29/11/2023 - Un vent de folie ou de bêtise devrais-je dire ? Mais la folie en un certain sens n’était-elle pas une forme de bêtise portée à son paroxysme ? Déconnexion du réel, affaiblissement du bon sens, divagation de l’esprit. La responsabilité des petites fripouilles, en nombre infime, qui paradent déguisées en miliciens dans les quartiers est immense. Ils servent de prétexte, ils ont permis aux médias et aux politiques bienpensants de réaliser une incroyable mystification : ce qui était à la base une profonde émotion nationale à la suite du massacre d’un adolescent de seize ans à Crépol par une bande de tueurs des cités armés de couteaux, est devenu, par un tour de passe-passe dont l’idéologie française est coutumière, une affaire politico-médiatique de « ratonnades » et de menace fasciste sinon nazi… Cette version est largement reprise par une partie de la presse, des médias, et dans la classe politique. Et circule partout la vidéo d’un journaliste connu, autorité morale prétendue, accusant quasiment Thomas d’avoir provoqué des « jeunes » venus simplement s’amuser. La victime devient le coupable et les coupables présentés les victimes. C’est le monde à l’envers. Qu’une telle imposture soit possible a deux explications : d’une part l’abêtissement global lié au déclin scolaire qui facilite toutes sortes de manipulations en affaiblissant l’esprit critique ; d’autre part, l’absence d’une autorité morale, de personnages au-dessus de la mêlée dont la pensée et la parole puissent servir de référence au pays : cela rejoint la question de la médiocrité.
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29 novembre 2023
19 novembre 2023
Pourquoi le démantèlement des bouquinistes sur les quais de la Seine nous choque profondément
Maxime Tandonnet
19/11/2023 - Les bouquinistes sur les Quais font partie de l’identité de la capitale française, ils en sont l’âme, l’une des plus pures caractéristiques. Ils incarnent l’amour des livres, de la littérature, de l’intelligence, de l’esprit, la passion des lettres et de la civilisation littéraire, comme incrustée dans les vieilles pierres du cours de la Seine. Il n’existe pas de plus grand plaisir d’automne à Paris que de déambuler sur les quais, de feuilleter les vieux livres quand ils sont accessibles, d’échanger avec les bouquinistes et parfois d’acheter des volumes introuvables ailleurs. Les bouquinistes dont des personnages d’une autre époque, comme figés hors du temps, qui sont là pour la seule passion de l’écriture et du savoir qui s’incarnent dans le livre, le plus bel objet d’encre, de papier et d’intelligence qu’il n’ait jamais été donné à l’humanité de créer. Sacrifier même provisoirement, les bouquinistes pour le déroulement des JO de Paris est une abomination. On va balayer d’un revers de main un symbole de la ville Lumière au profit de cette orgie médiatique planétaire et festival de muscle et d’hystérie chauvine, justifiant la logique de la table rase. Certains JO sont de sinistre mémoire. On a eu les JO de Berlin en 1936 de Moscou en 1980 et ceux de Pékin en 2008 au service de régimes totalitaires. Sans doute servent-il de nouvel opium du peuple, du pain et des jeux, panem et circenses comme on disait dans la Rome décadente. Les JO de Paris tombent à pic dans une période aussi infiniment troublée pour détourner l’attention du pays sur son effondrement général (économique, financier, scolaire, social, politique, etc.) Mais rien, aucune idolâtrie, ou obsession de la place nette, aucune propagande, aucun mensonge, aucun mépris du peuple ne mérite aujourd’hui le sacrilège du démantèlement, même temporaire, des bouquinistes sur les Quais. Ce message vaut l’expression d’une infinie solidarité avec eux.
L’effondrement scolaire favorise l’extrémisme, le fanatisme, la violence
Maxime Tandonnet
(pour Figaro Vox)
Le ministre de l’Education national, M. Gabriel Attal, vient de tirer la sonnette d’alarme en des termes prudents lors d’une interview au journal le Parisien : « Les résultats ne sont pas satisfaisants et sont même… plutôt inquiétants. » Selon le ministre, « un peu plus de la moitié des élèves [en quatrième] ne lisent pas convenablement et en mathématiques, plus de la moitié ne maîtrisent pas la résolution de problèmes et la géométrie. » Le constat n’a certes rien de nouveau. Un an auparavant, celui de son prédécesseur M. Pap N’Diaye était exactement le même, en des termes plus musclés : « Disons le clairement, le niveau d’ensemble baisse. » (22 décembre 2022).
D’ailleurs, selon une étude du ministère de l’Éduction nationale : « En 2021 [sur une même dictée] les élèves font en moyenne 19,4 erreurs contre 18 en 2015, 14,7 en 2007 et 10,7 en 1987. La baisse des résultats continue de concerner l’ensemble des élèves, quels que soient leur sexe et leur âge […] C’est l’orthographe grammaticale (règles d’accord entre le sujet et le verbe, accords dans le groupe nominal, accords du participe passé) qui demeure la source principale de difficultés. »
Il corrobore de nombreuses études internationales qui font état d’une chute spectaculaire du niveau scolaire français, dans quasiment toutes les matières. D’après le classement Timss de 2019, les élèves français se classent derniers de l’Union européenne en mathématique et avant-dernier dans l’OCDE (devant le Chili). Selon le classement PISA, les jeunes Français ne sont que 23ème en lecture et compréhension de texte. Enfin, en histoire-géographie, le naufrage est avéré : d’après l’Éducation nationale, le pourcentage des élèves de faible niveau est passé de 15 à 21% entre 2006 et 2012, et celui des élèves de niveau élevé de 10 à 6%.
Cette chute du niveau scolaire n’est pas, pour l’essentiel, une affaire de crédits. Un rapport de la Cour des comptes de décembre 2021 souligne que la France consacre 110 milliards € à l’Éducation nationale (hors enseignement supérieur). Les dépenses pour les élèves du 1er degré (élémentaire, primaire) ont augmenté de 210% par élève en termes constant de 1980 à 2020 et de 65% pour le second degré. La France consacre 5,2% de son PIB à l’Éducation nationale contre 4,5% en Espagne, Allemagne, Japon, Italie (selon le même rapport).
Cette chute du niveau est le fruit d’un choix idéologique qui consiste à sacrifier la méritocratie et l’excellence au profit du nivellement par le bas et l’égalitarisme – une fausse égalité. Ce choix idéologique s’exprime à travers de multiples décisions prises depuis un demi-siècle. L’objectif de 80% d’une classe d’âge « au niveau bac » a amplifié la faillite scolaire en ouvrant la voie à une stratégie de rabaissement du niveau tournée vers sa réalisation. Elle se traduit aujourd’hui par la quasi neutralisation du bac qu’obtiennent plus de 90% des candidats. L’invraisemblable réforme dite « Blanquer » supprimant les séries (littéraires, scientifiques, etc.) et achevant de neutraliser le bac par le « contrôle continu » a été un pas supplémentaire dans la voie du nivellement par le bas.
D’autres décisions emblématiques ont montré la voie de la course à la médiocrité au prétexte d’égalitarisme : la suppression du concours d’entrée à Science po ou des épreuves de culture générale aux concours administratifs. Elle s’est traduite par le triomphe de la démagogie consistant à dévaloriser les enseignements considérés comme fastidieux, à l’image de l’orthographe, la grammaire et les mathématiques… Pourtant fondamentaux.
Cette course à la médiocrité procède d’un dessein de long terme du pouvoir politique, sans doute implicite, peut-être inconscient mais réel, consistant à forger une société d’individus aisément manipulables. L’incapacité à lire, à écrire et à compter, l’affaiblissement de la curiosité intellectuelle, de la passion des livres, ouvre la voie à la soumission et au triomphe de la propagande. Il est plus facile d’influencer et de faire marcher au pas des femmes et des hommes sans racines intellectuelles, privés des repères de la littérature, de l’histoire et de la philosophie ou de la connaissance scientifique. Cette course à la médiocrité explique sans doute aussi la poussée des extrémismes en politique, le triomphe des aboyeurs au détriment de la raison collective. Le déclin scolaire, en entraînant celui de l’esprit critique et de la pensée ou de la capacité à s’exprimer, prépare le clonage d’une société servile, soumise aux idolâtries et à toutes sortes de fanatismes et de violences telles le fascisme, le communisme, l’islamisme ou le wokisme. Pour changer de cap, il faudrait un véritable bouleversement intellectuel autour de la réhabilitation de l’excellence plutôt que des coups de menton aussi vains que répétitifs.
