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21 mai 2026

H16
20/5/2026

Sommet Trump–Xi à Pékin : ce que la presse n’a pas voulu voir

La visite de Donald Trump en Chine n’a rien d’anodin : elle confirme l’installation entre Washington et Pékin d’une politique pragmatique de puissance assumée par les deux camps. À plusieurs égards, cette rencontre renforce la position américaine et acte un rôle clair pour la Chine, premier partenaire mais rival géopolitique.


Un décalage frappant entre les médias et la réalité

Avant d’entrer dans le fond, notons une évidence : la quasi-totalité des grands titres occidentaux a expliqué que Trump arrivait à Pékin « en position de faiblesse », venait « quémander » l’aide chinoise pour sortir du conflit iranien, et était piégé sur la question de Taïwan. Le Washington Post a décrit un Xi « apparaissant comme pair de superpuissance » ; MSNBC parle d’un président reparti « les mains vides » ; ABC News relaye en boucle l’analyse selon laquelle « Trump a plus besoin de la Chine que l’inverse » ; et la plupart des rédactions mettent en avant l’avertissement de Xi sur Taïwan comme s’il s’agissait du résultat principal de la visite.

Cette lecture résiste mal à l’examen des faits.

Sur Taïwan d’abord, l’Atlantic Council note sobrement que Trump a évité le piège tendu par Pékin en refusant d’engager Washington dans la moindre concession, Marco Rubio rappelant que la politique américaine restait inchangée. L’insistance chinoise sur Taïwan n’est pas un signe de force : c’est une tentative de cadrage du sommet, abondamment relayée par la presse occidentale, qui a accepté de discuter sur le terrain choisi par Pékin plutôt que sur celui où la balance réelle des dépendances se joue, c’est-à-dire l’énergie, les intrants critiques et la finance.

C’est précisément sur ces trois terrains que Trump dispose de leviers majeurs, et c’est là que se sont noués les véritables arbitrages du sommet.

Énergie : Ormuz, le levier de Trump que Pékin subit

La presse a beaucoup insisté sur le fait que la Chine demandait la fin du conflit avec l’Iran et la réouverture du détroit d’Ormuz. C’est exact mais l’angle est révélateur : il ne s’agit pas d’une faveur que Pékin accorderait à Washington mais traduit une dépendance structurelle, et c’est elle qui crée le levier américain.

Pour rappel, entre 45 et 50 % du brut importé par la Chine transite par Ormuz, faisant de la Chine le premier importateur mondial d’hydrocarbures. Un blocage prolongé du détroit étrangle son économie. Les États-Unis sont, eux, les premiers producteurs mondiaux de pétrole et exportateurs nets de GNL. Comme l’a résumé Marco Rubio, fermer Ormuz revient pour la Chine à un « suicide économique ». C’est bien un rapport de force et non un service rendu. Et le fait que Trump et Xi soient repartis avec un accord conjoint sur le maintien de l’ouverture du détroit et sur la non-nucléarisation de l’Iran montre dans quel sens s’est faite la convergence : c’est Pékin qui s’est aligné sur la position de Washington, pas l’inverse.


Hélium : le levier qui inverse la stratégie chinoise

L’hélium constitue le deuxième levier énergétique massif… et sans doute le plus sous-estimé.

Les États-Unis dominent la production mondiale ; la Chine, elle, importe 85 % de son hélium, dont 54 % du seul Qatar et environ 40 % de Russie. Or, les frappes iraniennes sur Ras Laffan, début mars, ont supprimé près d’un tiers de l’offre mondiale d’un seul coup et QatarEnergy estime à plusieurs années le délai nécessaire à un retour à pleine capacité.

Il n’existe cependant aucun substitut viable à l’hélium dans la fabrication des semi-conducteurs, des fibres optiques, de l’imagerie médicale ou des applications cryogéniques. Les prix domestiques du 6N en Chine ont bondi de 110 % depuis fin février, et la plupart des fournisseurs ont suspendu les cotations spot.

L’hélium n’est pas un consommable parmi d’autres : c’est un intrant critique de la guerre technologique que mène Pékin sur les puces et l’IA. Sans alternative, la Chine doit se tourner vers les fournisseurs américains, inversant brutalement sa stratégie de baisse de ses risques logistiques engagée depuis 2018. C’est un atout considérable dans toute négociation, d’autant plus que la fenêtre de pénurie sera durable.

Terres rares : un contre-levier chinois en voie d’érosion

Pékin garde une carte forte : le quasi-monopole sur le raffinage des terres rares (environ 60 % de l’extraction, plus de 85 % du raffinage, et jusqu’à 90 % pour certaines terres rares lourdes essentielles aux aimants permanents). En avril 2025, en représailles aux tarifs « Liberation Day », la Chine avait instauré un régime de licences d’exportation qui avait fait chuter de 93 % les exports d’aimants vers les États-Unis.

Mais cette carte se fragilise.

Trump a multiplié les accords bilatéraux avec l’Arabie saoudite, le Japon et l’Australie pour développer des capacités de production hors de Chine, accéléré l’exploitation des gisements américains, lancé un stock stratégique national baptisé « Project Vault » et négocié avec le Groenland des accès aux ressources locales.

Le rachat par USA Rare Earth du groupe brésilien Serra Verde (l’un des rares producteurs et raffineurs de terres rares lourdes hors de Chine) illustre la profondeur de la manœuvre. À l’horizon de cette décennie, le monopole chinois sur les terres rares légères devrait se desserrer ; les terres rares lourdes resteront sensibles plus longtemps, mais la trajectoire est claire.


Dollar : le levier que la Chine n’a pas réussi à neutraliser

Le troisième levier américain, le plus discret mais peut-être le plus structurant, est financier.

Malgré une décennie d’efforts pour internationaliser le yuan (création de CIPS en 2015, accords de swap, yuan numérique, paiements en yuan avec la Russie et certains États du Golfe) les résultats restent modestes. La part du yuan dans les paiements mondiaux SWIFT est tombée à 2,71 % en février 2026, contre 51 % pour le dollar ; la part du yuan dans les réserves mondiales est à 1,93 %, contre près de 57 % pour le dollar. Et pire, le yuan recule depuis novembre 2025, et une éventuelle re-dollarisation russe lui ferait perdre encore davantage.

Cela signifie deux choses très concrètes.

D’une part, la Chine continue de financer une portion importante de son commerce extérieur dans une devise sur laquelle elle n’a aucun contrôle et dont le réseau de correspondants bancaires repose sur des institutions américaines.

D’autre part, les sanctions américaines de type secondaire restent un instrument à la portée de Washington y compris sur les flux pétroliers Iran–Chine.

Foreign Policy reconnaît d’ailleurs sans détour, sous une couverture pourtant peu trumpiste, que « Beijing can’t easily afford to escalate any economic struggle with Washington » (« Pékin ne peut pas vraiment se permettre d’aggraver un conflit économique avec Washington »). Le dollar est l’arme la plus structurelle dont dispose Trump, et c’est aussi celle dont la presse parle le moins.

Technologie et IA : une désescalade contrôlée

C’est dans ce rapport de force réellement favorable aux États-Unis que Trump est allé voir Xi.

La présence dans la délégation d’Elon Musk (xAI, SpaceX), Jensen Huang (Nvidia) et Tim Cook (Apple) est, à cet égard, parlante : ce n’est pas un voyage de quémandeur que l’on accompagne avec les patrons des entreprises les plus stratégiques du moment. Ces dirigeants ont en effet posé les bases d’une gouvernance de l’IA, avec un canal de communication, une volonté affichée de désescalade et la réduction de frictions susceptibles d’enclencher une course incontrôlée. Nvidia pourra vendre ses puces, dans une certaine limite, à des entreprises chinoises mais c’est un geste qui ressemble moins à une concession qu’à un cadre où Washington garde la main sur le robinet.


Commerce : des engagements concrets

Sur le terrain commercial, la Chine s’est engagée à acheter 200 avions Boeing (avec un potentiel de 750 supplémentaires), des produits agricoles américains pour plusieurs dizaines de milliards de dollars, du GNL et du pétrole américains. La création d’un Board of Trade et possiblement d’un Board of Investment vise à institutionnaliser les flux mutuels. On peut juger ces engagements limités au regard des contentieux de fond, mais ils sont concrets, chiffrés et unilatéralement asymétriques : c’est Pékin qui achète américain, et non l’inverse.

