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18 février 2026

Marc Amblard
16/2/2026

Amélie de Montchalin et la Cour décomptent

H16
18/2/2026

On n’est jamais si bien servi que par soi-même, surtout lorsqu’il s’agit de confiture. C’est probablement toute l’ampleur de la réflexion qui a présidé à la prochaine nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des Comptes.


Ainsi donc, alors que l’inénarrable Pierre Moscovici quitte avec panache son poste de Président de la Cour des Comptes, Amélie va devenir la première femme à ce poste… Ah non, zut, il y a plusieurs erreurs dans la phrase précédente : on me fait savoir dans l’oreillette que la première femme à ce poste sera l’actuelle présidente faisant fonction, Carine Camby, qui assure l’intérim depuis le 1er janvier dernier (raté pour Amélie).

Et surtout, il n’y a eu aucun panache dans le départ de Pierre tant son passage dans l’institution aura laissé un goût amer au citoyen français : refus de publier un rapport critique sur l’immigration pour ne pas froisser les débats en cours, déclarations anti-austérité dès son arrivée et même des jugements tranchants sur les dépenses « hors de contrôle » alors qu’il a lui-même, en tant que ministre du budget, participé à l’accroissement irraisonnable de la dette française, on comprend mieux son exfiltration vers une autre Cour des comptes, européenne celle-là, sans doute pour donner un peu d’ampleur à la catastrophe économique française.

Montchalin va donc prendre les rênes d’une Cour des comptes sans crédibilité, sorte de balance sans fléau et qui ne risque pas d’en regagner une, tant sa nomination tient d’un véritable scandale, heureusement camouflé par le volet français de l’affaire Epstein puis, plus récemment encore, par les dérapages sanglants de la racaille gauchiste.

Et cette fois-ci, à l’exception évidente de la macronie, les protestations sont montées de tous les côtés politiques : scandale d’État pour les uns, dérive illibérale pour les autres, « aux antipodes de l’éthique » selon le sénateur LR Hugonet, et même à l’intérieur de ce qui était, jadis, une vénérable institution montent à présent des critiques.

Il faut dire que nommer à cette Cour comme juge des comptes de la nation la personne même qui les a établis, c’est peut-être un joli geste technique de professionnel de la politique politicienne pour Macron mais ça n’en reste pas moins très visible et particulièrement détestable à plusieurs titres.


Bien sûr, ce petit côté « Juge et Partie » est immédiatement ressorti des critiques de tous les bancs politiques : Amélie établit les comptes de 2025 et Montchalin les audite en 2026, dans un conflit d’intérêt aussi évident que décontracté qui ne dérange pas un Exécutif largement décomplexé de l’outrance pour l’avoir pratiquée depuis huit ans. Après tout, nommer l’artisan du déficit pour auditer la dette, c’est demander au pyromane de rédiger le manuel de sécurité incendie, et on sait à quel point la macronie aime déclencher des feux.

Mais avec cette nomination, le scandale est plus profond.

D’une part, Montchalin est une macroniste de la première heure, et s’ajoute donc aux autres grognards du Président qu’il a déjà placés pour garantir la continuité de ses méfaits dans toutes les institutions de la Vᵉ République ainsi transformée en véritable Franchise Macron (cette méthode commerciale spécifique, hein, pas ce trait de caractère dont il est complètement dépourvu). Prenant sans doute exemple sur Mitterrand qui a largement usé du même mécanisme pour garantir que sa version très spéciale de la Socialie triomphante perdurerait bien au-delà de son cancer, Macron s’assure ainsi que la destruction méthodique du pays pourra continuer sans rencontrer trop de freins. Ce n’est plus de gestion de l’État qu’il s’agit ici, mais d’occupation, de véritable colonisation politico-institutionnelle.

D’autre part, à 40 ans et à un poste qui est à peu près inamovible, les Français pourraient donc avoir 28 longues années de ce concombre peu vitaminé à la tête de la Cour des comptes. Certes, cette Cour n’a aucun pouvoir coercitif d’importance mais elle a un pouvoir narratif et ses rapports sont régulièrement utilisés pour orienter la politique du pays, ou commodément camouflés pour permettre d’y tenir l’un ou l’autre discours que ses analyses fusilleraient. Vraisemblablement, Montchalin sera encore rue Cambon quand on aura oublié le nom du dernier Premier ministre de Macron, et elle continuera donc d’empoisonner longtemps la vie politique française.

