liban reprend le « modèle de Gaza », un « plan de destruction réutilisé comme voie vers la paix ». L'ironie révèle la perversion sémantique : la destruction devient créatrice, le génocide se présente comme libération.
Cette impunité structurelle résulte d'un choix politique délibéré. Les États-Unis et l'Europe financent et arment Israël pendant ses crimes de guerre, ce qui « a effectivement fait imploser l'ordre juridique international ». L'Occident ne peut plus prêcher la démocratie : « la ruse est terminée ». Le droit n'est plus contrainte universelle mais instrument sélectif, brandi contre les ennemis et rangé pour les alliés. Le sionisme fonctionne comme laboratoire où se testent les limites de l'impunité acceptable par les démocraties libérales.
L'impulsion génocidaire « gisait au cœur du projet sioniste depuis ses origines ». Victor Klemperer, survivant sous le nazisme, notait que les sionistes, avec leur « reniflement après le sang », étaient « tout aussi offensants que les nazis ». Cette filiation repose sur l'ethnonationalisme, la terre comme propriété exclusive d'un groupe défini par le sang, et l'exclusion de l'Autre comme sous-humain.
Le mouvement de Meir Kahane, dont les slogans « Mort aux Arabes » ont infusé la société israélienne, illustre cette dérive. Le massacre de la mosquée Ibrahimi en 1994 par Baruch Goldstein n'a pas provoqué d'exclusion morale. Au contraire, le kahanisme « a infecté des segments de plus en plus larges de la société israélienne », trouvant « une acceptation quasi universelle après le 7 octobre ». Benjamin Netanyahu a cultivé ces extrémistes durant toute sa carrière. Son père, qualifié par Mussolini de « bon fasciste », appartenait au Herut, décrit par Einstein et Arendt comme proche des partis nazis.
Cette idéologie du « sang et du sol » juif fonctionne comme le miroir des projets ethnonationalistes occidentaux. L'extrême droite admire Israël parce qu'il a « tourné le dos au droit humanitaire » et utilise « la force létale indiscriminée pour purger sa société de contaminants humains ». Israël devient le modèle de l'État ethnique que rêvent les droitistes occidentaux.
Le mécanisme le plus insidieux réside dans le détournement de la Shoah comme instrument de légitimation. Les institutions mémorielles sont devenues des « véhicules non pour prévenir le génocide mais pour le perpétrer ». Le musée de l'Holocauste à Los Angeles a supprimé un post affirmant que « Plus jamais ne peut signifier plus jamais pour les Juifs seuls ». Dans les mains des sionistes, « plus jamais » signifie précisément cela : jamais plus, uniquement pour les Juifs.
Cette sacralisation confère une immunité morale totale. « Tout crime commis par Israël au nom de sa survie est justifié au nom de cette unicité. Il n'y a pas de limites. » Le monde devient manichéen, un combat éternel contre le nazisme dont la définition fluctue selon la cible. Contester cette fureur, c'est être antisémite. Cette formule sert non seulement Israël, mais aussi les puissances coloniales qui cherchent à occulter leurs propres génocides.
L'historien israélien Raz Segal a payé cher son intégrité. Après avoir qualifié la guerre à Gaza de « cas d'école de génocide », son poste à l'université du Minnesota a été révoqué. Lorsqu'il a témoigné contre la définition IHRA de l'antisémitisme, son micro a été coupé. « Nous arguions que ce projet restreindrait la liberté d'expression, tandis qu'on nous refusait cette même liberté en temps réel. »
Ce nouvel ordre se caractérise par une barbarie inédite : technologies de destruction massive au service d'une pulsion prédatrice décomplexée. Gaza est devenu un « laboratoire » où se testent drones et algorithmes de ciblage. Cette « barbarie technologiquement avancée » est calculée, bureaucratisée. Les massacres sont commis depuis des bureaux climatisés, les ministres justifiant l'indéfendable en conférence de presse.
Les élites mondiales exhibent les traits de la psychopathie : « charme superficiel, grandiosité, penchant pour le mensonge et incapacité à éprouver le remords ». Elles méprisent l'empathie comme faiblesse. Cette pathologie explique l'absence de réaction face aux horreurs de Gaza : les dirigeants occidentaux ne sont pas simplement complices, ils sont identiques dans leur mode de relation au monde. La destruction de populations devient un « ajustement malthusien mondial », selon Arjun Appadurai, « orienté vers la préparation du monde pour les gagnants de la mondialisation, moins le bruit gênant de ses perdants ».
Le New York Times a demandé à ses journalistes d'éviter les termes « camps de réfugiés », « territoire occupé » et « génocide » pour Gaza. Ceux qui dénoncent ce mal sont diffamés, purgés, arrêtés. Un silence mortifère s'abat, « le silence de tous les États autoritaires ».
Gaza et le Liban ne sont pas des épisodes régionaux isolés. Ils constituent le symptôme d'une transformation globale où le droit, la morale humaniste et les institutions démocratiques sont démantelés. Le sionisme dominant apparaît comme le fer de lance de cette régression : il démontre qu'un État peut commettre un génocide en direct, financé et armé par les grandes démocraties, sans que l'indignation se traduise en action.
James Baldwin avait prédit cette « terrible probabilité » : les populations occidentales, « luttant pour conserver ce qu'elles ont volé », précipiteraient « un chaos à travers le monde ».
Ce nouvel ordre n'est pas une Pax Americana renouvelée, mais un système où les puissants règnent sans partage, où la violence est le seul langage reconnu, où les faibles n'ont plus d'autre choix que l'obstruction ou la reddition. « Gaza n'est que le début », conclut Hedges. L'avenir dépend de notre capacité à résister à cette normalisation de la barbarie avant qu'elle ne consume ce qui subsiste de notre âme collective.
Gabriel Nerciat
15/6/2026

UN GRAND JOUR


La Providence n'est pas perceptible lorsque le Mal est vaincu (il ne l'est jamais que partiellement) ; elle le devient – aurait dit Hegel après Bossuet – lorsque l'Histoire détruit sans pitié toutes les aventures irrationnelles ou délirantes qui prétendaient en révéler le sens supérieur ou immanent.
Si Netanyahou n'était qu'un barbare, sa défaite intégrale face à l'Iran – aujourd'hui actée par les Etats-Unis qu'il a entraînés dans cette guerre fatale – serait cruelle mais pas irrémédiable (il a cru pertinent il y a peu d'opposer Gengis Khan à Jésus-Christ, mais l'empereur mongol savait qu'il accomplissait la ruine des mondes civilisés d'alors et des grandes religions traditionnelles dominantes).
C'est parce que Bibi croit défendre la civilisation occidentale que lui (et ses partisans) sont aujourd'hui défaits sans retour.
On peut pardonner les crimes d'un barbare ou à défaut les oublier ; on ne pardonnera jamais les meurtres de masse accomplis au nom d'un ordre qui nous engage, à partir du moment où celui qui les a commis est vaincu.
Hier dimanche 14 juin 2026 fut une journée aussi importante que celle de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989.
Elle a marqué la mort définitive de l'ordre hégémonique américain, l'entrée en agonie de l'État sioniste (dont cette génération verra la fin comme la précédente a vu celle de l'empire soviétique), la dislocation des hérésies messianiques qui les soutenaient l'un et l'autre, et la résurrection d'une nouvelle puissance mondiale venue de la nuit des âges : l'empire perse de Cyrus le Grand, régénéré par la version révolutionnaire de l'islam chiite duodécimain, ainsi que par le patriotisme civique de son exceptionnelle élite militaire.
La République d'Iran a mérité sa victoire : elle a défait la coalition militaire la plus importante de l'époque contemporaine, ridiculisé ses alliés serviles, et porte une part de la noblesse du monde.
Pour un peu, j'aurais embrassé Trump pour lui fêter un heureux anniversaire, alors que dans ma jeunesse khâgneuse j'avoue que je n'avais aucune envie d'embrasser Gorbatchev lorsque j'ai vu Rostropovitch jouer gravement du violoncelle au coeur de Berlin.
Alice Jaulin
Fréquence Populaire Média

Le féminisme, une vieille idée neuve

- 12/6/2026 - Le féminisme fait peur. Il divise, il agace. Le féminisme désigne pourtant une idée simple : l'égalité des droits entre les femmes et les hommes. Pas la supériorité des unes sur les autres, pas une guerre des sexes, simplement une égalité.