Le contraste avec le sommet de la CPE

Ce qui frappe, au fond, c’est le contraste entre ce sommet sino-américain et celui de la CPE, la Communauté Politique Européenne, qui s’est tenu une semaine plus tôt… et dont le grand public n’a quasiment pas entendu parler. Le simple écart de visibilité est déjà un indicateur.

Le sommet Trump–Xi s’est concentré sur les ressources, l’énergie, les puces, l’IA, le commerce et la finance, autrement dit, les fondements concrets de la puissance contemporaine. Les deux premières économies mondiales ont géré leur relation avec un réalisme dépouillé, dans une logique assumée de rapport de forces. Ce genre de sommet redessine le cadre dans lequel évolue le reste du monde.

Le sommet européen, lui, s’est benoîtement concentré sur la défense des valeurs démocratiques et sur quelques saillies portant sur la politique américaine, principalement en matière de défense.


La rencontre Trump–Xi produit des marchés, des engagements d’achat, des canaux de gouvernance ; la CPE produit des signaux politiques et un peu de coordination entre participants, mais peu de résultats tangibles à court terme. D’un côté un réalisme assumé, de l’autre un idéalisme institutionnel. La CPE reflète une Europe qui cherche sa place, se coalise faute de mieux, et dispose de très peu de leviers. La Chine et les États-Unis définissent le cadre ; l’Europe réagit.

Et non, malgré ce que la presse a tenté de faire croire, Trump n’est pas venu en Chine en suppliant Xi.

Il est venu jouer trois cartes (le pétrole, l’hélium, le dollar) et il en est reparti avec des engagements commerciaux concrets, un cadre de désescalade sur l’IA, et l’évitement du piège taïwanais.

Le récit médiatique d’une Amérique perdante face à une Chine « en marche » est un effet d’optique : il sert les intérêts narratifs de Pékin, et flatte la propension des rédactions occidentales à trouver des échecs partout où Trump agit, mais la réalité géopolitique est plus prosaïque, et elle est largement à l’avantage de Washington.


https://h16free.com/2026/05/20/84363-sommet-trump-xi-a-pekin-ce-que-la-presse-na-pas-voulu-voir
Natalia Routkevitch
20/5/2026

L’Europe au bord de l’escalade

Dans un contexte inquiétant où chaque jour, chaque décision et chaque déclaration semblent rapprocher le continent européen d’une guerre majeure, George Beebe, directeur de la stratégie au Quincy Institute et ancien responsable de l’analyse Russie à la CIA, décrit, dans une conversation avec Glenn Diesen, un scénario d’escalade progressive du conflit. Il s’interroge sur une éventuelle implication américaine en cas d’affrontement majeur, exprime sa perplexité face à l’attitude des Européens – qu’il qualifie de forme d’égarement collectif – et rappelle les intérêts stratégiques de long terme des États-Unis vis-à-vis de la Russie et de l’Europe.

G.B. Je pense que la première réponse russe à la multiplication des attaques ukrainiennes sur le territoire russe serait une intensification massive des frappes contre l’Ukraine. Moscou chercherait d’abord à reprendre le contrôle total du Donbass par des moyens beaucoup plus destructeurs, notamment via une utilisation accrue de la puissance aérienne contre les villes fortifiées ukrainiennes de cette région contestée. Une fois cet objectif atteint, la Russie pourrait soit poursuivre son avancée vers les autres régions annexées qu’elle ne contrôle pas totalement, soit imposer un cessez-le-feu de facto afin d’empêcher toute reconstruction de l’Ukraine sans concessions politiques de Kiev.
L’extension du conflit à un affrontement direct entre la Russie et l’Europe dépendrait ensuite de la réaction européenne. Si les Européens intensifiaient les frappes en profondeur contre le territoire russe via l’Ukraine, Moscou pourrait répondre par des bombardements massifs sur Kiev et d’autres grandes villes ukrainiennes (ce qu’elle n’a pas encore fait gardant la fenêtre ouverte aux négociations), puis éventuellement viser des chaînes d’approvisionnement ou des installations situées sur le territoire de l’OTAN.
Un tel scénario provoquerait une crise majeure au sein de l’Alliance atlantique et poserait à Washington une question fondamentale : les États-Unis sont-ils prêts à entrer dans une confrontation militaire directe avec la Russie ? Dans le contexte actuel, l’administration Trump pourrait hésiter à s’engager dans un tel conflit, d’autant qu’à Washington domine l’idée que les Européens ne font rien pour la paix et privilégient l’escalade plutôt que la recherche d’un compromis avec Moscou.

G.D. En Europe, le discours dominant consiste désormais à réclamer un durcissement constant de la pression contre la Russie. Cette logique me paraît à la fois irrationnelle et dangereuse, car elle repose sur l’idée que Moscou ne répondra pas symétriquement à l’escalade. Or, lorsqu’on entend aujourd’hui certains responsables européens évoquer ouvertement la production massive de missiles longue portée destinés à frapper le territoire russe, on peut se demander s’ils mesurent réellement l’état d’esprit actuel du pouvoir russe.
J’ai souvent le sentiment que cette dynamique revient, au fond, à faire entrer la guerre en Europe. Pourtant, toute mise en garde contre cette escalade est immédiatement perçue comme suspecte, comme « pro-russe ». Cette vision binaire semble avoir remplacé toute culture de la prudence. C’est d’autant plus frappant que, historiquement, les Européens apparaissaient souvent plus réservés que les États-Unis sur ces questions. En 2008, lorsque George W. Bush poussait pour l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, plusieurs capitales européennes jugeaient déjà cette perspective excessivement risquée. Aujourd’hui, ce sont souvent ces mêmes Européens qui tiennent les positions les plus radicales. Comment expliquer un tel basculement ?

G.B. Je pense qu’il existe désormais en Europe un véritable problème d’état d’esprit, presque une forme d’hypnose collective : beaucoup semblent convaincus que la seule manière de gérer la Russie consiste à accroître sans cesse la pression et la dissuasion. L’idée même d’un dialogue diplomatique visant à réduire les risques de conflit est devenue presque taboue. Or je crois que c’est précisément ce qui rend la situation dangereuse.
Bien sûr, la dissuasion est nécessaire. Mais elle ne peut pas constituer l’unique réponse. Si l’on aborde cette crise uniquement sous l’angle du rapport de force, on alimente mécaniquement une spirale d’escalade qui peut finir par devenir incontrôlable. Il faudrait au contraire combiner fermeté et diplomatie, garder la tête froide et conserver assez de confiance pour dialoguer avec Moscou sans considérer ce simple dialogue comme une menace pour l’Europe elle-même.
Or aujourd’hui, je vois surtout beaucoup de peur en Europe : la peur que le simple fait de parler avec les Russes soit déjà perçu comme une faiblesse ou une forme de déstabilisation intérieure. Et c’est précisément cet état d’esprit qui me paraît dangereux.

G.D. Cet état d’esprit n’est-il pas devenu le principal ciment du consensus européen ? Il est extrêmement difficile pour 27 États aux intérêts et aux cultures stratégiques différentes de s’accorder sur une politique étrangère commune. L’unité s’est ainsi construite autour d’un récit moral simple : celui d’un affrontement entre le bien et le mal. La Russie a été présentée comme une menace absolue, rendant toute dissidence moralement suspecte et tout débat sur les préoccupations sécuritaires russes presque illégitime.
Cela rappelle les analyses de Walter Lippmann : pour mobiliser les opinions publiques en temps de guerre, les États tendent à transformer les conflits en luttes morales absolues. Mais lorsque vient le moment de négocier la paix, cette logique devient un piège, car on ne peut plus faire de compromis avec un adversaire présenté comme le mal incarné.
Depuis le début du conflit, le récit occidental repose largement sur l’idée d’une « invasion non provoquée ». Dans ce cadre, toute concession à Moscou apparaît comme une capitulation morale. La diplomatie elle-même devient suspecte. Dans le même temps, des figures particulièrement radicales, comme Kaja Kallas, ont été mises en avant au sein des institutions européennes, compliquant encore davantage tout retour à une logique diplomatique plus pragmatique.