18/11/2023
11 octobre 2023
Israël/Hamas : l’invraisemblable complaisance envers des actes de torture et barbarie
Maxime Tandonnet
https://maximetandonnet.wordpress.com/2023/10/09/israel-hamas-linvraisemblable-complaisance-envers-des-actes-de-torture-et-barbarie/
9/10/2023 - Depuis hier, dans certains médias français et partis « de gauche » se lit la volonté d’un traitement « politique » des événements qui ensanglantent Israël depuis hier, renvoyant la question au conflit palestinien qui dure depuis plus de 70 ans. On voit un peu partout une tendance qui s’exprime sur le mode du relativisme : l’attaque du Hamas serait la conséquence de la politique israélienne envers les Palestiniens. Dans cette affaire, on confond deux choses bien différentes : le volet diplomatiques et militaire d’une part, l’atrocité des faits qui se sont produits d’autre part. Car la fin ne justifie jamais n’importe quel moyen. En l’occurrence, les commandos du Hamas ont exterminé à la mitrailleuses des jeunes filles et garçons en train de faire la fête. Ils ont massacré à l’arme blanche des enfants, même des nouveau-nés avec leurs parents en entrant dans les maisons et emportés des vieillards et d’autres enfants en otages. Nous avons eu affaire à des actes de terrorisme et d’une barbarie absolue qui rappellent les pires exactions jamais commises dans l’histoire. Il faut distinguer le fond du dossier et les moyens utilisés. Rien au monde ne peut justifier qu’on s’en prenne délibérément à des jeunes, à la la vie d’enfants. Les prises de positions complaisantes envers les tortionnaires d’enfants sont des actes de complicité. Excuser ou comprendre les massacres d’hier visant des populations civiles et des enfants est de la même nature que vouloir relativiser la barbarie nazie ou les massacres d’enfants de deux ans commis dans une école juive par Mohammed Mehra en 2012 ou encore les tueries de Charlie, du magasin de la porte de Vincennes, du Bataclan ou de Nice. Aucune excuse, aucun relativisme et aucune tolérance, aucune distanciation ne sont possibles devant un pareil déchaînement de férocité barbare.
8 octobre 2023
Hamas-Israël, confondre guerre et terrorisme
Maxime Tandonnet

https://maximetandonnet.wordpress.com/2023/10/08/hamas-israel-confondre-guerre-et-terrorisme/

Il est toujours ennuyeux, face à la tragédie que connaît en ce moment Israël, d’ajouter son grain de sel à la multitude des commentaires plus ou moins pertinents ; mais comment rester silencieux ? Ce qui me sidère, c’est le ton de nombreux articles et éditoriaux qui parlent d’une attaque militaire du Hamas de manière neutre, presque normale, comme une opération militaire classique. Je ne pense pas ici aux bandits idéologues qui s’en réjouissent, mais de ceux qui prennent un air savant pour formuler des comparaisons, par exemple avec la guerre du Kippour et l’attaque d’Israël par les armées arabes en octobre 1973 – un demi siècle passé. Là c’est tout autre chose me semble-t-il, non pas une opération militaire, mais une lâche agression barbare, terroriste, ou l’on entre dans les maisons pour massacrer des femmes et des enfants à la mitrailleuse et s’emparer d’otages – une cinquantaine au moins, comme des boucliers humains, une sorte de coup de poignard dans le dos où des civils sont massacrés, anéantis. Les scènes ressemblent bien davantage aux massacres terroristes commis par des islamistes depuis 2012, l’affaire Mehra, Charlie hebdo, le magasin kasher de la porte de Versailles, le Bataclan, Nice, etc… Le point commun, c’est qu’on s’en prend prioritairement à des civils désarmés pour répandre la sang, la peur et la terreur. Ici, nous exprimons toute notre solidarité avec Israël et les familles des victimes de cette tuerie qui n’a aucune excuse, aucune circonstance atténuante.
4 octobre 2023
Haut Karabagh, une honte européenne
Maxime Tandonnet
Une épuration ethnique est en cours au Haut Karabagh avec plus de 100 000 réfugiés qui ont dû fuir les massacres, les viols, la torture, à la suite de l’invasion de cette enclave arménienne par l’Azerbaïdjan. Mais cette fois, l’Europe des droits de l’homme a fait quasi silence, a lâchement fermé les yeux en dehors de quelques coups de menton ou communiqués verbeux. Mais il y a pire. C’était il y a un an, le 18 juillet 2022, Mme Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, rencontrait à Bakou le dictateur et bourreau des Arméniens, Ilham Aliev et se pavanait devant les caméras de télévision en signant un accord gazier avec ce dernier. L’idée était de remplacer médiatiquement le gaz russe par du gaz d’Azerbaïdjan. Depuis, Cette dame a-t-elle démissionné pour autant ? Non, elle parade plus que jamais. Pourtant, par cette signature, les Européens donnaient une sorte de feu vert au massacre en cours et à une nouvelle crise humanitaire. Mais celle-ci n’intéresse pas grand monde. Alors aujourd’hui, silence motus. Tabou sur les agissements de cette dame : il n’en est pas question, aucune critique à son encontre dans les médias officiels. Pourtant, le génocide arménien par les Turcs de 1915 (plus d’un million de morts) pourrait servir de leçon. Mais non, l’Europe ferme les yeux, cette fois-ci, pas de sanctions, pas de soutien militaire significatif à l’Arménie menacée à son tour. Peut-être que la haine de soi a encore frappé : dès lors que ce sont des musulmans qui massacrent des chrétiens, et non l’inverse, quelle importance ? Ou bien encore, le Haut Karabagh et l’Arménie ne font-ils pas partie des projets de l’Occident, comme l’Ukraine ? En tout cas, nous assistons à un formidable ballet d’hypocrisie : les droits de l’homme et l’indignation sélective : quand cela nous arrange, conformément à nos intérêts. Et quand cela ne nous arrange pas, on ferme les yeux, voire pire, non seulement on ne fait rien pour s’y opposer, mais on encourage le massacre par la signature d’un accord gazier scandaleux.
24 septembre 2023
La véritable tragédie de l’Éducation nationale
Maxime Tandonnet


Le Figaro du 21 septembre: « Combien y a-t-il de quarts d’heure dans 3/4 d’heure ? » À cette question apparemment simple, seule la moitié des élèves qui entrent en sixième trouve la bonne réponse. Dans une note d’alerte publiée le 20 septembre, le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (Csen), présidé par le neuroscientifique Stanislas Dehaene, conclut à une « inquiétante mécompréhension » des nombres et surtout des fractions de la part des élèves qui sortent de l’école primaire. Pour beaucoup, « les nombres décimaux et les fractions n’ont aucun sens. Or, la compréhension de ces outils mathématiques est indispensable à la mesure de n’importe quelle dimension physique », souligne le Conseil scientifique […] Les erreurs révèlent aussi « une vaste confusion entre différents types de nombre s», et « une méconnaissance du sens des symboles ».
Les élèves confondent ainsi 1/2 avec 1,2, ou encore 2/1 avec 2,1. Ils se trompent également dans les calculs avec les nombres décimaux : beaucoup pensent que 0,8 + 1 fait 0,9. Ce déficit de compréhension concerne tous les milieux sociaux. S’il atteint 85 % en éducation prioritaire, il reste élevé (75 %) hors éducation prioritaire et dans les écoles privées […] Ces constats viennent confirmer les résultats des enquêtes internationales Pisa (la prochaine évaluation, centrée sur les maths justement, sera dévoilée le 5 décembre) et Timms, qui soulignent le retard considérable des élèves français en mathématiques. Dans cette discipline, la France occupe la dernière place en Europe.
La maîtrise des mathématiques conditionne la formation des ingénieurs, des scientifiques, des informaticiens et le développement des technologies. L’effondrement du niveau en mathématique prépare ainsi la marginalisation croissante de la France qui s’est longtemps targuée d’une supériorité en cette matière (médailles Fields). Cet effondrement a au moins en partie des causes idéologiques : il vient du culte des élites dirigeantes françaises pour le nivellement par le bas. Les mathématiques, trop sélectives, considérées comme un outil de sélection, ont été méprisées et dégradées. Bien évidemment, cette catastrophe frappe tout autant, sinon pire, la connaissance de l’orthographe et de la grammaire : considérées tout autant comme des outils de sélection que les idéologues au pouvoir se sont appliqué à briser. Détruire les fondement de la langue française, c’est-à-dire le vecteur de la communication et de la cohésion sociale est aussi dramatique pour l’avenir.
Mais plutôt que de reconnaître le désastre scolaire et de proposer des pistes à long terme pour y remédier, les responsables politiques de ce dossier préfèrent gesticuler pour détourner l’attention des Français sur l’écroulement qui est à l’œuvre. L’abaya est sûrement un sujet sensible mais qui concerne un nombre infime d’élèves, environ 200 sur 12 millions. Et elle a été promue au rang d’évènement de la rentrée. C’est tellement plus facile et spectaculaire de bomber le torse et de donner des coups de menton virils sur l’abaya plutôt que de se mettre au travail de fond. Idem pour le harcèlement scolaire : bien sûr que c’est atroce le harcèlement scolaire, mais c’est une question qui devrait se traiter localement, par les chefs d’établissement ou les professeurs. Comme c’est facile de se saisir du sujet nationalement et de jouer les justiciers médiatiques sur les drames du harcèlement en donnant les mêmes petits coups de menton virils – à la mode. Et puis je l’ai dit mille fois, le cinéma autour du drapeau dans les classes (tiens, on n’en parle plus), l’encasernement des élèves par le prétendu service national universel – pendant les heures de classe – ou encore l’obligation du port d’un uniforme sont autant de leurres commodes pour esquiver l’essentiel : le vertigineux déclin de l’intelligence scolaire qui entraîne la France par le fond.