Les droits des femmes en France, une histoire récente

Pour mesurer le chemin parcouru par le féminisme en France, il suffit de remonter d'un siècle, à peine deux ou trois générations, pour trouver un cadre juridique où les droits des femmes n'existent, pour l'essentiel, pas. Le Code civil de 1804, promulgué par Napoléon Bonaparte, classe explicitement les femmes mariées dans la même catégorie juridique que les mineurs, les criminels et les débiles mentaux. C'est l'article 1124, formulé sans ambiguïté. Concrètement, une femme mariée ne peut ni signer un contrat, ni gérer ses propres biens, ni ouvrir un compte en banque, ni témoigner en justice sans l'autorisation de son mari. Cette incapacité juridique totale ne sera levée, partiellement, qu'en 1938. Il faudra attendre 1965 pour qu'une femme puisse ouvrir un compte en banque ou exercer une profession sans le consentement de son époux.

Code civil français de 1804 - sous Napoléon

Ce même Code civil est tout aussi explicite sur l'adultère. Le mari peut demander le divorce pour n'importe quel adultère de sa femme. La femme, elle, ne peut invoquer l'adultère de son mari comme motif de divorce uniquement s’il a hébergé sa maîtresse sous le toit conjugal. La loi ignore donc entièrement les liaisons extérieures du mari. Pour la femme adultère, en revanche, le Code pénal de 1810 prévoit une peine d'emprisonnement de trois mois à deux ans. Ce même texte précise qu'un mari surprenant sa femme en flagrant délit d'adultère peut la tuer en bénéficiant de circonstances atténuantes. Ce n'est qu'en 1884, avec la loi Naquet, que l'adultère des deux époux devient un motif de divorce équivalent. L'adultère ne sera entièrement dépénalisé qu'en 1975.

Cette inégalité de traitement s'étend jusqu'au droit politique. La France se présente volontiers comme le berceau de la démocratie moderne, mais lorsque la Révolution proclame le suffrage universel en 1792, il est masculin, ce qui constitue une contradiction dans les termes. Les femmes françaises attendent 1944 pour obtenir le droit de vote, soit 155 ans après la Révolution. La Nouvelle-Zélande l'avait accordé en 1893, l'Australie en 1902, la Finlande en 1906. Le Sénat français a bloqué à plusieurs reprises des propositions de loi en ce sens, notamment en 1922 et en 1932, certains sénateurs arguant ouvertement que les femmes, trop influencées par l'Église, ne voteraient pas dans le bon sens.

Manifestation des sufragettes

Le droit à disposer de son propre corps suit la même trajectoire. En 1920, la contraception est interdite en France : la vente, la publicité et la simple diffusion d'informations sur les méthodes contraceptives sont passibles d'amendes et de prison. Cette loi ne sera abrogée qu'en 1967, par la loi Neuwirth. L'avortement, lui, est criminalisé bien avant. En 1942, sous le régime de Vichy, il est érigé en crime contre la sûreté de l'État, passible de la peine de mort. Marie-Louise Giraud, 39 ans, habitant la région de Cherbourg, est guillotinée le 30 juillet 1943 pour avoir pratiqué 27 avortements clandestins. Il faudra attendre 1975 pour que Simone Veil fasse adopter la loi dépénalisant l'IVG, dans un hémicycle où elle essuie des attaques d'une violence rare, certains députés allant jusqu'à lui brandir l'image des fours crématoires. En 2022, le délai légal est porté à 14 semaines. En 2024, la France devient le premier pays au monde à inscrire ce droit dans sa Constitution.

Reste une question que beaucoup ignorent : jusqu'en 1990, la notion de viol conjugal n'existe pas dans la jurisprudence française. La notion de «devoir conjugal», qui est l'obligation implicite pour une femme d'accepter les rapports sexuels avec son mari, est une réalité juridique autant que culturelle. Le mariage vaut consentement permanent. C'est un arrêt de la Cour de cassation du 5 septembre 1990 qui reconnaît pour la première fois le viol entre époux comme un crime. En 2006, le Code pénal l'inscrit explicitement comme circonstance aggravante. En 2010 seulement, la présomption de consentement entre époux est définitivement supprimée. Cependant, même si ces avancées juridiques sont réelles, elles ne signifient pas pour autant que l'égalité est atteinte. Entre le droit inscrit dans les textes et la réalité vécue au quotidien, l'écart reste considérable et les chiffres, issus des institutions officielles elles-mêmes, ne laissent guère de place à l'interprétation.

Des inégalités qui résistent

Le plus immédiat est peut-être l'écart salarial. Selon les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiées en 2024, les femmes gagnent en moyenne 21,8 % de moins que les hommes dans le secteur privé. Cet écart se réduit si l'on compare les temps de travail à volume équivalent : il tombe alors à 14 %. À poste strictement identique, il descend à 3,6 %. Mais cette dernière mesure ne concerne que 25 % du secteur privé, et ne capture ni la ségrégation professionnelle ni les effets du temps partiel subi. Car le temps partiel est lui-même genré, puisque 30 % des femmes travaillent à temps partiel, contre 8 % des hommes. Surtout, l'arrivée d'un enfant creuse les inégalités de façon spectaculaire, et à partir du troisième enfant, l'écart salarial en équivalent temps plein atteint 43 %, selon une étude de l'INSEE de mars 2024. Au rythme actuel de réduction de cet écart, il faudrait environ cinquante ans pour atteindre la parité salariale complète.

Cette inégalité économique s'alimente directement d'une inégalité domestique que les enquêtes documentent depuis des décennies sans que la tendance se soit fondamentalement inversée. Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) publiée en 2024, 54 % des femmes déclarent prendre majoritairement en charge les tâches ménagères dans leur couple, contre 7 % des hommes. Une enquête menée par le Centre d'études démographiques de Barcelone auprès de 74 000 couples hétérosexuels dans quinze pays européens place la France dans une situation préoccupante, les femmes y consacrant en moyenne 206 minutes par jour aux tâches domestiques contre 111 minutes pour les hommes. Ce travail non rémunéré qui comprend courses, ménage, linge, organisation du quotidien, gestion des rendez-vous médicaux des enfants ne figure dans aucun indicateur économique, mais il pèse directement sur les carrières, les disponibilités et les retraites. Selon la Fondation des femmes, 60 % des aidants salariés, ceux qui s'occupent d'un proche handicapé ou vieillissant sans rémunération, sont des femmes.

Sur le plan politique, la France n'a pas encore atteint la parité. Aux législatives de juin 2024, 36 % des députés élus étaient des femmes, soit une baisse pour la deuxième élection consécutive depuis le pic de 39 % atteint en 2017. Pour la première fois depuis cinquante ans, l'Assemblée nationale compte proportionnellement moins de femmes que le Sénat. En comparaison européenne, la France se situe derrière la Suède (45,6 %), la Finlande (45,5 %), le Danemark (44,7 %) ou l'Espagne (43,7 %). Vingt-cinq ans après la loi sur la parité, les femmes représentent encore moins d'un tiers des maires et moins d'un quart des présidents de conseils départementaux.

Les violences conjugales constituent l'aspect le plus direct de ces inégalités persistantes. En 2024, selon les données du ministère de l'Intérieur, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France. Depuis que ce décompte a été mis en place en 2006, le chiffre annuel oscille entre 110 et 150 sans connaître de baisse structurelle significative, malgré les dispositifs successifs mis en place au fil des années, comme les ordonnances de protection, le téléphone grave danger, le bracelet anti-rapprochement ou le Grenelle des violences conjugales de 2019. Au 7 juin 2026, le collectif #NousToutes recensait déjà 67 féminicides depuis le début de l'année selon leur décompte, qui s'appuie sur une définition large incluant tout meurtre ou suicide forcé d'une femme en raison de son genre. Au 31 décembre 2025, ce même collectif recensait 164 féminicides sur l'année, un chiffre qui a depuis été porté à 170 au fil des actualisations du décompte. L'absence d'un outil public de recensement exhaustif et harmonisé des féminicides, pointée en janvier 2026 dans une question parlementaire adressée au ministre de la Justice, illustre à elle seule l'écart entre l'ampleur du phénomène et la réponse institutionnelle qui lui est apportée.