G.B. Je pense que le problème dépasse la difficulté de préserver l’unité européenne. Historiquement, ce sont toujours les grands États – la France, l’Allemagne, l’Italie – qui ont fixé les grandes orientations stratégiques du continent. Ils n’ont jamais laissé les décisions fondamentales en matière de politique étrangère être dictées par les États les plus petits ou les plus radicaux. Or aujourd’hui, ce qui est frappant, c’est précisément l’absence d’initiative des grandes puissances européennes elles-mêmes.
Si l’on regarde Paris ou Berlin, on ne voit pas réellement de volonté de rouvrir un dialogue structuré avec Moscou. Oui, on commence timidement à entendre quelques discussions sur la nécessité de reparler aux Russes. Mais cela reste extrêmement limité et sans véritable dynamique politique derrière. Or, si un changement de cap devait se produire, il ne viendrait probablement ni des pays baltes ni de la Pologne. Il viendrait nécessairement des grands centres de gravité européens. Pour l’instant, cet élan n’existe pas vraiment.
Et c’est cela qui rend la situation particulièrement inquiétante : l’Europe semble prisonnière de son propre récit moral. Elle a construit son unité autour d’une logique de confrontation totale, mais cette logique complique désormais toute tentative de désescalade ou de compromis diplomatique.

G.D. Je pense aussi que le cas du Royaume-Uni est révélateur. Les Britanniques ne font plus partie de l’Union européenne et ne sont donc pas soumis à cette logique de consensus propre à la politique étrangère européenne. Pourtant, on ne les voit absolument pas chercher à renouer le dialogue avec Moscou, bien au contraire. À mes yeux, ils comptent parmi les plus fermement opposés à toute reprise de contact diplomatique avec la Russie.

G.B. Cela me fait penser que le problème relève davantage d’un état d’esprit général que des mécanismes institutionnels de l’Union européenne. J’ai parfois aussi l’impression que Londres cherche, depuis le Brexit, à se redéfinir un rôle stratégique en Europe à travers une posture très offensive face à la Russie, presque comme une tentative de renouer avec une forme d’imaginaire churchillien. Et je pense que cela risque encore d’aggraver les tensions.

G.D. Quel est l’intérêt américain dans cette situation ? Faut-il chercher à mettre fin à la guerre en Ukraine pour permettre aux États-Unis de se concentrer davantage sur l’Asie et l’Indo-Pacifique, ou au contraire laisser davantage les Européens gérer le conflit, tout en réduisant l’implication américaine ?

G.B. Je suis convaincu qu’il est dans l’intérêt des États-Unis de parvenir à un compromis pour mettre fin à cette guerre. Si Washington se désengage en laissant essentiellement les Européens gérer le conflit, le risque d’une confrontation beaucoup plus destructrice entre l’Europe et la Russie augmentera fortement. Et cela ne servirait pas les intérêts américains. Même sans escalade majeure, un conflit prolongé pousse mécaniquement la Russie à se rapprocher encore davantage de la Chine, ce qui compliquerait considérablement la position stratégique des États-Unis.
À mes yeux, les États-Unis ont intérêt à voir émerger une Russie plus autonome, capable d’entretenir des relations à la fois avec la Chine, l’Europe et l’Occident, plutôt qu’un bloc russo-chinois durablement soudé contre Washington. Par ailleurs, une Europe fragilisée par un conflit permanent détourne les États-Unis de priorités plus importantes, notamment l’Indo-Pacifique. Or, les ressources stratégiques, mais aussi l’attention politique américaine, restent limitées.
Je pense aussi que la relation transatlantique doit évoluer. L’avenir de l’OTAN devrait davantage reposer sur la coopération technologique de pointe – semi-conducteurs, intelligence artificielle, espace, informatique quantique, chaînes d’approvisionnement ou minéraux critiques. Une coopération étroite entre les États-Unis et l’Europe pourrait réduire certains avantages stratégiques de la Chine tout en relançant la croissance européenne. Mais cela devient beaucoup plus difficile dans un climat de conflit permanent.

G.D. Il serait d’ailleurs souhaitable que la relation entre l’Europe et les États-Unis soit repensée de manière plus équilibrée. Aujourd’hui, elle semble souvent fonctionner sur une logique du tout ou rien : soit une dépendance totale envers Washington, soit un antiaméricanisme radical. Or le monde devient multipolaire, et il faudrait adapter ce partenariat à cette nouvelle réalité.
Je reste cependant assez pessimiste. On voit réapparaître en Europe des récits affirmant que l’Ukraine serait de nouveau en train de gagner, que la Russie serait affaiblie au point de manquer d’armes lourdes ou encore que Vladimir Poutine serait gravement malade. Ce type de narration semble surtout destiné à maintenir le soutien à la guerre.

G.B. Le danger, c’est qu’à force, certains finissent par croire à leur propre propagande. Or ce genre d’illusion peut avoir des conséquences très lourdes.

20 mai 2026

Gastel Etzwane
19/5/2026

Alice Weidel (co-présidente de l’AfD) : La conduite de la guerre par l’Ukraine représente un risque sécuritaire majeur pour l’Allemagne.

« On ne peut pas continuer à enfoncer un tisonnier brûlant dans l’œil du grand ours, comme avec des frappes de drones en profondeur sur le territoire russe, et s’attendre à ce qu’il ne se passe rien », a déclaré Alice Weidel.
Le « grand ours » finira par riposter. Ce n’est plus une question de si, mais de quand. Le cauchemar Oreshnik arrive. Réveillez-vous, bon sang, Allemagne ! »
En Allemagne, la droite nationaliste (incarnée notamment par l’AfD) fait preuve d’un peu plus de courage et de lucidité que son équivalent français. Ce dernier suit en effet une ligne parfaitement alignée sur celle de l’extrême centre macroniste et, plus largement, sur l’ensemble de la classe politique française : totalement conforme aux positions de l’Union européenne et de l’OTAN.

Gastel Etzwane
19/5/2026

L’Union européenne, un désastre budgétaire et politique qui s’aggrave

L’Union européenne est décidément incapable de parler d’une seule voix, même sur ses propres affaires intérieures. Selon un article du Spectator, les 27 États membres se disputent en permanence : quand ils ne s’affrontent pas sur la réponse à donner aux crises internationales, ils se déchirent sur le prochain budget pluriannuel de l’Union, un enjeu colossal de 2 000 milliards d’euros.
Le Parlement européen pousse pour une augmentation massive de 200 milliards d’euros entre 2028 et 2034. Mais les pays du Nord, emmenés par l’Allemagne et les Pays-Bas, refusent net. Réputés pour leur frugalité, ils en ont assez de financer ce qu’ils considèrent comme le gaspillage chronique des pays du Sud. Les négociations s’annoncent « laides et interminables », comme l’a reconnu Euronews elle-même la semaine dernière.

La France en situation de plus en plus inquiétante

Parmi les mauvais élèves, la France occupe une place de choix. Selon les prévisions les plus récentes, sa dette publique atteint déjà 118 % du PIB. Elle risque de rattraper rapidement la Grèce (137 %) et l’Italie, dont la dette devrait culminer à 138,6 % d’ici la fin de l’année.
Pire encore : la semaine dernière, le chômage français a franchi la barre des 8 % pour la première fois depuis 2021. Un signal inquiétant qui montre que la deuxième économie de la zone euro s’enfonce lentement mais sûrement, alors même que Bruxelles continue de réclamer toujours plus d’argent aux contribuables européens.
Cette situation illustre parfaitement l’impasse structurelle de l’Union : une machine bureaucratique coûteuse, incapable de réformer ses dépenses, où les pays les plus responsables sont sommés de payer pour les errements des autres. Entre divisions budgétaires, dettes explosives et absence de vision commune, l’UE ressemble de plus en plus à un club qui court à la catastrophe en s’engueulant sur la note à régler.
Pendant ce temps, les citoyens européens, et particulièrement les Français, commencent à en payer le prix fort : inflation persistante, croissance molle, chômage en hausse et sentiment d’impuissance face à une construction supranationale qui leur échappe totalement.


Radu Portocala
19/5/2026

L’Assemblée nationale a discuté un texte qui semble indiquer que la France est menacée d’une guerre imminente. C’est la suite logique de l’étrange annonce « La guerre est à nos portes ! » avec laquelle Macron cherche à nous faire peur depuis quatre ans.
Et, soudain, je comprends que nous sommes dans une autre réalité – celle d’un plateau de tournage – et que les chefs européens sont en train de réaliser une nouvelle version, terriblement mauvaise, du « Désert des Tartares ». Nous sommes dans notre belle forteresse et nous scrutons sans cesse l’horizon, enfiévrés par l’incessant délire de l’ennemi qui doit – doit seulement – prendre forme dans la brume lointaine, et nous vieillissons en nous préparant et nous mourons en attendant.
Jean Mizrahi
19/5/2026

Vers le défaut de paiement ?