22 septembre 2023
Lampedusa, immigration
Maxime Tandonnet


17/9/2023 - La tragédie de Lampedusa devrait nous inspirer deux types de réflexion. D’une part, l’immigration africaine en Europe est inévitable. Le solde naturel de la population européenne est en chute libre. L’Europe se dépeuple parce que les Européens ont moins d’enfants avec un taux de fécondité de moins de 1,5 enfants par femme alors qu’il en faudrait deux pour un maintien du niveau de la démographie. Outre le retour à des politiques familiales et d’encouragement à l’enfance, l’apport de l’extérieur est crucial pour la survie du « vieux continent » qui n’a jamais mieux mérité son nom. Mais cela doit se faire de manière volontaire, régulée et organisée, sur la base des capacités d’accueil sur le plan du travail, du logement, des écoles. Il faut des passerelles pour permettre l’installation en toute régularité de populations venues de l’extérieur et la mobilité dans le cadre d’accords internationaux. En revanche, le drame de Lampedusa et celui, plus général de l’immigration illégale est d’une autre nature. Il signe la capitulation de l’Europe et et de ses États face au coup de force des passeurs esclavagistes. Il est la marque de la faiblesse, du renoncement, de la lâcheté européenne face à l’un des crimes les plus monstrueux de notre époque. Il montre une Europe paralysée par la mauvaise conscience, incapable de fermeté qui cède devant une forme de terreur et de chantage, une bataille que lui livrent les pirates du XXIe siècle. Cette faiblesse est à la source de la désintégration européenne, elle explique en partie le Brexit, la révolte de la Pologne et de la Hongrie, les tensions de l’Allemagne et la France avec l’Italie. Bien sûr qu’il ne faut jamais céder devant la menace et la force. À la fin du siècle, la population de l’Afrique doit quadrupler pour atteindre 4 milliards et devenir la région du monde la plus peuplée. Tel est le plus grand enjeu du XXIe siècle. Si l’Europe ne parvient pas simultanément à donner un signal de fermeté et de maîtrise des flux, en fonction de ses capacités d’accueil, il ne fait plus aucun doute qu’elle sera broyée.
7 septembre 2023
Contre l’uniforme à l’école
Maxime Tandonnet
Pourquoi suis-je carrément contre l’uniforme à l’école, et suis-je ainsi à contre-courant de l’époque ? Et à contre-emploi de ma présumée tradition politique ? Parce que, de mon point de vue, cette idée est assez malsaine, dans la catégorie des fausses bonnes idées. On imagine que l’habit fait la discipline. Pas plus qu’il ne fait le moine. Ce n’est pas parce que tous les enfants, collégiens, lycéens, porteraient une tenue identique qu’il seraient plus sages et plus attentifs. L’habit ne fait pas le moine. Là on est dans l’illusion. Tous pareils dans la forme, donc tous pareils sur le fond : absurde. La mode est à l’autorité, aux oukases, aux petits chefs, à l’ordre soi-disant… Illusion, cette mode ne sert qu’à recouvrir l’impuissance, le chaos la violence. Faute de réussir à combattre l’absentéisme, l’échec scolaire, la violence, la drogue, le communautarisme, l’effondrement vertigineux du niveau en mathématiques et en orthographe ou en histoire, on se donne l’illusion du contrôle en imposant aux élèves l’uniformité vestimentaire. L’abaya touche quelques centaines de scolaires sur 12 millions. Faut-il imposer de lourdes contraintes à 12 millions d’élèves et leurs parents pour quelques centaines de trublions? Au fond, vouloir parader sur le thème de l’uniforme en classe, c’est une manière de reconnaître qu’on est incapable d’imposer une tenue correcte – libre mais correcte – à 12 millions de scolaires. Ce n’est pas un signe de force des institutions. C’est un aveu de faiblesse. Moi je suis de ceux qui pensent que l’école est là pour enseigner la pensée, la réflexion, l’esprit critique, fournir des bases à la curiosité intellectuelle. Elle n’est pas là pour uniformiser, cloner, encaserner. Mieux valent des dépenses en livres, en crayons et en cahiers qu’en tenue réglementaire. Mais n’ayons aucune crainte : encore un coup de menton qui s’achèvera comme tout le reste. Il est simplement dommage que la ruée soudaine des politiciens de tout bord vers cette idée d’uniforme à l’école ne soit rien d’autre que le signe patent d’une incapacité à imposer une tenue correcte, propre, convenable. Donc, aveu de faiblesse. Et ne parlons même pas de la discipline. Vous n’êtes pas d’accord ? Tant mieux, la liberté commence par le débat, l’échange et la discussion, la tolérance aux idées d’autrui. 6/9/2023
1 septembre 2023
Maxime Tandonnet
Une analyse de l’invitation des chefs de partis politiques par le président de la République (pour Atlantico, avec M. Michel Maffesoli)
https://maximetandonnet.wordpress.com/2023/08/31/une-analyse-de-linvitation-des-chefs-de-partis-politiques-par-le-president-de-la-republique-pour-atlantico-avec-m-michel-maffesoli/
Une analyse de l’invitation des chefs de partis politiques par le président de la République (pour Atlantico, avec M. Michel Maffesoli)
• Alors qu’Emmanuel Macron organise un dîner travail avec les principales figures de la majorité ce mardi et alors qu’il s’apprête à recevoir ce 30 août toutes les forces politiques du Parlement à un après-midi de discussions pour bâtir des accords « utiles pour la France », dont certains pourraient être soumis à référendum, le chef de l’État est mobilisé dans le cadre de son « initiative politique d’ampleur ». Même si les compromis transpartisans peuvent être utiles, ils ne peuvent se substituer à une orientation globale tranchée. Or, Emmanuel Macron n’asphyxie-t-il pas la démocratie et le débat public à travers cette stratégie ? Le chef de l’État ne confond-il pas les valeurs, les mesures techniques et le cynisme tactique ?
En soi, il n’y a rien d’extraordinaire à ce que le chef de l’État réunisse les leaders des partis politiques. Il est dans son rôle traditionnel de président de la République. Le problème tient au contexte dans lequel cette initiative intervient. Le président passe sa vie et son mandat à vouloir occuper le terrain médiatique par des initiatives de communication. Depuis six ans, il semble engagé dans une course perpétuelles aux formules qui lui permettent de se maintenir au-devant de la scène : les slogans « transformation de la France » et sortie de « l’ancien monde », les « conventions citoyennes » avec tirage au sort (sur la fin de vie, ou l’écologie), le « grand débat » après la crise des Gilets Jaunes, « le jour d’après » à l’issue du premier confinement, puis « la fin de l’abondance » à la rentrée 2022, le « conseil pour la refondation », les « cent jours » destinés à l’apaisement après le mouvement social sur les retraites et désormais « l’initiative d’ampleur » en vue d’un « préférendum » (sic). Tout cela débouche sur une succession de fiascos. Cette mise en scène perpétuelle ressemble à une fuite en avant pour étouffer la réflexion sur le bilan de son action ou l’absence de cap, de projet.
• Que faut-il penser de la mécanique intellectuelle à l’œuvre chez Emmanuel Macron à travers ces projets ? La volonté du chef de l’État à dépasser les clivages ne s’apparente-t-il pas à un nouveau gadget et cela ne fragilise-t-il pas la démocratie ?
Parler de « mécanique intellectuelle » ne me semble pas approprié. C’est sans doute plutôt au niveau de sa psychologie qu’il convient de se situer. A la suite de son élection surprise en 2017, l’actuel chef de l’État s’est présenté en « président Jupiter » c’est-à-dire le dieu des dieux de l’Olympe et en héros national, affirmant que son parcours répondait au « goût des Français pour le romanesque ». Puis, il n’a jamais cessé d’essuyer les revers, les déceptions, l’impopularité. La sensation de prestige se transformait en humiliation. A la suite de sa réélection de 2022, produit des circonstances que furent le covid 19, la guerre d’Ukraine, l’absence d’adversaire crédible, et une nouvelle fois la présence de Mme le Pen au second tour, le résultat des élections législatives, lui refusant une majorité absolue, a représenté un désaveu populaire cinglant. De coup de com’ en coup de com’, le chef de l’État se trouve engagé dans une course sans fin pour exister, être reconnu, tenter de reconquérir l’estime du pays dans son ensemble. Il apparaît et parle quasiment tous les jours. On s’est beaucoup moqué de « l’hyper présidence » de Nicolas Sarkozy. Or nous sommes désormais dans l’hyper présidence au centuple mais cela n’intéresse plus personne à force de banalisation. Un engrenage infernal est enclenché : plus le président se met en scène, plus il banalise sa présence et moins il intéresse l’opinion. Et dès lors, il lui faut toujours plus paraître pour se donner en spectacle et forcer l’attention… L’enjeu est à ses yeux de tenir le terrain pendant un an jusqu’aux JO où il compte renouer avec le triomphe. Tout cela n’a évidemment plus aucun rapport avec la démocratie au sens du pouvoir du peuple. Nous sommes dans une pièce de théâtre absolument déconnectée de la réalité de la France profonde et de ses difficultés.