Collage féministe à Marseille

Derrière les meurtres, il y a les plaintes et leur traitement révèle une autre réalité. Seulement 16 % des victimes de violences conjugales portent plainte, selon les données du ministère. Parmi celles qui franchissent ce pas, une étude publiée en décembre 2025 par les ministères de l'Intérieur et de la Justice, portant sur près de 800 000 affaires entre 2018 et 2023, révèle que 42 % des plaintes sont classées sans suite, contre 34 % en 2017. Pour les viols et tentatives de viol, le taux de poursuites tombe à environ un tiers. Pour les violences psychologiques et verbales, il descend à 19 %. Ces chiffres reflètent en partie la difficulté à réunir des preuves pour des faits anciens ou des violences sans traces matérielles. Ils traduisent aussi un écart persistant entre le volume de signalements et les moyens consacrés à les traiter. Les associations estiment à 2,6 milliards d'euros par an le budget nécessaire pour une politique efficace de prévention et de protection. En 2023, l'État y a consacré environ 184 millions d'euros. Ces inégalités ne sont pas une exception française mais elles s'inscrivent dans un tableau mondial où la condition des femmes, loin de progresser uniformément, connaît dans de nombreux pays des reculs profonds et documentés.

Des droits restreints à travers le monde

Les inégalités décrites dans les parties précédentes peuvent, pour certaines, sembler abstraites ou progressivement réductibles dans un pays comme la France. Mais le féminisme n'est pas un mouvement à géographie variable, et les droits des femmes ne s'arrêtent pas aux frontières. Ce que vivent des millions de femmes ailleurs dans le monde rappelle, avec une brutalité que les chiffres peinent à contenir, pourquoi ce combat reste fondamentalement inachevé.

L'Afghanistan constitue aujourd'hui le cas le plus documenté de régression systématique des droits des femmes. Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, les autorités ont adopté plus de cent décrets restreignant la vie des femmes et des filles dans presque tous ses aspects. Les filles n'ont plus accès à l'enseignement secondaire ni aux universités. L'Afghanistan est, selon Human Rights Watch, le seul pays au monde à maintenir une telle interdiction. Depuis septembre 2021, plus d'un million de filles ont été privées de leur droit à l'éducation au-delà du primaire. Si cette interdiction se maintient jusqu'en 2030, ce sont plus de deux millions de filles qui en seront exclues, selon une analyse de l'UNICEF publiée en avril 2026. Les femmes ne peuvent pas travailler dans la plupart des secteurs, ni sortir sans tuteur masculin, ni parler en public, ni se faire soigner par un médecin de sexe masculin. Les parcs, les restaurants, les salons de beauté leur sont interdits. En 2024, une loi intitulée «loi sur la promotion de la vertu et la prévention du vice» a franchi un nouveau seuil. Elle interdit aux femmes de faire entendre leur voix en dehors de leur domicile, confie à une force de plus de 3 300 hommes l'application de ces règles, et transforme voisins, parents et commerçants en agents de surveillance. Depuis la même année, les femmes afghanes peuvent être flagellées ou lapidées en public pour non-respect du code vestimentaire ou pour avoir effectué des achats sans tuteur.

Women in burqa with their children in Herat, Afghanistan

En janvier 2026, le chef suprême des talibans a promulgué un nouveau Code pénal de 119 articles qui est allé encore plus loin. L'article 32 de ce texte autorise explicitement le mari à infliger à son épouse des «sanctions dites discrétionnaires», c'est-à-dire des coups, à condition qu'ils ne lui brisent pas les os et ne causent pas de plaies ouvertes visibles. En cas de violence jugée grave, la peine maximale encourue par le mari est de 15 jours de détention. Le même code, dans son article 70, prévoit jusqu'à 5 mois de prison pour l'organisation de combats d'animaux, une peine dix fois plus lourde. La représentante spéciale d'ONU Femmes en Afghanistan, Susan Ferguson, a déclaré que ce texte «place les maris en position d'autorité sur leurs épouses et limite la capacité des femmes à chercher protection ou justice.»

Car porter plainte relève de l'impossible pratique. Pour comparaître devant un juge, une femme doit être accompagnée d'un tuteur masculin, qui est, dans la majorité des cas, son mari, c'est-à-dire l'auteur présumé des violences. Si elle tente de se réfugier chez ses parents sans l'autorisation de son époux, c'est elle qui devient criminelle. Le même code prévoit trois mois de prison pour la femme qui fait ce choix, ainsi que pour les membres de sa famille qui l'auraient hébergée. Le Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan a qualifié ce système d'«institutionnalisé», caractérisé par une discrimination, une ségrégation et une persécution fondées sur le genre. Selon ONU Femmes, l'exclusion massive des femmes et des filles coûtera au pays environ 920 millions de dollars entre 2024 et 2026, tandis que les projections font état d'une hausse de 25 % des mariages précoces, de 45 % des grossesses adolescentes et de 50 % de la mortalité maternelle d'ici 2026.

En Iran, la situation suit une autre trajectoire, celle d'une répression qui s'intensifie en réponse directe à la résistance des femmes. En septembre 2022, la mort de Mahsa Amini en détention, arrêtée par la police des mœurs pour port du voile jugé non conforme, a déclenché un soulèvement de plusieurs mois sous le mot d'ordre «Femme, Vie, Liberté». La réponse des autorités a été d'abord la répression dans le sang, puis un renforcement législatif. En décembre 2024, la «Loi sur la protection de la famille par la promotion de la culture de la chasteté et du hidjab» est entrée en vigueur. Composée de 74 articles, elle prévoit la peine de mort, la flagellation, des amendes exorbitantes, de lourdes peines d'emprisonnement ainsi que des restrictions à l'éducation et à l'emploi pour les femmes qui contestent le port obligatoire du voile. Amnesty International a qualifié cette loi de «dangereuse escalade». En mars 2025, un chanteur a été condamné à 74 coups de fouet pour avoir composé une chanson commémorant le premier anniversaire du soulèvement. Des journalistes ont été arrêtées pour ne pas avoir porté le voile lors d'un événement médiatique. Des militantes kurdes ont été interpellées pour avoir participé à des événements à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes. La mission indépendante d'établissement des faits de l'ONU a estimé, dans son rapport de mars 2024, que les autorités iraniennes ont commis le crime contre l'humanité de persécution fondée sur le genre.

A protest against mandatory hijab in Iran

Ces deux exemples ne sont pas des cas isolés. Selon les données d'ONU Femmes, en 2024, environ 50 000 femmes et filles ont été tuées dans le monde par leur partenaire intime ou un membre de leur famille, soit 60 % des quelque 83 300 femmes tuées intentionnellement cette année-là. Les mutilations génitales féminines touchent, selon les estimations révisées de l'UNICEF en 2024, plus de 230 millions de femmes et de filles dans 30 pays d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie, un chiffre en hausse de 15 % par rapport aux données d'il y a huit ans. Chaque année, 4 millions de filles subissent cette pratique, dont plus de 2 millions ont moins de cinq ans. En Gambie, les députés ont voté en mars 2024, à une large majorité, en faveur d'un projet de loi visant à lever l'interdiction des mutilations génitales féminines en vigueur depuis 2015, un recul explicite dans un pays où plus de 70 % des femmes et filles de 15 à 49 ans ont déjà été concernées.

En Inde, le viol conjugal n'est toujours pas reconnu comme un crime. Une étude statistique internationale estime que seulement 1 % des victimes de violences sexuelles y déposent plainte, tandis que le nombre de victimes pour la seule tranche des 25-49 ans était estimé à 27,5 millions en 2012, contre 21 655 cas officiellement déclarés la même année. L'écart entre la réalité des violences et leur traitement judiciaire y est donc d'une ampleur qui écrase toute comparaison.