La situation française devient sérieusement préoccupante. Vous me direz : tu te répètes. Ce n’est pas faux. Mais cette fois, il semble que nous nous rapprochions réellement de l’épreuve de vérité.
Les taux d’intérêt sur la dette française à 10 ans – c’est-à-dire sur notre future dette publique – tutoient désormais les 4 %, un niveau que nous n’avions plus connu depuis plus de dix-sept ans : novembre 2008. Je m’en souviens parfaitement : je venais alors de boucler, dans des conditions extrêmement difficiles, le financement de la société qui allait devenir mon groupe. Le prix à payer avait été élevé, et mes investisseurs en sont sortis très heureux quelques années plus tard.
À l’époque, nous étions au coeur de la crise des subprimes, qui avait débouché sur une violente crise économique mondiale. Cette fois, nous sommes face à une crise de la dette et de la spéculation (cela va souvent ensemble), alimentée par la remontée des prix du pétrole. Et pourtant, nous n’avons probablement pas encore vu le plus dur : les prix des hydrocarbures restent relativement modérés si on les replace dans une perspective historique.
Mais ce qui se profile est autrement plus inquiétant. Les stocks se réduisent rapidement tandis que le détroit d’Ormuz reste bloqué par une dictature de fanatiques, mus à la fois par des motivations religieuses et des logiques mafieuses. Nous avons déjà connu des prix du pétrole plus élevés ; en revanche, nous pourrions entrer cette fois dans une véritable période de pénurie. Certains petits pays asiatiques commencent déjà à en faire l’expérience, faute d’être suffisamment puissants pour sécuriser leurs approvisionnements. Or les stocks mondiaux diminuent rapidement : nous sommes donc loin d’avoir atteint le point critique. Attendez de voir ce qui se passera lorsque de véritables pénuries apparaîtront ; ce sera une tout autre histoire.
En France, le chômage est brutalement reparti à la hausse, les faillites d’entreprises explosent – notamment parmi les PME et les entreprises de taille intermédiaire – et nous commençons à payer l’immobilisme de Macron ainsi que celui de ses gouvernements successifs depuis 2017. Car rien n’a été entrepris pour nous débarrasser du fatras législatif et réglementaire qui étouffe de plus en plus le pays. Bien au contraire : ce maquis administratif n’a cessé d’enfler dans des proportions délirantes, sous l’effet conjugué de la bêtise – et je pèse mes mots – de nos députés et de nos sénateurs, mais aussi des régulateurs européens.
Le nombre de textes, de normes et de contraintes ne cesse d’augmenter, signe que ces gens n’ont absolument rien compris au problème. L’économie française, comme la vie quotidienne des citoyens, est désormais prisonnière d’un réseau de contraintes toujours plus dense. En tant qu’entrepreneur, cela a fini par dicter ma propre conduite : alors même que j’avais encore des projets, j’ai décidé de dire stop. Assez de tracas. Assez de folie bureaucratique. Assez de voir la rentabilité bouffée par un système qui détruit de la valeur.
Le secteur de la construction souffre du même mal : les mises en chantier sont au plus bas, preuve qu’il est devenu excessivement compliqué de construire quoi que ce soit dans ce pays. L’agriculture également, avec des baisses de production inquiétantes. J’en discutais récemment avec un ami dont le cousin est agriculteur : ce dernier passe plus du tiers de son temps à gérer des procédures. Et l’on s’étonne ensuite de voir la productivité s’effondrer…
Ce qui est navrant, c’est l’aveuglement général : celui des dirigeants, mais aussi celui du pays dans son ensemble. Il faut pourtant regarder les choses en face : nous sommes aux abois. Une dette abyssale, un déficit public qui n’a aucune raison de se résorber spontanément, parce que le coeur du problème réside dans un système « social » qui puise sans retenue dans les ressources du pays pour financer une consommation excessive – notamment celle des seniors, dont je fais désormais partie.
Notre système de retraites génère plus de 100 milliards d’euros de déficit chaque année : il constitue le cœur du déficit public, auquel viennent s’ajouter les autres dispositifs de protection sociale. Macron a bien tenté il y a quelque temps une pseudo-réforme des retraites qui ne réglait pratiquement rien. Et même cette réformette a été rejetée par un pseudo-consensus animé par des partis uniquement obsédés par leur rapprochement du pouvoir. C’est leur seul sujet. Le sort du pays, ils s’en moquent.
Un proverbe dit : « la politique du pire est la pire des politiques ». Malheureusement, je crains désormais que le pire soit devenu à la fois inévitable – et nécessaire – pour contraindre enfin le pays à sortir de ses illusions de prospérité.
Et ce jour-là, il faudra sérieusement se retrousser les manches :
• détruire le fatras administratif ;
• automatiser massivement la bureaucratie grâce à l'IA ;
• réduire le poids des retraites et de dispositifs sociaux devenus financièrement insoutenables;
• remettre l’État en état de fonctionner.
Car l’État lui-même est aujourd’hui profondément défaillant :
• une instruction publique qui s’effondre ;
• une justice paralysée, avec des procédures qui peuvent durer plus de dix ans ;
• une police empêchée d’agir efficacement contre les trafiquants ;
• et bien d’autres choses encore.
Le chantier est immense. Il faudra des dirigeants qui connaissent le réel, le travail, l’entreprise et la responsabilité – pas des bavards issus de la politique politicienne ou des couloirs de l’ENA.

18 mai 2026

Bruno Guigue
15/5/2026

LE DUEL DES EMPIRES


Finalement, Trump ne nous aura pas déçus : comme ses prédécesseurs à la Maison-Blanche, il s'est proclamé le héraut de la liberté, il a distribué les châtiments et les récompenses, et il veut faire croire qu’il sauve le monde à chaque déploiement d'une puissance matérielle aussi impressionnante qu'inefficace. C'est un invariant historique : armé de la bonne conscience indécrottable des “born again”, l’empire projette sur le monde son manichéisme dévastateur. Les yeux ouverts, il rêve d’un partage définitif entre les bons et les méchants, pilier inébranlable d’un ethnocentrisme sans complexe. Le droit est forcément de son côté, puisqu’il incarne les valeurs cardinales de la "démocratie" et des "droits de l’homme". Aucun scrupule ne devant inhiber sa frénésie salvatrice, la civilisation au singulier dont il se dit l’incarnation s’attribue la prérogative expresse de réduire la barbarie par tous les moyens. L’impérialisme est un tribunal à vocation universelle qui inflige les punitions à qui bon lui semble.

Depuis leur fondation, les États-Unis se proclament une "nation exceptionnelle". Bush ou Obama, Biden ou Trump, rien n’y fait. Enfoui dans l’inconscient collectif, ce postulat identitaire traverse l’histoire. Comme un témoin qu’on se passe furtivement d’un président à l’autre, il demeure intact, immaculé comme les Tables de la Loi. Car il est bel et bien de l’ordre de la structure, non de la conjoncture. La singularité des États-Unis, c’est qu’ils se croient dépositaires à vie d’un "imperium" planétaire. C’est qu’ils se projettent au-delà des mers, au nom d’une vocation civilisatrice qui révèle surtout la haute idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Rien n’est plus hostile à la laïcité bien comprise que l’idéologie dominante des États-Unis d’Amérique.

La nation d’exception drape son appétit de puissance dans les plis de la "liberté", de la "démocratie" et des "droits de l’homme", comme si ces entités abstraites figuraient des divinités qu’elle avait pour mission de servir en pourfendant les méchants. Puisqu’elle est l’incarnation du Bien, le monde n’est-il pas à sa disposition, objet passif de ses élans salvateurs ? Dispensatrice d’une justice immanente taillée à sa mesure, la nation au "destin manifeste" ne fixe aucune limite à son aura bienfaisante, car elle y voit la conséquence légitime de sa supériorité morale. Sa proximité avec Dieu sanctifiant sa puissance terrestre, elle pourchasse sans répit les forces maléfiques pour les immoler en expiation de leurs crimes.