• En quoi Emmanuel Macron cherche-t-il à rendre les oppositions impuissantes en niant le clivage et les corps intermédiaires, alors que c’est ce qui est au fondement de la démocratie ? Les gadgets déployés par Emmanuel Macron ne démontrent-ils pas sa propension à rejeter le clivage et son utilité démocratique alors qu’il permet la canalisation de la violence de la société par la politique ?
Nous sommes dans le paradoxe de la personnalisation du pouvoir à outrance. Emmanuel Macron se présente, depuis 2017, en président Jupiter, unique incarnation de l’autorité politique en France. Mais le mythe du chef tout puissant est une sorte de compensation à l’impuissance du pouvoir. Plus le pouvoir politique se montre dans l’incapacité intrinsèque de répondre aux difficultés ou aux malheurs de la France (déclin scolaire, industriel, énergétique, pauvreté, violence, inflation, crise de l’hôpital et du logement, perte de la maîtrise des frontières, etc), plus il est tenté de cultiver l’image du père protecteur, sauveur providentiel et la grandiloquence. Cette conception du pouvoir est profondément manipulatrice et mensongère car dans la société moderne, les ressorts de l’autorité sont infiniment complexes et le destin d’une nation, aujourd’hui, ne tient pas dans les mains d’un seul individu. En tout cas cette vision autocratique aboutit à vouloir affaiblir ou soumettre toute autre source rivale de pouvoir : le gouvernement, exclusivement composé de ministres courtisans, le Parlement dont la souveraineté est anéantie à l’image d’une réforme des retraites immensément impopulaire et adoptée sans vote de l’Assemblée nationale, les collectivités territoriales, méticuleusement asphyxiées, la haute administration, asservie et saccagée par la suppression de ses métiers (préfets, ambassadeurs, etc). Une opération de communication comme la convocation des chefs de partis, ou encore l’annonce d’un « préférendum » vécu comme un gadget inutile, auront du mal à couvrir cette destruction pierre par pierre de la démocratie vivante qui s’accompagne d’un effondrement de la confiance populaire.
• Ces tentatives d’Emmanuel Macron de reprendre la main sur le plan politique ne servent-t-elles pas à masquer les dissensions au sein de la macronie, sur l’immigration notamment ?
Sans doute, mais ce n’est qu’un aspect du sujet. La situation présente est profondément absurde. Nous avons un président élu qui est censé incarner à lui seul le pouvoir politique. Il est en place pour encore quatre ans et, du fait des institutions, intouchable et protégé de toute mise en jeu de sa responsabilité personnelle. Privé de majorité absolue à l’Assemblée nationale, il se trouve plus que jamais réduit à l’impuissance. On ne dira jamais assez à quel point la supposée réforme des retraites, adoptée aux forceps et au prix d’une profonde déchirure de la France, est creuse et inconsistante. Mais la situation politique semble irrémédiablement bloquée. Un homme d’État de caractère et visionnaire tenterait quelque chose pour sortir de l’impasse : une dissolution ou un référendum sérieux mettant en jeu la poursuite de son mandat sur un modèle gaullien. Nul n’imagine l’actuel chef de l’État, dont la grandiloquence se présente comme le masque de la prudence le concernant et de l’indécision, prendre un tel risque. Au-delà de sa personne et à travers elle, c’est tout un système, un régime fondé sur la vision mensongère du « chef tout-puissant » pour compenser la faillite du pouvoir politique à régler les problèmes des Français, qui montre aujourd’hui son extrême toxicité. 31/8/2023
27 août 2023
La grande frousse du Système
Maxime Tandonnet
(Extrait d’un entretien pour Atlantico, avec M. Jean Petaux)
(Extrait d’un entretien pour Atlantico, avec M. Jean Petaux)
Dans la Voix du Nord, Gérald Darmanin déclare, «Je me sens légitime pour dire qu’il faut s’occuper de la marmite sociale qui bout». Gérald Darmanin estime «assez probable» une victoire de Marine Le Pen et veut, pour contrer cela, s’adresser aux catégories populaires. Ce sera d’ailleurs l’un des enjeux de sa rentrée, dimanche, à Tourcoing. Qu’est-ce que ces déclarations disent de la vision politique et idéologique de Gérald Darmanin ? (Et quelle proximité avec celle de Sarkozy?)
Défenseur des catégories populaires ? Personne ne pourra jamais oublier que Gérald Darmanin aura été, depuis 2017, un acteur essentiel de la politique qui a été conduite, non seulement en matière de sécurité et d’immigration, mais aussi dans le domaine social, notamment lors de la réforme controversée des retraites (les 64 ans) qui a été réalisée contre la volonté (et le bon sens) de l’immense majorité de la nation. La marmite sociale bout mais qui entretient le foyer sous la marmite ? Quant à la « victoire assez probable de Marine le Pen », cette phrase doit se comprendre comme la quintessence du modèle politique qui s’impose depuis une dizaine d’années : réduire les enjeux électoraux au combat contre un « épouvantail » tout en l’exhibant, pour faire oublier la faillite d’un bilan et l’absence de toute perspective. Les déclarations du président Sarkozy et de Gérald Darmanin se rejoignent : l’idée est de valoriser Mme le Pen, tout en maintenant une dose de diabolisation pour préserver la glaciation du système et permettre une élection confortable du successeur désigné de M. Macron en 2027.
Politico a révélé que Darmanin entretenait de bonnes relations avec les grands patrons français et que Bernard Arnault avait poussé pour qu’il soit nommé Premier Ministre. Que faut-il y voir en termes stratégique et politique ?
En ce moment le Système, comme disaient de Gaulle et Mitterrand – les puissances financières, économiques et médiatiques – commence à paniquer. En rendant inéligible, par la réforme constitutionnelle de 2008 le président de la République pour un troisième mandat, Nicolas Sarkozy savait-il qu’il posait une véritable bombe à retardement ? Sur le champ de ruines qu’est devenue la politique française et dans un contexte d’indifférence croissante de l’opinion, une troisième élection d’Emmanuel Macron s’imposerait naturellement si Sarkozy n’avait pas interdit un troisième mandat (sur le modèle américain). Alors, le Système prend peur, quatre ans à l’avance, il tremble. Il voit dans le président Macron – qui a supprimé l’ISF – le protecteur de ses intérêts. Paradoxalement, alors que la France, dans la période récente, a rarement été aussi agitée et violente que depuis 2017, entre les Gilets jaunes, les mouvements sociaux et la dernière crise des banlieues, le Système voit dans l’actuel président un rempart contre le chaos. Et le chaos s’incarne à ses yeux dans la perspective d’une arrivée à l’Élysée de Mme le Pen ou de M. Mélenchon. Donc, il cherche un successeur à M. Macron dans la stricte continuité de celui-ci. Ces derniers jours, il vient de lancer Gérald Darmanin dans la course, comme un ballon d’essai pour voir si la greffe va prendre dans l’opinion. En vérité, chacun pense au modèle de Nicolas Sarkozy, lancé dès 2002 dans la course pour 2007. Or, les circonstances n’ont strictement rien à voir, ni l’état d’esprit du pays – devenu infiniment plus sceptique et critique –, ni le ressenti populaire autour de l’image de ces deux personnalités. Pour l’instant, la France est confrontée à une inconnue totale et ce n’est pas ce ballon d’essai qui permettra de clarifier les choses…
21 août 2023
Maxime Tandonnet
Oui, j’ai lu l’entretien du président Sarkozy dans le Figaro Magazine…
https://maximetandonnet.wordpress.com/2023/08/19/oui-jai-lu-lentretien-du-president-sarkozy-avec-le-figaro-magazine/
Oui, j’ai lu l’entretien du président Sarkozy dans le Figaro Magazine…
… Et je suis d’accord sur certains points, mais pas tous. Concernant la guerre entre la Russie et l’Ukraine, il a raison de penser que dès lors qu’aucune solution militaire ne prévaut, sur des années, voire des décennies, sauf à vouloir l’anéantissement progressif de la population ukrainienne ou un engagement direct des armées de l’OTAN avec des milliers de victimes et l’évolution vers une guerre de civilisation entre l’occident et l’Asie, sur fond de menace nucléaire, un jour où l’autre, il faudra réfléchir à une solution de paix. Mais je ne comprends pas son idée selon laquelle « les Slaves ne seraient pas comme nous » (sous-entendu, pourraient s’accommoder de la dictature). Les Russes, les Ukrainiens, comme les Polonais etc. font partie de la même civilisation européenne gréco-latine, ils ont le même droit à la liberté que tous les Européens, ils sont nos frères, au regard de l’histoire, au même titre que les Allemands, les Anglais ou les Espagnols. C’est pourquoi de Gaulle parlait de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural.