Ce panorama ne vise pas à relativiser les inégalités qui persistent en France ou en Europe occidentale. Il rappelle que les droits des femmes forment un continuum, et que les reculs à Kaboul, à Téhéran ou ailleurs ne sont pas sans lien avec les dynamiques qui traversent l'ensemble des sociétés, y compris les plus démocratiques. C'est d'ailleurs ce que montrent certaines évolutions récentes dans des pays qui se posaient en modèles.

Les démocraties occidentales : des reculs qui interrogent

Ce tableau mondial pourrait laisser croire que les reculs concernent uniquement des régimes autoritaires ou des pays en développement. Ce n'est pas le cas. Plusieurs démocraties occidentales, présentées depuis des décennies comme des modèles en matière de droits, ont ces dernières années fait marche arrière sur des acquis qui semblaient pourtant consolidés.

L'exemple américain est le plus documenté. Pendant près de cinquante ans, l'arrêt Roe v. Wade de 1973 avait établi que le droit à la vie privée garanti par le 14e amendement de la Constitution protégeait la décision d'une femme d'interrompre sa grossesse. Le 24 juin 2022, la Cour suprême a annulé cet arrêt par la décision Dobbs, renvoyant à chaque État le pouvoir de légiférer sur le sujet. En moins de deux ans, quatorze États ont interdit l'avortement dans la quasi-totalité des cas, et sept autres l'ont restreint sévèrement en deçà de six ou douze semaines de grossesse, soit avant même que de nombreuses femmes aient connaissance de leur grossesse. Ces restrictions s'appliquent dans certains cas sans exception pour le viol ou l'inceste. Selon les experts de l'ONU, des millions de femmes et de filles ont subi une détérioration de l'accès aux soins de santé reproductive depuis cette décision. Les conséquences sont déjà mortelles. En août 2022, Amber Thurman, 28 ans, est décédée en Géorgie après n'avoir pas été prise en charge à temps à la suite d'un avortement incomplet, dans un État où les médecins craignaient des poursuites pénales. Le Parlement européen a estimé que cette décision pourrait encourager des mouvements similaires dans d'autres pays, au moment où plus de soixante États avaient pourtant assoupli leurs législations sur l'avortement au cours des décennies précédentes.

Manifestation pour l'avortement aux Etats-Unis

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, le recul s'est étendu au-delà de l'avortement. Plusieurs agences fédérales ont reçu des directives visant à supprimer les termes «égalité des genres», «antiracisme» ou «inclusion» des documents officiels et des sites gouvernementaux. Les programmes de diversité, d'équité et d'inclusion ont été démantelés dans l'ensemble des agences fédérales. Le ministère de l'Éducation a revu ses positions sur la protection des droits des étudiantes contre les discriminations. Ces mesures s'inscrivent dans un cadre idéologique plus large : en septembre 2025, lors d'une conférence de la Heritage Foundation à Washington, l'organisation qui a rédigé le Project 2025, une intervenante a soutenu que «la Grande Féminisation» des États-Unis depuis 1970, soit l'accession des femmes à des professions auparavant masculines, serait la cause principale de l'essoufflement du modèle américain.

En Pologne, le recul s'est opéré plus tôt et de façon encore plus directe. En octobre 2020, le Tribunal constitutionnel a déclaré inconstitutionnel l'avortement en cas de malformation grave du fœtus, qui représentait alors 98 % des avortements légaux pratiqués dans le pays. La loi n'autorise désormais l'interruption de grossesse que lorsque la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste, ou lorsque la vie de la femme est en danger. Dans la pratique, selon Amnesty International, même ces cas restent quasi inaccessibles, les médecins craignant des poursuites. Toute personne aidant une femme à avorter en dehors de ces deux motifs risque jusqu'à trois ans d'emprisonnement. Les conséquences ont été documentées et nommées. Le 22 septembre 2021, Izabela, 30 ans, mère d'une fille de 9 ans, est décédée dans un hôpital du sud de la Pologne. Les médecins avaient attendu la mort du fœtus, atteint d'une malformation, avant d'intervenir. Elle est morte d'un choc septique. Depuis, au moins six femmes sont décédées dans des circonstances similaires selon les données compilées par les organisations de défense des droits reproductifs. En juillet 2024, une proposition de loi visant à dépénaliser partiellement l'avortement a été rejetée au Parlement à trois voix près, 218 contre, 215 pour. Le Premier ministre Donald Tusk a déclaré en août 2024 qu'aucune réforme ne serait possible avant les prochaines élections, soit au moins trois ans d'attente supplémentaire.

Manifestation contre la restriction de l'avortement à Cracovie, octobre 2020

En Hongrie, la démarche est différente mais suit une logique parallèle. Le gouvernement de Viktor Orbán n'a pas interdit l'avortement, mais a construit depuis 2010 un cadre juridique et idéologique qui place la femme avant tout comme mère au service de la nation. La Constitution de 2012 inscrit «la vie du fœtus dès sa conception» dans la loi fondamentale. En septembre 2022, un décret a imposé aux femmes souhaitant avorter d'écouter les battements de cœur du fœtus avant de confirmer leur décision. La politique nataliste du gouvernement comprend des exonérations fiscales à vie pour les mères de deux enfants et plus, des prêts immobiliers conditionnés à la naissance de trois enfants et la nationalisation des cliniques de procréation médicalement assistée. Elle s'inscrit dans un discours où, selon les termes mêmes d'Orbán, «nous voulons des enfants hongrois, l'immigration est une capitulation». Le résultat est un cadre où la maternité n'est plus un choix parmi d'autres mais une mission nationale, soutenue par des incitations financières massives et une rhétorique identitaire. Le corps des femmes y est pensé avant tout comme un outil démographique, leur destin social étant orienté dès le départ vers la maternité plutôt que vers l'autonomie.

Ces reculs ne sont pas le fait de régimes extérieurs à la sphère démocratique occidentale. Ils se produisent au sein de l'Union européenne pour deux d'entre eux, et dans le pays qui fut longtemps la première puissance mondiale. Qu'il s'agisse d'une décision judiciaire, d'une loi, d'un décret ou d'un amendement constitutionnel, ils aboutissent à un même résultat. Des droits que leurs bénéficiaires pensaient définitivement établis ont reculé, parfois jusqu'à disparaître.

La manosphère, du discours à la violence

Les reculs législatifs décrits jusqu'ici s'inscrivent dans un contexte culturel plus large, dont une partie se joue désormais en ligne. Internet n'est pas seulement un espace de diffusion d'idées. C'est devenu un terrain de radicalisation documenté, où des discours de domination masculine trouvent des audiences massives, notamment auprès des adolescents.

En mars 2025, une enquête de CNN révèle l'existence de plusieurs plateformes en ligne où des hommes s'échangent des conseils pour droguer et violer leur conjointe, qualifiant le phénomène d'«académie mondiale du viol». L'une d'elles, Motherless, héberge plus de 20 000 vidéos dans une catégorie dédiée aux femmes endormies ou droguées à leur insu, et enregistre plus de 62 millions de visites mensuelles. La France en est le quatrième pays consommateur. Interpellé à l'Assemblée nationale, le gouvernement annonce des signalements auprès du procureur de la République, de Pharos, la plateforme gouvernementale permettant de signaler des contenus illicites sur internet, et de l'Arcom, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique chargée de contrôler les contenus diffusés en France. Le 9 mai 2026, la ministre de l'Égalité Aurore Bergé annonce que le site est mis hors ligne en France, après une décision des autorités néerlandaises où il était hébergé. Dans sa déclaration, elle décrit des «dizaines de milliers de vidéos de viols, de femmes droguées, de mineures». Elle qualifie la fermeture de victoire tout en précisant qu'elle ne doit pas être provisoire.