La conviction de l’élection divine, l’identification au Nouvel Israël et le mythe indécrottable de la "destinée manifeste" déclinent, sur tous les tons, la prétention ahurissante de cette oligarchie capitaliste à se soumettre la planète. Se considérant comme le sel de la terre, les puritains avaient déjà donné le signal de la conquête des "terres vierges", c’est-à-dire du massacre à grande échelle des Peaux-Rouges assimilés aux Cananéens et aux Amalécites. Si l’on a exterminé les populations indigènes, c’est parce qu’il fallait que l’homme nouveau se trouve seul face à une nature vierge dont la possession était voulue par Dieu. Il y avait 9 millions d’Amérindiens en Amérique du Nord en 1800. Un siècle plus tard, ils n’étaient plus que 300 000. Comme dirait Alexis de Tocqueville, "La démocratie en Amérique" est passée par là, avec ses couvertures empoisonnées et ses mitrailleuses Gatling. Mais ces massacres ne sont pas un tribut payé à l’absurdité des choses humaines : ils sont dans l’ordre des chose, ils correspondent au dessein divin.

Le fléau du Bien

Une auto-désignation comme incarnation du Bien qui a contribué à accréditer l’idée, à la fin du XXe siècle, que l’histoire trouvait sa fin avec l’effondrement de l’Union soviétique. Le triomphe des États-Unis réalisait ainsi la forme la plus aboutie de la démocratie libérale, et Francis Fukuyama pouvait prononcer la "fin de l’Histoire" jadis prophétisée par Hegel. Dans une majestueuse apothéose, la victoire des États-Unis donnait corps au sublime idéal de l’économie de marché. Avec le triomphe de la démocratie libérale, la république universelle, enfin, se profilait à l’horizon. Ce paradis démocratique, dispensateur de ses bienfaits à la planète entière, seule "l’Amérique" pouvait l’incarner. Ses exploits accomplissaient le dessein divin, et la providence conduisit alors au triomphe du Bien sous le regard ébloui des peuples reconnaissants. "Lumière des nations", l’Amérique les guidait avec fermeté vers la Terre promise d’un monde réconcilié.

Frappante, chez les Américains, est la façon dont leur bonne conscience coïncide avec le délabrement de leur pays. Le PIB par habitant est colossal, mais 20% de la population croupit dans la pauvreté. Les équipements sont vétustes, les inégalités criantes, le système scolaire déclinant. La violence règne, et les détenus américains représentent 25% des prisonniers de la planète. Plus de 30% de la population est frappée par l’obésité, et la crise sanitaire y a fait des ravages. L’espérance de vie moyenne aux États-Unis est passée derrière celle des Chinois. Mais ces péripéties sont de mesure nulle devant l’essentiel, et le réel a l’obligeance de se faire discret. Moralement parfaite, une "Amérique" imaginaire se présente comme un système achevé, effaçant toute trace de contradiction et envisageant l’avenir avec confiance. C’est étrange, mais même pour évoquer les catastrophes dont ils sont responsables, les dirigeants de ce pays ont toujours le sourire.

La nation exceptionnelle exerce ses effets bienfaisants quoiqu’il advienne. Parce que l’Amérique est vouée par décret divin à devenir l’empire des temps derniers, son futur et son présent sont déjà compris dans son origine. Investie d’une mission planétaire, elle accueille sa "destinée manifeste" en un geste salvateur qui défie l’espace et le temps. C’est pourquoi une narration édifiante ne cesse d’exalter son génie. Réécrivant sa propre histoire à la façon d’une histoire sainte, l’Amérique percute le droit international avec le droit divin. Ce n'est pas un hasard si on y a longtemps adoré l'entité génocidaire qui survit entre la mer et le Jourdain en bombardant tout ce qui bouge : le nationalisme américain n’est pas un nationalisme ordinaire. C’est un suprémacisme ordonné à la surnature : il traduit l’orgueil d’une puissance qui postule sa coïncidence avec l’ordre voulu par le Créateur. Des Pères fondateurs quittant l’Europe pour fonder une société vertueuse aux victoires héroïques remportées sur les forces du mal, l’histoire américaine est plus qu’une histoire : c’est la parousie du Bien.

Avec Trump comme avec ses prédécesseurs, la guerre menée au nom du Bien introduit la violence chez les autres comme on y exporte des marchandises. Forme paroxystique du rapport Nord-Sud, métaphore sanglante du développement inégal, cette guerre frappe au dehors, jamais au-dedans du "monde civilisé". Reproduisant la dualité du monde, elle épouse la fracture planétaire. Guerre des riches contre les pauvres, elle est à l’image de ces innombrables chapelets de bombes largués sur les peuples du Sud. Son symbole, c’est le B 52, le napalm, le chasseur F-35, le missile Tomahawk, le drone Predator, les porte-avions de Trump, toute cette machinerie sophistiquée de la mort administrée à distance, sans risque, sans faux frais pour les exécutants de la punition venue du ciel. C’est aussi la guerre par procuration, l’embargo, le blocus, la guerre économique, la déstabilisation insidieuse, l’action clandestine, les coups d’État fomentés par la CIA, la manipulation de la terreur, les "Freedom Fighters" du jihad global, toutes ces guerres du "monde libre" dont les démocraties sont friandes, sous la conduite d’un empire qui se prend pour la puissance vengeresse.

Un empire sans impérialisme

Aujourd'hui, face à l'empire prédateur, l'Iran se défend avec héroïsme, la Russie tient tête, les nations souveraines résistent, les peuples agressés préparent leur revanche, tandis que l'Europe, elle, se couche. Reste la Chine, cette immense nation pacifique, férue de partenariat gagnant-gagnant et adepte du multilatéralisme. Donald Trump vient de la rencontrer, pour la deuxième fois en dix ans, avec l'intention manifeste de sauver les meubles après le fiasco iranien. La Chine l'a accueilli poliment : sans illusions sur sa capacité à faire amende honorable, et sans rien céder sur ses propres intérêts nationaux.

Mais cette Chine qui est aux antipodes d'une Amérique guerrière, cette puissance obstinée à promouvoir la paix et la coopération, la connaît-on seulement ? Selon les médias occidentaux, elle serait assoiffée de richesses, décidée à jeter ses tentacules sur la planète. Affichant un pacifisme de façade, elle serait d’une brutalité sourde qu’on soupçonne, prête à exploser, derrière les faux-semblants d’un discours lénifiant. Ce "nouvel empire" réclamerait sa part d’hégémonie planétaire, il revendiquerait à tout prix la première place sur le podium. Pire : il voudrait nous imposer son modèle, promouvoir à tout prix ses valeurs, s’ériger en exemple destiné à l’imitation des nations.

Or cette vision d’une Chine conquérante et prosélyte est d’autant plus surréaliste que les Chinois font exactement le contraire. Persuadés que leur système est unique, ils ne cherchent à convertir personne. Qu’ils exportent des marchandises ou construisent des infrastructures, ils défendent évidemment leurs intérêts. Mais leur ambition n’est pas de repeindre le monde aux couleurs de la Chine. A choisir, ils préféreraient sans doute qu’on ne les imite pas, car chaque peuple doit trouver sa voie par lui-même, quitte à commettre ces erreurs de parcours sans lesquelles aucune réussite n’est méritoire. La pensée chinoise est empirique et pragmatique : elle affronte les faits, elle en subit les corrections successives et poursuit son avancée tant bien que mal. Réticente aux idées abstraites, elle admet volontiers qu’il n’y a pas de recette toute faite. C’est pourquoi il faut renoncer à l’idée que les Chinois cherchent à diffuser leur modèle et cesser de prêter à ce grand pays des rêves de conquête.

Avec les "guerres de l’opium" déclenchées en 1839, Britanniques et Français ont envahi le "pays du milieu" pour le contraindre à signer des traités infamants et accepter l’importation massive de cette drogue aux effets délétères. En 1860, un corps expéditionnaire réunissant les forces des deux nations fit irruption dans Pékin et mit à sac le splendide Palais d’été des empereurs Qing. Indigné, Victor Hugo condamna ce forfait en écrivant ces lignes amères : "Nous Européens, nous sommes les civilisés, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée".