Car il ne faudrait surtout pas oublier que Montchalin était ministre de la Transformation publique pendant le scandale McKinsey (2022), dans lequel il fut établi que de très importantes dépenses avaient été engagées auprès de ce cabinet, en parfait doublon d’institutions pourtant chargées des mêmes travaux. Montchalin avait à l’époque largement défendu ce recours aux cabinets et minimisé le scandale dont les répercutions furent parfaitement nulles.

Or, par construction, la Cour des comptes est précisément celle qui contrôle ces dépenses. Voilà qui augure d’un traitement exemplaire quand des faits comparables seront mis au jour.


Enfin, on ne pourra se passer de constater le cynisme parfait de placer à la Cour des comptes celle qui a directement participé à établir un budget catastrophique, avec 5,8 % de déficit, et ce alors que la dette frise les 113 % d’un PIB qui peine franchement à croître, alourdissant à 74 milliards d’euros les charges d’intérêts qu’on pressent de plus en plus difficile à payer.

En pratique, ce qui se joue avec cette nomination dépasse largement le cas Montchalin : c’est le symptôme d’un pouvoir qui, faute d’avoir convaincu, a décidé de durer autrement, non par les urnes, mais par les organigrammes. C’est aussi une mutation des institutions pour les faire passer de la vérification à la validation. Exactement comme pendant tout son mandat, en plaçant une figure de proue de l’exécutif à la tête de l’organe censé le contrôler, Macron ne cherche plus seulement à se protéger, il cherche à abolir la notion même de responsabilité.

La dette publique finira, d’une manière ou d’une autre, par être refinancée, restructurée ou diluée par l’inflation. Mais la dette morale contractée lorsque le contrôleur et le contrôlé se confondent, elle, se paie autrement : en défiance, en abstention, en retrait civique.

Et ce passif-là ne figurera dans aucun rapport annuel.


https://h16free.com/2026/02/18/83494-amelie-de-montchalin-et-la-cour-decomptent

16 février 2026

L'encre Libre
17/2/2026

17 FÉVRIER 1673 : DÉCÈS DE MOLIÈRE

Il y a 353 ans mourait Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, acteur et auteur dramatique, génie du théâtre français, mort littéralement sur scène (ou presque).

Qui était Molière ?
Fils de tapissier du roi, il abandonne la bourgeoisie parisienne pour devenir comédien (métier méprisé, excommunié par l'Église !). Il crée sa troupe, galère en province pendant 13 ans, revient à Paris en 1658, devient l'auteur favori de Louis XIV.
Ses chefs-d'œuvre : Le Tartuffe (1664, satire de l'hypocrisie religieuse), Dom Juan (1665, libertin athée impuni), Le Misanthrope (1666), L'Avare (1668), Le Bourgeois gentilhomme (1670), Les Femmes savantes (1672), Le Malade imaginaire (1673)...

La mort théâtrale :
Le 17 février 1673, Molière joue Argan dans Le Malade imaginaire (ironie tragique : il joue un hypocondriaque alors qu'il est vraiment malade : tuberculose, épuisement). Lors de la quatrième représentation, il est pris de convulsions sur scène, termine difficilement la pièce, est ramené chez lui rue de Richelieu. Il meurt quelques heures après, vers 22h, à 51 ans.
Problème : les comédiens sont excommuniés par l'Église, n'ont pas droit à des funérailles religieuses ni à une sépulture en terre consacrée. La femme de Molière, Armande Béjart, supplie l'archevêque de Paris, qui refuse. Elle écrit à Louis XIV, qui intervient. Compromis : enterrement religieux discret, de nuit, sans cérémonie, dans un coin du cimetière réservé aux enfants non baptisés. Humiliation posthume.