Ces plateformes s'inscrivent dans un écosystème numérique plus vaste, souvent désigné sous le terme de «manosphère». Ce terme regroupe des communautés très différentes dans leur degré de radicalité. On y trouve des coachs en séduction, des militants pour les droits des hommes, les MGTOW, acronyme de «Men Going Their Own Way», des hommes qui prônent une rupture totale avec les femmes et les institutions, et à l'extrémité la plus radicale, les incels, contraction de l'anglais «involuntary celibates», soit «célibataires involontaires», des hommes qui nourrissent une haine des femmes et des féministes, accusées d'entraver leur accès sexuel aux femmes. Ce qui relie tous ces groupes est une même grille de lecture, selon laquelle les femmes et le féminisme seraient responsables du mal-être masculin.

Logo MGTOW

Selon une méta-analyse de 430 publications scientifiques récentes citée par Sciences Po Cevipof, la manosphère a connu depuis la fin des années 2010 plusieurs transformations majeures. Elle a migré vers de nouvelles plateformes comme TikTok et Telegram, vu monter en puissance des influenceurs très visibles, intensifié sa monétisation et développé un chevauchement croissant avec d'autres idéologies extrémistes. Le Sénat, dans les actes de son colloque du 27 novembre 2025 consacré à la montée du masculinisme, conclut qu'il n'est plus possible de cartographier le masculinisme ou de le délimiter, parce que ses idées sont partout en ligne. Les logiques commerciales des plateformes le favorisent, puisque ces contenus génèrent de l'engagement. Les algorithmes relient fréquemment les contenus de séduction aux forums incels, créant un circuit qui peut conduire les utilisateurs vers des contenus de plus en plus extrêmes.

Au centre de cet écosystème se trouvent des figures comme Andrew Tate, ancien champion de kickboxing britanno-américain devenu l'une des personnalités les plus suivies d'internet. Avant son bannissement de la plupart des grandes plateformes en 2022, son nom générait davantage de recherches Google que Donald Trump ou le Covid-19. Sa plateforme payante «Hustler's University» comptait plus de 100 000 abonnés à 99 dollars par mois. Son discours repose sur la promotion d'une masculinité fondée sur la domination financière et sexuelle, la présentation des femmes comme des êtres destinés à être contrôlés, et l'invitation à «sortir de la Matrice», une prétendue conspiration orchestrée par les femmes, les médias et les institutions. En Grande-Bretagne, la série Adolescence, diffusée en 2025, s'inspire de cas réels de radicalisation masculine en ligne dont certains personnages rappellent directement Andrew Tate. Des études menées par l'Université Dalhousie au Canada révèlent que ces discours renforcent le sexisme chez certains élèves et nuisent à l'ambiance scolaire. En janvier 2024, Andrew et son frère Tristan ont été inculpés au Royaume-Uni pour viol, traite de personnes et voies de fait. Un procès civil a débuté en juin 2026. Malgré tout, ses démêlés judiciaires n'ont pas entamé son influence. Selon une enquête du Young Men Research Initiative de l'été 2024, 50 % des hommes américains de 18 à 29 ans déclaraient avoir une opinion favorable de lui.

⇒ Bande annonce «Adolescence» - VF

L'influence de ces figures sur les jeunes générations est désormais documentée par les institutions françaises elles-mêmes. Selon le rapport 2025 du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, 52 % des jeunes hommes estiment qu'on «s'acharne sur les hommes», et la société française se clive de plus en plus sur la question de l'égalité des sexes. Seuls 34 % des hommes de 25 à 34 ans trouvent anormal qu'un homme gagne davantage qu'une femme à poste égal, contre 78 % des femmes de la même tranche d'âge. Une série d'études publiées dans le Financial Times en janvier 2024 montre que les Américaines de 18 à 30 ans sont 30 points de pourcentage plus progressistes que les hommes du même âge sur les questions d'égalité des sexes, et les Anglaises 25 points. Ce fossé générationnel entre hommes et femmes sur les questions d'égalité est une tendance de fond observable dans l'ensemble des démocraties occidentales.

La frange la plus radicale de la manosphère, celle des incels, a déjà produit des attentats meurtriers. En 1989, Marc Lépine assassinait 14 femmes à l'École polytechnique de Montréal en dénonçant le féminisme. En 2014, Elliot Rodger tuait six personnes en Californie en expliquant dans un manifeste sa rancœur envers les femmes qui ne le désiraient pas. Depuis, plusieurs attaques similaires ont eu lieu à Toronto, à Plymouth et ailleurs. Des études quantitatives fondées sur l'analyse de forums Reddit et Telegram montrent qu'entre 2016 et 2022, les espaces incels ont gagné en virulence, avec davantage d'appels à la violence et une rhétorique nihiliste croissante.

En France, la menace est désormais prise au sérieux par les autorités. Le 27 juin 2025, un adolescent de 18 ans est arrêté dans la région de Saint-Étienne avec deux couteaux dans son sac, alors qu'il s'apprêtait à cibler quatre jeunes femmes de son lycée. C'est la première fois que le Parquet national antiterroriste est saisi pour un projet d'attentat lié exclusivement à la mouvance incel. En octobre 2025, le Planning familial reçoit une menace d'attentat-suicide signée d'un homme se revendiquant masculiniste incel, directement liée à l'avortement. Sa présidente déclare que c'est la première menace de ce type en soixante-dix ans. À partir de janvier 2025, la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) constate la multiplication de profils radicalisés de plus en plus jeunes sur TikTok et Instagram. Si les individus concernés avaient auparavant entre 18 et 25 ans, le cœur du mouvement s'ancre désormais chez des adolescents de 13 à 15 ans, souvent recrutés via des contenus centrés sur la santé mentale ou la masculinité blessée.

Pour Tristan Boursier, docteur associé au CEVIPOF de Sciences Po, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, le masculinisme doit être considéré comme un contre-mouvement social structuré, qui se forme en opposition directe aux avancées féministes pour défendre un ordre hiérarchisé. Ce n'est pas un épiphénomène psychiatrique. C'est une idéologie avec des codes, des figures, des réseaux et une capacité avérée à passer à l'acte. En présentant le féminisme comme un adversaire commun, ce mouvement permet à des groupes très différents, des nationalistes aux conservateurs religieux en passant par les libertariens, de se retrouver autour d'un même combat. Et c'est précisément là, dans cette convergence, que réside l'une des raisons les plus concrètes pour lesquelles le féminisme demeure nécessaire.

Le backlash, entre résistance et progrès

La montée du masculinisme radical, les reculs législatifs aux États-Unis ou en Pologne, la virulence des attaques contre le féminisme en ligne peuvent être lus comme la preuve que le combat féministe est perdu. Une autre lecture est possible, et elle est ancrée dans la sociologie politique.

Le phénomène porte un nom : le backlash. Le terme a été théorisé par la journaliste américaine Susan Faludi dans son essai éponyme publié en 1991, prix Pulitzer, et traduit en français sous le titre «Backlash, la guerre froide contre les femmes». Faludi y démontre, à partir d'une analyse minutieuse des médias, de la politique et de la culture populaire américaine des années 1980, que chaque avancée significative des droits des femmes a été systématiquement suivie d'une vague de résistance organisée cherchant à la discréditer ou à l'inverser. Elle observe ce schéma à plusieurs reprises dans l'histoire américaine, à l'époque victorienne, au début du XXe siècle, dans les années 1940 et dans les années 1970. Selon l'historienne Christine Bard, spécialiste de l'histoire du féminisme et de l'antiféminisme, ce phénomène est récurrent. Après les poussées d'émancipation des femmes, on observe souvent une réaction politique qui cherche à restaurer l'ordre antérieur.

⇒ Backlash de Susan Faludi - Éditions des femmes

Cette analyse rejoint celle de l'économiste Albert O. Hirschman, qui dans son essai «Deux siècles de rhétorique réactionnaire» publié en 1991 montre que les contre-mouvements face aux avancées progressistes suivent des schémas rhétoriques prévisibles. Ils arguent que le changement est inutile puisque rien n'a vraiment changé, ou au contraire qu'il est dangereux parce qu'il menace un équilibre fondamental. Le masculinisme contemporain emprunte les deux registres à la fois. D'un côté, il prétend que le féminisme a déjà tout obtenu et qu'il est devenu une idéologie de domination. De l'autre, il soutient que les changements apportés par le féminisme ont détruit quelque chose d'essentiel dans la masculinité et dans l'ordre social.