Cette humiliation, la Chine de Xi Jinping entend l’effacer en retrouvant la place légitime qui est la sienne dans le concert des nations : c'est "le grand renouveau de la nation chinoise". Ce qu’elle veut, c’est tourner définitivement la page de cette ère chaotique. Nul besoin, pour y parvenir, d’imposer quoi que ce soit à qui ce soit. Modèle sans imitation possible, empire sans impérialisme, la Chine est par excellence une puissance pacifique. Mais elle ne l’est pas seulement par choix politique, ses dirigeants ayant fait le choix du développement et proscrit l’aventure extérieure. Elle l’est aussi pour une raison plus profonde. C’est que la centralité imaginaire de l’empire lui a forgé un destin, le vouant à s’occuper d’abord de ses sujets et de leur bien-être avant de s’intéresser au reste du monde. Pays du milieu, la Chine reçoit en priorité l’influence bénéfique du ciel, qui est rond, tandis que la terre est carrée. Elle est située au centre du monde par un décret intemporel qui lui ôte l’envie d’en conquérir les marges. Cette périphérie du monde habité, en effet, ne sera jamais aussi intéressante que le cœur même d’un empire dont la gestion est déjà une lourde tâche.

Prêter des ambitions conquérantes à la Chine, par conséquent, est aussi absurde que lui reprocher de vouloir exporter son modèle, puisque ce dernier a pour vocation de rester unique. Si la Chine est pacifique, c’est donc en vertu d’un statut cosmologique dont le privilège s’accompagne d’une promesse d’innocuité à l’égard des nations lointaines. Clef de voûte du monde habité, l’empire du milieu se condamnerait à la décomposition s’il se dispersait aux marges, il se dissoudrait dans l’informe s’il renonçait par ambition aux dividendes de cette centralité. Or cette représentation imaginaire ne concerne pas seulement le monde des idées. Transposée dans le monde réel, elle détermine un habitus que les donneurs de leçons occidentaux devraient méditer : un grand pays qui n’a fait aucune guerre depuis quarante sept ans, en effet, mérite tout de même quelque considération.

En Occident, on aimait dire (il n'y a pas si longtemps) que la Chine était un pays pauvre, avec ses centaines de millions de travailleurs sous-payés. Mais la réalité chinoise s'est transformée plus vite que les représentations des experts occidentaux, car les luttes des salariés de l’industrie – dans un pays qui connaît des conflits sociaux réglés par la négociation, comme ailleurs – ont abouti à une hausse conséquente des salaires, au point d’inquiéter les investisseurs étrangers. La Chine a adopté un modèle de développement qui a fait ses preuves et qu’elle ne cherche à imposer à personne. Ce grand pays souverain est attaché à la loi internationale. Il privilégie la coopération gagnant-gagnant et ne se lie les mains par aucune alliance militaire. Il n’agresse aucun État, ne finance aucune organisation subversive chez les autres, ne leur inflige aucune mesure unilatérale et ne se mêle pas de leurs affaires intérieures. Le contraste est saisissant avec l’attitude des États-Unis et de leurs alliés européens, qui n’ont aucun scrupule à intervenir à l'étranger de façon unilatérale, sous de faux prétextes et en violation flagrante de la loi internationale.

Un universalisme inclusif

Si toutes les grandes puissances se comportaient comme la Chine, le monde serait plus sûr et moins belliqueux. Il serait beaucoup moins assujetti aux intérêts des multinationales de l’armement. Aux États-Unis, l’industrie de la défense fait partie de cet "État profond" qui contrôle le gouvernement. En Chine, elle est dirigée par des fonctionnaires qui appliquent sa politique. Cette caractéristique du système chinois conditionne son rapport au monde. Les Chinois n’ont qu’une base militaire à l’étranger quand les USA en ont 800, et leur budget militaire par habitant représente 8% du budget américain. L’universalisme dont se réclame le monde occidental colle étroitement à ses intérêts : c’est un universel dévoyé en particulier. L’universalisme chinois, au contraire, repose sur l’idée que la coexistence des différences est dans l’ordre des choses. Il est inclusif, et non exclusif. Tandis que les États-Unis se cramponnent désespérément à leur hégémonie finissante, les Chinois savent qu’ils sont la puissance montante et qu’il ne sert à rien de précipiter les événements. Le pacifisme de la Chine est l’envers de sa réussite économique, quand le bellicisme des USA est le reflet de leur déclin.

En Occident, lorsqu’elle réussit, la Chine fait peur. Lorsqu’elle manifeste des signes d’essoufflement, elle fait peur aussi. On lui reproche d’utiliser son secteur public pour gagner des parts de marché, tout en brandissant comme les Saintes Écritures une idéologie libérale qui prétend que le secteur public est inefficace. En attendant, les Chinois continuent de penser, avec Deng Xiaoping, que "peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape les souris". En Chine, l’État contrôle les industries-clé : charbon, acier, pétrole, nucléaire, armement, transports. Ce ne sont pas les récriminations occidentales qui vont inciter ce pays souverain à modifier sa politique. Il a payé assez cher la construction de son modèle de développement et il n’y renoncera pas pour faire plaisir aux puissances étrangères. La Chine est entrée toutes voiles dehors dans les grands vents de la mondialisation, mais elle n’a pas l’intention de lâcher le gouvernail parce que les Occidentaux ne savent plus le tenir. Contrairement à nous, les Chinois s’inscrivent dans le temps long. Tandis que nous subissons la dictature du court terme, ils regardent loin devant.

L’encadrement social nécessaire à la mobilisation de tous, aux yeux des Chinois, participe d’un cercle vertueux. Les Occidentaux ne voient aucune contradiction entre la prétention des démocraties à incarner les droits de l’homme et leur propension à faire la guerre à des peuples qui ne leur ont rien fait. Pour les Chinois, la seule façon de prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est de développer son pays, tout en laissant les autres suivre leur propre voie. C’est l’amélioration des conditions d’existence de la population à domicile, et la non-intervention dans les affaires des autres nations. De même, nos médias trouvent abominable l’absence de liberté d’expression en Chine, mais en France dix milliardaires possèdent la presse et en dictent la ligne éditoriale. La dictature du parti les offusque, mais celle du capital leur convient. Manifestement, le système chinois est moins hypocrite : il repose sur une philosophie qui affirme explicitement la primauté de l’intérêt général et la nécessité d’une discipline collective.

Indéchiffrables tant qu’on applique les catégories occidentales, les réalités chinoises, pour être comprises, nécessitent une mise en perspective historique. Sur le drapeau de la République populaire de Chine, la grosse étoile représente le parti communiste chinois, investi depuis 1949 d’un rôle dirigeant qui n’est pas négociable. Les quatre petites étoiles figurent les classes sociales qui participent au développement du pays : la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale. En construisant une économie mixte, les réformes engagées ont ainsi renoué avec le pacte fondateur de la Chine populaire. Le système est assuré de sa solidité tant qu’il garantit le progrès collectif. C’est pourquoi le pilotage de l’économie chinoise est confié à la main de fer d’un État souverain, et non à la main invisible du marché. Une dose de capitalisme a été injectée dans l’économie parce qu’il fallait attirer capitaux et technologies. Mais l’élite dirigeante du pays est patriote. Formée à l’éthique socialiste et confucéenne, elle dirige un État qui n’est légitime que parce qu’il garantit le bien-être du peuple chinois.

La réussite chinoise

Cette réussite, le pays la doit d’abord à sa structure politique. Selon la Constitution de 1982, la Chine est "un État socialiste de dictature démocratique du peuple". Le rôle moteur du Parti-État lui fournit son ossature politique et l’élection d’assemblées à tous les niveaux garantit son ancrage populaire. Cette double légitimité résulte des circonstances exceptionnelles qui ont vu la naissance de la République populaire de Chine. Il est admis depuis 1949 que le parti communiste est l’organe dirigeant de la société et qu’il en fixe les orientations essentielles. Fidèle au centralisme démocratique, le parti accepte le débat interne mais ne veut pas de concurrent externe. Les Chinois ont inventé une formule originale que les catégories en usage en Occident peinent à décrire. Ce n’est pas une dictature totalitaire, mais un système socialiste dont la légitimité repose sur l’amélioration des conditions d’existence du peuple chinois. Et le parti communiste sait que toute déviation hors de la ligne du mieux-être collectif provoquerait sa chute.

En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues. On s’est imaginé que l’ouverture aux échanges internationaux avait sonné le glas du "socialisme à la chinoise". Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les réformes économiques pilotées par l'État socialiste ont permis d'éradiquer la grande pauvreté et d'élever le niveau de développement du pays à des hauteurs inégalées. Au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique, la démocratie occidentale projetait sa lumière salvatrice sur la planète ébahie. Débarrassé du "communisme", le libéralisme devait répandre ses bienfaits, réalisant l’unification du monde sous les auspices du modèle américain.