En revanche, je suis en désaccord à peu près total sur la politique intérieure. Le président Sarkozy reprend son idée de résurgence de la « droite » par fusion avec le macronisme d’où émergerait une force centrale qui l’emporterait face au « extrêmes » (gauche et droite) en 2027. Ce raisonnement relève du calcul purement politicien. Il fait abstraction de l’effondrement général du pays (éducation, industrie, finances, dette publique, violence, pauvreté, désastre des services publics) depuis 2012, accentué depuis 2017 malgré la réussite (essentiellement auprès de la bourgeoisie cossue et retraitée) d’un certain style fondé sur l’esbroufe narcissique pour détourner l’attention du monde des réalités. Il oublie une variable décisive qui est le peuple français, absolument écœuré de ces magouilles médiocres, victime de l’effondrement en cours, qui s’est abstenu à 54% lors des dernières législatives. En 2027, il votera par colère contre tout ce qui lui rappellera le sinistre souvenir des 10 années passées. L’enjeu, c’est d’écouter cette colère et de la transcender en projet politique. Je ne comprends pas qu’ils ne le comprennent pas… Quant à son candidat favori pour la présidentielle 2027, franchement, je préfère me taire… 19/8/2023
17 août 2023
L’horizon politique semble dangereusement bouché
Maxime Tandonnet
« Une initiative politique d’ampleur » pour la rentrée de septembre, a annoncé le président Macron dans une interview au Figaro magazine. Le chef de l’État éprouve le besoin de capter l’attention autour de formules-choc : la « transformation de la France » en 2017, le « grand débat » après les Gilets jaunes, « le monde d’après » qui devait suivre le confinement de mai 2020, puis le « conseil national de la refondation », les « cent jours » consacrés à l’apaisement après le mouvement social contre la réforme des retraites. Tout se passe comme s’il fallait combler un vide. La personnalisation du pouvoir, poussée de manière aussi outrancière, est un signe plutôt inquiétant. Elle consiste à cultiver l’émotion collective autour d’un individu pour couvrir l’angoisse ou la souffrance populaire.
La mémoire politico-médiatique est courte. La France a vécu un premier semestre 2023 épouvantable après la révolte des retraites, les scènes de Paris en feu qui ont contraint le pouvoir à reporter la visite de Charles III, puis l’explosion des banlieues dont le sinistre bilan (12 429 incendies de voie publique, 808 policiers blessés, 269 commissariats ou casernes attaqués) a été comme noyé dans un océan d’autosatisfaction. Depuis 2012, les Français n’ont pas connu un moment de répit, entre la vague d’attentats terroristes, les Gilets jaunes, l’épidémie de Covid-19 et l’instauration d’un Absurdistan bureaucratique, la guerre d’Ukraine et ses conséquences, l’inflation vertigineuse touchant notamment l’énergie et l’alimentation. Et toutes les conditions sont réunies pour une reprise de ce climat anxiogène et explosif, dès la rentrée de septembre, marquée par de nouvelles flambées du prix de l’énergie.
Le pouvoir politique organisé autour d’un chef de l’État en place depuis plus de six ans n’a plus les moyens de mobiliser les Français sur l’avenir. Quelle sincérité peut-on accorder aux belles intentions d’hommes ou de femmes qui sont au pouvoir depuis si longtemps et feraient aujourd’hui semblant de découvrir les problèmes du pays et de vouloir les résoudre ?
Alors, il leur reste à manipuler les peurs apocalyptiques, à susciter le sourire ou l’indignation par des provocations méprisantes, enfin, à faire rêver et entretenir l’émotion collective. C’est pourquoi le pouvoir politique présente les Jeux Olympiques de Paris de 2024 comme une ultime ambition collective. De fait, transformer une épreuve sportive en objectif suprême d’une Nation, avec son culte de la performance physique, n’est pas forcément le signe d’une bonne santé démocratique, comme tant d’exemples historiques le prouvent.
L’impopularité des dirigeants actuels (29% de confiance en le chef de l’État selon Elabe-radio classique) montre qu’une vaste majorité n’est pas dupe. Pourtant, ce qui caractérise l’époque, c’est l’absence d’alternative démocratique apparente. La gauche ne cesse de s’enfoncer dans une radicalisation à l’image des attaques du leader de la Nupes contre le CRIF, ou de l’invitation par les Verts-Écologie d’un rappeur ayant chanté la « crucifixion des laïcards ». Quant au RN de Mme le Pen (ou équivalent nationaliste), supposé favori des sondages, il donne une image beaucoup trop radicale et connotée historiquement pour espérer conquérir une crédibilité, puis réunir 50% des suffrages et surtout, une majorité à l’Assemble nationale. La « droite » dite « de gouvernement », elle, demeure profondément déchirée entre partisans et adversaires d’un « accord de gouvernement ». Comme vissée à ses désastres électoraux de 2022, elle ne parvient pas se dépêtrer de sa contradiction fondamentale. Comment se prétendre « d’opposition » tout en soutenant avec zèle, sur de nombreux dossiers sensibles, un gouvernement immensément impopulaire ? La vertigineuse poussée de l’abstentionnisme (54% aux dernières législatives) est le signe patent d’une désespérance politique, quand la « chose publique » ne semble plus offrir de solution collective.
La France est pourtant confrontée à de gigantesques défis tels que l’effondrement de son niveau scolaire, la banalisation des violences quotidiennes, la désintégration du corps social, la maîtrise de ses frontières, l’explosion de la dette publique, du déficit extérieur et de l’inflation, la pauvreté croissante et la crise des services publics – sans même parler des sujets internationaux. Sans doute existe-t-il un boulevard politique pour qui saurait trouver les mots d’une réconciliation avec le peuple et du retour de la confiance. Mais comme sœur Anne, les Français ne voient rien venir… 12/8/2023
12 août 2023
Répartition des migrants : est-ce une bonne idée ?
Maxime Tandonnet
L’idée est à la mode et l’occupant de l’Elysée est revenu dessus à plusieurs reprises. Elle procède d’un constat simple, presque mécanique. La France reçoit environ 350 000 ressortissants étrangers « de pays tiers » (hors UE) chaque année (sans compter les demandeurs d’asile ni les migrants en situation irrégulière, mais sans compter non plus ceux qui repartent comme les étudiants, d’où le caractère très approximatif de cette statistique). Aujourd’hui, ils résident pour l’essentiel en région parisienne et dans les grandes métropoles notamment lyonnaise et marseillaise. Pour faciliter leur intégration, il faudrait, selon la doctrine actuelle, les répartir en province et dans le monde rural en voie de désertification. D’une pierre, deux coups…
Cette idée de quotas impératifs de répartition des populations migrantes vient notamment d’Allemagne, où elle est, depuis au moins un demi siècles, un principe fort de la politique migratoire – pouvant s’expliquer par le caractère fédéral de ce pays.
À titre personnel, je la trouve absurde. Elle est une forme de renoncement et de mépris. Soit les migrants sont en situation régulière, entrés avec un visa d’immigration (long séjour) ou régularisés par les préfectures ou réfugiés reconnus. Dans ce cas, en vertu du principe de non discrimination et de liberté, ils ont le droit de circuler et de résider où ils le souhaitent, comme tout homme libre sur le territoire. Soit ils sont en situation illégale et l’État n’envisage pas de les régulariser. Dès lors ils doivent retourner dans leur pays en application du droit international et du droit national. Il n’existe pas d’autre possibilité.
D’ailleurs, du point de vue de l’intégration, il est incohérent de vouloir forcer des migrants à résider dans des espaces ruraux d’où partent les jeunes Français en l’absence de possibilité d’emploi. C’est les condamner au désœuvrement et au chômage ou à la solitude : le contraire d’une politique d’intégration. Enfin, délocaliser les populations migrantes en imposant aux populations locales des centres d’accueil, plaqués arbitrairement, de manière artificielle, autoritaire et sans concertation, est une manière d’attiser les tensions sur l’immigration et de favoriser les tentations du vote extrémiste.
Cette politique relève ainsi d’un double mépris, celui des ressortissants étrangers – contraints de vivre à un endroit qu’ils n’ont pas choisis – et celui des habitants locaux. Mais n’est-ce pas le but recherché, au fond, par les apprentis sorciers ? Elle est d’une rare hypocrisie, visant, à satisfaire les idéologues sans frontièristes, résidents des bons quartiers urbains (la France affirme sa vocation de pays d’accueil) tout en les préservant d’une promiscuité redoutée avec les classes populaires issues de l’immigration, expédiées dans les campagnes. Tartufe, maître de ce monde. Tout ceci est bien lamentable… 12/8/2023
29 juillet 2023
La France a-t-elle besoin d’un dauphin ?