Il faut cependant être précis sur ce que cette analyse peut et ne peut pas établir. La popularité croissante des mouvements masculinistes radicaux est compatible avec l'idée que les rapports de genre évoluent sous l'effet des avancées féministes. Cette réaction ne prouve pas à elle seule le succès du féminisme, mais elle peut être interprétée comme un signe que ces changements sont suffisamment importants pour susciter une résistance. On ne contre-attaque pas un mouvement qui n'a eu aucun effet. Ce que le backlash révèle, c'est que quelque chose a effectivement bougé dans les rapports de pouvoir entre les femmes et les hommes, suffisamment pour que certains cherchent à l'inverser.

Les exemples historiques étayent cette lecture. Le droit de vote des femmes a été suivi, dans plusieurs pays, par des décennies de tentatives pour en limiter la portée pratique. La loi Veil de 1975 a déclenché en France l'une des oppositions parlementaires les plus violentes de la Ve République. Le mouvement #MeToo de 2017, qui a permis à des millions de femmes de nommer publiquement des violences sexuelles jusqu'alors passées sous silence, a immédiatement généré son propre backlash. En France, une tribune publiée dans Le Monde en janvier 2018, signée par une centaine de femmes, accusait #MeToo d'avoir instauré une «chasse aux hommes» et de nier la «liberté d'importuner». Aux États-Unis, une étude de l'Université de Harvard publiée en 2019 montrait que 19 % des hommes managers évitaient désormais d'embaucher des femmes par crainte d'accusations, et 27 % évitaient les tête-à-tête professionnels avec elles. Ce repli n'est pas une preuve que #MeToo avait tort. C'est la mesure de la résistance que le mouvement a rencontrée parce qu'il touchait à quelque chose de réel.

Ce schéma ne doit pas conduire à une forme de déterminisme optimiste selon lequel l'histoire irait nécessairement dans le bon sens. Les backlashs peuvent gagner. L'annulation de Roe v. Wade en est la démonstration la plus récente et la plus concrète. Un droit peut être accordé, puis retiré. Une norme sociale peut progresser pendant des décennies, puis régresser. Ce que la sociologie du backlash enseigne, c'est précisément l'inverse du fatalisme progressiste. Les avancées ne sont jamais définitives, et c'est justement parce qu'elles ne le sont pas que la résistance qui leur est opposée reste un signal à prendre au sérieux, et non une preuve que le combat est terminé.

Un combat permanent

Au début de cet article, un chiffre. 43 % des Français se disent féministes, alors que 77 % estiment que les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même façon. Ce paradoxe n'est pas anecdotique. Il dit quelque chose sur la façon dont on perçoit ce mouvement, mais aussi sur ce qu'on préfère ne pas voir. Pendant qu'on débat du sens du mot féminisme, des femmes sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, des droits sont abrogés par des cours suprêmes, des adolescentes afghanes apprennent qu'elles n'iront plus à l'école, et des garçons de 13 ans sont recrutés en ligne par des mouvements qui leur enseignent que les femmes sont leurs ennemies.

En France, il a fallu attendre 1965 pour qu'une femme puisse ouvrir un compte en banque sans l'accord de son mari. Aux États-Unis, il a suffi d'une décision de justice pour que cinquante ans de jurisprudence sur l'avortement s'effacent en une matinée. En Afghanistan, des millions de filles ont perdu le droit d'aller à l'école en quelques semaines. Ces faits ne sont pas de même nature, ils ne se produisent pas dans les mêmes contextes, et il serait inexact de les mettre sur le même plan. Mais ils partagent une logique commune. Ce qui a été obtenu peut être repris.

Manifestation pour la journée internationale des droits des femmes - 8 mars 2023 à Paris

Ce que l'histoire montre, et ce que les chiffres confirment, c'est que les droits des femmes ont progressé là où ils ont été activement défendus, et reculé là où la pression s'est relâchée ou a été contrée. Le féminisme n'est pas un mouvement qui attend une victoire finale. C'est, selon les termes mêmes de ses théoriciennes, un effort continu de vigilance, qui consiste à nommer ce qui recule, à documenter ce qui persiste et à défendre ce qui a été construit. Que l'on adhère ou non à ce mouvement, ce constat factuel reste entier. Si le mot fait encore peur, ce n'est pas le féminisme qui devrait inquiéter, mais ce qui se passe en son absence.

https://www.fpop.media/le-feminisme-une-vieille-idee-neuve/?ref=frequence-populaire-media-newsletter

14 juin 2026

Marc Amblard
13/6/2026

La directrice du Renseignement national, Tulsi Gabbard, vient d'annoncer que ses services ont découvert des preuves que le gouvernement américain finançait plus de 120 laboratoires biologiques dans plus de 30 pays, y compris en Ukraine.


Mme Gabbard a indiqué que certains laboratoires menaient des recherches sur des agents pathogènes dangereux et hautement contagieux. Elle a ajouté que certains établissements menaient des recherches sur les gains de fonction, une pratique consistant à modifier des agents pathogènes afin d'étudier comment ils peuvent devenir plus transmissibles ou plus dangereux.
« Jusqu’à présent, les preuves concernant l’existence et le financement de ces laboratoires ont été sciemment dissimulées au peuple américain », a-t-elle déclaré. « Les informations relatives à l’existence, l’histoire, l’emplacement et le financement de ces laboratoires de biologie financés par les États-Unis ont été intentionnellement occultés. »
Elle a notamment évoqué le décret présidentiel de Trump mettant fin au financement fédéral de ce type de recherche à l'échelle mondiale, en raison des risques importants que ces travaux font peser sur la sécurité des populations du monde entier.
Gabbard a également critiqué d'anciens responsables de l'administration et des dirigeants de la santé publique, notamment Anthony Fauci, les accusant d'avoir induit le public en erreur sur l'existence de laboratoires de biologie financés par les États-Unis à l'étranger.
Elle a promis que les agences fédérales continueraient de travailler pour identifier l'emplacement des laboratoires, déterminer quels agents pathogènes ils contiennent et empêcher de futures recherches sur le gain de fonction qui pourraient menacer la santé publique et la sécurité nationale.

H16
12/6/2026

Comment l’épargnant européen finance assidument les licornes américaines qui vont l’écraser

Le constat est connu, répété, et toujours aussi déprimant : la croissance a déserté l’Europe.

Le World Economic Outlook d’avril 2026 du FMI le confirme sans ménagement, avec une croissance mondiale autour de 3,1 %, des États-Unis à 2,3 %, une Inde à 6,5 %, une Chine qui tient à 4,4 %, et une zone euro qui se traîne à 1,1 %, Allemagne à 0,8 %, France à 0,9 %, Italie à 0,5 %.


Et quand on regarde de plus près, on retrouve encore le diable dans les détails : ce 1,1 % n’est pas un simple verdict structurel mais une révision à la baisse, de 1,4 à 1,1 %, provoquée par le choc énergétique de la guerre au Proche-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz.

Autrement dit, il a suffi d’un conflit lointain pour mettre le Vieux Continent à genoux. Cruelle et froide réalité : l’économie européenne est si fragile qu’une étincelle à des milliers de kilomètres lui coupe les jambes, faute d’énergie abordable, faute du nucléaire qu’on a saboté avec entrain, faute de la moindre marge de manœuvre.

Or, cette vulnérabilité n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’une politique délibérée et elle se lit aussi là où naissent les richesses de demain, c’est-à-dire dans les licornes.