Espoir déçu. Car à la place du libéralisme triomphant, c’est le nouvel empire confucéen à direction communiste qui dame le pion à l’Occident libéral et capitaliste. En devenant la première puissance économique (en PPA), la Chine populaire renvoie à la deuxième place une Amérique finissante, minée par la désindustrialisation, le surendettement, le délabrement social et le fiasco de ses aventures militaires. Le duel des empires, en réalité, se joue sur le terrain des conceptions du monde. C'est un jeu de go anthropologique dont on connaît déjà le résultat, et la politique fanfaronnante de Donald Trump en est le signe avant-coureur. Une chose est certaine : il a beau afficher son plus beau sourire, le président des Etats-Unis est reparti de Pékin avec la même impuissance à enrayer le cours de l'histoire qu'en arrivant.

Dessin de Chappatte

H16
18/5/2026

La France annule ses vacances mais le gouvernement est totalement détendu

Paradoxalement, c’est quand les Français prennent des vacances qu’on sait que le pays tourne bien, et c’est lorsqu’ils les annulent qu’on sait que ça tourne au vinaigre. Et, actuellement, c’est exactement ce qui est en train de se produire.

Le récent sondage ELABE/BFMTV éclaire bien la situation : 6 Français sur 10 ont déjà modifié ou annulé leurs projets de vacances à cause du prix du carburant, et 14% renoncent purement et simplement à partir. Ceux qui s’accrochent à leur escapade rapprochent leur destination (61%), réduisent leurs dépenses sur place (60%) ou cherchent des offres au rabais (47%).

Un précédent sondage IFOP, en mars avait déjà remonté des éléments similaires notant une baisse de 9 points sur l’intention de partir, et celui d’avril dénombrait 37% de Français ayant abandonné l’idée même d’un week-end.

Bref, tout un pays pose ses valises avant même de les avoir faites.


Cette ambiance balnéaire de fin de civilisation se reflète dans le dernier baromètre Ipsos de mai : 91% des Français se déclarent pessimistes sur la situation économique (record historique).

Peut-être est-ce à cause d’une inflation qui réaccélère sagement (1,7% en mars, 2,2% en avril), ou d’une érosion cumulée du pouvoir d’achat sur cinq ans, d’une alimentation devenue 21% plus chère et d’une énergie qui a flambé d’un bon quart sur la même période ? Ou peut-être est-ce l’absence de toute réduction des taxes sur le prix des carburants, refusée par un gouvernement au budget momifié avant d’avoir vécu ?

En fait, les Français ont compris que la cavalerie ne viendrait pas car elle a vendu les chevaux pour payer les intérêts de la dette.

Et puisqu’on évoque cette dernière, les chiffres de l’INSEE en mars complètent le tableau avec un déficit public 2025 à 5,1% du PIB et dette publique à 3 465 milliards d’euros, soit 116,3% du PIB, montrant que le trou continue de se creuser de 3,1 points de PIB en un an. La Cour des comptes détaille, l’IFRAP documente, la presse rapporte – mollement – mais le gouvernement déboutonne sa chemise en toute décontraction pour laisser respirer une bedaine de plus en plus obèse.

Du reste, les Français ne sont pas complètement seuls à observer leur pays couler de façon de plus en plus rapide et visible. Bloomberg, relayé par Atlantico, s’inquiète : l’économie française entre dans une « zone de turbulences » sous l’effet de la crise iranienne, et le pays « pourrait avoir du mal à encaisser un nouveau choc géopolitique majeur ».

Non, sans blague ?


Quand un magazine financier new-yorkais arrive aux mêmes conclusions que le boulanger de Montreuil, on doit conclure que le diagnostic est vraiment évident. Mais heureusement, ces nouvelles de plus en plus catastrophiques n’entament pas le moral de nos dirigeants.

D’une part, les petits fours continuent d’arriver et les voitures avec chauffeur continuent de se conduire, et d’autre part leurs esprits sont résolument tournés vers un avenir réjouissant.

Ainsi, en octobre 2025, l’OFCE annonçait 0,7% de croissance pour 2026 ; mais Bercy, joyeusement, tablait fièrement sur 1,0%, soit 0,3 point d’optimisme arraché à la pure conviction, en arrondissant à l’euphorie.

Ainsi, en décembre, lors de ses vœux, Macron saluait la « solidité des institutions », « l’efficacité des armées » et la « tenue de l’économie » : « notre pays tient », martelait-il, formule convenant habilement à une nation prospère… ou à un patient sous perfusion.

Ainsi, en janvier 2026, 20 Minutes titrait sans complexe « Après une croissance 2025 finalement meilleure que prévue, le gouvernement est optimiste pour 2026 ». Avec une victoire à 0,9% de croissance, la barre des espoirs initiaux était visiblement placée à hauteur de chevilles. D’ailleurs, quelques jours plus tard, à Davos, le Président reprenait son couplet sur « une inflation parmi les plus faibles de la zone euro ».

La suite est aussi détendue du slip : le 27 mars, Sébastien Letordu Lecornu manque une luxation de l’ego en s’autocongratulant trop vivement : « quand on tient une ligne simple, sérieux, stabilité, maîtrise, les comptes s’améliorent sans brutalité », le sérieux étant ici un déficit qui passe de 5,4% à 5,1% et la satisfaction, celle de celui qui a pris 6 kilos au lieu de 8 pendant les fêtes.


Mais le bouquet est planté le 7 mai dans un courrier au Medef : « le gouvernement dont j’ai la charge ne déviera pas du cap », ce fameux cap à 3% de déficit en 2029, soit deux points à combler en trois ans, sans plan crédible, mais avec une fermeté communicationnelle de granit.

Avec une synchronisation diabolique, pendant que Lecornu rassure sur la trajectoire de 2029 (dans trois ans), les Français annulent leurs vacances de 2026 (le mois prochain).

L’air du temps a trouvé sa recette de saison : 5% de déficit, 116% de dette, 91% de pessimisme et un doigt de déni. Une préparation pimentée pour un dernier cocktail avant un suicide collectif détendu. On a décrété l’optimisme, on retravaille la garniture en cuisine pendant que la salle se vide, et on continue de commander des nappes en lin pour 2029.

En réalité, les Français ne sont pas pessimistes, ils sont lucides. Le gouvernement n’est pas optimiste, il est suicidaire, et il l’est d’autant plus volontairement que cette feuille de route lui va très bien : irresponsables et protégés de toute conséquence néfaste par un système médiatico-juridique qu’ils se sont taillés sur mesure, ses membres n’ont plus rien à faire des conséquences catastrophiques de leurs gesticulations d’opérette.

Le pillage tranquille a ceci d’agréable qu’il s’effectue sans nuisance sonore : pendant que le contribuable cherche désespérément la moitié d’un plein, eux cherchent posément un point ou deux sur un PIB de plus en plus illusoire.

L’écart n’est plus idéologique, mais temporel : pendant que le gouvernement fait semblant de vivre en 2029, ces futures années où le déficit sera réduit à 3% (mais si, mais si), le peuple continue de vivre au jour le jour, en 2026. Et personne au gouvernement ne veut plus se synchroniser : la fuite en avant continue.

Ce pays est foutu.


Fernand Kartheiser

LE « BOUCLIER DE LA DÉMOCRATIE » : PROTÉGER LA DÉMOCRATIE… OU PROTÉGER LA COMMISSION ?

- 12/5/2026 - L’Union européenne affirme défendre nos libertés face aux ingérences extérieures. Mais le « bouclier de la démocratie » sert-il réellement à protéger la démocratie — ou à limiter les critiques des citoyens envers les institutions européennes ?
Dans cette vidéo, j’explique pourquoi je considère que la liberté d’expression et le pluralisme sont aujourd’hui de plus en plus menacés au sein de l’UE.

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Jacques Cotta

L'UNION SACRÉE

- 8/5/2026 - Sur les grands choix politiques qui déterminent la politique suivie et les mesures appliquées à la société et au peuple, malgré les divergences en paroles entre Marine Le Pen, Macron, Faure, Mélenchon, etc., les partis politiques sont en réalité tous d'accord... La démonstration, chiffres et déclarations à l'appui, est imparable.