Maxime Tandonnet
Emmanuel Macron a évoqué mardi depuis Nouméa la possibilité que son ancien premier ministre Edouard Philippe puisse « prendre le relais » à l’Élysée en 2027, en se disant soucieux « qu’il y ait vraiment une suite » à sa propre action. Comme beaucoup d’informations d’apparence anecdotique, celle-ci est révélatrice d’une certaine conception du pouvoir politique. Dans l’histoire de la République française depuis 1870, il me semble que jamais (à vérifier, je peux me tromper), un chef de l’État n’a ainsi publiquement et ouvertement désigné un successeur possible. Même Charles de Gaulle, (me semble-t-il) ne s’est jamais prononcé officiellement et ouvertement en faveur de Georges Pompidou. Ce dernier a fait un jour allusion à sa succession privilégiant VGE contre Chaban Delmas, mais c’était en comité rigoureusement privé devant les instances des RI et purement allusif : il ne l’a pas désigné nominativement. Mitterrand non plus n’a pas fait le choix d’un successeur, pas plus que Chirac qui n’a jamais dit (de mémoire) que de Villepin ou Sarkozy pourraient lui succéder. Pourquoi ? Parce que les chefs de l’État gardaient jusqu’à présent un certain respect, ou respect minimum pour le peuple. En démocratie, c’est à lui de choisir librement ou souverainement. Un président n’a pas à se donner de successeur. D’ailleurs un minimum de décence démocratique fait qu’aucun président n’a jamais magnifié sa propre « œuvre » au point de juger vitale ou indispensable sa poursuite, se proclamant ainsi irremplaçable. L’exception de Pétain se donnant un dauphin en 1940 (Laval, puis l’amiral Darlan) est justement non républicaine puisque le régime avait aboli la République. Alors bien sûr, des élections au suffrage universel auront lieu pour confirmer le choix du successeur. Mais dans la configuration que le président actuel a à l’esprit – son successeur contre les « extrêmes » diabolisés, l’issue ne doit faire aucun doute. Les médias y veilleront. Nous avons ici un signe supplémentaire du glissement d’un système politique dans le narcissisme outrancier au détriment de la démocratie et du bien public. Le principe est de compenser par le culte d’un individu l’effondrement d’une nation sur à peu près tous les plans et la faillite d’une politique – qui doit d’ailleurs beaucoup à ce fameux M. Philippe.
24 juillet 2023
Sur la sortie des « cent jours » et le phénoménal marasme politique français
Maxime Tandonnet
(pour Atlantico avec M. Michel Guénaire) - Publié le 22 juillet 2023
https://maximetandonnet.wordpress.com/2023/07/22/sur-la-sortie-des-cent-jours-et-le-phenomenal-marasme-politique-francais-pour-atlantico-avec-m-michel-guenaire/
(pour Atlantico avec M. Michel Guénaire) - Publié le 22 juillet 2023
Lors du Conseil des ministres de ce vendredi 21 juillet, Emmanuel Macron a présenté ses quatre priorités de l’été avec l’objectif de « consolider un pays plus juste ». En quoi Emmanuel Macron se trompe-t-il dans son analyse et dans ses mesures pour répondre aux émeutes urbaines dans son objectif pour l’été 2023 ? N’est-il pas difficile de gérer à court terme un problème aussi vaste ?
La crise des banlieues qui s’est traduite par 4 nuits de destructions et de violences a été désastreuse pour le pouvoir macronien. Après trois mois de chaos dus à la réforme des retraites et la promesse d’un apaisement, le pays a de nouveau plongé dans un climat de guerre civile. Le régime a donné le sentiment qu’il ne contrôlait plus rien. Il s’est trouvé déstabilisé par la révolte de la jeunesse des cités dont il se considère comme le protecteur. Cette tragédie a renvoyé à la scène du chef de l’Etat balayant le rapport Borloo de 2018 dès lors que « deux hommes blancs » ne pouvaient prétendre régler la question des banlieues. Compte tenu de l’alourdissement de la dette publique lié au « quoi qu’il en coûte » et la distribution de chèques sans provision (560 milliards en deux ans), M. Macron peut difficilement se permettre d’annoncer une nouvelle valse des milliards. Dès lors, le discours est à peu près vide sur cette question, en dehors d’une vague référence à une improbable réforme de l’immigration. La question des banlieues recouvre un immense chantier sur plusieurs décennies touchant à l’éducation, l’autorité, la culture, la sécurité, la guerre à mener aux trafics, et aussi la lutte contre le chômage, un sujet tabou puisque le macronisme se prévaut d’une victoire contre ce fléau. Tout cela n’a rien à voir avec un effet d’annonce de court terme.
En quoi Emmanuel Macron se trompe-t-il dans son analyse et dans ses mesures pour répondre à la sécheresse pour l’été 2023 ? N’est-il pas difficile de gérer à court terme un problème aussi vaste d’autant que la sécheresse est déjà là ?
La France a connu de graves sécheresses en 1976 par exemple où il n’a pas plu pendant un an ou en 1990. Elle s’en est sortie sans drame. Il est mensonger d’affirmer que le pays manque cruellement d’eau et que le sujet est en passe de devenir dramatique. Souvenons-nous, pendant la crise du covid 19, avant le deuxième confinement de l’automne, le pouvoir macronien, reprenant les prédictions apocalyptiques des prétendus experts, mettait en garde contre la certitude de plusieurs centaines de milliers de morts, quoi qu’il arrive. Cela ne s’est évidemment pas produit. Fin août 2022, alors que l’épidémie s’achevait, le président parlait de « la fin de l’abondance » et d’une future pénurie d’électricité en hiver – qui n’a pas eu lieu. Aujourd’hui, le pouvoir joue sur la peur d’un manque d’eau. Les actions qu’il annonce paraissent dérisoires : créer un outil pour mieux informer le public des mesures de restriction. C’est-à-dire rien du tout. Le sujet appelle des réponses locales et non des déclarations grandiloquentes destinées à inquiéter les gens une fois de plus. L’idée, c’est qu’il faut agiter l’angoisse pour tenir le pays. Le pouvoir macroniste a compris que la peur était le meilleur moyen d’asservir un peuple.
En quoi Emmanuel Macron se trompe-t-il dans son analyse et dans ses mesures pour la santé pour l’été 2023 ? N’est-il pas difficile de gérer à court terme un problème aussi vaste ?
Le chef de l’Etat veut désengorger les urgences. Mais là aussi, il ne met aucun moyen, aucune solution concrète en avant. On est dans le vœu pieux. Certes il veut inciter les médecins à prendre en charge les maladies de longue durée. Mais quel rapport avec le désastre de l’hôpital public ? Le redressement du système de santé français est un autre chantier gigantesque qui passe par la formation des professionnels, la revalorisation des carrières, le renouvellement des infrastructures et la débureaucratisation du système. Il ne suffit pas de désigner la santé publique comme une priorité à des fins de communication. Le véritable enjeu est d’offrir des perspectives de long terme, sur plusieurs décennies, pour sortir le système de santé français du marasme.
En quoi Emmanuel Macron se trompe-t-il dans son analyse et dans ses mesures pour répondre à l’augmentation des prix de l’énergie pour l’été 2023 ? N’est-il pas difficile de gérer à court terme un problème aussi vaste ?
Le prix de l’électricité va augmenter de 10% dans les jours à venir en raison de la fin du bouclier tarifaire qui a permis au pouvoir macronien de limiter la hausse des tarifs au prix d’un creusement du déficit et de la dette publique. Alors comme toujours, dans sa logique habituelle, pour tenter de masquer une catastrophe, il lance des contre-feux sur le plan de la communication. La question du coût de l’électricité est un sujet gigantesque qui renvoie au bradage de l’industrie nucléaire depuis 2012, la fermeture de Fessenheim voulue par le président Macron et l’opprobre lancée sur cette source d’énergie pendant des années. Elle renvoie aussi au mode de fixation réglementé des tarifs fixé par le droit européen qui oblige la France a sur-tarifer l’énergie produite par le nucléaire. Mais impossible à remettre en cause au regard du dogme européiste qui est un fondement idéologique du macronisme. Dès lors, on reste dans le vœu pieux et les effets de communication.
Qu’est-ce cela nous dit du macronisme et de la vision politique d’Emmanuel Macron ? Pourquoi Emmanuel Macron communique autant sans donner les moyens d’agir à son gouvernement ?
Depuis six ans, nous sommes habitués au mode de fonctionnement du macronisme. Plutôt que d’affronter la vérité et la réalité, le pouvoir politique ne cesse de fuir dans la grandiloquence. « J’incarne le goût des Français pour le romanesque » prétendait le chef de l’Etat nouvellement élu en 2017. Le macronisme consiste principalement à raconter aux Français une histoire, à forger un récit autour de son héros. Initialement, il prétendait refonder la France ou la transformer, mettre fin à « l’ancien monde » et ouvrir un nouveau monde. Nous avons eu « le grand débat » à l’issue de la crise des Gilets jaunes. Puis nous avons eu « le monde d’après » pour sortir du premier confinement. Nous avons eu « les Cent Jours » qui suivaient le mouvement social contre la réforme des retraites. Désormais, un nouveau slogan : « changer la vie, en vrai ». Plutôt que de regarder humblement la réalité en face et de retrousser les manches, le pouvoir macronien s’enferme dans la grandiloquence, un culte de la personnalité et une logique de l’esbroufe qui ne font (presque) plus illusion.