Selon l’étude d’Eqvista, on en compte plus de 1 550 dans le monde : 783 aux États-Unis, 282 en Chine, soit près de 77 % du total à elles deux. En face, le Royaume-Uni en aligne 64, l’Allemagne 38, et la France un valeureux 30. Et tandis que l’Europe compte ses pépites sur ses doigts, les champions américains changent carrément de dimension : SpaceX prépare son entrée en Bourse autour de 2 000 milliards de dollars et OpenAI vise plus de 1 000 milliards, le tout sur le Nasdaq. Mistral AI, notre fierté nationale, plafonne pour sa part à une douzaine de milliards d’euros.


L’écart devient un véritable gouffre.

L’explication convenue est bien sûr toute trouvée : l’Europe manque de capitaux, pardi ! En fait, c’est l’exact contraire de la vérité, et c’est là que le drame vire à la comédie.

Le Vieux Continent est assis sur près de 33 000 milliards d’euros d’épargne privée, et ses ménages mettent de côté chaque année près de 1 400 milliards, soit un taux d’épargne près de trois fois supérieur à celui des Américains.

Dès lors, le problème n’est pas le carburant mais bien la tuyauterie financière : cette montagne d’épargne dort sur des livrets au rendement famélique, se trouve confisquée par des systèmes de retraite par répartition qui ne capitalisent rien, et reste surtout prisonnière de la grande maladie européenne, à savoir la fragmentation financière. En effet, il n’existe toujours pas de véritable marché unifié du capital en Europe, mais vingt-sept marchés nationaux cloisonnés, incapables de se parler, qui renchérissent et découragent l’investissement sur place. Le rapport Letta, « Much more than a market », le diagnostiquait sans détour dès avril 2024 : c’est précisément cette fragmentation qui détourne chaque année quelque 300 milliards d’euros d’épargne européenne vers l’étranger, principalement vers l’économie américaine.

Oui, vous avez bien lu : le petit épargnant français, prudent, taxé, rangé, finance sans le savoir le capital-risque américain et devient, bien malgré lui, l’investisseur providentiel de la Silicon Valley. Son assurance-vie nourrit les licornes qui viendront ensuite écraser ses propres entreprises. On a connu masochisme moins raffiné.

Pire encore : même quand l’Europe parvient à faire éclore un champion, elle le regarde partir.

Le rapport Draghi le rappelait sans détour : près de 30 % des licornes nées en Europe entre 2008 et 2021 ont déménagé leur siège, le plus souvent outre-Atlantique, pour y trouver l’argent et la liberté qu’on leur refusait ici. L’Europe est devenue une pépinière à talents qu’elle offre gracieusement à ses concurrents.


Reste l’explication culturelle, commode et paresseuse : les Européens seraient frileux par nature.

L’indice d’évitement de l’incertitude de Hofstede affiche en effet 46 pour les États-Unis contre 86 pour la France, 75 pour l’Italie et 65 pour l’Allemagne. Mais attention à ne pas confondre la cause et l’effet. Cette aversion au risque n’est pas inscrite dans les gènes du Français, mais n’est que la réponse parfaitement rationnelle à un tabassage fiscal et réglementaire permanent. Quand l’État taxe la réussite, sanctionne l’échec et pousse votre épargne vers des cases « sûres », la prudence devient la stratégie optimale. Cette absence de culture du risque n’est pas inévitable, et n’est qu’une réponse aux incitations qu’on lui impose.

Le verdict le plus cinglant reste pourtant celui de Mario Draghi lui-même : aucune entreprise européenne de plus de 100 milliards d’euros n’a été créée de toutes pièces depuis cinquante ans, là où les six sociétés américaines valant plus de mille milliards l’ont toutes été pendant cette période. Les trois premiers investisseurs européens en recherche et développement sont des constructeurs automobiles ; aux États-Unis, ce sont des géants de la tech. Tout est dit.

Que propose Bruxelles face à ce naufrage ? Un nouvel acronyme, évidemment !

Après l’Union des marchés de capitaux de 2015 et ses soixante propositions législatives restées lettre morte, voici venue l’Union de l’épargne et de l’investissement, droit sortie de ce même rapport Letta. Encore un plan, encore une stratégie, encore des pelletées de normes destinées à réparer les dégâts des normes précédentes, comme si l’addiction à la bureaucratie pouvait se soigner par un surcroît de bureaucratie.

En 2026, la vraie croissance ne se décrète pas dans les capitales européennes : elle se construit là où l’ambition a encore le droit de s’exprimer et où l’épargne sert à financer l’avenir plutôt qu’à le fuir. L’Europe, elle, accumule les rapports lucides et les décisions inverses. Elle a tout compris, et ne changera rien.

Ce continent est foutu.


https://h16free.com/2026/06/12/84520-comment-lepargnant-europeen-finance-assidument-les-licornes-americaines-qui-vont-lecraser
Gabriel Nerciat
14/6/2026

MARC BLOCH CHEZ LES COLLABOS


Le Point (c'est lui qui use de l'analogie Godwin à longueur de numéros), qui est à peu près l'équivalent moderne de ce qu'était Je suis partout pendant l'Occupation - à savoir LE magazine de la collaboration atlantiste en France (avec Patrick Besson dans le rôle de Brasillach et BHL dans celui de Philippe Henriot) - pousse l'ignominie jusqu'à instrumentaliser la mémoire et la figure de Marc Bloch.
Eux qui ont fait voter pour Sarkozy et Macron osent parler de la "sclérose des élites".
Et, alors même que Trump est en train de les lâcher en rase campagne (en Ukraine comme au Moyen-Orient), veulent nous persuader que le seul espoir de redressement de la France et de l'Occident au grand complet est dans une guerre totale contre la Russie.
Ah, mon Dieu, que vienne enfin l'épuration. Encore un an à tenir. Qui a dit que le temps passait vite.

12 juin 2026

Kuzmanovic Georges
12/6/2026

« Figures nationalistes controversées »

Voilà désormais la novlangue employée pour éviter de prononcer les mots qui dérangent : nazis, collaborateurs, antisémites, criminels de guerre.
Si l'on appliquait ce vocabulaire à la France des années 1940, il faudrait alors parler de « figures nationalistes controversées » pour désigner Pétain, Pierre Laval, Jacques Doriot, Marcel Déat, Joseph Darnand, René Bousquet ou Fernand de Brinon.
Imagine-t-on sérieusement leur réhabilitation officielle ? Imagine-t-on des cérémonies publiques, des hommages nationaux, des rues à leur nom ou des discours expliquant qu'il faut désormais dépasser les polémiques du passé ?
C'est pourtant exactement ce qui se produit aujourd'hui en Ukraine avec certaines figures de la collaboration. Andriy Melnyk, notamment, a été réhabilité et inhumé avec les honneurs.
Or il ne s'agit pas d'un vague « nationaliste controversé », mais d'un collaborateur nazi et d'un responsable impliqué dans le système qui a rendu possible la Shoah par balles sur le territoire ukrainien.
Les mêmes qui s'indignent de l'affaiblissement de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, de la banalisation du nazisme ou de l'ignorance croissante des jeunes sur le génocide des Juifs et des Tziganes participent pourtant, consciemment ou non, à cette réécriture du passé.
Car le véritable confusionnisme n'est pas de rappeler ce que furent ces hommes. Le véritable confusionnisme consiste à remplacer les mots par des euphémismes, à dissoudre les responsabilités historiques dans le brouillard sémantique et à transformer des collaborateurs du IIIe Reich en simples « figures nationalistes controversées ».
Quand on cesse de nommer les choses, on finit toujours par les excuser. Et lorsqu'on commence à excuser les collaborateurs d'hier, on prépare l'oubli des crimes qu'ils ont rendus possibles.
On est là, très éloigné des « valeurs européennes ».
Il ne faudra pas non plus s'étonner de l'usage que le Kremlin en fera (en fait).