Ce que nous enseigne Molière :
La satire sociale : Molière se moque des hypocrites religieux (Tartuffe), des médecins charlatans (Le Malade imaginaire), des bourgeois prétentieux (Le Bourgeois gentilhomme), des avares (Harpagon), des précieuses ridicules... Il démonte les impostures de son époque.
Le courage de la critique : attaquer l'Église (Tartuffe fut interdit pendant 5 ans sous pression des dévots !), moquer les médecins (puissante corporation), ridiculiser la noblesse et la bourgeoisie... Molière prenait des risques.
L'hypocrisie de l'Église : elle condamne les comédiens comme pécheurs, refuse de les enterrer chrétiennement, mais le roi protège Molière parce qu'il le divertit. Double standard : le péché, c'est pour les pauvres, pas pour les artistes des puissants.
La mort de l'artiste épuisé : Molière s'est tué au travail. Auteur, metteur en scène, acteur principal, directeur de troupe, il jouait malade, épuisé. Le spectacle doit continuer, même si ça tue. Exploitation capitaliste de soi-même avant l'heure.
Le théâtre comme arme critique : Molière nous rappelle que l'art peut dénoncer, ridiculiser, déconstruire les pouvoirs et les hypocrisies. Le rire est subversif !
Aujourd'hui, relisons Molière : ses pièces restent d'une actualité brûlante. Les Tartuffe (faux dévots, escrocs moralisateurs), les médecins charlatans (gourous du bien-être), les bourgeois grotesques (nouveaux riches m'as-tu-vu) pullulent toujours !
Molière, patron des satiristes, des artistes engagés, de ceux qui osent rire des puissants !
Charles Alloncle
15/2/2026

4 milliards d’euros, soit près de 50 % du budget du ministère de la Culture, sont consacrés chaque année à l’audiovisuel public. Dans le même temps, à peine 5 % de ce budget est dédié à la sauvegarde de notre patrimoine en péril.
Plus de 67 000 monuments non protégés sont pourtant aujourd’hui en état critique, petits théâtres, églises rurales, moulins, phares, et un quart du patrimoine protégé est considéré comme dégradé.
Hier encore, le Louvre subissait une importante fuite d’eau, endommageant le bâtiment et de nombreuses œuvres, faute de moyens suffisants. Pourtant, les représentants des syndicats et de la Société des journalistes de Radio France refusent toute mise en perspective des moyens engagés, estimant que « l’information coûte de l’argent, c’est comme ça ».

H16
16/2/2026

Le fascisme vous salue bien


Quentin avait 23 ans et assurait la sécurité des militantes du collectif Némésis, une association de protection des femmes, lors d’une action à Lyon en marge d’une conférence donnée par l’égérie d’extrême-gauche Rima Hassan. Il a été pris à partie et lynché par des militants se réclamant de l’antifascisme, dont certains sont affiliés à la Jeune Garde, ce groupuscule fondé par le député insoumis Raphaël Arnault et dissous en Conseil des ministres en juin 2025.

Notez bien le « lynché » : il ne s’agit pas d’une petite bousculade, il n’a pas été légèrement contusionné au cours d’un échange de points de vue un peu vif, mais bien lynché et transporté inconscient à l’hôpital. Quentin a été déclaré en état de mort cérébrale puis est décédé ce samedi sous les coups d’un antifascisme moderne, cette étiquette qu’on colle sur les battes de baseball pour s’assurer que les coups portés soient démocratiquement corrects.

Ce qui vient de se passer, et l’outrage qui monte sur les réseaux sociaux notamment, démontre plusieurs choses essentielles.

D’une part, c’est la façon dont la presse française a relaté ces événements qui interpelle quiconque possède encore un minimum de bon sens et de décence.

Comme l’extrême-gauche se retrouve, une fois de plus, du très mauvais côté de l’affaire, les rédactions journaleuses se sont empressées de minimiser les faits avec un zèle stakhanoviste : BFMTV par exemple rivalise d’euphémismes, France Intox parle d’agression sans évoquer l’issue fatale,… Le JDD a même documenté l’indignation suscitée par des médias parlant tranquillement de « rixe » et d' »affrontements » là où les images et les témoignages décrivent sans ambiguïté un passage à tabac en règle, mortel de surcroît. La dissymétrie des coups semble se corriger avec la symétrie des titres.


La mécanique est rodée : il s’agit d’abord d’opérer un renvoi dos-à-dos des violences, comme si l’agresseur et la victime partageaient une responsabilité symétrique. L’épave journalistique Libération n’a pas failli à sa réputation de médiocrité en titrant fièrement sur un « militant d’extrême droite grièvement blessé après une rixe », trouvant même le moyen de propulser Quentin à l’extrême droite et jeter Jordan Bardella dans l’affaire, parce qu’il ne faudrait pas que le lecteur oublie où se situe le vrai danger, n’est-ce pas.

