23/6/2026
MA DESCENTE EN APNÉE DANS LES PROFONDEURS DE LA GAUCHE MODERNE
Dans ma jeunesse, qui n'est quand même pas si lointaine que ça, à la fin de la guerre froide et au tout début de la mondialisation, le marxisme, déjà déclinant, irradiait encore assez fortement les représentations intellectuelles ou identitaires propres aux militants de gauche.
Quand on leur demandait ce qui les motivait du point de vue politique ou idéologique, ils répondaient que c'était le combat contre le capitalisme (sans qu'ils sachent toujours très bien, d'ailleurs, définir ce dernier).
Les problèmes commençaient ensuite, lorsque s'opposaient parmi eux ceux qui voulaient renverser ou a minima contrôler le capitalisme au moyen de la conquête du pouvoir de l'État sous sa forme républicaine (les adhérents de la IIe et de la IIIe Internationale ouvrière) et les autres (essentiellement des trotskistes et des anarchistes, le Petit Livre Rouge de Mao étant déjà passé de mode).
Je ne partageais pas leur combat (originaire d'une province de France où le capital privé s'investissait peu, j'étais bien placé pour savoir ce que son absence signifiait, et surtout j'arrivais mal à concevoir comment pouvait s'organiser et se conserver une société moderne complexe sans capital élargi et sans propriété privée), mais je comprenais ce qu'il voulait dire.
Il suffisait – déjà – de comparer le patrimoine des grandes fortunes du CAC 40 avec celui d'une famille ordinaire, même aisée, pour comprendre l'origine du malaise, surtout à un moment où le chômage de masse explosait.
Aujourd'hui, quand j'écoute parler pas mal de gens et de militants de gauche, notamment sur les radios d'État où ils ont gardé table ouverte, j'ai l'impression que leur principal sujet ou problème, c'est le combat contre l'oxyde de carbone.
Là, j'ai vraiment envie de leur dire : "N'insiste pas, camarade. Neutraliser J.P Morgan, Rockefeller, William Morris, Henry Ford ou Marcel Dassault, même Bill Gates, Larry Fink et Elon Musk, tu peux toujours essayer, même si tes chances de succès a priori sont assez minces. Mais lutter contre le CO2, laisse tomber. C'est un peu hors de tes moyens. Et ça ne t'avancera pas plus que ça. Essaie plutôt de sauver l'industrie, même un peu polluante, et l'agriculture non intensive, ou de limiter le pouvoir des actionnaires institutionnels dans les conseils d'administration. Pourquoi pas même préserver des forêts, si vraiment tu te sens l'âme bucolique. C'est déjà plus intéressant, mais le CO2, non."
Mais il n'y a rien à faire.
Jusqu'à ce matin, où j'ai entendu un lieutenant de Marine Tondelier et de Sandrine Rousseau dire d'autorité : "Réduire les émissions de carbone, c'est restreindre le champ d'extension du capital."
Là, tout de suite, j'ai été foudroyé, et pas seulement par la chaleur.
J'ai coupé le poste et retenu ma respiration pendant plusieurs longues minutes, comme le ferait un plongeur en apnée, en calculant mentalement la chute des cours de bourse que j'allais précipiter dans quelque temps.
J'étais enfin devenu un homme de gauche. Je n'en revenais pas moi-même. Alors seulement, j'ai recommencé à respirer, certain que le capital ne pourrait pas m'imiter très longtemps.