Gastel Etzwane
12/6/2026

Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, le mode de gouvernance en France repose sur la peur et la division permanentes. Menace russe, terroriste, climatique… Un pouvoir faible n’a plus que cet outil pour survivre.
Aucune mobilisation réelle n’est attendue. Les Français voient leur argent partir par centaines de milliards vers l’Ukraine pendant que leur pays se dégrade, et il faut fabriquer leur consentement de toutes pièces : leur vendre que c’est noble, vital, « notre combat à tous ».
Car en France, la révolte appartient à l’histoire ancienne. Malheureusement, depuis quelques années, on peut leur faire avaler absolument tout, y compris un prix du carburant intenable, sans qu’il n’y ait plus aucune réaction réelle.
Même schéma en Allemagne et surtout en Grande-Bretagne : des sociétés au bord de l’implosion intérieure, où le narratif politique et médiatique reste obsédé par la guerre extérieure pour éviter d’affronter les tensions ethniques, sociales et l’effondrement des services publics.
Cette fuite en avant des élites européennes, qui instrumentalisent la peur et les armes ukrainiennes, a un prix : les munitions OTAN qui reviennent armer les cartels sur notre sol. Le consentement artificiel finira-t-il par craquer ?


Gastel Etzwane
12/6/2026

La Russie ne cherche pas la guerre avec l’OTAN


Le commandant suprême des forces alliées en Europe de l’OTAN, le général Alexus G. Grynkewich, a été très clair le 11 juin 2026 : « J’ai suivi de très près les renseignements. La Russie ne cherche pas le conflit… Ils comprennent que nous disposons d’avantages asymétriques massifs. Si elle tente quelque chose dans les pays Baltes, elle échouera. Et parce qu’elle le sait, elle ne prendra pas le risque. »
Cette déclaration, venant du plus haut responsable militaire de l’OTAN en Europe, confirme ce que disent depuis longtemps les observateurs réalistes : la menace russe directe contre l’Alliance est largement surestimée. Quand on demande l’avis de quelqu’un qui connaît réellement le dossier, on obtient enfin la réalité.
Cela va évidemment à l’encontre du discours permanent tenu en France et en Europe occidentale depuis quatre ans. Car comment convaincre les populations de continuer à envoyer des armes et des centaines de milliards d’euros en Ukraine, si on leur dit ouvertement que la Russie n’est pas une menace existentielle pour l’OTAN ?
En résumé, le général Grynkewich confirme que la menace russe directe contre l’OTAN est largement surestimée. La vraie dynamique semble être une escalade rhétorique et militaire venue de l’Ouest pour maintenir la pression, plutôt qu’une volonté expansionniste russe illimitée. Cela pose la question : à qui profite vraiment cette dramatisation permanente ?
Dessin de Bauer

Gabriel Nerciat
12/6/2026

DISPONIBLE EN KIOSQUE

Des Français parlent aux Français (même si la présence de ce moderne Monsieur Homais qu'est Luc Ferry doit vraisemblablement relever d'une coquille).
Un magazine pour l'Histoire.
Les autres pourront toujours se rabattre sur l'interview de Glucksmann Junior, qui couine dans le Nouvel Obs.

Gabriel Nerciat
12/6/2026

LE SCALP DU SCAF

Presque en même temps, la mise en bière du SCAF, qui devait jeter les bases industrielles d'une future défense européenne de plus en plus intégrée dirigée contre la Russie, par les bons soins du chancelier Merz, et l'annonce depuis la Maison Blanche de la probable capitulation de Trump face à l'Iran.
Quelle fin de semaine fastueuse. J'en ris tout seul dès que j'y pense.
Doit-on par politesse présenter nos condoléances aux thuriféraires désappointés de l'européisme et du sionisme ?
Qu'ils aillent se faire foutre, plutôt.

11 juin 2026

David Duquesne
11/6/2026

Grooming Gangs : la préférence diversitaire plutôt que la justice


Pendant près de quarante ans, des milliers de jeunes filles blanches anglaises, souvent issues de la classe ouvrière ou de foyers instables, ont été violées, droguées, battues, prostituées par des réseaux de prédateurs. On les appelle désormais les grooming gangs. Des bandes organisées, principalement composées d’hommes d’origine pakistanaise musulmane, ont mis en coupe réglée les villes de Rotherham, Rochdale, Telford, Oxford, Newcastle, Huddersfield, Sheffield et tant d’autres. Des villes où la police savait. Où les services sociaux savaient. Où les élus savaient. Et où personne n’a rien fait.
Ce n’est pas un simple scandale judiciaire. C’est une honte nationale, un crime systémique couvert par l’État britannique lui-même, sous la bannière de ce que certains appellent encore hypocritement le “vivre-ensemble”.
Parce que les coupables étaient musulmans.
Parce que les victimes étaient blanches, pauvres, et oubliables.
Car enfin, posons la question que personne n’ose poser dans les grands médias :
Si ces filles avaient été pakistanaises, somaliennes ou bangladaises ?
Si elles avaient appartenu à la diversité, ou mieux encore, à la bourgeoisie progressiste de Notting Hill ou de Cambridge ?
Pensez-vous qu’on aurait attendu quarante ans pour en parler ?
Pensez-vous que 1400 cas documentés de viols collectifs à Rotherham auraient été ignorés s’il s’était agi de jeunes filles musulmanes, ou des filles de juges, de journalistes ou de députés ?
Bien sûr que non.
Si l’Angleterre a toléré ce viol de masse, c’est parce qu’il touchait les “petites blanches”, les déchets sociaux, les filles à problèmes, les filles “déjà foutues”. Et que les violeurs, eux, étaient “issus de minorités”. Intouchables. Sacralisés. Protégés par le dogme de la préférence diversitaire.

Le grand mensonge

Les rapports publics sont accablants :
• 1400 victimes à Rotherham (1997–2013) selon le rapport Jay.
• 1000 victimes à Telford sur quarante ans.
• Des centaines d’autres à Oxford, Newcastle, Rochdale, Derby, Keighley…
• Et des milliers de jeunes filles non reconnues, abandonnées, psychologiquement détruites à vie.
Et pourtant, les autorités ont dissimulé, étouffé, nié. Pourquoi ? Parce qu’intervenir, c’était “risquer de créer des tensions communautaires”. Parce que désigner les coupables, c’était “stigmatiser une communauté”. Parce que, dans le logiciel idéologique britannique comme dans d’autres démocraties occidentales, il vaut mieux sacrifier les faibles que heurter les puissants lobbys de la diversité.

Une inversion morale

Dans quel régime vit-on quand des policiers, des travailleurs sociaux, des juges ferment les yeux non pas par ignorance mais par choix idéologique ? Quand les agresseurs parlent de leurs proies comme des “femmes blanches sales”, et que l’on refuse de les poursuivre pour ne pas alimenter le “racisme” ? Quand des adolescentes de 11, 12, 13 ans sont violées par des dizaines d’hommes, parfois en file, et que la police leur demande si elles n’étaient pas “consentantes” ?
On vit dans un régime d’apartheid inversé, un régime de soumission volontaire au multiculturalisme radical, où la souffrance d’une petite blanche de classe ouvrière vaut moins que l’image d’une minorité religieuse protégée.

La peur de nommer

Le problème résidé non seulement dans un islam radical importé du Pakistan, mais il est aussi et surtout dans le refus de nommer les choses : de peur d’être accusé de racisme, on préfère être complice. De peur d’alimenter l’extrême droite, on alimente l’extrême lâcheté. Et au final, c’est l’extrême barbarie qui prospère.
Les familles de ces jeunes filles n’ont jamais eu droit aux larmes nationales. Pas de marche blanche. Pas de hashtag viral. Pas de journalistes en boucle sur BBC ou Channel 4. Pas de politiciens se recueillant, indignés. Juste le silence. Un silence criminel. Complice.

Ce que nous avons laissé faire

Ce n’est pas seulement une série de faits divers. C’est un crime de civilisation. L’Angleterre a sacrifié ses filles pour ne pas avoir à affronter la réalité d’une préférence idéologique islamique. Une préférence qui consiste à protéger certaines communautés au prix du droit, de la justice, et de la vérité.
Il est temps de regarder cette réalité en face. De dire que l’antiracisme d’État a couvert des réseaux de violeurs. De dire que les institutions ont trahi les plus faibles au nom des plus visibles. Et de demander, calmement, mais fermement :
Combien de petites filles faudra-t-il encore sacrifier pour que cesse l’aveuglement ?