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16 mai 2026

Gabriel Nerciat
16/5/2026

LES RUINES DE KHARAYEB


D'après la journaliste néerlandaise Sonja von den Ende (cf. sa page X), Israël hier a détruit presque intégralement la ville de Kharayeb, qui contenait les ruines d'un célèbre temple phénicien et l'un des sites archéologiques les plus importants du sud Liban, datant de l'Âge du fer et placé sous la protection de l'UNESCO.
Sans doute une façon virile et intempestive de fêter le 78e anniversaire des massacres de la Nakba, dont l'actuelle politique génocidaire du Sionistan n'est jamais que la perpétuation logique (n'est-ce pas, Madame Yadan ?).
À moins qu'il ne s'agisse plus banalement de rappeler l'appartenance revendiquée d'Israël à la haute civilisation européenne et occidentale, à la veille de sa déshonorante participation au concours de l'Eurovision 2026.
J'espère que les milliers de spectateurs viennois qui ce soir vilipenderont et siffleront, avec force vigueur et jets de tomates, le candidat d'Israël lors de ce barnum de paillettes s'en souviendront.
Au passage, honte à la France d'avoir réitéré sa présence dans ce machin (à l'inverse de l'Espagne, l'Irlande ou les Pays-Bas) alors que celle d'Israël, contrairement à la Russie depuis 2022, y a été maintenue en dépit des crimes de masse que commet à la face du monde entier l'État sioniste – lequel ne se trouve même pas sur le continent européen.
C'est bien joli de se rengorger pour reconnaître l'État palestinien, si l'on n'est pas capable d'en assumer ensuite les conséquences minimales, même lors des occasions les plus futiles.

15 mai 2026

Philippe Meyrieu, pédagogue
7/5/2026

"Nous vivons, pour la première fois, dans une société où l'immense majorité des enfants qui viennent au monde sont des enfants désirés. Cela entraîne un renversement radical : jadis, la famille "faisait des enfants", aujourd'hui, c'est l'enfant qui fait la famille. En venant combler notre désir, l'enfant a changé de statut et est devenu notre maître : nous ne pouvons rien lui refuser, au risque de devenir de "mauvais parents"...
Ce phénomène a été enrôlé par le libéralisme marchand : la société de consommation met, en effet, à notre disposition une infinité de gadgets que nous n'avons qu'à acheter pour satisfaire les caprices de notre progéniture.
Cette conjonction entre un phénomène démographique et l'émergence du caprice mondialisé, dans une économie qui fait de la pulsion d'achat la matrice du comportement humain, ébranle les configurations traditionnelles du système scolaire.
Pour avoir enseigné récemment en CM2 après une interruption de plusieurs années, je n'ai pas tant été frappé par la baisse du niveau que par l'extraordinaire difficulté à contenir une classe qui s'apparente à une cocotte-minute.
Dans l'ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une "pédagogie de garçon de café", courant de l'un à l'autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail.
Il est vampirisé par une demande permanente d'interlocution individuée. Il s'épuise à faire baisser la tension pour obtenir l'attention. Dans le monde du zapping et de la communication "en temps réel", avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de "faire l'école". Beaucoup de collègues buttent au quotidien sur l'impossibilité de procéder à ce que Gabriel Madinier définissait comme l'expression même de l'intelligence, "l'inversion de la dispersion".
Dès lors que certains parents n'élèvent plus leurs enfants dans le souci du collectif, mais en vue de leur épanouissement personnel, faut-il déplorer que la culture ne soit plus une valeur partagée."
Gabriel Nerciat
15/5/2026

LES YANKEES À PÉKIN
 

À Pékin, finalement, rien de bien nouveau.
Le message de Xi à Trump est clair, et attendu. On peut le résumer ainsi :
"Soyez un peu plus malin que d'habitude, ne tombez pas dans le piège de Thucydide comme vos anciens maîtres britanniques en 1914, et surtout ne cherchez pas à vous opposer au rattachement inéluctable et légitime de Taïwan à la Chine continentale – qui se fera en temps voulu, selon la méthode que nous jugerons la plus opportune. Au final, vous verrez que ce sera moins sanglant que l'annexion du Texas. Le coup de l'Ukraine, on ne peut le faire qu'une fois.
Vous avez déjà suffisamment l'air fin avec votre déconvenue en Iran et votre déculottée en Afghanistan, alors n'en rajoutez pas.
Au besoin, rappelez-vous que c'est nous qui avons terres rares, semi-conducteurs, dysprosium pour vos avions de chasse et vos ordinateurs, une supériorité écrasante dans le domaine de la production automobile et suffisamment d'or comme de pétrole dans nos réserves pour nous affranchir bientôt de l'hégémonie du dollar en dépit du blocus à Ormuz (ou grâce à lui, c'est-à-dire grâce à vous).
Si vous vous montrez suffisamment coopératif, nous intercéderons peut-être pour que les Pasdarans consentent à nous confier une petite partie de leur uranium enrichi (pas la totalité, il faut quand même rester sérieux) pendant que vous serez autorisé à rentrer à Washington gérer paisiblement les conséquences de votre déclin entre deux clowneries mémorables et quelques tueries urbaines.
C'est vraiment tout ce que nous pouvons faire pour vous. À part vous acheter deux ou trois Boeing histoire que vous ne soyez pas totalement venus pour rien.
Voilà. Merci pour la visite, et rentrez bien. Ici, pays de vieille civilisation confucéenne, on reçoit bien les barbares mais on ne les embrasse pas."
Donald avait l'air plus emprunté ou hébété que d'habitude. On comprend pourquoi.
Mais il n'a pas pour autant renoncé à ses bonnes manières proverbiales. Avant de remonter dans son avion présidentiel, il a ordonné à son entourage de jeter ostensiblement dans une poubelle de l'aéroport tous les présents offerts par leurs hôtes chinois, sans exception.
Gastel Etzwane

Un naufrage cognitif : pourquoi la Gen Z est la première génération à voir son QI baisser

- 15/5/2026 - Pour la première fois depuis près de deux siècles, une génération entière affiche un déclin cognitif par rapport à celle qui l’a précédée. C’est le constat alarmant dressé par le neuroscientifique américain Dr Jared Cooney Horvath, qui a alerté le Sénat américain en janvier 2026. Selon lui, la Gen Z (née entre 1997 et 2010) est la première à obtenir des scores inférieurs en lecture, mathématiques, mémoire et résolution de problèmes, malgré un temps passé à l’école plus important que jamais.
Le coupable ? L’exposition massive et précoce aux écrans et à la technologie éducative (EdTech). Smartphones, TikTok, résumés en bullet points et tablettes à l’école ont transformé la façon dont les jeunes apprennent… ou plutôt, dont ils n’apprennent plus.

Le cerveau humain n’est pas conçu pour le « skimming »

Le Dr Horvath explique que notre cerveau a évolué pour l’interaction humaine directe et l’effort intellectuel soutenu. Or, plus de la moitié du temps d’éveil des adolescents est aujourd’hui passée devant un écran. Résultat : ils deviennent des « skimmers », des survolleurs d’information. Au lieu de plonger dans un texte complexe ou de résoudre un problème en profondeur, ils zappent de fragment en fragment.
Cette habitude détruit progressivement la mémoire de travail et la discipline mentale. Dès qu’un pays généralise les ordinateurs et tablettes dans les classes, les résultats scolaires chutent, selon des données compilées sur 80 pays. « Ce n’est pas du progrès, c’est une reddition », déclare le neuroscientifique. « Nous redéfinissons l’éducation pour qu’elle s’adapte à l’outil, au lieu de former nos enfants. »

Une urgence sociétale et un paradoxe inquiétant

Le Dr Horvath qualifie la situation d’urgence sociétale. Le plus préoccupant, selon lui, est le décalage entre la perception des jeunes et la réalité : beaucoup de membres de la Gen Z se sentent surconfiants quant à leurs capacités, alors qu’ils sont objectivement moins armés cognitivement que leurs parents au même âge.
Ce « naufrage cognitif » pourrait avoir des répercussions majeures sur l’ensemble de la société : moindre capacité d’innovation, difficultés accrues dans les études supérieures et sur le marché du travail.
Face à ce constat, les recommandations sont claires et radicales :
• Limiter drastiquement le temps d’écran en classe ;
• Retarder l’arrivée du smartphone chez les enfants ;
• Revenir aux méthodes traditionnelles : manuels papier, interaction humaine directe et apprentissage profond.
Certains pays scandinaves ont déjà commencé à réduire ou supprimer l’EdTech dans les écoles primaires, afin de redonner à la génération Alpha (les enfants nés après 2010) une véritable capacité d’attention et de réflexion.
Le message du Dr Jared Cooney Horvath : il est encore temps d’agir avant que ce déclin ne devienne irréversible.