Le Progrès, lui, a offert un cas d’école saisissant de dissonance rédactionnelle : son titre évoque sobrement « une rixe entre ultragauche et ultradroite », là où l’URL de l’article, vestige probable d’une première version plus honnête, conserve les mots « lynchage », « ultragauche accusée », « état grave » et « conférence de Rima Hassan ». On imagine la réunion de rédaction où quelqu’un a jugé que ces détails étaient superflus pour la bonne compréhension du lecteur. Inutile de s’étendre sur le fait que c’était un lynchage, que les assaillants étaient d’extrême-gauche, que la victime était entre la vie et la mort : tout cela aurait encombré un titre déjà bien chargé.

La presse française ne ment plus. Elle reclasse.

Il faut dire que l’affaire est particulièrement embarrassante, tant pour la presse que pour La France Insoumise.

Parmi la meute qui s’est acharnée sur Quentin, on trouve notamment Jacques-Élie Favrot, au parcours militant cohérent qui est assistant parlementaire LFI du député Raphaël Arnault, un antifa violent déjà condamné en mars 2025 pour violences volontaires en réunion suite à une agression survenue (quelle coïncidence géographique !) à Lyon en 2021. Il est toujours délicat de disserter sur la montée de la violence d’extrême-droite quand ce sont vos propres collaborateurs parlementaires qu’on retrouve dans les expéditions punitives d’extrême-gauche.


Mais au-delà de ce que cette couverture médiatique dévoile sur l’état moral de la presse française, il convient de souligner un point essentiel : rien de tout ceci n’arrive par hasard.

Les exactions de l’extrême-gauche se multiplient depuis des années sans rencontrer la moindre résistance sérieuse. On ne compte plus les invasions de facultés par ces sections violentes – de l’occupation de Tolbiac en 2018 à la prise de contrôle de Sciences Po Lyon par la Jeune Garde en 2024 en passant par l’évacuation policière de la Sorbonne la même année. On ne compte plus les interruptions de conférences jugées idéologiquement déviantes : Sylviane Agacinski empêchée de parler à Bordeaux par des groupes qui revendiquent ouvertement la censure, François Hollande chassé d’un amphithéâtre lillois par quatre cents militants qui détruisent ses livres au passage – et les intimidations physiques devenues routinières. Les black blocs, qui se réclament eux aussi de cette mouvance, détruisent systématiquement du mobilier urbain, des vitrines et des véhicules à chaque manifestation, qu’il s’agisse des banques saccagées à Lyon en 2023 ou des 600 commerces dévastés sur les Champs-Élysées en 2019, dans une indifférence générale qui confine à l’approbation tacite.

Tout cela est devenu si banal que plus personne ne s’en étonne, ce qui est précisément le but recherché : la violence politique devient structurelle le jour où elle cesse d’être scandaleuse.

En pratique et comme l’explique le criminologue Xavier Raufer, cette violence n’est pas un dysfonctionnement du système mais elle en est bien une composante fonctionnelle. Le pouvoir en place tolère – et parfois encourage implicitement – l’existence de ces groupes violents parce qu’ils servent un objectif politique concret : ils permettent d’entretenir un climat de tension permanente qui justifie des mesures d’exception, de discréditer par association toute opposition au régime, et de maintenir les citoyens dans un état de sidération où la soumission passe pour de la sagesse.

L’extrême-gauche violente est le chien d’attaque que l’on garde sans laisse, en feignant de ne pas voir qu’il mord, parce que sa seule présence suffit à faire rentrer tout le monde dans le rang.

L’explication peut sembler hardie, mais l’actualité la confirme de façon éclatante. Il suffit de regarder ce qui s’est passé le jour même où Quentin tombait sous les coups de nervis antifascistes : Emmanuel Macron annonçait vouloir mettre en place une peine d’inéligibilité obligatoire pour les élus coupables « d’actes et propos antisémites et racistes ».

Admirable simultanéité : le jour même où s’exerce la violence politique réelle, physique, brutale, celle qui tue un garçon de 23 ans, de la gauche vers ses adversaires, le chef de l’État annonce forger un outil juridique taillé sur mesure pour éliminer de la compétition électorale quiconque déplaira au pouvoir.