Emmanuel Macron a-t-il tiré toutes les leçons de ces derniers mois après les émeutes et la crise des retraites et le bilan mitigé du cap des 100 jours ?
Non, il se comporte toujours de la même manière. Le macronisme repose depuis le début sur une personnalisation à outrance du pouvoir. L’image d’un homme se substitue de manière caricaturale au bien public ou à l’intérêt général. On aurait pu imaginer que l’absence de troisième mandat possible allait changer cette approche. C’est le contraire qui se produit. Dès lors, plutôt que de se remettre profondément en cause, à chaque crise, à chaque drame, le pouvoir macroniste s’enfonce toujours davantage dans l’autosatisfaction. La réalité ne compte pas. La seule chose qui importe, c’est l’image du chef. En dépit du bon sens le plus élémentaire, le pouvoir macronien se déclare satisfait de ces « cent jours » voués à l’apaisement. Toujours en dépit du bon sens le plus élémentaire, il présente la dernière crise des banlieue – qui a coûté un milliard d’euros en incendies, saccages et destructions – comme un succès du maintien de l’ordre. Le problème, c’est que le pouvoir macroniste qui s’enfonce dans le déni en permanence a perdu toute crédibilité aux yeux d’une immense majorité de Français : 87% selon un sondage ne sont pas convaincus par le succès des « cent jours ». Peu importe, non seulement le gouvernement est pour l’essentiel maintenu, avec sa première ministre, mais les quelques retouches qu’il comporte consistent à promouvoir des fidèles du président Macron. Les traits du macronisme semblent se durcir en vieillissant. La grandiloque se présente comme le masque d’une incapacité à accomplir des choix audacieux ou prendre des risques : dissoudre, recourir au référendum ou changer le gouvernement… Et puis toujours cet incroyable dédain de la sensibilité populaire : plus les signes d’un mécontentement profond du pays se multiplient, plus le macronisme, s’enferme dans la déconnexion. Il lui reste toutefois un atout essentiel : l’incroyable médiocrité des oppositions écartelées entre une timidité pathologique à son égard (ou admiration cachée) et naufrage dans la violence extrémiste ou démagogique.
18 juillet 2023
Extension indéfinie du champ de « l’extrême droite »
Maxime Tandonnet
M. Mélenchon traite le CRIF d’extrême droite, M. Pap N’Diaye traite Cnews et Europe 1 d’extrême droite, Libé traite Franck Ferrand d’extrême droite. Ne parlons même pas du propos scandaleux sur le CRIF. Le cas de Franck Ferrand est intéressant. Il subit un peu la même tentative de diabolisation que Lorent Deutsch. Raconter l’histoire, le déroulement des événements autour de la Nation et des ses héros ou traitres, captiver le grand public grâce au récit national serait désormais d’extrême droite… Cela fait penser à la remarque d’EM qui voulait « déconstruire notre histoire ». Bref, la Nation et les racines deviendraient d’extrême droite. En fait cette expression est devenue l’insulte suprême des bienpensants. Tout ce qui n’est pas dans leur ligne, dans le sens des modes idéologiques, déconstruction, woquisme, multiculturalisme, climatisme, serait désormais, par définition, d’extrême droite. Or, cette formule, réduite à n’être qu’une insulte, un épouvantail, ne veut plus dire grand chose. Historiquement, l’extrême droite se définissait par le culte du chef (le Führer, le Caudillo ou le Duce), le refus du suffrage universel comme principe de légitimité, donc la préférence en faveur d’une « autorité verticale » contre la démocratie ou le pouvoir du peuple, le parti et la pensée uniques, l’emprisonnement ou l’assassinat des opposants, l’interdiction des libertés publiques (presse, expression, réunion, syndicale). D’ailleurs, à bien des égard, l’extrême droite partage des points communs avec l’extrême gauche, en tout cas la tentation totalitaire. Ce naufrage dans une logique d’opprobre et de diabolisation du monde politico-médiatique est bien le signe de sa crétinisation: dès lors qu’il n’a plus rien à dire, à court d’arguments et d’idées, il lui reste l’injure pour s’exprimer.
3 juillet 2023
Sur l’embrasement des banlieues
Maxime Tandonnet
(pour le Figaro du 30 juin 2023)
(pour le Figaro du 30 juin 2023)
Dix-huit ans, déjà... Le 27 octobre 2005, les banlieues françaises s’embrasaient à la suite du décès de deux jeunes garçons à Clichy-Sous-Bois, qui s’étaient réfugiés dans un transformateur d’EDF pour échapper à un contrôle policier. Parties de Seine-Saint-Denis, les émeutes se sont répandues comme une traînée de poudre sur tout le territoire français : plus de 300 communes ont été touchées. Elles ont duré quasiment trois semaines, jusqu’au 17 novembre.
Le bilan de ces événements fut dramatique : 10 000 véhicules et plus de 200 bâtiments publics ont été incendiés, en particulier des crèches, des écoles, des milliers de mètres carrés de bâtiments commerciaux et industriels. 130 policiers ont été blessés, de même que des sapeur-pompiers et des soignants, parfois à la suite de tirs à balles réelles. Les événements ont fait au moins deux morts. Plus de 12 000 policiers et gendarmes ont été déployés en sécurisation dans les quartiers. 4500 personnes ont été placées en garde à vue et 800 écrouées. Pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, le gouvernement a été contraint, le 8 novembre, de décréter l’état d’urgence. La fin du quinquennat de Jacques Chirac avait été gravement ternie par cette dramatique secousse.
Le spectre de ces événements, presque 20 ans après, plane aujourd’hui sur la classe dirigeante française. La mort de Nahel, le jeune homme de 17 ans tué à Nanterre par le tir d’un policier à la suite d’un refus d’obtempérer a provoqué deux nuits d’émeute marquées par des violences, des tirs de mortiers et incendies de mairies. Le pouvoir politique redoute que les violences se propagent et devoir affronter une situation comparable à celle de l’automne 2005. Pour des personnalités aussi obnubilées par leur image personnelle et s’identifiant comme « progressistes », un embrasement des cités serait un désastre politique – après la crise des Gilets jaunes, le mouvement social sur les retraites – qui montrerait une nouvelle fois à la face du monde entier la France dans le chaos.
Sur une longue période, tous les gouvernements et de toutes les majorités échouent sur la question des banlieues. Depuis 2005, quatre présidents de la République se sont succédé au pouvoir, et huit premiers ministres. En près de vingt ans, tout se passe comme si rien n’avait changé malgré les efforts financiers gigantesques accomplis par la Nation en faveur des cités sensibles. Un rapport de la Cour des comptes du 2 décembre 2020 « sur l’évaluation de l’attractivité des quartiers prioritaires » a pointé les dépenses réalisées dans ce but : « Depuis 40 ans, la politique de la ville a pour objectif de réduire les écarts entre les quartiers dits « prioritaires » et les autres, en améliorant les conditions de vie de leurs habitants. L’État y consacre environ 10 milliards d’euros chaque année, auxquels s’ajoutent les financements de la rénovation urbaine et les dépenses, difficilement mesurables, des collectivités territoriales. »
En vérité, tout le monde était prévenu du caractère explosif de la situation. L’ancien ministre de l’Intérieur, Gérard Colomb, lançait le 3 octobre 2018, lors de sa cérémonie de passation de pouvoir, un avertissement solennel au gouvernement qu’il quittait : « Monsieur le Premier ministre, si j’ai un message à faire passer – je suis allé dans tous ces quartiers, des quartiers nord de Marseille, au Mirail à Toulouse, à ceux de la couronne parisienne Corbeil, Aulnay, Sevran – c’est que la situation est très dégradée et le terme de reconquête républicaine prend là tout son sens parce qu’aujourd’hui dans ces quartiers c’est la loi du plus fort qui s’impose, celle des narcotrafiquants et des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République. Il faut à nouveau assurer la sécurité dans ces quartiers mais je crois qu’il faut fondamentalement les changer, quand des quartiers se ghettoïsent, se paupérisent, il ne peut y avoir que des difficultés et donc (…) il faut une vision d’ensemble car on vit côte à côte et je le dis, moi je crains que demain on ne vive face à face, nous sommes en face de problèmes immenses ».