Moyennant quelques accusations bien placées – et l’on sait avec quelle générosité le qualificatif de « raciste » est distribué ces temps-ci – les listes électorales de candidats vont nettement se clarifier. Parions que disparaîtront promptement les opposants sérieux à cet extrême centre macronien, lequel englobe au besoin toutes les tendances de la gauche, y compris la plus radicale, pour garantir qu’aucun vent populaire réellement favorable aux libertés ne puisse souffler sur les urnes.

Ainsi, comme un pied calleux dans un chausson moelleux, la France s’installe confortablement dans le fascisme. Le vrai, pas celui qu’on agite depuis trop longtemps comme un épouvantail dans les manifestations syndicalistes propres sur elles. Le vrai, celui qui frappe un jeune homme à mort dans la rue et le relègue au rang de simple participant à une « rixe » dans les colonnes du lendemain. Celui qui fabrique des lois pour exclure les dissidents du jeu démocratique. Celui qui laisse prospérer une milice idéologique en échange de son silence complice sur tout le reste et en vue de services futurs.

Et exactement comme prévu, c’est par l’antifascisme que tout arrive, inéluctablement. La formule prêtée à Churchill selon laquelle « les futurs fascistes s’appelleront antifascistes » n’est plus un aphorisme : c’est un compte-rendu.


https://h16free.com/2026/02/16/83453-le-fascisme-vous-salue-bien

15 février 2026

LA MORT DE QUENTIN, DIES IRAE

Gabriel Nerciat


- 15/2/2026 - Des jeunes gens comme Quentin, des étudiants nationalistes un peu bagarreurs mais catholiques observants et férus de philosophie politique ou religieuse, j'en ai fréquentés plusieurs dans ma jeunesse et au début de ma vie d'adulte. Et même si je ne leur ressemblais pas en tout, je les aimais profondément.
Le meurtre glacial de ce jeune homme par des sicaires Antifas lyonnais est bien plus qu'un drame et une iniquité ; il annonce d'autres morts et le début de tragédies futures dont on peut craindre qu'elles emportent une partie des jeunesses occidentales vers d'inexpiables guerres civiles ou urbaines des deux côtés de l'Atlantique (aux États-Unis, d'ailleurs, c'est déjà le cas, comme on a pu le voir ces derniers mois à Minneapolis, où même Trump a été contraint d'abdiquer).
Les blasés et les hypocrites viendront me dire que la violence politique a toujours existé, qu'en 68 c'était pire, que les jeunes aiment bien se foutre sur la gueule, que ce n'est qu'une diversion alimentée par le pouvoir ou les médias pour qu'on ne parle pas de ceci ou de cela, etc, etc.
Mais ce n'est pas vrai, ou ce n'est vrai qu'en partie : j'ai vu de près des batailles rangées entre militants FAF et hordes gauchistes au Quartier latin dans les années 1990-2000 ; elles n'avaient rien de commun avec ce qui se passe aujourd'hui, où des nervis en grappe se précipitent sur un homme à terre pour le lyncher et le rouer de coups dans la tête qu'ils savent très bien pouvoir être mortels (le plus fanatique des boutefeux lambertistes ou anarchistes n'aurait jamais fait ça il y a encore vingt ans).
On a écrit des livres entiers de sociologie politique ou historique pour expliquer comment et pourquoi à telle ou telle époque une nation se décompose au point qu'il devient habituel et même légitime de chercher à éliminer tel ou tel de ses compatriotes ou de ses voisins. Des amis libanais ou yougoslaves m'en ont parlé jadis, mais j'éprouvais la fatuité des Européens de l'Ouest qui pensent que ça n'arrivera jamais ici.
Les guerres civiles sont comme l'amour déformé par le cinéma ou la pornographie : leur représentation caricaturale, méticuleuse ou lyrique ne correspond pas à l'expérience vécue dans l'intimité des chairs humaines.
Plus une nation se fragmente au contact de crises intérieures et extérieures, plus il devient difficile et même insensé de chercher à faire rentrer dans leur lit des fleuves furieux qui débordent.
Entre les hommes qui sont restés fidèles à une terre et ceux qui veulent pouvoir reconfigurer sauvagement le monde à leur guise, il ne peut pas y avoir de destin commun ni même peut-être de langue commune. Au-delà des haines de classe et des passions religieuses, c'est peut-être aussi dramatiquement simple que cela.
Quand je vois ce qu'écrivent sur les réseaux sociaux ceux qui ont connu Quentin et ceux qui cherchent à amoindrir sinon à justifier sa mort (FB a supprimé en quelques heures plusieurs statuts de militants de gauche – pas seulement LFI mais aussi écologistes – qui se félicitaient de voir enfin vengé Clément Méric), je ne suis pas loin moi-même de hurler de rage et d'appeler intérieurement certains actes que la loi et la morale chrétienne réprouvent.
Pour autant, je sais très bien que c'est parfaitement idiot.
Comme d'ailleurs était totalement idiote (je rejoins tout à fait sur ce point l'excellente Gersende Bessède, injustement vilipendée) la décision de Némésis d'aller chahuter la conférence de Rima Hassan à l'Institut des Sciences politiques de Lyon (qu'on l'aime ou pas, cette dernière est une élue de la Nation, et a droit de se produire librement dans tous les lieux publics où elle est invitée). Il serait peut-être temps que les activistes droitards se montrent un peu plus malins que les décervelés gauchistes qu'ils prétendent combattre et qu'ils ne font la plupart du temps qu'imiter.
Mais l'essentiel demeure : un des nôtres est mort, fauché par des salopards masqués à l'âge de 23 ans. Et aucune parole d'apaisement ne parviendra à calmer la colère que cette mort est en train de faire germer en nous.
Comme aurait dit une infante espagnole, il ne suffira pas de laisser tomber les eaux.
Dessin de Chaunu

Pourquoi les Français ne se révoltent pas (encore)

Guy de Lussigny
15/2/2026


La France est en colère. Les sondages le montrent, les conversations privées le confirment, les urnes le murmurent à chaque élection. Colère contre la pression fiscale, contre le déclassement social, contre la perte de souveraineté, contre un pouvoir jugé arrogant et sourd. Et pourtant, rien. Pas de révolution. Pas de soulèvement massif. Pas même une contestation durable capable de faire plier l’exécutif. Comment expliquer ce paradoxe français : un peuple politiquement conscient, historiquement rebelle, mais aujourd’hui immobile ?

La réponse tient moins à une soudaine docilité qu’à une neutralisation méthodique de la colère.

La première raison est matérielle. Les Français souffrent, mais pas tous en même temps, ni de la même manière. La pression est diffuse, étalée, progressive. Inflation, fiscalité, normes, précarisation du travail, services publics dégradés : chaque coup pris isolément est supportable. Ensemble, ils épuisent, mais ne provoquent pas l’effondrement brutal nécessaire à une révolte collective. On serre les dents, on ajuste, on rogne, on tient. La société est sous tension, pas en rupture.

Ensuite, il y a l’État-providence. Même affaibli, même mal géré, il continue de jouer son rôle d’amortisseur social. Allocations, aides, subventions, reports, dispositifs exceptionnels : le système empêche la chute libre. Il maintient les individus juste au-dessus du seuil de rupture. C’est un filet de sécurité, mais aussi un anesthésiant politique. On souffre, mais on ne tombe pas assez bas pour se lever ensemble.

La deuxième raison est institutionnelle. La Ve République concentre le pouvoir exécutif d’une manière quasi unique en Europe. Une fois élu, le président dispose d’outils constitutionnels qui lui permettent de gouverner même contre une majorité sociale. Emmanuel Macron n’a rien inventé : il exploite pleinement un système qui permet de contourner le Parlement, de réduire le débat, et de transformer la contestation en bruit de fond. Le message est clair : manifester ne change rien, débattre ne change rien, voter change peu.

Ce sentiment d’inutilité est central. Les Français ne se révoltent pas parce qu’ils ont intégré l’idée que ça ne sert à rien. La rue ? Ignorée. Les syndicats ? Marginalisés. Les référendums ? Enterrés. Les élections ? Piégées entre un vote de rejet et un vote par défaut. Une révolution suppose l’espoir d’un résultat. Or aujourd’hui, la colère n’est pas accompagnée d’une perspective crédible de victoire.

La troisième raison est médiatique et culturelle. Le pouvoir n’a pas besoin de censurer brutalement. Il suffit de cadrer. Toute contestation est immédiatement disqualifiée : populiste, extrémiste, complotiste, irresponsable. Peu importe qu’elle vienne d’ouvriers, de cadres, d’entrepreneurs ou de fonctionnaires. Le procédé est efficace : il empêche la convergence. Personne ne veut être assimilé à une caricature. Alors chacun râle dans son coin, en silence ou à voix basse.