Ces propos ont été à l’époque vivement reprochés à l’ancien maire de Lyon, dès lors qu’ils se limitaient à présenter un état des lieux alarmiste sans formuler de solution. Chacun se doute bien qu’il n’existe d’ailleurs guère de remède magique et que les incantations ou les provocations sont un exercice toujours plus facile que l’action authentique. Il reste que le monde politique, toutes tendances confondues et sur le long terme, est face à un échec dramatique. La question centrale est celle de l’autorité dans les quartiers qui ont été qualifiés de « territoire perdus de la République ». Encore une fois, sur plusieurs décennies, la tragédie de cités sensibles, alimentée par l’échec scolaire, le désœuvrement, la loi des trafics, est le fruit de flux migratoires qui ont été insuffisamment maîtrisés, favorisant la ghettoïsation dont parle M. Colomb, dans le contexte d’un chômage gigantesque, de l’aggravation de la pauvreté et non accompagnés des politiques d’intégration – surtout par la formation et le travail – suffisantes.
L’autre enjeu fondamental est celui de la restauration du lien social quartier par quartier notamment grâce à l’école – comme le proposait le plan Borloo en 2018 malheureusement peu suivi – et aussi grâce à l’action des maires et des entreprises. Car il existe aussi des exemples de réussites qui gagneraient à être mieux connus. Rien ne sera possible, enfin, sans un renouveau sur le plan des valeurs. Même si cela peut paraître utopiste, plutôt que l’idolâtrie autour de sportifs millionnaires, il serait temps, à travers l’école, d’essayer de réhabiliter auprès des jeunes la passion de l’histoire et de la littérature et de l’art et de leur proposer ainsi une vision de la France appelant la fierté plutôt que la violence.
Le mérite de Gérard Colomb, à l’époque, est d’avoir eu le courage et la lucidité de dire la vérité ce qui est une première étape pour tenter de sortir de l’impasse. La classe dirigeante s’est malheureusement empressée d’oublier ce discours de vérité, comme noyée dans l’exubérance communicative, l’autosatisfaction dans tous les domaines, les polémiques et les provocations en tout genre, un spectacle de plus en plus déconnecté du réel. Pour essayer de relever un défi aussi gigantesque, sur plusieurs décennies, le préalable est un retour du politique au monde des réalités, de préférence aux gesticulations et aux chimères.
29 juin 2023
Que penser de l’annulation de l’agrément d’Anticor ?
Maxime Tandonnet
La décision du TA de Paris est sans aucun doute fondée sur de solides arguments de procédure. Son rôle est de faire respecter l’État de droit y compris dans ce qu’il a de formel. N’empêche : la conséquence est désastreuse. Chaque élection nationale donne lieu à des promesses d’exemplarité, notamment en 2017 ou l’exemplarité et la moralisation étaient au cœur de la campagne présidentielle en réaction contre « l’affaire Fillon ». Pourtant, l’accumulation des affaires politico-financières au pouvoir jusqu’à la caricature (un haut personnage toujours à son poste après avoir été mis 14 fois en examen !) donne une impression extrêmement délétère. La corruption, qui n’est évidemment pas nouvelle, donne une image désastreuse du fonctionnement de la démocratie. Elle favorise le sentiment d’une classe dirigeante prompte à donner des leçons de morale mais qui s’en affranchit ouvertement. Pire : l’impression d’impunité qui gagne les esprits. Elle explique en partie la crise de la démocratie, le taux d’abstention gigantesque et la défiance en la parole publique. Voilà pourquoi cette annulation de l’agrément d’Anticor est à mes yeux dramatique.
24 juin 2023
Maxime Tandonnet
(Atlantico)
https://maximetandonnet.wordpress.com/2023/06/24/lideologie-du-en-meme-temps-favorise-t-elle-un-climat-de-violence-pour-atlantico/
(Atlantico)
Jean Luc Moudenc agressé, Zemmour pris à partie, des mouvements d’extrême gauche de plus en plus véhéments, la violence en politique semble s’intensifier. La responsabilité est évidemment ceux qui pratiquent la violence ou la justifient, mais n’y-a-t-il pas aussi une responsabilité secondaire à aller chercher de la part de la majorité et du gouvernement dans la création d’un contexte favorable à ces violences ?
La démocratie et même la politique se sont affirmées au fil du temps comme un mode de résolution pacifique des conflits. La démocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres comme disait Churchill. Elle repose sur le principe que dès lors que deux points de vue sont en opposition, la majorité obtient satisfaction et la minorité s’incline. Tel est le secret de la paix civile depuis plus de deux siècles. Or, nous voyons réunis tous les symptômes d’une crise dramatique de la démocratie. L’abstentionnisme a atteint 54% aux dernières législatives. Les citoyens ont le sentiment que les politiques n’ont pas tenu compte de la victoire du Non à 54% au référendum sur la Constitution européenne en 2005, dès lors que le traité de Lisbonne, approuvé ensuite par voie parlementaire, reprenait une partie des dispositions de cette Constitution. Un sentiment s’est imposé dans le pays que voter ne servait à rien, que la démocratie était une fiction, qu’une caste dirigeante ayant la prétention de faire le bien du peuple contre lui-même ne tenait aucun compte de l’avis de ce même peuple. Alors évidemment, cette impression que voter ne sert plus à rien favorise la tentation de la violence.
Que ce soit par la négation du clivage droite gauche, le mépris des corps intermédiaires ou les contradictions permanentes du discours politique, Emmanuel Macron a-t-il créé les conditions d’installation et de développement d’une violence ? Comment cela s’est-il produit ? Quelles ont été les étapes les plus délétères ?
La démocratie directe ou référendaire a été abandonnée depuis la victoire du Non au référendum de 2005 et la démocratie parlementaire fait naufrage dans le chaos. La disparition du clivage structurant droite-gauche ou majorité/opposition a ouvert la voie à un modèle politique fragmenté, dominé par des oppositions radicalisées. Entre Renaissance, la Nupes, le RN et LR, on est entré dans un système chaotique qui fonctionne par des combinaisons et des compromissions ponctuelles dans un contexte instable et dominé par des haines intestines, une montée aux extrêmes. Bref, ce climat de chahut permanent et de cour de récréation donne le sentiment qu’aucune alternance n’est envisageable. En outre, le président jupitérien s’est donné un style autocratique en confrontation permanente avec le peuple. Après les Gilets jaunes en 2018 et 2019, la réforme des retraites a été un moment fort de cette confrontation. Le passage en force des 64 ans contre l’avis d’au moins huit-dixièmes des travailleurs sans débat et sans vote de l’Assemblée nationale, a été le déclencheur d’une crise sociale de trois mois. L’impression de mépris, d’arrogance, d’intouchabilité en l’absence de possibilité de sanction du pouvoir est ravageuse pour la paix civile.
À quel point ce sont idéologiquement et sociologiquement les racines du macronisme qui sont en cause ?
Idéologiquement, le macronisme est un étrange pot-pourri, vulgarisé sous les formules « en même temps » ou « ni droite ni gauche ». De fait, il emprunte, d’une part, le pire d’une mauvaise gauche (esprit bureaucratique et négation des libertés notamment pendant le covid19, gabegie financière insensée, nivellement scolaire, surfiscalité, laxisme sécuritaire et migratoire, dérive écologiste dans la fermeture de Fessenheim) et, d’autre part, le pire d’une mauvaise droite : mépris des gens, délaissement des services publics comme la santé, déstabilisation de l’État, culte du chef, argent roi, autoritarisme stérile, élitisme arrogant. Le tout est empaqueté dans une débauche de communication narcissique, de provocations et de mystifications (par exemple sur le chômage). Il donne le sentiment d’un entre-soi hors sol, déconnecté du monde des réalités. Il se veut intouchable, invulnérable, à l’image de cette déferlante d’affaires politico-financières qui ne font l’objet d’aucune sanction en interne. Sociologiquement, le macronisme est au croisement d’une partie du CAC 40, des retraités cossus et de la gauche caviar (ou bobo). Tout l’oppose au peuple, aux classes moyennes et populaires. Cette scission est évidemment une source de violence potentielle considérable.
Si le macronisme s’attelait à recrédibiliser la parole publique, revitaliser la démocratie parlementaire, etc. pourrait-il permettre une désescalade dans les violences observées ? Le peut-il ?
Mais en dehors d’une situation exceptionnelle, on ne voit pas de perspective d’un retour à une politique apaisée. Améliorer le fonctionnement de la démocratie par le référendum ou une dissolution qui serait suivie d’une Assemblée plus gouvernable, n’est pas dans l’esprit du macronisme. Ce dernier repose tout entier sur une défiance envers le peuple. Non, il ne le peut pas. Mais le salut ne viendra jamais non plus ni du RN ou autre parti nationaliste ni de la Nupes qui ont une image beaucoup trop clivante dans le pays pour créer un sursaut national. La droite LR quant à elle est allée beaucoup trop loin dans la compromission avec le macronisme contre le peuple, son adversaire privilégié, pendant la réforme des retraites. Tout peut changer très vite évidemment à la faveur d’événements imprévisibles, mais en ce moment, en ce moment, j’insiste, pour l’instant, on ne voit aucun signe nulle part d’une possibilité de renouveau démocratique.
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