Les médias jouent ici un rôle ambigu. Le débat existe, mais il est verrouillé dans ses termes. On discute des modalités, jamais du cap. On admet des erreurs de gestion, jamais une erreur de trajectoire. On invite les mêmes experts, les mêmes profils, les mêmes raisonnements circulaires. Résultat : la contestation n’est pas supprimée, elle est diluée. Elle devient un bruit permanent, inoffensif.

Il y a aussi une raison psychologique profonde : la peur du chaos. La France a été travaillée par l’idée que toute rupture mènerait au pire. Guerre civile, faillite économique, isolement international, autoritarisme brutal. Cette peur est constamment entretenue. Le pouvoir se présente comme un rempart, même contesté, face à l’inconnu. Beaucoup de Français détestent la situation actuelle, mais la jugent moins dangereuse que ce qu’on leur décrit comme alternative.

À cela s’ajoute la fragmentation sociale. Il n’y a plus de « peuple » homogène, mais une mosaïque de statuts, de territoires, de modes de vie. Métropoles contre périphéries, salariés protégés contre indépendants, retraités contre actifs, public contre privé. Une révolution suppose une identité commune. Aujourd’hui, chacun se vit comme un cas particulier. La colère est réelle, mais elle n’est pas collective.

Le pouvoir a également appris à désynchroniser les conflits. Une réforme après l’autre, des sujets techniques, sectoriels, complexes. Jamais un choc global qui fédère tout le monde en même temps. Toujours une catégorie touchée pendant que les autres regardent, soulagées de ne pas être concernées. Cette stratégie empêche la cristallisation d’un mouvement unifié.

Enfin, il y a la fatigue. Une fatigue morale, civique, presque existentielle. Beaucoup de Français ont le sentiment d’avoir déjà tout essayé : voter, manifester, argumenter. Ils n’attendent plus rien. Ils se replient sur leur sphère privée, leur famille, leur travail, leurs stratégies individuelles de survie ou d’évitement. Ce retrait est souvent confondu avec de l’acceptation. C’est une erreur. C’est une résignation lucide.

Mais l’absence de révolte n’est pas un signe de stabilité. C’est un signe de déconnexion profonde entre le pays réel et le pouvoir. Les sociétés ne tiennent pas indéfiniment sur l’inertie et la peur. Quand la rupture survient dans ce type de configuration, elle n’est jamais organisée, jamais maîtrisée. Elle est déclenchée par un événement externe, un choc imprévu, dans un corps social déjà fragilisé.

La vraie question n’est donc pas pourquoi les Français ne se révoltent pas aujourd’hui. La vraie question est : jusqu’où peut aller un système qui gouverne sans consentement actif ? L’histoire montre que ce genre d’équilibre est toujours provisoire. Il peut durer longtemps. Mais il se termine rarement bien.
Nicolle GT

- 15/2/2026 - Les agences de renseignement occidentales peuvent déterminer la cause du décès de Navalny (poison de grenouille dard d'Équateur) sans avoir accès au corps (en Russie), mais elles semblent incapables de découvrir qui a fait exploser Nord Stream ou quoi que ce soit concernant Epstein.
Annoncé opportunément lors de la Conférence sur la sécurité de Munich.

Olivier Delorme
13/2/2026

Bruno Retailleau

Le type est le chef d'un parti-cul qui a tout trahi, tout vendu, tout raté depuis 1974, qui n'a plus de militants, plus d'électeurs mais encore quelques notables rances et des élus véreux prêts à toutes les compromissions pour conserver leur gamelle un an et demi de plus ; le type a été ministre macronard, son parti-cul est la dernière roue du carrosse macronard et le déambulateur parlementaire de Macron qui lui permet de continuer de vendre le pays à la découpe, aux Ricains, aux Boches ou à n'importe qui ; le type a des élus qui ne lui obéissent même pas, des ministres exclus du parti-cul qui leur donne quand même son investiture, d'autres qui passent leur temps à lui tirer dans le dos... et il voudrait qu'on le prenne au sérieux quand il prend son air de père la morale constipé pour dire qu'il va redresser la France!
Sérieusement ?